A la veille des élections des
21 et 28 mars 1993 à l'Assemblée Nationale un constat s'impose. En 1981
Mitterrand était élu président de la République et une majorité de députés du
PS et du PCF l'était à l'Assemblée Nationale. Le PS disposait même à lui seul
de la majorité des sièges. Le premier gouvernement que Mitterrand constitua a
été un gouvernement d"'Union de la gauche" dirigé par le PS où
siégeaient des ministres membres du PCF mais aussi des ministres membres du
MRG. Le deuxième gouvernement qu'il forma était un gouvernement dirigé par le
PS, où ne siégeaient plus de ministres du PCF, mais où des membres du MRG
restaient ministres. Or qu'est‑ce que le MRG ? Une organisation sans
influence réelle, qui n'est qu'un décombre du parti radical lequel a été
pendant cinquante ans le principal parti de la Ill° République et a encore joué
un rôle important pendant la IVe République. En
incluant des ministres du MRG dans les gouvernements que Mauroy et Fabius ont
dirigés, Mitterrand a voulu affirmer qu'ils étaient des gouvernements
bourgeois.
Aux élections législatives de
1986, le RPR et l'UDF ont repris la majorité à l'Assemblée Nationale.
Mitterrand a demandé à Chirac de former le gouvernement. Mais en 1988 il a été
réélu président de la République. Aux élections législatives qui ont suivi, le
PCF et le PS ont, à nouveau, obtenu la majorité à l'Assemblée Nationale, mais
cette fois à eux deux. Mitterrand a pratiqué "l'ouverture au centre".
Dans leur ensemble les "centristes" ont repoussé ses offres.
Toutefois certains ont répondu positivement. Mitterrand a alors formé
successivement les gouvernements Mitterrand-Rocard‑Durafour‑Soisson,
MitterrandCresson‑Soisson, Mitterrand‑Bérégovoy‑Tapie‑Durieux‑Soisson.
Une nouvelle fois les gouvernements constitués par Mitterrand ont été des
gouvernements bourgeois. Et des gouvernements bourgeois ne peuvent pratiquer
qu'une politique défendant les intérêts de la bourgeoisie.
Or, depuis la moitié des
années 1970, le régime capitaliste subit une crise récurrente, marquée de
phases aiguës. C'en est fini des "trente glorieuses". De plus, le
capitalisme français est un capitalisme décadent. Les intérêts du capital d'un
côté, de la classe ouvrière, de la population laborieuse, de la jeunesse de
l'autre, sont radicalement antagonistes. Gérer le régime capitaliste en crise,
c'est obligatoirement faire supporter au prolétariat et à la jeunesse les
conséquences de sa crise, de sa décadence. C'est ce qu'ont fait les gouvernements
bourgeois formés par Mitterrand et que les députés du PS ont couverts.
Résultat : officiellement 3 millions de chômeurs, 5 à 6 millions de personnes
dont le situation est précaire, 500 000 "sans domicile fixe" ;
diminution considérable du pouvoir d'achat des travailleurs, détérioration
générale des conditions de travail et d'existence, remise en cause des acquis
sociaux, menace sur la Sécurité Sociale ; dislocation de l'enseignement public,
etc... Sans compter la corruption générale dont les
Il affaires" témoignent.
Défendre les intérêts
élémentaires du prolétariat et de la jeunesse, satisfaire leurs revendications,
répondre à leurs besoins et aspirations exigent de rompre avec la bourgeoisie,
de mettre en cause, de démanteler l'Etat bourgeois, de s'appuyer sur ceux qui
travaillent et produisent organisés dans leurs comités. Il faut pouvoir
orienter la production, non plus selon les exigences du profit particulier mais
selon un plan de production élaboré et réalisé sous contrôle ouvrier et
répondant aux immenses besoins des masses. Mais pour réaliser cela il est
indispensable d'en finir avec la propriété privée de l'essentiel des moyens de
production et d'échange, d'exproprier le capital. Voilà ce que dictent la crise
générale du régime capitaliste et la décadence particulièrement marquée du
capitalisme français. En quelques mots : il s'agit de s'engager sur la voie qui
mène au socialisme. Il n'est pas d'autre issue progressive.
La constitution d'un
gouvernement des organisations membres d'organisations et partis bourgeois et
de politiques d'origine ouvrière, ne comprenant pas de ministres
"personnalités" faisant partie du personnel politique de la
bourgeoisie, est la condition première, bien qu'insuffisante, tout coup une
majorité aux gouvernements formés par pour s'engager sur cette voie.
Jusqu'alors ces partis ce sont le PS et le PCF, il n'en existe pas d'autres. A
deux reprises ils ont eu la majorité en sièges à l'Assemblée Nationale. Ils
pouvaient décider de former ensemble un tel gouvernement. Mitterrand, les
dirigeants du PS ont formé des gouvernements bourgeois et, de son côté, le PCF
n'a jamais adressé aux dirigeants du PS la revendication "rompez avec la
bourgeoisie". Il ne leur a jamais dit : "Nos deux partis ont ensemble
la majorité à l'Assemblée Nationale, décidons de former un gouvernement PS‑PCF
sans ministres bourgeois". A bien plus forte raison n'a‑t‑il
pas engagé de campagne politique pour mobiliser le prolétariat, la jeunesse
afin qu'ils exigent la constitution d'un tel gouvernement. Tout au contraire.
Il a participé au gouvernement de "l'Union de la gauche". Il a
désarmé politiquement la classe ouvrière. A l'Assemblée Nationale ses députés
ont pratiqué un jeu de bascule ‑ votant soit pour, soit contre, les
projets gouvernementaux, ou encore s'abstenant ‑ selon les calculs d'une
arithmétique parlementaire complexe, devant assurer à tout coup une majorité
aux gouvernements formés par Mitterrand.
Prétendre que les
organisations et centrales syndicales n'ont pas à se prononcer sur : quel
gouvernement doit être au pouvoir, c'est mystifier la classe ouvrière. C'est
une affirmation proférée par ceux qui défendent l'ordre économique, social et
politique actuel. Les centrales syndicales CGT et CGT‑FO, la FEN avaient
le devoir de se prononcer contre la constitution de gouvernements, bourgeois,
pour la formation d'un gouvernement PS‑PCF sans ministres bourgeois. Ils
pouvaient, par exemple, réaliser le Front Unique, appeler ensemble à une
gigantesque manifestation à l'Assemblée Nationale pour exiger des députés du PS
et du PCF qu'ils se déclarent souverains et forment ce gouvernement. Par tous
les moyens ils ont protégé les gouvernements que Mitterrand a formés. en divisant les rangs ouvriers, en dislocant
tout mouvement qui pouvait les mettre en cause, voire les balayer. Ils ont
coopéré à la politique gouvernementale et patronale en participant aux
organismes, aux commissions mis en place pour en
discuter, l'élaborer, l'appliquer.
Les uns et les autres ont
redouté qu'un processus révolutionnaire s'engage pour que se forme un
gouvernement PS-PCF sans ministres bourgeois ou/et à partir de sa
constitution. Défendant l'Etat bourgeois, le capitalisme français en crise et
décadent, ils ont provoqué la défaite politique que va subir le prolétariat.
Car des millions de travailleurs ne participant pas aux élections, 70 % des
suffrages exprimés allant aux organisations et partis bourgeois, le RPR et
l'UDF, aiguillonnés par le FN, disposant d'une majorité écrasante à l'Assemblée
Nationale, et formant un gouvernement après que par deux fois le PS et le PCF
aient disposé de la majorité à l'Assemblée Nationale, qu'ils aient eu la
possibilité de former un gouvernement sans ministres bourgeois, c'est une
défaite politique pour la classe ouvrière, la population laborieuse, la
jeunesse. D'autant que le programme RPR‑UDF est le plus réactionnaire de
ceux que les partis bourgeois ont établi depuis Vichy. Tout y passe : baisse
considérable du pouvoir d'achat, dégradation profonde des conditions
d'existence et de travail, subordination étroite des travailleurs au capital,
coupe claire dans les acquis sociaux, démantèlement de l'enseignement public,
politique favorable aux propriétaires fonciers au détriment de la population, etc, etc... Tous les aspects de
la vie économique et sociale seront affectés dans un sens ultra‑réactionnaire.
L'application de ce programme est vital pour le
capitalisme français dont la crise s'aggrave et la décadence se précipite.
La classe ouvrière, la
population laborieuse, la jeunesse devront faire face. Elles feront face. Mais
pour résister efficacement elles devront affronter et vaincre le gouvernement
issu des élections des 21 et 28 mars. Malgré les trahisons antérieures des
organisations ouvrières traditionnelles, les masses ressentiront la nécessité
que ces organisations rompent avec la bourgeoisie, réalisent le Front Unique et
engagent le combat, dans les conditions du moment, pour la constitution d'un
gouvernement du PS et du PCF, sans ministres bourgeois. Il n'en serait pas
ainsi si un Parti Ouvrier Révolutionnaire exerçait une influence décisive dans
la classe ouvrière et engageait lui-même, la lutte pour le pouvoir. Cela
correspond à un profond besoin politique objectif du prolétariat. Mener cette
action politique c'est utiliser un puissant moyen de mobilisation des masses
même si, dans l'immédiat, elles sont profondément écœurées par la politique
qu'ont pratiquée et pratiquent le PS et le PCF. Actuellement il n'existe pas de
Parti Ouvrier Révolutionnaire. Pour le construire, il faut formuler et projeter
la politique de rupture avec la bourgeoisie, de Front Unique des organisations
ouvrières si dégénérées soient‑elles, dans la perspective d'un
gouvernement PS‑PCF sans ministres bourgeois. De cette façon seront
réunies, dans le combat pour le Front Unique, les conditions de la submersion,
par les masses, des vieilles organisations traditionnelles et sera créée une
situation où pourra être constitué un véritable gouvernement ouvrier. Si une
organisation, même faible, présentait des candidats défendant cette
orientation, le Comité, n'ayant pas les moyens d'en présenter lui‑même,
appellerait à voter pour eux. Ce n'est pas le cas. C'est pourquoi :
Tout en condamnant la
politique suivie par les dirigeants du PS et du PCF, leurs trahisons, le Comité
appelle à voter:
·
au premier tour
pour les candidats soit du PS soit du PCF ;
·
au deuxième tour
pour ceux des candidats du PS ou du PCF qui, au premier tour, seront arrivés en
tête des candidats de ces deux partis exclusivement.
Bien sûr, pas une voix au FN,
au RPR, à l'UDF, au MRG, mais aussi à la coalition bourgeoise "Verts‑Génération Ecologie" dont le programme n'a
rien à envier à celui du RPR et de l'UDF.
Le 19 février 1993