Article paru dans le n° 52 (ancienne série) de Combattre pour le Socialisme n°52, avril
1994
le
mouvement des lycéens et des étudiants
la "concertation" du 3 mars
Le 3 mars les dirigeants des
centrales syndicales étaient tous présents à la réunion organisée par Balladur
dénommée par lui "sommet
social" en vue de l'application de la "loi quinquennale (dite)
pour l'emploi". (La veille, Philippe Campinchi,
président de l'UNEF-ID, avait été reçu
à l'Hôtel Matignon). L'UNEF-ID et l'UNEF-SE,
soutenues (moralement) par les unions régionales CGT, CFDT, CGC, CFTC et FO,
appelaient quant à elles à une manifestation l'après midi devant l'Hôtel
Matignon. La manifestation n'a pu se diriger vers Matignon mais, selon ses
organisateurs, elle a rassemblé 20 000 participants.
A l'hôtel Matignon, vers 13 heures, Viannet, secrétaire général de la CGT sort.
Le lendemain dans 'L'Humanité" il
explique :
«On nous proposait donc de participer à un simple habillage du texte, tout en
donnant l'impression que se déroulait une véritable négociation (négocier quoi ? NDLR) alors que des milliers de jeunes, de salariés,
s'apprêtaient à défiler pour crier leur exigence de véritables mesures
anti-chômage. L'échec de la suite des discussions conforte notre décision»
Les autres dirigeants des centrales syndicales sont en effet restés jusqu'à la
fin de la réunion. Résultat : Nicolas Sarkozy, porte-parole du
gouvernement, annonce qu'avant le 31 mars un nouveau décret viendra préciser
les règles du "tutorat" et que les "partenaires sociaux"
auront à charge de discuter "du
champ des diplômes assimilables aux diplômes définis par la loi". Les
résultats des CIP seront appréciés le 30 juin 1995. Mais de plus la référence
au SMIC est supprimée : ce sera à 80 % du salaire de référence de
chaque branche que seront rémunérés les jeunes situés à bac + 2. "FO-Hebdo" du 9 mars a indiqué que "dans plus de la moitié des branches professionnelles de plus de
10 000 salariés les minima sont en-dessous du
SMIC". Les problèmes restaient les mêmes : dévalorisation
générale du "coût du travail", accroissement du chômage en
perspective pour ceux ne rentrant pas dans la catégorie des CIP, mise en cause
des diplômes et de leur caractère national.
manifestations à échéance et échelonnées
Les dirigeants FO, CFDT, CFTC décident de se réunir le
lendemain. Après avoir rencontré FO, qui soutiendra moralement, l'UNEF-ID appelle à "la
mobilisation (?) dans
les universités, les IUT et les lycées ainsi qu'à des manifestations le jeudi
10 mars". Réunis ce même jour 4 mars, les dirigeants de FO, de la
CFDT, de la CFTC souhaitent "faire
du jeudi 17 mars (on n'est pas pressé, NDLR) une journée de mobilisation décentralisée (sic) pour protester contre les décrets sur le
contrat d'insertion professionnelle". Le mot d'ordre de cette journée
sera "le retrait, dans les décrets,
de toutes dispositions pouvant conduire à un salaire amputé pour les
jeunes" (et non plus l'abrogation de ces décrets). La direction de la
CGT avait, dès décembre, projeté de faire du 12 mars
une "journée d'actions". L'UNEF-ID et l'UNEF-SE
appellent à y participer, et l'UNEF-ID appelle
également à participer à la journée "de
mobilisation décentralisée" du 17 mars. A l'évidence les directions
syndicales tentent de disloquer, d'enliser, de dissoudre, en provoquant un
sentiment d'impuissance, la volonté de combat pour l'abrogation des décrets
instituant les CIP. Mais au contraire, la tension, la volonté de combat se sont
intensifiées dans les IUT et surtout les lycées.
Les 8 et 9 mars, Michel Giraud rencontre à nouveau "les partenaires
sociaux" sauf les dirigeants de la CGT. Le 9, à la veille des
manifestations auxquelles l'UNEF-ID et l'UNEF-SE ont appelé, le gouvernement, qui sait que la
tension monte dans les lycées et les IUT, fait une nouvelle
"concession". A la sortie du Conseil des ministres, Michel Giraud
déclare :
«Le gouvernement propose d'ouvrir le champ de la rémunération niveau jeunes
diplômés à ceux qui ont suivi des études professionnelles techniques, notamment
aux titulaires d'un bac professionnel ou d'un certificat d'aptitude
professionnelle».
Mais il faudra que le diplôme soit en adéquation avec l'emploi occupé, sinon
les dispositions des deux décrets leur resteront intégralement
applicables.
les 10, 12 et 17 mars
Le 10 mars, ce sont des
dizaines de manifestations qui rassemblent des milliers — lorsque ce ne sont
pas des dizaines de milliers — de lycéens, de BIT, d'étudiants des IUT (de
nombreuses académies étaient pourtant encore en vacances : Grenoble, Lyon,
Montpellier, Rennes, Toulouse). "Libération" du 11 écrit :
«Alors que les jeunes manifestaient, plusieurs réunions se tenaient à l'hôtel
Matignon afin d'arrêter une position et des discussions avec les syndicats
réformistes (surtout la CFDT et FO).»
Le vendredi 11, les manifestations lycéennes se poursuivent en province.
Prévue de longue date, la manifestation "nationale" du 12 mars à
Paris appelée et organisée par la CGT "pour l'emploi, le logement et la
dignité", ne pouvait être que squelettique. La lutte des lycéens et des
étudiants des IUT lui a donné une certaine ampleur à Paris : 70 à
80 000 manifestants environ. En province, les manifestations (non
programmées à l'origine) ont été relativement importantes.
Au cours de la manifestation parisienne, Viannet a annoncé que la CGT appelait
aussi à manifester le 17 mars dans le cadre de la manifestation appelée et
organisée par les autres centrales. L'UNEF-SE, la FSU, d'autres organisations
ont immédiatement faite leur la déclaration de Viannet. Rapidement Blondel a
réagi en déclarant que la manifestation du 17 ne devait pas être transformée en
manifestation politique, qu'elle n'était pas contre le gouvernement mais contre
l'institution des CIP. Néanmoins, le lundi les responsables régionaux, de Paris
et de ses environs, des syndicats se sont réunis et ont publié le communiqué
commun suivant :
«Les organisations syndicales régionales CFDT, CFTC, FO, CGT, FEN, FSU, UNEF,
UNEF-ID se sont réunis le lundi 14 mars 1994 en vue d'organiser la
manifestation du 17 mars à Paris contre le SMIC-jeunes.
Compte tenu du refus de la préfecture de police du lieu initialement prévu à
Montparnasse, elles ont décidé que la manifestation partirait à 15 heures de la
place Denfert-Rochereau (le trajet est en cours de négociation). Elles
appellent les salariés, les jeunes et les étudiants à participer massivement à
cette manifestation pour en assurer le succès et obtenir le retrait des décrets.»
La revendication "retrait des décrets" était cette fois nettement
affirmée, mais aucun appel à une grève générale des travailleurs de la région
parisienne ne figurait dans l'appel et aucune organisation syndicale n'a lancé
un tel appel. C'était de facto réduire à sa plus simple expression la
participation des travailleurs à une manifestation dont l'heure de départ était
fixée à 15 heures.
Une lettre de Balladur "aux jeunes" publiée le 17 dans
"Libération" n'a fait que renforcer la volonté de combat des lycéens
et des étudiants des IUT, quand elle n'est pas passée inaperçue. La tentative
de disloquer, de liquider leur combat a échoué. Au contraire, ils se sont
saisis des appels à manifester le 17 mars pour se rassembler et réaliser de
véritables manifestations. La manifestation de Paris a regroupé relativement
moins de participants (40 000 environ) que celles de province. Dès les
premières heures de la matinée à Lyon, à Bastia, ailleurs, les lycéens se sont
regroupés et ont commencé à manifester. Des milliers et des milliers et parfois
des dizaines de milliers de jeunes ont déferlé dans la rue. Le lendemain dans
de multiples villes de province de nouvelles manifestations spontanées de
lycéens et d'étudiants se sont déroulées.
michel giraud évoque verdun
Le même jour Michel Giraud
adresse aux centrales syndicales, en même temps que trois autres projets de
décrets d'application de la "loi quinquennale (dite) pour l'emploi",
le projet du 3e décret concernant les CIP. Selon ce projet, en plus des modifications
indiquées plus haut, il sera spécifié que : 20 % du temps pendant
lequel seront employés les "bénéficiaires" du CIP devra être consacré
à la formation :
«(le) tuteur (sera) choisi en priorité parmi les
salariés en pré-retraite, (il) devra consigner sur un
carnet les progrès réalisés par le jeune CIP. Ce carnet doit être visé par
l'employeur et la direction départementale du travail qui conserve la
possibilité de dénoncer le contrat — si les conditions du tutorat ne sont pas
remplies» ("Libération"
du 20 mars).
En même temps qu'il annonçait le contenu du 3e décret, Michel Giraud invitait
pour le lundi 21 les dirigeants des centrales syndicales (sauf ceux de la CGT)
à une nouvelle "concertation", mais cette fois avec lui au ministère
du travail et les uns après les autres. Le samedi 20, veille du premier tour
des élections cantonales, dans une réunion électorale, Michel Giraud prononce
des paroles historico-héroïques :
«Cette semaine, cela a ressemblé un peu à Verdun et, comme à Verdun on ne passe
pas ! Trop c'est trop. J'ai passé ce matin une heure avec le Premier
ministre et nous en sommes convenus : ça suffit.»
le premier tour des élections cantonales
Les élections cantonales ne
sont pas la réplique des élections législatives. Trop d'influences locales
jouent pour qu'il y ait identité entre les deux. Et si déjà les élections
législatives sont une expression déformée des rapports entre les classes et des
rapports politiques, c'est bien pire des élections cantonales. Néanmoins elles
sont influencées par l'évolution de ces rapports. Les résultats du premier tour
(20 mars) des élections cantonales ont confirmé les majorités en voix aux
partis bourgeois et aux députés RPR-UDF qui sont sorties des élections
législatives de mars 1993. Au soir du 20 mars la satisfaction est manifeste du
côté du RPR et de l'UDF. Balladur déclare vers 20 heures :
C'est un premier tour qui montre que le mouvement de confiance des Français
envers la nouvelle majorité qu'ils ont élue au Parlement il y a un an, est un
mouvement qui se confirme, et l'on peut même dire qu'il est légèrement
supérieur à ce qu'il était il y a un an, ce qui montre que malgré les
difficultés du moment les Français ont le sentiment que la majorité et le
gouvernement font tout ce qui est dans leur pouvoir pour redresser le pays.
C'est difficile, peut-être plus difficile qu'on ne pouvait croire, mais nous
sommes encouragés par ce résultat. Nous avons, les uns et les autres, dit que
ce serait un test. Eh bien ! ce test est
fait : il me semble qu'il n'est pas défavorable.»
Balladur et les députés RPR-UDF ne tenaient pas compte de l'inertie politique
considérable de ce type d'élections. Le premier tour des élections cantonales
n'a pas enregistré le processus en cours dans la lutte des classes depuis
l'automne 1993, qui a pris une dimension considérable avec le mouvement des
enseignants, des travailleurs, des jeunes, lequel a culminé dans la
manifestation du 16 janvier et dont le mouvement des lycéens et des étudiants a
été un nouveau développement — or, ce processus est celui où la population
laborieuse et la jeunesse engagent le combat contre la politique du
gouvernement Balladur, gouvernement RPR-UDF, contre ce gouvernement. Un léger
reflet de cette situation est cependant apparu dans les résultats de ce premier
tour : la remontée électorale —limitée— du PS. Balladur et les députés du
RPR-UDF n'en ont fait aucun cas. Ils ont supputé les gains en sièges et en
présidences de Conseils généraux qu'ils obtiendraient, estimaient-ils, au
deuxième tour.
nouvelle "concertation"
Du même coup le gouvernement
Balladur s'est fait impérieux. Le lundi 21 les dirigeants des confédérations
syndicales se sont rendus docilement à la convocation de Michel Giraud — y
compris ceux de la CGT qui, non invités, ont demandé à être reçus. Selon
"Libération" du 22 :
«Les partenaires sociaux qui se sont succédés tout l'après-midi d'hier dans le
bureau du ministre du Travail, Michel Giraud, avaient sans doute tous en tête
les résultats du premier tour des élections cantonales… FO et la CFDT - tout en
contestant toujours le principe du SMIC-jeunes -
savent désormais que le gouvernement ne retirera pas son projet de décret. Dès
avant sa rencontre avec le ministres, Marc Blondel (FO) menaçait de
"claquer la porte" en rappelant les propos de Michel Giraud qui
prévenait que le gouvernement n'accepterait désormais plus aucune modification.
Ce qui ne l'empêcha pas, ni de rester dans le bureau du ministre sans
esclandre, ni d'adopter à la sortie un ton moins offensif que les jours
précédents : "les résultats des cantonales permettent au Premier
ministre de retirer sa copie dans que cela apparaisse un désaveu (…) Nous
allons demander à nos organisations de veiller à ce que les employeurs
n'utilisent pas ce mode de recrutement". Une manière habile de dire que la
parution du décret est imminente.»
Non ! "Une manière de dire" que le bureau confédéral FO
s'incline devant les décrets instituant les CIP. Le renvoi "à nos
organisations" n'est que du baratin.
D'ailleurs, "Libération" ajoute :
«A sa manière, Jean Masson (CFDT) a rendu compte de ce nouvel état des forces.
Car comment interpréter autrement que comme une acceptation des nouvelles
dispositions son propos à peine menaçant : "La CFDT utilisera tous
les moyens de pression au niveau des entreprises, y compris les débrayages si
nécessaire.»
Blondel n'a fait que redire, à peine sous une autre forme, la même chose. La
direction de la CGT n'ouvre aucune perspective.
publication du troisieme décret - réplique lycéenne et étudiante
Le lendemain le 3e décret est
publié au JO. Le gouvernement, fort de la politique des appareils syndicaux,
élève l'enjeu politique. Mal lui en prend. Dès le lundi, les manifestations de
lycéens et d'étudiants des IUT déferlent en de multiples villes de province.
Les mardi, mercredi, jeudi, les manifestations qui exigent l'abrogation des
décrets instituant les CIP se poursuivent. Sous la pression des étudiants des
IUT une nouvelle manifestation est programmée pour le vendredi 25 mars à Paris
à laquelle l'UNEF-ID et l'UNEF-SE
appellent et qui "bénéficie" du soutien très platonique des
directions de la CGT, de la CFDT, de la FSU et de l'ex-FEN. Ce jour-là, les
manifestations ont une ampleur nouvelle : 40 000 à Paris, 30 000
à Lyon, 15 000 à Toulouse, 12 000 à Lille, 10 000 à Grenoble et
à Montpellier, 8 000 à Marseille, à Saint-Étienne, à Nantes, 5 000 à
Nîmes et à Bordeaux, etc… Les manifestants revendiquent
aussi : le retour en France de deux jeunes Algériens expulsés le 23 mars
pour avoir participé à la manifestation du 21 à Lyon ; l'annulation des
condamnations prononcées et des poursuites intentées contre les manifestants
appréhendés par la police. Le gouvernement cherche une "issue". Comme
le révélera la presse "des contacts discrets sont pris avec l'UNEF-ID, l'UNEF-SE, les
"coordinations"". Le samedi 26 se tient une réunion des "organisations de lycéens, de la
coordination BTS-IUT, 22 délégués, venus de partout en France et 16
représentants des universités parisiennes, jusque là plutôt en retrait"
"("Libération" du 28 mars). Elle décide d'une manifestation
nationale à Paris le 31 mars, en laissant toutefois les villes de province
organiser leurs propres manifestations.
le deuxieme tour des élections cantonales
Dimanche 27, le second tour
des élections cantonales ne donne pas ce qu'en escomptaient le RPR, l'UDF et le
gouvernement : ils n'enlèvent pas les sièges et les présidences de
Conseils généraux espérés au premier tour. Fait politique important : les
voix obtenues au premier tour par les candidats du PCF se sont bien reportées
au deuxième tour sur les candidats du PS quand ceux-ci étaient arrivés, au
premier tour, en tête des candidats des deux partis et réciproquement. Ainsi
s'esquisse l'expression de l'aspiration, naissante, à ce que le PS et le PCF
réalisent le Front unique contre les partis bourgeois et le gouvernement
Balladur. A l'UDF et au RPR finis les visages réjouis du premier tour. La mine
blafarde, les poches aux yeux plus gonflées et le
double menton plus pendant encore que d'habitude, vers 20 H 15 Balladur prend
la parole à la radio et devant la télévision. En conclusion, il dit :
«Il est donc de ma responsabilité et de mon devoir en tant que chef de
gouvernement — et par là même responsable dans une certaine mesure de la
cohésion sociale et nationale — il est de ma responsabilité de répondre à
ce qui est un appel de la jeunesse. Tous ceux qui ont aujourd'hui vingt ans
n'ont jamais entendu parler que de crise depuis qu'ils sont au monde, et le
devoir de la société est de leur offrir un avenir. Pour cela il faut commencer
de rétablir le dialogue avec eux et examiner les différentes solutions
possibles. Je vais donc prendre dans les jours qui viennent des initiatives à
cet effet et je demande à tous les Français de bonne volonté, à l'immense
majorité des Français, de soutenir cet effort pour que la jeunesse ait un
avenir qui convienne à ses espérances.»
recul, poursuite du combat, capitulation
Le lendemain, Balladur réunit
à l'hôtel Matignon les représentants de la Fédération indépendante et démocratique
des lycéens (FIDL) que contrôlent les amis de Julien Dray (PS), de l'Union
nationale des lycéens (UNL) récemment créée à l'instigation de Balladur, l'UNEF-ID contrôlée par le PS (tendance pro-Rocard),
de l'UNEF-SE (créée par les staliniens en 1972 pour
casser l'UNEF), de la "coordination" de l'IUT-Paris,
de la "coordination" BTS Ile de France. La représentante de la FIDL
quitte, une heure après qu'elle ait commencé, la réunion et explique à la
presse :
«Nous avions trois revendications avant de discuter : retrait des CIP,
retour des deux Algériens expulsés, libération des jeunes interpellés pendant
les manifestations. C'est non pour les trois. On a dit au Premier ministre que
dans ce cas-là on s'en allait. Il n'a pas fait un geste, pas dit un mot. Il
nous a regardé partir.»
Les autres sont restés. Ils ne sont sortis qu'une heure et demie plus tard.
Vers 13 heures un communiqué de l'hôtel Matignon annonce que : les CIP
sont suspendus pour une semaine !!! ; la
réunion d'états généraux de la jeunesse ; la création d'une ANPE des
jeunes ; Michel Bon, président de l'ANPE, est chargé "de mettre sans tarder à l'examen la création d'un dispositif de
recherche d'emploi spécialement destiné aux jeunes".
"Libération" du 29 mars commente :
«Tous les représentants étudiants et lycéens saluent tour à tour le recul du
Premier ministre, se félicitent d'avoir obtenu une suspension du projet non pas
de deux mais d'une seule semaine. Mais tous maintiennent la manifestation de
jeudi puisqu'il n'y a pas de retrait. Seul Philippe Campinchi
de l'UNEF-ID parle de victoire et de "pas en
avant"».
Le mouvement s'étend parmi les étudiants qui dans certaines universités se
mettent en grève, ou votent pour que l'UNEF-ID et l'UNEF-SE appellent ensemble à la grève générale des
étudiants. L'exigence "abrogation des décrets" se renforce. Les
dirigeants de l'UNEF-ID, de l'UNEF-SE,
des "coordinations", font le maximum pour que le 31 il n'y ait pas
une manifestation nationale à Paris. Mais dans toutes les villes se préparent
des manifestations puissantes. La majorité RPR-UDF à l'Assemblée Nationale se
fissure.
Le 30 mars à 17 heures un
communiqué de Matignon est publié qui annonce l'abrogation des décrets instituants les CIP. A leur place un dispositif est mis
debout : les entreprises qui embaucheront les jeunes (qui étaient
concernés par les CIP) en leur signant un contrat de 18 mois bénéficieront
pendant les neuf premiers mois de ce contrat d'une contribution de 1 000
francs par mois. Si elles signent de tels contrats avant octobre 1994 la
contribution de l'État s'élèvera à 2 000 francs par mois. Les
manifestations du 31 sont maintenues. Ce sont des centaines de milliers de
lycéens qui, en des dizaines de villes, manifestent à nouveau.