Editorial de Combattre pour le Socialisme N°
47, 24 avril 1993.
Rapport politique sur la situation française, préparatoire à la VIIe Conférence (29-30-31 mai)
du Comité pour la construction du Parti Ouvrier Révolutionnaire, la construction de l’Internationale Révolutionnaire.
APRES LES ELECTIONS DES 21 ET 28 MARS, L'URGENCE :
FRONT UNIQUE
(PARTIS ET SYNDICATS)
CONTRE LE GOUVERNEMENT RPR‑UDF ET SA POLITIQUE
UNE
ETAPE POLITIQUE TERMINEE, UNE AUTRE COMMENCE
Les élections, à moins de se dérouler dans un pays où le
régime politique de domination de classe de la bourgeoisie est de nature
totalitaire, donnent une image des rapports politiques, des rapports entre les
classes dans le pays où elles ont lieu. Elles sont un des résultats de la lutte
des classes et un facteur plus ou moins important de son développement. Il en
est ainsi dans un système politique comme celui de la Ve République, comme dans
un système politique parlementaire. Tout simplement parce que la Ve République
n'a pu supprimer l'ensemble des libertés démocratiques compatibles avec la
domination de classe de la bourgeoisie, notamment le droit pour le prolétariat
de s'organiser, d'avoir ses organisations de classe (partis et syndicats), d'en
constituer de nouvelles, le droit d'être politiquement représenté dans des
assemblées telle l'Assemblée Nationale.
L'élection du président de la République confère à la Ve
République son caractère bonapartiste. C'est néanmoins un bonapartisme bâtard
qui ne peut se passer d'une couverture parlementaire, car il n'a pu détruire
les organisations ouvrières et les libertés démocratiques qui viennent d'être
évoquées. Ce que font de cela les partis et syndicats ouvriers, la politique
qu'ils pratiquent est une autre chose. Se situant sur le terrain de la défense
du régime capitaliste, de l'Etat bourgeois, ils s'adaptent à la forme politique
bonapartiste de la Ve République, la confortent et concourent à soumettre le
prolétariat, la jeunesse aux besoins de la bourgeoisie et au fonctionnement de
son système politique en place.
Les élections à l'Assemblée Nationale peuvent permettre au
prolétariat de se rassembler, d'affirmer sa puissance, de stimuler son combat
contre la bourgeoisie ou au contraire exprimer son désarroi politique, le faire
refluer, consolider le pouvoir bourgeois. Elles peuvent être à la fois un
aboutissant et un nouveau point de départ de la lutte des classes.
Comme il était prévisible, les élections des 21 et 28 mars
à l'Assemblée Nationale ont clos une étape politique en France: celle qui a
commencé le 10 mai 1981 avec l'élection de François Mitterrand, alors principal
dirigeant du PS, à la présidence de la République et avec l'élection à
l'Assemblée Nationale, les 14 et 21 juin 1981, d'une majorité de députés du PS
et du PCF. Une nouvelle étape commence. Son point de départ est marqué par
l'élection d'une majorité écrasante de députés du RPR et de l'UDF à l'Assemblée
Nationale. Pour apprécier ce tournant il est indispensable d'analyser les
résultats des élections des 21 et 28 mars 1993 en les comparant à ceux
d'élections précédentes et d'abord à ceux des élections des 5 et 12 juin 1988.
Pourquoi prendre d'abord comme point de comparaison celles de 1988 ? Tout
simplement parce que ce sont les dernières (ou plutôt maintenant les avant‑dernières)
de ce genre et, qui plus est, où le mode d'élection était également le scrutin
de circonscription majoritaire à deux tours. Il est également politiquement
intéressant de faire la comparaison entre les résultats des élections
législatives qui ont eu lieu les 14 et 21 juin 1981 et celles des 21 et 28 mars
1993, car les premières marquent le point de départ d'une étape politique en
France et les deuxièmes la fin de cette étape en même temps que le point de
départ d'une autre.
Pour établir ces comparaisons, les lecteurs de CPS
trouveront, à la suite de cet article, quatre tableaux. Le premier porte sur
les élections législatives de mars 1993 (1er tour), le second sur celles de
juin 1988 (1er tour) le troisième sur la comparaison entre le nombre de sièges
obtenus à l'issue du deuxième tour de 1988 et celui obtenu à l'issue du
deuxième tour de 1993, le quatrième sur les résultats des élections de juin
1981 (1er tour).
VICTOIRE
ELECTORALE DE LA BOURGEOISIE
On constate :
·
Le pourcentage des exprimés est plus important
en 1993 qu'il n'était en 1988 (+ 0,9 %). Or, des électeurs qui avaient voté PS
ou PCF en 1988 ont rejoint ceux qui s'étaient déjà abstenus en 1988. Il faut
donc qu'un contingent important d'abstentionnistes de 1988 ait voté en 1993
pour les partis bourgeois, bien que ce qui est qualifié d'EXG (extrême gauche)
ait gagné 1,41 % par rapport aux exprimés et 0,93 % par rapport aux inscrits. A
ce propos, il faut signaler que la loi sur le financement des partis permettait
à ceux qui présentaient un nombre de candidats suffisant de faire quelques
bénéfices, ce qui a favorisé le nombre de ces candidatures.
·
Au contraire de ce que prétendent les dirigeants
du PCF, ce parti continue à perdre : comparé à 1988 ‑ 2,14 % par rapport
aux exprimés et ‑ 1,29 % par rapport aux inscrits.
·
L'écrasante défaite du PS, comparé à 1988 : ‑
17,17 % par rapport aux exprimés et ‑ 10,9 % par rapport aux inscrits. Il
a donc perdu : 49,39 % de son électorat par rapport aux exprimés et 48,7 % par
rapport aux inscrits.
·
Ensemble, le PS et le PCF (partis ouvriers) et
ce qui est qualifié de "EXG" totalisaient en 1988 : 46,44 % des
suffrages exprimés et 29,89 % des inscrits. En 1993, ils ont totalisé 28,54 %
par rapport aux exprimés et 18,62 % par rapport aux inscrits. Soit une perte de
38,54 % de leurs voix par rapport aux exprimés et 37,7 % de leurs voix par rapport
aux inscrits.
·
L'ensemble des organisations et partis bourgeois
n'obtenait en 1988 que 53,41 % des exprimés et 34,41 % des inscrits. En 1993
cet ensemble obtient 71,38 % des exprimés et 44,57 % des inscrits. Soit une
progression de 33,64 % de leurs voix par rapport aux exprimés et 29,53 % par
rapport aux inscrits.
·
En 1988 le RPR + l'UDF + divers droite
totalisaient 40,51 % des exprimés et 26,09 % des inscrits. En 1993 ils
totalisent 44,18 % des exprimés et 28,85 % des inscrits. Soit une progression
de 3,67 % de leurs voix par rapport aux exprimés et 2,76 % par rapport aux
inscrits.
·
En 1988 l'ensemble RPR + UDF + divers droite +
FN + EXD obtenait 50,33 % des exprimés et 32,42 % des inscrits. En 1993 il
obtient 56,86 % des exprimés et 37,12 % des inscrits. Soit une progression de
6,53 % de ses voix par rapport aux exprimés et de 4,7 % par rapport aux
inscrits.
Les tableaux sont extrêmement clairs. Traduit en termes de
classe : recul considérable des partis d'origine ouvrière, avance importante
des partis bourgeois. "Les radicaux de gauche" constituent en effet
une organisation bourgeoise, c'est un des débris du parti radical qui a dirigé,
presque sans interruption, pendant 50 ans la IIIe République et a joué un rôle
important pendant la IVe République. Les "MAJ" (majorité
présidentielle) sont des "personnalités" faisant partie du personnel
politique de la bourgeoisie. Les "Génération Ecologie" et
"Verts" forment aussi des organisations politiques d'origine bourgeoise
dont le programme et la politique n'ont pas grand chose à envier à ceux du RPR
et de l'UDF et qui, éventuellement, étaient prêts à participer à un
gouvernement de ces deux partis.
Les forces politiques bourgeoises qui joueront un rôle
important dans la gestion des affaires de la bourgeoisie au cours de cette
législature ne se composent pas seulement du RPR et de l'UDF. A ceux‑ci
il faut ajouter le FN. Même s'il n'a pas appelé à voter au deuxième tour pour
la coalition RPR-UDF et n'a pas d'élus à l'Assemblée Nationale, politiquement
il aiguillonne la nouvelle majorité et peut devenir demain une composante d'un
possible regroupement situé à l'extrême droite des organisations et partis de
la bourgeoisie et en particulier de l'UDF et du RPR en cas de crise de ces
formations. A propos du Front National, il faut noter qu'il progresse dans
l'ensemble mais surtout dans les secteurs prolétariens où cohabitent Français
d'origine et immigrés.
Du nombre des abstentions, des bulletins blancs et nuls au
deuxième tour on ne peut pas tirer d'enseignements étant donné que le FN et les
écolos n'avaient généralement pas appelés à voter au deuxième tour. De plus,
dans la grande majorité des circonscriptions les élus du 2e tour étaient connus
dès le 1er tour.
DEFAITE
ECRASANTE DU PS ...
Aux élections de mars 1993, le Parti socialiste subit une
défaite écrasante. Toute la politique que le PS a pratiquée depuis 1981 ne
pouvait aboutir qu'à cette défaite. Le régime capitaliste est en crise ouverte
depuis 1974‑75. L'électorat prolétarien, la jeunesse, ont élu Mitterrand
président de la République, une majorité écrasante de députés du PS et du PCF
dans l'espoir qu'ils en finiraient avec la crise et satisferaient leurs
revendications, répondraient à leurs aspirations. Mais comme l'impliquaient les
110 propositions de Mitterrand sur lesquelles il s'était fait élire ‑
lui, le PS et aussi le PCF se sont toujours situés sur le terrain de la défense
du régime capitaliste en crise. Dès lors, d'autant plus que l'impérialisme
français est un impérialisme décadent, ils ne pouvaient pratiquer qu'une
politique faisant supporter aux masses laborieuses, à la jeunesse, tout le
poids de cette crise, de cette décadence. La composition du premier
gouvernement, que Mitterrand a formé, a affirmé cette orientation. Le
gouvernement Mitterrand‑Mauroy‑Fiterman-Crépeau était un
gouvernement de "l'Union de la gauche", c'est‑à‑dire de
type Front Populaire. La présence des "radicaux de gauche" dans ce
gouvernement signifiait qu'il se situerait dans le cadre de la société et de
l'Etat bourgeois.
Les diverses élections qui ont suivi celles de 1981 ont
montré que le prolétariat et la jeunesse désavouaient cette politique. Les
élections à l'Assemblée Nationale de mars 1986 ont exprimé ce rejet mais encore
de façon limitée. Et, grâce à la modification de la loi électorale qui a établi
la représentation proportionnelle selon le nombre de voix recueillies par
chaque formation (sur le plan départemental et avec beaucoup de limitations),
le PS a limité ses pertes en voix et surtout en sièges. Cependant le RPR et l'UDF
ont reconquis la majorité à l'Assemblée Nationale, Mitterrand a confié à Chirac
le soin de former et de diriger le nouveau gouvernement. L'offensive contre la
population laborieuse et la jeunesse s'est accentuée brutalement. A
l'Université le projet de loi Devaquet l'a concrétisé.
La mobilisation des étudiants, le Front Unique qu'ils ont
imposé à leurs organisations, la façon dont ils ont organisé leur combat, la
ligne politique sur laquelle ils l'ont développé ‑contre le gouvernement
et sa majorité, manifestations à l'Assemblée Nationale ‑ l'écho que ce
combat a eu parmi le corps enseignant et toute la classe ouvrière, la crainte
que les enseignants contraignent la FEN à appeler à la grève générale, la peur
panique, qu'à la suite de l'appel de la direction de la lutte des étudiants aux
confédérations syndicales ouvrières, la classe ouvrière rejoigne les étudiants
dans le combat, ont obligé le gouvernement Chirac à capituler en annulant le
projet de loi Devaquet.
La défaite politique qu'a subi, en novembre‑décembre
1986, le gouvernement Chirac a fait rebondir, en quelque sorte, la majorité de
mai‑juin 1981. Le 8 mai 1988 Mitterrand est réélu président de la
République. Il est contraint sous la pression du PS de dissoudre l'Assemblée
Nationale élue en 1986 alors qu'il voulait gouverner avec elle. Il déclare
qu'il ne serait pas bon qu'un seul parti (lire le PS) ait la majorité absolue
en sièges, mais à eux deux, le PS et le PCF l'ont obtenue. (A noter que le RPR
et l'UDF ont rétabli en 1986 le scrutin de circonscription majoritaire à deux
tours). Clarifiant un peu plus sa politique Mitterrand se prononce pour
"l'ouverture au centre". Le "centre" ne répond pas à son
appel, sauf quelques ..personnalités", les
Durafour, Durieux, Soisson et autres, ce qui affirme encore plus la nature
bourgeoise des gouvernements que Mitterrand a formés depuis 1988, gouvernements
que le PS a dirigés, qui ont été couverts par les députés du PCF, comme par la
pratique des appareils syndicaux. Bien entendu la crise du régime capitaliste
et la décadence de l'impérialisme français s'aggravant, l'offensive tous
azimuts contre le prolétariat et la jeunesse s'est poursuivie et amplifiée.
Les besoins et aspirations des masses, base électorale du
PS, et la politique suivie par Mitterrand, les gouvernements qu'il a formés,
lesquels ont été dirigés par le PS et couverts par ses députés, étaient
antagonistes. De là la défaite électorale que vient de subir le PS.
Mais si le PCF limite ses pertes par rapport à 1988, elles
sont considérables par rapport à 1981 (et plus encore par rapport à de
précédentes élections). Pour lui aussi c'est une défaite. Les causes en sont
plus complexes. Parmi elles la dislocation de la bureaucratie du Kremlin, des
bureaucraties satellites, de son appareil international. Mais la politique de
soutien ouvert ou masqué des gouvernements que Mitterrand a constitués a été
une des causes, et pas la moins importante, de la défaite que le PCF a subie.
...
ET DU PROLETARIAT ET DE LA JEUNESSE
Pourtant, se limiter à cette analyse serait rester à la surface des événements, car ces défaites du PS
et du PCF sont aussi, dans les conditions où elles se sont produites, des
défaites de la classe ouvrière, de la population laborieuse, de la jeunesse. Le
gouvernement que Balladur dirige est un gouvernement ultra-réactionnaire, de
plus aiguillonné par le FN. Pour ne pas le voir il faut être, réellement ou
volontairement, politiquement myope. C'est le gouvernement dont la bourgeoisie
a besoin dans les circonstances économiques et politiques actuelles. Il prend
le pouvoir parce que le PS et le PCF ont, une fois de plus, réussi à faire
refluer le prolétariat et la jeunesse. Maintenant le capital doit et peut aller
beaucoup plus loin dans les attaques contre eux. Le gouvernement RPR‑UDF
aiguillonné par le FN est le gouvernement apte à faire faire un saut qualitatif
à l'offensive contre la classe ouvrière, la population laborieuse, la jeunesse.
Dire cela ce n'est pas blanchir Mitterrand, le PS, le PCF, les appareils
syndicaux, mais apprécier à leur juste mesure les résultats et les conséquences
des élections de mars 1993.
C'EST
DANS LA NATURE DU PS, DU PCF, DES APPAREILS SYNDICAUX
La véritable question est : pourquoi Mitterrand, le PS, le
PCF ont‑ils pu appliquer leur politique ? Pourquoi ont‑ils pu
contenir et faire refluer le prolétariat et la jeunesse ? Le premier élément de
réponse c'est que les dirigeants des organisations syndicales ouvrières ont
joué le rôle de courroies de transmission de cette politique. Ils ont pris
place dans tous les organismes de "participation" où était élaborée,
discutée, mise en place et en oeuvre la politique gouvernementale de
"gestion honnête et loyale" de la société et de l'Etat bourgeois.
Leur premier devoir aurait été de rompre tout lien avec une politique et un gouvernement
de défense du capitalisme en crise et d'un impérialisme décadent, donc de
rompre avec la .participation", de quitter tous les organismes où celle‑ci
se concrétise. Ils avaient à réaliser le Front Unique afin d'engager le combat
pour les revendications de la classe ouvrière, contre ce gouvernement et sa
politique, donc contre le patronat. Conformément à leur politique
participationniste, ils ont saboté toute lutte efficace (fausses grèves
générales, grèves tournantes, actions bidons et folkloriques, manifestations
vidées de contenu, détournées d'objectifs réels) comme en auraient eu des
manifestations massives à l'Assemblée Nationale pour imposer aux députés du PS
et du PCF qu'ils décident de constituer un gouvernement sans ministres
bourgeois, qui satisfasse les revendications des travailleurs dont ils étaient
les élus.
Que le PS et le PCF, les appareils syndicaux pratiquent
cette politique est dans leur nature. Ils ont fait depuis 1981 ce qu'ils font
depuis des décennies en des circonstances semblables : défendre la société
et l'Etat bourgeois, se porter au secours de la bourgeoisie lorsqu'elle est en
crise et que le mouvement des masses la menace. Pour le savoir il suffit de se
souvenir de 1936 et du Front Populaire, de 1944‑45 et de "l'Union
sacrée" derrière De Gaulle, de 1946‑1947 et du tripartisme (MRP-SFIO‑PCF),
du "produire d'abord", de "la grève est l'arme de classe des
trusts", de "la bataille de la production" chers à Thorez,
Frachon, Bothereau et autres.
Pour le savoir il suffit de ne pas avoir la mémoire courte . Ces partis, ces appareils ont couvert deux guerres
impérialistes mondiales, d'innombrables guerres impérialistes
"locales", des expéditions, des interventions coloniales. La social-démocratie
a écrasé la révolution allemande. Elle a, entre autres crimes, fait assassiner
Rosa Luxembourg et Karl Liebneckt. Les PC ont applaudi aux crimes de la
bureaucratie du Kremlin exterminant la génération des révolutionnaires
d'octobre 1917 en Russie, à bien d'autres crimes et répressions. Ils y ont
participé.
Dès 1914, Lénine déclarait que la IIe Internationale et
ses partis étaient morts pour la révolution prolétarienne, que chaque parti
social‑démocrate (ou socialiste) était devenu un agent de la bourgeoisie
de son pays. Il en concluait que, dès lors, il fallait construire la IIIe
Internationale. En 1933 c'était Trotsky qui constatait que le Parti Communiste
Allemand avait capitulé devant Hitler, que la politique du social‑fascisme
selon laquelle "la social démocratie était la soeur jumelle du fascisme",
dictée par la bureaucratie du Kremlin, avait préparé cette capitulation,
qu'aucun parti de l'Internationale Communiste n'avait réagi contre cette
politique. Il en concluait : l'Internationale Communiste est définitivement
passée du côté de la défense, à l'échelle internationale, de l'ordre bourgeois,
il faut construire la IVe Internationale.
L'ALTERNATIVE
Il ne fallait donc rien attendre d'autre de Mitterrand, du
PS, du PCF, des appareils syndicaux que la politique qu'ils ont appliquée.
L'intérêt de ce que Giscard d'Estaing ait été battu électoralement et que
Mitterrand ait été élu président de la République, que la majorité RPR‑UDF
à l'Assemblée Nationale ait été battue et qu'ait été élue une majorité de
députés du PS et du PCF résidait en ceci : ainsi s'exprimait électoralement la
mobilisation politique de la classe ouvrière, de la population laborieuse, de
la jeunesse. L'objectif originel et essentiel de la Ve République était de
briser, de détruire le mouvement ouvrier, partis et syndicats ; les masses
utilisant les moyens électoraux que la Ve République devait tolérer, élisaient
président de la République le principal dirigeant du Parti socialiste et une
majorité écrasante de députés membres, du PS et du PCF à l'Assemblée Nationale.
Comme toujours elles utilisaient leurs organisations traditionnelles et les
moyens politiques dont elles disposaient pour déboucher sur le terrain
politique et poser la question du gouvernement, du pouvoir. C'était en cela que
consistait l'avancée, la victoire politique remportée sur la bourgeoisie. Le
plomb n'était pas pour autant transformé en or, les partis ouvriers liés à la
bourgeoisie (partis ouvriers bourgeois) et défendant l'ordre et l'Etat
bourgeois en partis ouvriers révolutionnaires. Dès lors l'alternative devenait
ainsi que le numéro 45 de CPS, daté du 5 décembre 1992, l'a écrit:
« Première possibilité ‑ L'existence
d'une majorité de députés du PS et du PCF servait de point d'appui à une
mobilisation des masses exigeant, par leurs propres moyens et méthodes, de
cette majorité qu'elle rompe avec la bourgeoisie, qu'elle se déclare
souveraine, qu'elle décide de former un gouvernement sans ministres membres
d'organisations et de partis bourgeois. Cette mobilisation pouvait commencer,
par exemple, par une gigantesque manifestation nationale à l'Assemblée
Nationale, à laquelle auraient appelé et qu'auraient organisé les centrales,
les fédérations syndicales ouvrières, en vue d'imposer aux députés du PS et du
PCF qu'ils prennent cette décision sans se soucier de la légalité de la Ve
République.
Deuxième possibilité ‑ (Inéluctable si la
première n'est pas réalisée) : le retour au pouvoir du RPR et de l'UDF avec
tout ce que cela signifie.
Pour formuler plus précisément ou
l'engagement d'un processus révolutionnaire ou une défaite politique de la
classe ouvrière dont l'ampleur ne peut être mesurée a priori. ».
En 1988 la réélection de Mitterrand à la présidence de la
République, d'une majorité PS‑PCF à l'Assemblée Nationale, (après
l'intermède de 1986‑88, la formation du gouvernement Chirac et la défaite
politique que lui ont infligée les étudiants en l'obligeant à annuler le projet
de loi Devaquet) a revivifié cette alternative.
Mais le PS, le PCF, les appareils des organisations syndicales et aussi les pseudo‑organisations trotskystes ont réussi à bloquer la classe ouvrière, la population laborieuse, la jeunesse, à les empêcher d'engager ce combat et de le mener jusqu'au bout. Inéluctablement la deuxième variante de l'alternative devait se réaliser.
« DES LE PREMIER
TOUR VOTEZ MITTERRAND » ‑ (LA DIRECTION DE L'OCI)
De
"Lutte ouvrière" il n'y avait rien à espérer. C'est une secte
populiste qui se réclame frauduleusement de Trotsky. Son ancêtre politique et
organisationnel s'est prononcé contre la proclamation de la IVe Internationale,
contre le programme de transition. Elle s'oppose à la politique de Front
Unique.
Dès son origine la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR)
a été une organisation révisionniste pro‑stalinienne, se réclamant de la
IVe Internationale, mais ayant répudié son programme et qui était suiviste, dès
sa conclusion, de "l'Union de la gauche", jadis activiste. Rien non
plus à attendre d'elle.
Ce n'était pas le cas de l'Organisation Communiste
Internationaliste (OCI). Elle combattait contre le révisionnisme destructeur et
liquidateur de la IVe Internationale, pour la reconstruction de la IVe
Internationale. Elle se réclamait de son programme et se prononçait pour le
Front Unique des organisations ouvrières (parfis et syndicats). Tout au moins
officiellement. Mais cette organisation a développé une politique opportuniste.
Elle s'est gangrenée politiquement et matériellement et a été infectée à son
tour par le révisionnisme. En décembre 1981 elle rassemblait suffisamment de
force pour prétendre devenir un Parti jouant un rôle national et ayant une
influence de masse. C'est pourquoi elle s'est transformée en Parti Communiste
Internationaliste. Mais ce parti, sur la ligne que sa direction lui a imprimée
a disparu. En novembre 1991 il s'est dissout dans un prétendu "Parti des
Travailleurs", instrument politique que, manifestement, l'appareil de la
confédération FO manipule.
Quelques moments importants de cette dégénérescence. La
direction de l'OCI a fait fi de ce que Trotsky écrivait en 1932 à propos de
l'élection à la présidence de la République allemande. Comme c'est le cas en
France depuis 1962, en application de la constitution de Weimar, cette élection
avait lieu sur deux tours au suffrage universel. En Allemagne en 1932, la
situation politique était dramatique : Hitler et ses hordes étaient aux portes
du pouvoir. S'il est un pays où la question du Front Unique des organisations
ouvrières a été, à un moment donné, d'une urgence absolue, c'est bien en
Allemagne en 1932. S'il est un pays à propos duquel Trotsky et les trotskystes
ont combattu pour le Front Unique des organisations ouvrières afin de combattre
la montée hitlérienne, c'est bien l'Allemagne du début des années 30. Sous le
prétexte de travailler à la réalisation de ce Front Unique, en l'occurrence du Front
Unique entre le SPD et le PCA, certaines organisations naviguant entre ces deux
partis, frottées légèrement de "trotskysme" proposèrent de militer
pour une candidature unique SPD‑PCA. Voici ce que Trotsky répondit :
« L'idée de faire proposer le candidat à la
présidence par le Front Unique ouvrier est une idée radicalement erronée. On
peut proposer un candidat seulement sur la base d un programme défini. Le parti
n'a pas le droit de se refuser, au cours de l'élection, à la mobilisation de
ses adhérents et au dénombrement de ses propres forces. La candidature du
parti, opposée à toutes les autres candidatures, ne saurait empêcher en aucun
cas l'accord avec les autres organisations pour les buts immédiats de la
lutte ».
Imitant les groupes semi‑staliniens, semi‑social‑démocrates
de l'Allemagne de 1932, dont le langage à propos du Front Unique était teinté
de "trotskysme", la direction de l'OCI décida en 1981 d'appeler à
voter dès le premier tour pour Mitterrand et de faire campagne pour qu'il
devienne, dès ce premier tour, le candidat unique des organisations ouvrières,
cela sous prétexte qu'il fallait "battre Giscard". C'était faire
preuve d'un opportunisme foncier. L'OCI aurait dû au contraire tenter de
présenter son propre candidat pour qu'il déploie le drapeau de la IVe
Internationale, qu'il défende son programme et la politique de l'OCI, laquelle
devait être orientée sur l'axe de la lutte pour un gouvernement ouvrier. Cette
politique devait inclure : au premier tour il est normal que les organisations et
partis ouvriers présentent chacun leur candidat lequel défendra le programme,
la politique de la formation qui le présente ; mais dès ce premier tour chacun
de ces candidats doit appeler la population laborieuse, la jeunesse à voter
massivement au deuxième tour pour le candidat de la formation ouvrière arrivée
au premier tour en tête des candidats des organisations et partis ouvriers ; au
deuxième tour il faut battre le candidat des organisations et partis bourgeois
restant en lice, vraisemblablement Giscard.
Il était possible que, compte tenu des conditions
restrictives incluses dans la loi sur le droit de présenter des candidats aux
élections à la présidence de la République, l'OCI n'ait pas pu en présenter un
en 1981. L'orientation de l'OCI ne devait pas pour autant varier sur le fond.
Elle devait dire: la loi empêche l'OCI de présenter son propre candidat à
l'élection présidentielle ; dans ces conditions elle appelle à voter au premier
tour pour le candidat de l'organisation, du parti ouvrier de votre choix ;
exigez de lui qu'il s'engage, dès le premier tour, à appeler à voter au
deuxième tour pour le candidat des formations ouvrières arrivé en tête au
premier tour ; au deuxième tour il faut battre le candidat des organisations et
partis bourgeois restant en lice, vraisemblablement Giscard.
En même temps l'OCI aurait dû mener une campagne
politique, aussi intensive que le lui permettait ses moyens, exposant son
programme et sa politique, caractérisant pour ce qu'elles étaient les 110
propositions de Mitterrand, sa politique et celle du PS, la politique du PCF,
comme celles d'autres formations se réclamant de la classe ouvrière, voire du
"trotskysme". L'axe de la politique de l'OCI aurait dû être: rupture
avec la bourgeoisie, Front Unique des organisations ouvrières (partis et
syndicats), pour un gouvernement du PS et du PCF sans ministres bourgeois, dans
la perspective d'un authentique gouvernement véritablement ouvrier.
En prenant la position qu'elle a prise la direction de
l'OCI a couvert la politique bourgeoise de Mitterrand
et du PS. Elle a roulé pour eux. Ensuite l'OCI (puis le PCI) a pratiqué une
politique de "soutien critique" au gouvernement Mitterrand-Mauroy‑Fiterman‑Crépeau,
gouvernement de "l'Union de la gauche". Le prétexte invoqué ?
"Les masses considèrent ce gouvernement comme étant leur
gouvernement". Ce qui était faux. Mais à supposer que cela eût été vrai,
il fallait d'autant plus lancer les mots d'ordre: députés du PS et du PCF, vous
avez la majorité à l'Assemblée Nationale ; rompez avec la bourgeoisie ;
déclarez que vous êtes souverains ; constituez un gouvernement sans ministres
représentants des organisations et des partis bourgeois, ou membre du personnel
politique de la bourgeoisie. C'est la condition première, bien qu'insuffisante,
pour que vous formiez un gouvernement qui ré‑ponde positivement aux
besoins et aspirations du prolétariat et de la jeunesse. Sur ces mots d'ordre
toute une politique, se servant comme d'un levier de l'existence d'une majorité
de députés du PS et du PCF pour la mobilisation des masses, pour leur ouvrir la
voie de la submersion et du dépassement du PS et du PCF vers un authentique
gouvernement ouvrier, pouvait être mise en oeuvre. Elle se serait située sur
l'orientation : «On ne peut aller de l'avant si l'on craint d'aller vers le
socialisme».
A
LA GAUCHE DE « L'UNION DE LA GAUCHE »
En décembre 1981, au terme de son XXVIe congrès, l'OCI
avait décidé de reprendre l'appellation de "Parti Communiste
Internationaliste" (PCI). Les conditions pour la construction d'un
authentique parti ouvrier révolutionnaire étaient en effet réunies ‑
l'OCI avait organisé une force militante suffisante, la situation politique le
permettait ‑ Encore fallait‑il appliquer une orientation politique
qui ouvre une issue à la classe ouvrière à partir des conditions politiques
existantes. Il fallait tout simplement être fidèle au programme de transition
"l'agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale" dont
formellement l'OCI devenue PCI se réclamait.
« La tâche centrale de la IVe Internationale
consiste à affranchir le prolétariat de la vieille direction. dont le conservatisme se trouve en contradiction complète
avec la situation catastrophique du capitalisme à son déclin et constitue le
principal obstacle au progrès historique. L'accusation capitale que la IVe
Internationale lance contre les organisations traditionnelles du prolétariat,
c'est qu'elles ne veulent pas se séparer du demi‑cadavre politique de la
bourgeoisie.
Dans ces conditions, la revendication adressée
systématiquement à la vieille direction : « Rompez avec la bourgeoisie. prenez le pouvoir ! » est un instrument
extrêmement important pour dévoiler le caractère traître des partis et organisations
de la IIe et de la IIIe Internationales, ainsi que de l'internationale
d'Amsterdam.
Le mot
d'ordre de ‑ gouvernement ouvrier et paysan ‑ est employé par nous uniquement dans le sens qu'il
avait en 1917 dans la bouche des
bolcheviks, c'est‑à‑dire comme un mot d'ordre antibourgeois et anti-capitaliste, mais en aucun cas dans le
sens. ‑ democratique » que lui ont donné plus tard les épigones. faisant de lui, alors qu'il était une étape vers la révolution socialiste, la
principale barrière dans cette voie
De tous les partis et organisations qui s'appuient sur
les ouvriers et les paysans et parlent en leur nom, nous exigeons qu'ils
rompent politiquement avec la bourgeoisie et entrent dans la voie de la lutte
pour le gouvernement ouvrier et paysan. Dans cette voie, nous leur promettons
un soutien complet contre la réaction capitaliste. En même temps, nous
déployons une agitation inlassable autour des revendications transitoires qui
devraient, à notre avis, constituer le programme du « gouvernement
ouvrier et paysan ».
La création
d'un tel gouvernement par les organisations ouvrières traditionnelles est‑elle
possible ? L'expérience antérieure nous montre, comme nous l'avons déjà dit. que c'est pour le moins peu vraisemblable. »
(Programme de Transition)
Mais en mai‑juin 1982, alors que le gouvernement de
"l'Union de la gauche" s'engageait ouvertement dans la politique
"d'austérité", l'orientation de la direction du PCI était synthétisée
en un titre d'"Informations ouvrières" : "Le gouvernement à la
croisée des chemins". Comme si un gouvernement bourgeois, comprenant des
représentants d'organisations politiques bourgeoises, des
"personnalités" membres du personnel politique de la bourgeoisie
pouvait s'engager sur un autre chemin que celui de la défense des intérêts de
la bourgeoisie. Le 2 décembre 1983, encore, la direction du PCI organisait un
meeting au chapiteau Balard à Paris. La banderole dominant la tribune, résumant
sa politique, proclamait :
CONTINUER AINSI NOUS CONDUIRAIT TOUS A LA RUINE
FRONT COMMUN POUR FAIRE ABOUTIR LES REFORMES INDISPENSABLES
Le "continuer ainsi" faisait évidemment
référence au gouvernement de "l'Union de la gauche". Pas question de
rupture avec la bourgeoisie, de gouvernement sans ministres bourgeois, de
gouvernement de Front Unique du PS et du PCF. Derrière cette formule il y avait
toujours l'idée que le gouvernement était à "la croisée des chemins".
"Nous conduirait tous à la ruine". Qui "tous" ? Et de
quelle "ruine" s'agissait‑il ? Quel était donc ce mystérieux
"Front commun" substitué au Front unique des organisations ouvrières
(partis et syndicats) ? Pour "aboutir" à quoi ? Aux "réformes
indispensables" ? Quelles "réformes" ? De plus de simples
"réformes" auraient donc suffi alors que pour en finir avec la crise,
satisfaire les revendications du prolétariat et de la jeunesse, répondre à
leurs besoins et aspirations, il est "indispensable" de détruire
l'Etat bourgeois, de constituer l'Etat ouvrier, d'exproprier de la possession
des moyens de production et d'échange la bourgeoisie, d'établir et de réaliser
sous contrôle ouvrier un plan de production.
DE
LA "LIGNE DE LA DEMOCRATIE" A LA LIQUIDATION DU PCI
Cette politique a saboté les possibilités de construire un
véritable Parti Ouvrier Révolutionnaire jouant un rôle national et profondément
implanté dans le prolétariat et la jeunesse. Le PCI a stagné, puis rapidement
il a reculé. C'est alors que les dirigeants du PCI ont eu une révélation. Une
nouvelle terre promise leur est apparue "la démocratie". Nouveaux
prophètes ils ont prêché un nouvel évangile : "la ligne de la
démocratie". Au combat pour le gouvernement ouvrier ils ont substitué le
mirage d'une démocratie et d'un parlementarisme "pur" : la
"Constituante souveraine" qui «établira la démocratie dont le peuple
définira la forme et le contenu». Voilà l'objectif.
Les sources de l'inspiration des nouveaux prophètes
n'étaient malheureusement pas très "pures". Les nouveaux croisés
exprimaient le rêve de l'appareil de FO : revenir à la belle période de la IVe
République. Bien qu'à défaut il s'accommode de la Ve République, pour peu que
ses gouvernements aient besoin des appareils bureaucratiques et leur laissent
un espace. A la vérité, les dirigeants du PCI, sous une nouvelle appellation, pratiquent
une vieille politique, celle que pratiquent depuis longtemps les dirigeants
d'organisations ouvrières lorsqu'ils s'adaptent à la société bourgeoise, à
l'Etat bourgeois.
La "ligne de la démocratie" devait
nécessairement s'accompagner d'une pratique liquidatrice du PCI. Au 28e congrès
(Pâques 1984), sa direction l'épurait des opposants à cette orientation. La
même année, elle fondait un "Mouvement pour un Parti des
Travailleurs". Il lui fallut attendre novembre 1991 pour proclamer ce soi‑disant
parti et dissoudre le PCI. Le prétendu "Parti des travailleurs" est
dirigé de facto par une poignée de membres de l'appareil FO dont certains sont
en semi‑retraite, et par quelques dirigeants de l'ex‑PCI. Ses
troupes se réduisent, pour l'essentiel, à ce qu'il reste de militants de ce
parti désormais dissout. Depuis près de dix ans, les partisans de la
constitution du "PT" présentent des candidats aux diverses élections.
Aux élections de mars 1993 à l'Assemblée Nationale, le « PT » a présenté
75 candidats. Les résultats sont accablants : dans l'ensemble des
circonscriptions où le PT a présenté des candidats, il obtient 1,37 % des
suffrages exprimés et 0,88 % des inscrits. Cela veut dire qu'après dix ans
de militantisme pour "le Parti de la démocratie", ce "parti"
n'a aucune réalité et influence à l'échelle nationale et cela à un moment où,
par suite de la politique de défense du régime capitaliste en crise, c'est par
millions et par millions que les électeurs des années 1981 et 1988 du PS et du
PCF ont cessé de voter pour eux, c'est par dizaines de milliers que des
militants de ces partis les ont quittés.
Le drame de cette affaire est que la seule organisation
qui pouvait ouvrir une perspective politique au prolétariat et à la jeunesse a
dégénéré et qu'elle a, au contraire, contribué à leur boucher tout horizon.
Jusqu'en 1984 environ, la direction du PCI s'est comportée en "aile
gauche" de "l'Union de la gauche" et de son gouvernement.
Adoptant officiellement "la ligne de la démocratie", elle l'a
entrecroisée d'ultra‑gauchisme, tout en refusant, par exemple, de mener
campagne pour qu'en Front Unique les organisations syndicales appellent à une
gigantesque manifestation à l'Assemblée Nationale et l'organisent. Ainsi elle a
pris en charge des "manifestations" que seul le Front unique des
centrales syndicales pouvait organiser efficacement, tout en les dévoyant quant
à leurs objectifs. Ou encore elle a refusé d'appeler à voter au deuxième tour
d'élections, pour le PS ou le PCF contre les partis bourgeois : mettant ainsi
un signe égal entre le PS, le PCF et l'UDF, le RPR, le FN.
En conséquence. il n'existe pas aujourd'hui de pôle
politique auquel de jeunes travailleurs et étudiants, de véritables militants
ouvriers ayant rompu avec le PS et le PCF, puissent se rallier; la méfiance à
l'égard de toute organisation politique s'est considérablement accrue. Les
élections de mars à l'Assemblée Nationale en témoignent : par millions,
travailleurs et jeunes ayant la sensation d'être devant un vide politique se
sont abstenus ou ont voté blanc ou nul.
Si depuis 1981 le PCI avait combattu sur la ligne de la
rupture avec la bourgeoisie, du Front Unique des partis ouvriers, d'un
gouvernement PS‑PCF sans ministres représentants de la bourgeoisie, s'il
avait ouvert la voie vers la constitution d'un gouvernement ouvrier, les
rapports politiques ne seraient pas ce qu'ils sont aujourd'hui. Il suffît de se
rendre compte ce qu'aurait signifié qu'un Parti ouvrier révolutionnaire
obtienne seulement de 5 à 7 % des voix à ces élections pour comprendre que tous
les rapports politiques à l'intérieur du prolétariat et de la jeunesse auraient
été bouleversés. Alors la défaite du PS n'aurait pas été une défaite pour la
classe ouvrière car un tel pourcentage aurait signifié qu'un Parti Ouvrier
Révolutionnaire se construisait, gagnait une influence de masse et qu'il
ouvrait une issue au prolétariat et à la jeunesse. A son tour ce résultat
aurait donné une puissante impulsion à cette construction et directement à la
lutte de classe du prolétariat.
RENFORCER
L'ETAT BOURGEOIS
Selon "Libération" du 9 avril, le 8 avril, dans
l'exposé de sa politique à l'Assemblée Nationale, le nouveau premier ministre
Edouard Balladur « a soigneusement poli la plateforme de gouvernement
de sa majorité ‑ qui déjà offrait peu d'aspérité ‑pour en offrir au
peuple de droite et de gauche une version lisse et parfaitement ronde. Rien ne
dépasse, ni en creux, ni en bosse ». Et d'affirmer qu'elle ne contient
rien de vraiment neuf dans ses axes fondamentaux. « Ni l'Europe, ni le
mariage franc‑mark auquel il tient, ni la nécessité de moderniser
l'économie du pays, ni la promesse de "sauver" les systèmes de
protections sociale, ni la lutte contre le chômage, ni l'appel à la raison des
Français qui, depuis-longtemps‑ont-compris‑que‑les‑miracles‑n'existent‑pas,
ni l'annonce de quelques sacrifices exigés dont les plus défavorisés seraient
évidemment exclus, ni l'éducation dont l'énoncé des grands principes qui
régissent sa réforme est exactement le même qu'il y a trois semaines. A écouter
Edouard Balladur, Marguerite Duras n'a pu qu'être confortée dans son idée : à
tout prendre le meilleur Premier ministre de la nouvelle majorité de droite
aurait été Pierre Bérégovoy ».
"Libération" s'efforce de banaliser la politique
que Balladur veut appliquer, les conséquences du changement de majorité et de
gouvernement. Certes, Balladur va à la messe et prouve qu'il est capable de la
dire. Onctueux ainsi qu'un chanoine, il enveloppe son propos comme un jésuite.
Mais la forme n'enlève rien à la brutalité réactionnaire de la politique qu'il
entend mettre en oeuvre.
‑ Renforcement de l'Etat. « Pour
mieux assurer l'indépendance de la justice, une réforme du Conseil Supérieur de
la magistrature vous sera proposée. Sa composition, les règles de son
fonctionnement, sa compétence seront modifiées, afin de mettre la carrière des
magistrats à l'abri des pressions politiques, d'où qu'elles viennent ». La
"justice" en soi cela n'existe pas. La "justice" est
toujours une justice de classe. Renforcer "l'indépendance" de la magistrature,
c'est renforcer cet ordre, organe de la justice bourgeoise. Cela n'a pas moins
d'importance pour le bon fonctionnement de l'Etat bourgeois que de renforcer la
caste des officiers et des différents corps de police.
Le premier ministre a tenu à rappeler que : « L'administration
doit agir sous l'autorité du pouvoir politique, c'est la règle républicaine.
Elle applique naturellement les décisions du gouvernement sur l'ensemble du
territoire ce qui marque l'unité de la République ».
Mais renforcer l'Etat c'est nécessairement renforcer ses
polices : « Les magistrats, policiers, gendarmes et fonctionnaires de
l'administration pénitentiaire exercent leur tâche, dans des conditions
difficiles, parfois très difficiles avec courage et dévouement. Il faut que la
nation leur exprime leur reconnaissance ( ... ) Le
dispositif juridique, dans lequel s'inscrit leur action pour lui donner une
plus grande efficacité. Je pense notamment au contrôle d'identité et à la lutte
contre les bandes organisées. Il faudra mieux combattre la petite et moyenne
délinquance grâce à une meilleure organisation de notre système judiciaire, les
infractions aujourd'hui non sanctionnées devront être poursuivies, c'est au
juge de proximité que je pense. Une réaffirmation de l'autorité de l'Etat devra
s'étendre aussi aux quartiers sensibles où les lois de la République, comme
l'esprit de solidarité doivent prévaloir ».
Voilà d'excellentes raisons de renforcer "la
politique républicaine" et d'améliorer ses performances dans la
"chasse aux faciès" notamment, mais pas seulement. Chacun le sait,
les polices ont de multiples fonctions qui vont de la répression en tous genres
jusqu'au flicage dans tous les domaines.
Sur cette lancée, Balladur ne pouvait manquer d'aller dans
le sens du Front National :
« L'Etat
républicain, c'est une nation assurée d'elle‑même, de sa cohésion, de son
identité, de son avenir. C'est une nation qui sait être accueillante. mais qui entend conserver son identité. C'est dire qu'il
faut mener une politique de l'immigration claire, courageuse et, en même temps,
respectueuse des droits de l'homme.
Une politique de l'immigration cohérente exige, tout
d'abord. qu'il soit mis fin aux situations
irrégulières; elle suppose aussi que les décisions d'expulsion et de reconduite
à la frontière soient exécutées sans faiblesse. Les contrôles aux frontières et
sur le territoire national seront renforcés, et le travail clandestin
vigoureusement réprimé.
Mais appliquer la loi ne
suffit pas; il faut la changer quand elle n'est pas adaptée aux besoins. Les
conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France doivent être définies
de manière plus stricte. La France est une vieille nation qui entend rester
elle‑même. Elle doit aussi être respectueuse de ceux qui sont animés du
désir sincère d'y séjourner paisiblement et régulièrement, dans le respect de
nos lois et de nos principes.
Ceux qui
veulent être français devront en faire expressément le choix. Aussi le code de
la nationalité sera‑t‑il révisé comme le préconisait la commission
présidée par M. Marceau Long en 1987 et dont les propositions ont déjà été
adoptées par le Sénat. »
ALLEGER LE
COUT DU TRAVAIL
Ensuite
Balladur a développé comment il entendait faire faire un nouveau bond en avant
à l'offensive contre le pouvoir d'achat, et afin de détériorer les conditions
de travail et de vie de la classe ouvrière, de la population laborieuse, de la
jeunesse, réduire et si possible détruire leurs conquêtes, leurs acquis
sociaux. Une phrase maîtresse : « L'allégement du coût du travail ».
« Deuxième
priorité : l'allégement des charges qui pèsent sur l'emploi. L'alourdissement
régulier du coût du travail a été une cause essentielle du développement du
chômage. Aussi ai‑je demandé à Mme le ministre d’Etat, ministre des
affaires sociales, de la santé et de la ville, et à M. le ministre du travail,
de l'emploi et de la formation professionnelle de formuler très rapidement des
propositions sur ce point.
L'objectif
est de réduire très sensiblement les charges pesant sur l'emploi des personnes
rémunérées au niveau du SMIC ou légèrement au‑dessus.
Il en
résultera un allégement permanent du coût du travail ».( ... )
« Une
loi d'orientation quinquennale ‑ j'y reviendrai, ‑ loi élaborée en
concertation avec les organisations syndicales, devra définir les principes de
l'action à long terme en faveur de l'emploi.
Parallèlement,
une commission composée de personnalités nationales et internationales sera
constituée. Elle étudiera toutes les mesures permettant d'éliminer les
obstacles structurels à la création d'emplois au sein de notre société. Ses
conclusions vous seront présentées lors de la session de printemps de 1994 ;
elles permettront non seulement de compléter si besoin était, la loi
quinquenaIe pour l'emploi qui vous sera, je l'espère, soumise à l'automne, mais
également d'inspirer une réflexion plus générale sur l'organisation du travail
dans la société française. Cette commission pourra utilement s'appuyer sur les
études déjà réalisées par le commissariat général du Plan. (...)
A la fin
du mois d'avril, les représentants des organisations syndicales et
professionnelles seront invités à participer à une conférence que je tiendrai
avec les ministres responsables à l'hôtel Matignon. Cette conférence aura pour
objet de dresser la liste des problèmes sociaux que notre pays doit résoudre à
court et à moyen terme, d'établir le calendrier des études permettant de
dégager les choix et les solutions... Les résultats de ces études feront
l’objet d'une nouvelle conférence à la fin de l'été.
La
société française ne sera pas réformée pour préparer l'avenir sans l'adhésion,
la consultation, la coopération de tous.
Quatre
questions paraissent prioritaires.
La
première, la plus importante. celle qui conditionne
aussi bien le Progrès de notre économie que la justice, c'est la lutte contre
le chômage.
Notre
objectif, je crois indispensable d'y revenir, est d'établir, en liaison avec
les organisations syndicales et professionnelles et, il faut le souhaiter, avec
leur accord, les bases d'une loi quinquennale de lutte pour l'emploi dont le
but sera de rechercher tous les moyens de développer l'emploi, notamment en
abaissant le coût du travail, en assouplissant les contraintes pesant sur
l'emploi, en développant la formation et l'apprentissage des jeunes, qui
constituent à mes yeux une impérieuse priorité. Cette réflexion doit aussi
porter sur les moyens de rendre le traitement social du chômage plus efficace,
afin que les chômeurs puissent être réinsérés plus rapidement dans la société
active (...)
Le
deuxième objectif est de sauver nos régimes sociaux de la crise financière dans
laquelle ils s'enfoncent en raison de l'inaction des précédents gouvernements.
Mme le ministre d'Etat procédera à une évaluation exacte de l'ampleur des
déficits sociaux qui nous a été cachée, la commission des comptes de la
Sécurité sociale n'ayant pas été réunie. Il faut en premier lieu rétablir
l'équilibre. Pour cela, j'ai demandé que soit étudiée la création d'un fonds
destiné à solder es comptes de la gestion précédente. Ce fonds serait alimenté
par des recettes provenant d'une augmentation de la fiscalité indirecte.
La
conférence à laquelle je me propose de convier les organisations syndicales
aura pour objectif d'étudier toutes les mesures permettant de parvenir à un
équilibre durable des régimes de maladie, de vieillesse, d'assurance‑chômage.
Là aussi, notre but est d'établir une loi quinquennale, en accord avec les
partenaires sociaux. A mes yeux, les principes en sont clairs, mais il faut vérifier
qu'ils peuvent recevoir une large approbation : séparation de la gestion de
chaque risque, consolidation financière de chaque risque, grâce aux mesures qui
viennent d'être évoquées, gestion de chaque risque par une plus grande
participation des partenaires sociaux selon les principes du paritarisme vers
lequel il faut tendre, la tutelle de l'Etat étant allégée.
Néanmoins,
l'Etat doit conserver une responsabilité essentielle, veiller à ce que, par une
politique de facilité, on ne s'engage dans un cycle de croissance continue des
dépenses nécessitant une croissance continue des cotisations. Votre assemblée,
lors de l'examen de la loi quinquennale, aura l'occasion de décider s'il y à
lieu pour le Parlement de se prononcer à échéance régulière sur les conditions
dans lesquelles cette nécessaire discipline est respectée.
Le
troisième objectif de la réforme sociale, c'est l'amélioration du statut des
salariés. Il s'agit de développer davantage la participation à la gestion des
entreprises, à leur capital et à leurs profits ; il s'agit de supprimer les
entraves au développement de l'intéressement instituées lors de la précédente
législature ; il s'agit de tendre à l'augmentation du salaire direct grâce au
transfert progressif de la charge des cotisations familiales des entreprises
vers l'Etat, ce qui permettrait également de développer les retraites
complémentaires.
Les
familles, sur la solidité desquelles repose l'avenir de la nation, n'ont rien à
redouter de la réforme du financement des cotisations familiales. Son objectif
n'est nullement de fragiliser la politique familiale, mais au contraire de la
conforter. Une loi‑cadre garantira de façon incontestable le maintien des
moyens de financement de la politique de la famille. Ceux‑ci ne pourront
pas lui être retirés, contrairement à ce qui s'est déjà produit dans le passé. »
A quoi il
faut ajouter les phrases suivantes : avant de licencier «utiliser toutes les
mesures d'assouplissement des formes de travail et le développement du travail
à temps partiel. Les entreprises doivent s'engager avec les salariés dans de
nouvelles formes de progrès qui lui permettent à la fois de retrouver des
résultats satisfaisants pour financer leurs investissements et de garantir
l'emploi du plus grand nombre».
Tout y est
et de longs commentaires ne sont pas nécessaires. Néanmoins il faut souligner
le rôle dévolu aux organisations syndicales : s'associer àla discussion des
projets de lois gouvernementales et particulièrement de lois cadres
quinquennales, éventuellement y donner leur accord ; la gestion paritaire des
régimes sociaux sous la double supervision du gouvernement et de l'Assemblée
Nationale dans le cadre et les limitations d'un "budget social de la
Nation" (ces derniers mots n'y sont pas mais leur contenu y est).
Au passage
Balladur évoque un vaste projet de "privatisations". Sur ce point il
est nécessaire d'être clair. Au contraire de ce que certains expliquent, les
nationalisations faites en France n'ont jamais été des "conquêtes
ouvrières". A un moment elles ont été nécessaires au capitalisme français
pour se reconstruire. A d'autres moment l'Etat bourgeois a pris en charge ce
que ne pouvait pas ou ne voulait pas assumer le capital privé. Toujours elles
ont donné lieu à de grasses "indemnisations". Elles sont gérées par
l'Etat bourgeois, et les travailleurs doivent, comme dans le privé, produire de
la plus‑value. C'est justement parce que cette plus‑value y est
produite que nombre d'entre elles sont actuellement convoitées par le capital,
l'Etat étant prêt à lui céder ou recéder à vil prix.
A cette occasion, Balladur ne manque pas de rappeler à sa
façon l'association "capital‑travail" chère à De Gaulle:
« Les privatisations seront l'occasion de
reprendre la politique de participation, d'intéressement et d’actionnariat
populaire à laquelle inspire le message du général De Gaulle et de Georges
Pompidou ».
DISLOCATION
DE L'ENSEIGNEMENT PUBLIC
"Le Monde" du 10 avril affirme: «Education
Nationale : la décentralisation gommée». Les verres des lunettes de ce rédacteur
doivent être déformants. Voici ce qu'a dit Balladur.
« Le modèle français d'éducation fut un grand
modèle. Il a bâti la France républicaine fondée sur l'égalité, la gratuité de
études, le mérite. Or l'évolution démographique, le perfectionnement des
techniques, les excès de l'uniformité et de la centralisation, la crise
économique. les difficultés de l'intégration l'ont mis
à mal.
Je tiens à rendre hommage au corps enseignant, à son
dévouement, à la façon dont il se consacre à la tâche éminente qui est la
sienne. Il s'agit de l'associer à la grande action de modernisation qui est
indispensable et qu'il appelle lui-même de ses vœux.
Cette action, quels en seraient les principes ? Il ne
s'agit pas de tout bouleverser. Il s'agit de faire évoluer progressivement
notre système d'enseignement pour le rendre plus juste, plus efficace, plus
démocratique.
Les établissements pourraient être rendus plus
autonomes et les pouvoirs dévolus à leurs conseils pour l'organisation des
études pourraient être renforcés.
Ces conseils d'établissement devraient faire une place
plus grande aux représentants des collectivités territoriales, des entreprises
et des associations.
Soyons clairs. L'Etat doit conserver la responsabilité
de l'enseignement, qui est l'une de ses missions essentielles. L'Etat doit
coordonner notre système d'enseignement, en fixer les principes, en définir les
programmes, en vérifier les diplômes. Il doit surtout veiller à ce que la
solidarité entre les collectivités empêche la naissance d'un enseignement à
deux vitesses, l'un dans tes régions les moins pourvues, l'autre dans les
régions qui le sont le plus. Il doit également garder ses attributions en
matière de recrutement, de formation et de rémunération des maîtres et des
enseignants.
Quant au développement de la formation professionnelle,
de la formation en alternance et de l'apprentissage, J'ai déjà indiqué que
c'était l'un des moyens essentiels de lutter contre le chômage, notamment
contre le chômage des jeunes. Notre objectif sera de doubler rapidement le
nombre des jeunes en formation dans l'entreprise, grâce à un crédit d'impôt
accordé aux entreprises beaucoup plus largement qu'il ne l'est aujourd'hui.
Il faut appeler celles‑ci à prendre davantage
conscience que l'un de leurs devoirs essentiels, afin d'assurer le progrès et
l'emploi. est de participer plus activement à la
formation des jeunes, et en particulier de ceux qui ont quitté l’enseignement
et sont sans emploi. »
Donc le système d'enseignement actuel est dépassé. Evoluer
progressivement mais vers quoi : « Les établissements pourraient être
rendus plus autonomes et les pouvoirs dévolus à leurs conseils d'organisation
des études pourraient être renforcés... Ces conseils d'établissement devraient
faire une place plus grande aux représentants des collectivités territoriales,
des entreprises et des associations ». Les phrases suivantes sont
typiques du style Balladur : « L'Etat doit coordonner ». Quand
il s'agit de "coordonner" c'est, écrit le Petit Larousse, « disposer
des éléments divers (souligné par CPS) en vue d'obtenir un
ensemble cohérent, un résultat déterminé »". Ce qui suppose une
certaine autonomie des éléments constituants. « Fixer les
principes » est une chose, mais la marge d'application peut être
considérable. « Vérifier les diplômes », "vérifîer"
ce n'est ni délivrer les diplômes, ni affirmer le maintien des diplômes
nationaux. « Il doit surtout veiller à ce que la solidarité entre les
collectivités empêche la naissance d'un enseignement à deux vitesse ». Cette
phrase aussi est ambiguë. "La solidarité" ce n'est pas une situation
commune pour tous mais « l'état de plusieurs personnes obligées les
unes pour les autres... Dépendance réciproque : sentiment qui pousse les hommes
(les collectivités, NDLR) à s'accorder une aide mutuelle ». Il
n'y a que pour les enseignants que les attributions de l'Etat sont affirmées
clairement. Mais Balladur ruse.
De l'enseignement supérieur Balladur n'a pas parlé. Par
contre, ce qu'il a dit sur "la formation professionnelle et
l'apprentissage" est radical. Comment cette orientation n'affecterait‑elle
pas l'enseignement secondaire ? En outre, dans le corps d'un article,
"Libération" du 15 avril informe: « En vrac on trouve un
texte sur la "décentralisation des hôpitaux, un autre sur la modernisation
de l'Etat et la déconcentration, un troisième relatif à la décentralisation de
l'enseignement supérieur et à l'autonomie de l'Université" ou encore une
proposition de loi sur la décentralisation et la formation professionnelle.
Certes Millon a eu "l'immense plaisir" de voir que ce dernier texte
était d'ores et déjà accepté par le gouvernement et inscrit à l'ordre du jour,
le 11 mai prochain. Mais il assure ne pas vouloir lâcher sur le reste ».
La décentralisation n'est pas gommée. Elle est en
filigrane. Mais bien sûr elle a ses limites. Les régions ne peuvent, y compris
en ce qui concerne l'enseignement, être indépendantes de l'Etat, mais elles
peuvent disposer d'une autonomie considérable. Pour l'instant Balladur se donne
une importante marge de manœuvre, tout en s'axant sur la réalisation des
objectifs du programme RPR‑UDF.
« RUPTURE
AVEC LA PRECEDENTE GESTION »
Là ne s'arrête pas la politique dont Balladur a exprimé
les généralités. Pour l'instant au moins défense du franc, maintien dans le
SME, baisse des taux d'intérêt ont été réaffirmés. Autonomie de la Banque de
France, réforme de la Caisse des Dépôts et Consignation sont
au programme. Réappréciation et révision du budget 1993 seront rapidement
réalisées. A ce propos Balladur a tenu à préciser : « J'en
préviens l'opinion publique, nous serons obligés de demander à tous des
sacrifices pour assurer le redressement ». Aides financières pour
« un redémarrage rapide du marché immobilier », c'est une
urgence.
Ne faut‑il pas redresser le bilan des banques et
autres institutions financières très engagées dans l'immobilier en crise ?
Grand programme de privatisation concernant les entreprises du secteur
concurrentiel (au moins pour l'instant et officiellement).
Balladur a proclamé que "La France" va exiger la
reprise de la négociation du GATT: « non seulement sur l'agriculture
mais aussi sur les autres dossiers non réglés », une négociation
globale et non étape par étape. En même temps que des assouplissements et
aménagements de la réforme de la PAC seront demandées à Bruxelles, « il
est nécessaire que des mesures nationales soient prises pour que l'entreprise
agricole dispose des moyens indispensables à assurer sa rentabilité. Il faudra
en tirer les conséquences sur les plans fiscal, social et financier ».
Pour le reste maintien de la politique appliquée
jusqu'alors par rapport à la CEE, des traités de Maastricht avec néanmoins une
remise à sa place de la "Commission". Balladur a vaguement évoqué
l'ex‑Yougoslavie. Il met à l'ordre du jour une révision de la politique
militaire de l'impérialisme français qui devrait concourir à défendre sa place
en Europe, en Afrique et dans le monde. Cette politique sera aussi un moyen de
renforcer l'Etat bourgeois français . Cela n'a pas été
dit mais c'est implicite. L'objectif c'est une armée de métier maniable et
éventuellement instrument de répression, voire de guerre civile, tandis que la
conscription serait employée à des tâches comme assistants flics, surveillants
des écoles, etc... Enfin, dernières idées transcendantes : établir un nouveau
système monétaire international et aussi réunir « une conférence
internationale ayant pour objectif de stabiliser la situation de l'Europe et
d'y instituer l'équilibre ».
A de
multiples reprises Balladur a insisté : le programme qu'il entend appliquer
« marque une rupture avec la précédente gestion ». S'il s'agit
seulement de se situer sur le terrain de la défense des intérêts du capitalisme
français en crise, les précédents gouvernements s'y situaient. Mais le
programme du gouvernement Balladur, du gouvernement RPR‑UDF se situe à un
autre niveau et est en ce sens qualitativement "supérieur" à ceux des
gouvernements précédents. La bourgeoisie française va s'efforcer d'exploiter au
maximum la victoire politique qu'elle a remportée aux élections des 21 et 28
mars. D'autant plus qu'elle est prise à la gorge par la crise du régime
capitaliste.
"QUASI‑STAGNATION»
Pour avoir une idée de la situation économique française,
les lecteurs de CPS peuvent se reporter à l'article de CPS n° 44 du 3 octobre
1992 "Conjoncture économique menaçante", notamment aux parties
précédées des sous‑titres : "Des chiffres trop bons pour être
honnêtes", "Investissements : demande et profits insuffisants",
"Dépendance du capital français". Au deuxième semestre, l'optimisme
du début de l'année 1992 s'est volatilisé. Le "Bilan économique et social
1992" du "Monde" établit, sous la plume de Alain Vernholes, le
bilan suivant:
« Contrairement
aux prévisions de la fin de 1991, aucune reprise durable ne s'est manifestée au
cours de 1992. La croissance affichée de 2 %, l'une des plus élevées ‑ ou
plus exactement des moins médiocres ‑ des pays industrialisés, donne une
impression trompeuse : elle a en effet été presque complètement acquise au
cours du premier trimestre. Par la suite, en dépit d’un léger rebond durant
l'été, l'activité a stagné, reculant même fin 1992.
L'année avait bien commencé, la production nationale
progressant fortement au premier trimestre à un rythme de 3.5 % l'an, tirée par
une vive croissance des exportations. Mais dès le deuxième trimestre,
l'activité commençait à stagner ou presque (+ 0.5% en rythme annuel). du fait d'un recul prononce des investissements mais aussi
fait inhabituel ‑ de la consommation des ménages.
Le deuxième trimestre marquait surtout une rupture durable
en matière de commerce extérieur : la progression des ventes à l'étranger, très
dynamique depuis l’été 1991 (plus de 6 % de progression en rythme annuel au
second semestre, plus de 10 % au premier trimestre 1992) ralentissait
brutalement pour revenir à 1,5 % l'an à partir d'avril 1992. Il s’agissait des
effets néfastes de la dégradation de la conjoncture en Allemagne mais aussi en
Italie et peu après en Espagne. sans compter la Grande‑Bretagne,
qui continuait de vivre sa pire récession depuis la seconde guerre mondiale.
Non seulement le commerce extérieur n'a pas joué au
deuxième semestre 1992 le rôle essentiel qui avait été le sien pour tirer la
croissance. mais les entreprises ont continué de
réduire leurs dépenses d*équipement. Ainsi la demande intérieure, trop faible,
n'aura progressé que de 0.8 % en 1992 par rapport à 1991, empêchant l’industrie
d'employer normalement ses capacités de production.
Ces capacités étaient d'autant moins utilisées (à 80 %
seulement) par rapport à l'offre potentielle que l'industrie française avait
massivement augmenté ses dépenses d’équipement entre 1987 et 1990. Ainsi, après
la baisse de 3.1 % en volume de l'investissement en 1991, 1992 aura enregistré
une nouvelle réduction de 5 % (‑ 11 % pour la seule industrie concurrentielle)
Du coup la production industrielle a reculé d'environ
0.5 % en 1992 après avoir presque stagné en 1991 (+ 0,2 % par rapport à 1990)
et peu augmenté en 1990 (+ 1,9 %). Il faut remonter dix ans en arrière pour
trouver une baisse absolue de la production (‑ 0,8 % en 1981 et encore
–1.1% en 1982). Tous les secteurs ont été touchés, seule l'automobile s'en
sortant à peu près grâce à l'exportation et à une demande intérieure assez
soutenue.
La production de biens de consommation a baissé puis
s'est un peu reprise avant de recommencer à baisser à partir de septembre. Pour
les biens intermédiaires, le cheminement a été inverse : croissance en début
d'année tirée par une demande étrangère encore soutenue, recul au second
semestre.
Dans les biens d'équipement, toutes les branches ou
presque ont reculé, la construction aéronautique grâce à Airbus faisant exception. Enfin le bâtiment et les travaux
publics ont vu leurs stocks augmenter et leur
activité se dégrader (baisse d'environ 10 % des mises en chantier de logements).
Seuls les travaux d'entretien ont augmenté en 1992. Quant aux travaux publics,
à la forte progression de l'activité au premier trimestre a succédé un recul
dès le deuxième trimestre. Dans les services, l'activité très soutenue (+ 5.5
% comme en 1991 ) s'est tout de même ralentie en fin
d'année par rapport à la très forte croissance du deuxième semestre 1991.
L'année s'achevait dans un grand désarroi, la
production reculant , les chefs d'entreprise s'inquiétant de l'avenir et
réduisant leurs investissements, les consommateurs cherchant avant tout à se
désendetter. Signe des temps : la seule activité en progression fin 1992 était
l'énergie. du fait d'un froid inhabituel en automne.
Petites lumières à l'horizon : la remontée du dollar et la reprise de
l'économie américaine qui semblait se confirmer fin 1992. »
(variations annuelles en volume, niveau en %)
|
1988 |
1989 |
1990 |
1991 |
1992 |
Grandes entreprises nationales (14% du total) |
+3 |
-1.4 |
+3.2 |
+7.4 |
0 |
Entreprises du secteurs concurrentiel (86% du total |
+11.5 |
+10.1 |
+4.6 |
-5.3 |
-5.3 |
|
+12.6 |
+9.2 |
-4.6 |
-9.2 |
-4 |
|
+10.3 |
+6.7 |
+10.6 |
-8.4 |
-11 |
|
+12 |
+13.6 |
+2.1 |
-6.5 |
-2.3 |
|
+17.6 |
+3.7 |
-2.6 |
-6.5 |
-8 |
Ensemble des entreprises |
+10.2 |
+8.3 |
+4.4 |
-3.5 |
-5.3 |
« RECESSION »
En 1992, pour la première fois depuis 1986, la balance
commerciale française a été bénéficiaire de 29 milliards de francs environ
alors qu'en 1990 elle était déficitaire de 49,3 milliards et en 1991 encore de
30 milliards. Mais à partir du deuxième semestre les soldes commerciaux
positifs ont été dus à un recul des importations, les échanges internationaux
ont été équilibrés vis à vis de l'ensemble de l'Europe. Mais vis à vis de la
seule Allemagne ils ont recommencé à se dégrader et à redevenir fortement
déficitaires. Bénéficiaires vis à vis de la Grande‑Bretagne les échanges
français sont déficitaires vis à vis du Japon et des USA.
La situation du capitalisme français s'est aggravée et
elle devrait encore s'aggraver en 1993. Un institut économique proche du CNPF,
l'institut Rexecode a produit le 5 avril des prévisions qui estiment que le PIB
français diminuerait de 0,5 % en 1993 et celui de la CEE dans son ensemble de
0,3. En France les investissements reculeraient encore de 4,3.
A en croire une statistique établie par le Crédit
national, le bénéfice par rapport au chiffre d'affaires des 70 plus grands
groupes industriels français serait tombé de 4,5 % en 1989, à 3,2 % en 1990, à
2,8 % en 1992. Les investissements auraient diminué de 5,8 % en 1991, de 13,9 %
en 1992 et diminueraient encore de 4 % en 1993.
Certaines banques françaises subiraient de lourdes pertes.
La compagnie financière de Suez (privatisée en 1987) par suite de ses
acquisitions et de la chute de l'immobilier, perdrait 1,8 milliards de francs
en 1992. Le Comptoir des Entrepreneurs spécialisé dans le financement de
l'immobilier n'a pu éviter la cessation de paiement que par l'apport d'un
milliard d'argent frais obtenu grâce à un "montage".
Selon Edouard Balladur « le déficit budgétaire de
l'Etat est passé de 93 milliards de francs en 1990 à 226 milliards en 1992. Il
dépassera 330 milliards de francs en 1993, soit plus de 4 % du PIB ».
Auquel certains ajoutent 58,5 milliards de francs qu'atteindrait le déficit du
régime général de la Sécurité Sociale. Il faut aussi prendre en compte l'UNEDIC
dont le besoin de financement serait de 11,8 milliards fin 1993. Son déficit
cumulé se situerait à 36 milliards de francs fin 1993.
En février le nombre de chômeurs, inscrits à l'ANPE, s'est
élevé à 3 024 000 en données corrigées et 3 098 000 en
données brutes. Leur nombre devrait croître encore en 1993 de 170 000
jusqu'à atteindre à la mi‑1994 11,8 % de ce qui est considéré comme
"la population active". Un tel nombre de chômeurs officiels implique
des millions et des millions d'enfants, de femmes et d'hommes dans une
situation précaire et d'autres millions dans la misère noire. A sa manière la
croissance des RMIstes le montre.
Confrontés à de tels problèmes le gouvernement RPR‑UDF,
Balladur ont un impératif catégorique : reporter le plus de charges possibles
sur le dos du prolétariat et la jeunesse, faire faire un saut qualitatif à
l'offensive tous azimuts contre eux. C'est ce qu'ils vont tenter de réaliser.
« PARTICIPATION »
NOUVELLE ETAPE
C'est l'évidence, les dirigeants des organisations
syndicales se disposent tous à collaborer avec ce gouvernement. Au lieu de le
caractériser pour ce qu'il est, le gouvernement le plus réactionnaire depuis
Vichy, ils répondent présents à son appel. Ainsi, tous vont participer à la
conférence que Balladur va organiser « à la fin du mois d'avril (où
seront) invités les organisations syndicales et professionnelles. Cette
conférence aura pour objet de dresser la liste des problèmes sociaux que notre
pays doit résoudre, à court et à moyen terme, d'établir le calendrier
des études permettant de dégager les choix et les solutions. Les résultats de
ces études feront l'objet d'une nouvelle conférence à la fin de l'été ». Blondel
a dit qu'il ne croyait pas aux "grandes messes", les dirigeants de la
CGT se disent méfiants, mais les uns et les autres iront à cette conférence et
la cautionneront par là même, comme ils cautionnent la
"concertation", la "participation" : ils serviront de
couverture politique à ce gouvernement et à sa politique.
Balladur le dit expressément : la
"participation" doit être portée à un niveau supérieur. Exemple :
« établir, en liaison avec les organisations syndicales et
professionnelles et, il faut le souhaiter, avec leur accord, les bases d'une
loi quinquennale de lutte pour l'emploi, notamment en abaissant le coût du travail,
en assouplissant les contraintes pesant sur l'emploi, en développant la
formation et l'apprentissage des jeunes qui constituent une priorité ». Balladur
veut mettre sur pied une conférence de même nature que la première à propos de
la Sécurité Sociale, de l'UNEDIC. C'est clair: d'abord faire participer, c'est‑à‑dire
cautionner l'opération et si possible obtenir l'accord sinon de tous les
dirigeants d'au moins un certain nombre. Et l'affaire est faite : les décisions
prises l'auront été dans la "concertation", même si tels ou tels ne
se disent pas d'accord avec telles ou telles décisions. Mais le gouvernement
Balladur veut aller plus loin encore: il s'efforce de faire collaborer les
appareils syndicaux à l'élaboration de lois quinquennales et obtenir d'eux
qu'ils deviennent au côté du patronat, sous la houlette du gouvernement, des
agents ouverts et officiels de leur application. Ce serait un grand pas vers le
corporatisme.
Balladur reprend de façon plus souple l'orientation que De
Gaulle voulait faire ratifier par référendum en 1969, référendum où il a été
battu ce qui l'a contraint à démissionner. Or, les dirigeants FO et CGT tout en
émettant un gargouillis de mots alibis se préparent à participer. A ce propos
il convient de rappeler que les dirigeants des tendances UID et U&A de la
Fédération de l'Education Nationale, sont allés jusqu'à casser celle‑ci
pour mieux se disposer à appliquer dans l'enseignement la politique d'un futur
gouvernement RPR-UDF dont l'évolution de la situation politique laissait prévoir
l'instauration.
LE
PS ET LE PCF PARTENAIRES DU GOUVERNEMENT BALLADUR
La direction du PCF est toujours égale à elle‑même
dans l'art opposer. Au dernier CC de ce parti des 7 et 8 avril, le de soutenir
un gouvernement et sa politique en déclarant s'y rapporteur a débité des
phrases comme celles‑ci : « Nous ferons face à la droite
(pour le PCF, comme pour d'autres organisations d'ailleurs, il n'y a plus de
lutte des classes entre la bourgeoisie et le prolétariat dont l'enjeu central
serait le pouvoir, mais une "droite" souvent rétractable et une
"gauche" souvent extensible ‑ NDLR) dans tous les domaines pour
aider les gens (les gens ! Espèce socialement indéterminée, NDLR) à se
défendre, à se faire respecter, à faire avancer les réponses concrètes à leurs
problèmes quotidiens». Exemple de cette aide aux "gens" : « sur
l'emploi nous entendons continuer d'agir pour une nouvelle croissance, pour
renverser les options actuelles, nous voulons rassembler et agir pour imposer
des investissements productifs et favoriser l'emploi et du travail salarié
efficace ». Robert Hue, le rapporteur, omet simplement de dire que le
mode de production actuel est le mode de production capitaliste pour lequel les
"investissements productifs" sont seulement ceux qui rapportent un taux
de profit suffisant et que le "salarié efficace" est celui qui
produit le plus de plus‑value réalisable. Sur ce plan l'accord peut se
réaliser facilement entre le capital et le PCF.
L'appareil du PCF se garde bien de se prononcer pour la
rupture avec la bourgeoisie, le Front Unique des organisations ouvrières
(partis et syndicats), pour un gouvernement de ce Front Unique sans ministres
bourgeois. Aucune perspective de combat sur un terrain de classe, aucune
politique de classe contre le gouvernement RPR‑UDF et sa politique. Le
"suffrage universel" a parlé, bien que le mode de scrutin soit
"injuste". La direction du PCF estime que « la
proportionnelle intégrale est le moyen le plus juste pour que le citoyen soit
maître de sa destinée. Obtenir cette proportionnelle est une bataille qui exige
aussi le rassemblement. Voilà pourquoi nous sommes dès maintenant disponibles
pour nous associer à toutes les forces de progrès allant dans ce sens ».
En attendant que le gouvernement Balladur, RPR‑UDF gouverne jusqu'aux
prochaines élections. Alors si la proportionnelle intégrale est instituée tout
changera. Pour parvenir à l'imposer le PCF se propose d'unir tous "les
gens" de bonne volonté. Cela ressemble fort à une "union de la
gauche" sans rivage à droite.
La politique que les dirigeants du PS ont pratiquée a
provoqué l'élection de la majorité RPR‑UDF, la constitution du
gouvernement Balladur. Ils se font une raison de l'existence de ce
gouvernement. Ils ont déclaré qu'ils le "jugeront aux actes".
Autrement dit non seulement ils se prononcent pour le laisser gouverner mais
encore ils seraient prêts à voter à l'occasion certaines de ses propositions.
Ce n'est même plus une "opposition de sa majesté".
Dans ces conditions, comment le prolétariat, la jeunesse,
ne seraient‑ils pas désarmés, écrasés politiquement et en désarroi. Ils
ont l'impression qu'ils ont devant eux un terrible vide politique. Les
organisations traditionnelles ont à leurs têtes des dirigeants et des appareils
étroitement liés à la bourgeoisie et qui se prosternent devant le gouvernement
RPR‑UDF, le gouvernement Balladur. Aucun Parti ouvrier révolutionnaire ne
s'est construit alors que depuis plusieurs dizaines d'années et surtout depuis
1981, se dégageaient les possibilités objectives de le construire. C'est de là
que vient au gouvernement RPRUDF les moyens de gouverner et non de la force
intrinsèque de la bourgeoisie.
LA
CRISE DU PS
La certitude de subir une défaite écrasante a suffi :
avant même que celle‑ci se soit concrétisée, les responsables de la défaite
du PS, anciens premiers ministres et ministres, sont devenus des croque‑morts,
les fossoyeurs de leur propre parti, ils veulent l'ensevelir. Au premier rang
bien sûr: Rocard. Ce dernier s'est emparé en bénéficiant de l'appui des
jospinistes et de celui des amis de Mélanchon, de la direction du PS dont ils
ont chassé Fabius. Mais Fabius s'appuie sur la majorité de ce qui reste du
groupe PS à l'Assemblée Nationale. Ceux qui sont appelés les
"quadra", et sont en réalité les agents de Delors à l'intérieur du
PS, n'ont pas voulu participer à cette nouvelle direction, pas plus que les
fabusiens, que les amis de Chevènement, que ceux de Poperen. Jospin fait
politiquement "retraite". Sur le fond les divergences sont difficiles
à saisir. Tous semblent axés sur la disparition du PS et la formation d'un
vague et indéterminé "rassemblement de la gauche, ou au moins à noyer le
PS dans un tel rassemblement. Les amis de Chevènement ont d'ores et déjà
constituer une formation : le "mouvement des citoyens".
Mais quelle place existe‑t‑il pour un
"rassemblement de la gauche". Aucune. La force du PS ce fut d'occuper
la place que laissait vide l'ex‑SFIO, d'apparaître aux yeux des masses
ainsi qu'un parti ouvrier réformiste traditionnel. Sa défaite vient de ce qu'il
s'est entièrement mis au service de la bourgeoisie en crise, de l'impérialisme
français décadent. Il n'y a pas de base de masse pour un "rassemblement de
la gauche" tentant de faire concurrence au RPR, l'UDF, aux écolos, au
Front National, dans la défense du régime capitaliste. Il n'échappe à personne
que ce qui motive les Rocard, Delors et autres, ce sont leurs éventuelles
candidatures à la présidence de la République voire d'autre ambitions
personnelles. Mais chacun sait aussi que c'est passablement irréaliste.
Dans la situation politique actuelle, l'éclatement et la
disparition du PS seraient une conséquence directe de la victoire politique que
la bourgeoisie vient de remporter. Ce serait donc un nouveau coup porté à la
classe ouvrière, à la population laborieuse, à la jeunesse, surtout en
l'absence de Parti ouvrier révolutionnaire. Mais l'éclatement du PS, sa
disparition ne sont pas encore réalisées. Tant que ne
se construira pas un Parti ouvrier révolutionnaire une place politique existera
pour une organisation de ce genre et même, peut‑être, si un POR se
construit, au moins jusqu'au moment où ce POR sera en état de prendre le
pouvoir.
LES
CONTRADICTIONS QUI MENACENT LA BOURGEOISIE
Forte de sa victoire, la bourgeoisie va certes porter des
coups très durs aux masses. Mais elle ne maîtrise pas pour autant les rapports
économiques, sociaux et politiques. D'abord la majorité parlementaire actuelle
n'est pas d'une totale homogénéité. Les ambitions et objectifs personnels des
dirigeants de l'UDF et du RPR sont des éléments de discordes. Qui, à la suite
de la démission de Mitterrand, ou à la fin de son mandat sera en situation de
devenir président de la République: Giscard d'Estaing, Chirac... ou un autre ?
Les rivalités passent non seulement entre le RPR et l'UDF mais à l'intérieur de
ces formations. L'élection à la présidence de l'Assemblée Nationale l'a
montrée. Le candidat officiel de l'UDF Baudis n'a pas recueilli la totalité des
suffrages de son groupe et de loin. Dès le deuxième tour, Philippe Seguin,
candidat du RPR, a été élu, Baudis étant contraint de retirer sa candidature. A
l'intérieur du RPR d'autres rivalités existent déjà et d'autres encore peuvent
voir le jour.
Sur l'orientation économique : relance fut‑ce au
détriment du franc, en raison d'une baisse brutale des taux d'intérêts, laxisme
dans la distribution du crédit, aggravation encore plus importante du déficit
budgétaire ? Ou défense du franc, de son maintien dans le SME, tentative de
limiter, voire de réduire le déficit budgétaire ? Corrélativement en dépit des
déclarations de Balladur, la question de "la politique européenne"
n'est pas réglée, pas plus que celle de l'application du traité de Maastricht.
Or, ce sont des sujets qui divisent en profondeur la bourgeoisie,
l'impérialisme français et pas seulement le RPR et l'UDF.
Il y a pire. La conjoncture économique ne peut être
maîtrisée par la bourgeoisie française ne serait‑ce que parce qu'elle
dépend de la conjoncture internationale. Toute la politique que Balladur a
esquissée peut être disloquée par cette conjoncture. La crise économique et
aussi une crise financière peuvent se développer de façon incontrôlable. D'où
il résulterait nécessairement une crise politique qui déchirerait la
bourgeoisie française.
Surtout, le prolétariat, la jeunesse sont politiquement
déboussolés, ont l'impression d'un vide politique, ont subi une défaite, ils ne
sont pas écrasés. Ils ont perdu une bataille, ils n'ont pas perdu la guerre.
Leur potentiel reste intact. Il ne faut pas confondre : le gouvernement RPR‑UDF,
le gouvernement Balladur est un gouvernement de combat, ce n'est pas le
fascisme. Encore une fois, la force de la bourgeoisie française est toute
relative. A plus ou moins longue échéance un retournement de la situation
politique est dans l'ordre des choses. Comment se produira‑t‑il ?
Il est évidemment impossible de le prévoir. Mais des contradictions dans les
appareils bureaucratiques du mouvement ouvrier, qui peuvent fournir des
ouvertures, sont probables. Il faut aussi se souvenir de la façon dont le
mouvement des étudiants et des lycéens s'est produit et développé en novembre‑décembre
1986, mouvement qui a blessé mortellement le gouvernement Chirac. La
spontanéité de la classe ouvrière jouera un rôle essentiel et indispensable
pour surmonter les obstacles bureaucratiques des syndicats et des partis,
disloquer leur politique participationniste.
Cependant s'il faut compter sur cette spontanéité, il faut
autant qu'il est dans les moyens du Comité la nourrir et l'orienter. Il faut
comprendre que même une puissante explosion réalisant, par exemple une grève
générale spontanée, de puissantes manifestations de masse, si elle peut
disloquer le dispositif actuel ne suffira pas. Elle ne sera qu'un moment d'un
processus où très rapidement sera à nouveau posée la question du pouvoir. Des
combats d'ampleur mais partiels, limités peuvent préluder à une bataille
générale.
Tant que le mouvement ouvrier ne sera pas reconstruit sur
un nouvel axe, à un moment ou à un autre le prolétariat, la jeunesse, n'auront
d'autres ressources que de s'efforcer d'utiliser les vieilles organisations
traditionnelles, bien que celles‑ci les aient maintes et maintes fois
trahis, les trahiront àchaque moment, les trahiront encore et toujours.
Pour toutes ces raisons, le Comité doit combattre sur la
ligne de :
RUPTURE
AVEC LA BOURGEOISIE
A BAS
LA PARTICIPATION
des organisations. des centrales syndicales,
aux conférences, organismes, comités ad'hoc mis en place par les gouvernements
précédents et ceux que le gouvernement Balladur et le patronat veulent constituer aux fins de
« Concertation », de « participation » en tout genre.
(partis
et syndicats) contre la politique du gouvernement RPR‑UDF, le
gouvernement Balladur, contre ce
gouvernement.
Il faut imposer aux appareils des organisations
syndicales, des centrales FO et CGT de rompre avec ce gouvernement et sa
politique, de réaliser le Front Unique des organisations ouvrières, de
l'impulser.
La politique de Front Unique doit être un levier pour la
mobilisation du prolétariat et la jeunesse, féconder leur spontanéité et leur
ouvrir la voie du débouché politique.
C'est la mise en pratique de cette politique ‑
combinée à l'intervention, voire l'insertion, dans tout ce qui se dégagera de
la classe ouvrière, de la jeunesse et sera à la recherche de la reconstruction
du mouvement ouvrier sur un nouvel axe, de la construction d'un POR, même de
manière imprécise, confuse ‑ qui permettra de construire ce Parti. Encore
faut‑il que le Comité ne "perde pas son âme", défende
intégralement le programme hérité des quatre premières Internationales :
gouvernement ouvrier, dictature du prolétariat, Etat ouvrier, expropriation du
capital, plan de production sous le contrôle ouvrier, Etats Unis Socialistes
d'Europe, République ouvrière universelle, construction du socialisme. Ce qui
ne l'émancipe pas, bien au contraire, de mettre en avant les revendications de
transition indispensables à la mobilisation des masses.
Le 16 avril 1993
TABLEAU 1
Elections législatives de mars 1993 :
Inscrits : 38 968 660 – Votants : 26 860 177 – Exprimés : 25 442 403
(65,28 % des inscrits -
Blancs et Nuls : 1 417 774 (3,63 % des inscrits)
|
Nombre de voix |
% des exprimés |
% des inscrits |
|
EXG |
451 804 |
1.77 |
1.15 |
EXG + PCF + PS : |
PCF |
2 336 254 |
9.18 |
5.99 |
Par rapport aux exprimés :
28.54 % |
PS |
4 476 716 |
17.59 |
11.48 |
Par rapport aux inscrits :
18.62 % |
MRG |
228 758 |
0.89 |
0.58 |
|
MAJ |
457 193 |
1.79 |
1.16 |
Ensemble des organisations
|
GE |
921 925 |
3.62 |
2.36 |
et partis bourgeois: |
Verts |
1 022 749 |
4.01 |
2.61 |
Par rapport aux exprimés :
71.38 % |
REG |
116 474 |
0.45 |
0.29 |
Par rapport aux inscrits :
44.57 % |
Div |
957 911 |
3.76 |
0.45 |
|
RPR |
5 188 887 |
20.39 |
13.31 |
RPR + UDF + DVD + FN + EXD
|
UDF |
4 855 274 |
19.08 |
12.45 |
Par rapport aux exprimés :
56.86 % |
DVD |
1 199 887 |
4.71 |
3.09 |
Par rapport aux inscrits :
37.12 % |
FN |
3 159 477 |
12.41 |
8.10 |
|
EXD |
69985 |
0.27 |
0.17 |
|
TABLEAU 2
Elections législatives de juin 1988 :
Inscrits : 37 945 582 – Votants : 24 944 792 – Exprimés : 24 432 095
(64.38 % des inscrits -
Blancs et Nuls : 512 697
(1.35 % des inscrits)
|
Nombre de voix |
% des exprimés |
% des inscrits |
|
EXG |
89 065 |
0.36 |
0.23 |
EXG + PCF + PS : |
PCF |
2 765 761 |
11.32 |
7.28 |
Par rapport aux exprimés :
46.44 % |
PS |
8 493 702 |
34.76 |
22.38 |
Par rapport aux inscrits :
29.89 % |
MRG |
272 316 |
1.10 |
0.71 |
|
AMP |
403 690 |
1.64 |
1.06 |
Ensemble des organisations
|
Ecolos |
86 312 |
0.34 |
0.22 |
et partis bourgeois: |
REG |
18 498 |
0.06 |
0.04 |
Par rapport aux exprimés :
53.41 % |
RPR |
4 687 057 |
19.18 |
12.35 |
Par rapport aux inscrits :
34.41 % |
UDF |
4 519 459 |
18.49 |
11.91 |
|
DVD |
697 272 |
2.84 |
1.83 |
RPR + UDF + DVD + FN + EXD
|
FN |
2 359 528 |
9.64 |
6.21 |
Par rapport aux exprimés :
50.33 % |
EXD |
32 445 |
0.12 |
0.08 |
Par rapport aux inscrits :
32.42 % |
TABLEAU 3
A l’issue du deuxième tour, le 28 mars 1993, les résultats en siège ont
été les suivants.
Résultats comparés entre les sièges obtenus aux élections à l’Assemblée
Nationale en 1988 et 1993.
Suffrages exprimés : 26 616 533 soit 61.15% des inscrits
Blancs et nuls : 2 159 346 (6.4% des inscrits)
|
1988 |
1993 |
Différence |
PCF |
27 |
24 |
- 3 |
PS |
258 |
53 |
- 205 |
MRG |
10 |
6 |
- 4 |
Maj-Présidentielle |
14 |
8 |
- 6 |
Divers |
0 |
1 |
+ 1 |
UDF |
129 |
207 |
+ 78 |
RPR |
127 |
242 |
+ 115 |
DIVD |
10 |
10 |
+ 25 |
CNI |
1 |
1 |
0 |
FN |
1 |
0 |
- 1 |
TABLEAU 4
Elections législatives de juin 1981.
Premier tour du 14 juin 1981.
Inscrits : 35 536 041 – Exprimés : 24 823 065 (69,85 % des
inscrits)
|
Nombre de voix |
% des exprimés |
% des inscrits |
|
EXG |
333 344 |
1.33 |
0.89 |
EXG + PCF + PS : |
PCF |
4 003 025 |
16.12 |
11.25 |
Par rapport aux exprimés :
55.22 % |
PS |
9 376 853 |
37.77 |
26.38 |
Par rapport aux inscrits :
38.52 % |
DIV G |
141 638 |
0.57 |
0.39 |
Partis bourgeois
|
Ecolos |
270 792 |
1.09 |
0.76 |
Par rapport aux exprimés :
44.78 % |
RPR |
5 192 894 |
20.91 |
14.6 |
Par rapport aux inscrits :
31.73 % |
UDF |
4 756 503 |
19.16 |
13.88 |
RPR + UDF + DIV D
|
DIV D |
660 990 |
2.66 |
1.85 |
Par rapport aux exprimés :
42.73 % |
EXD |
90 026 |
0.36 |
0.25 |
Par rapport aux inscrits :
30.33 % |
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