Supplément à C.P.S. n° 46 ‑ numéro spécial – 19.2.1993

SE PREPARER A FAIRE FACE ET A ENGAGER LE COMBAT CONTRE UNE MAJORITE DE DEPUTES ET UN GOUVERNEMENT ULTRA‑ REACTIONNAIRES

DES GOUVERNEMENTS BOURGEOIS

A la veille des élections des 21 et 28 mars 1993 à l'Assemblée Nationale un constat s'impose. En 1981 Mitterrand était élu président de la République et une majorité de députés du PS et du PCF l'était à l'Assemblée Nationale. Le PS disposait même à lui seul de la majorité des sièges. Le premier gouvernement que Mitterrand constitua a été un gouvernement d"'Union de la gauche" dirigé par le PS où siégeaient des ministres membres du PCF mais aussi des ministres membres du MRG. Le deuxième gouvernement qu'il forma était un gouvernement dirigé par le PS, où ne siégeaient plus de ministres du PCF, mais où des membres du MRG restaient ministres. Or qu'est‑ce que le MRG ? Une organisation sans influence réelle, qui n'est qu'un décombre du parti radical lequel a été pendant cinquante ans le principal parti de la Ill° République et a encore joué un rôle important pendant la IVe République. En incluant des ministres du MRG dans les gouvernements que Mauroy et Fabius ont dirigés, Mitterrand a voulu affirmer qu'ils étaient des gouvernements bourgeois.

Aux élections législatives de 1986, le RPR et l'UDF ont repris la majorité à l'Assemblée Nationale. Mitterrand a demandé à Chirac de former le gouvernement. Mais en 1988 il a été réélu président de la République. Aux élections législatives qui ont suivi, le PCF et le PS ont, à nouveau, obtenu la majorité à l'Assemblée Nationale, mais cette fois à eux deux. Mitterrand a pratiqué "l'ouverture au centre". Dans leur ensemble les "centristes" ont repoussé ses offres. Toutefois certains ont répondu positivement. Mitterrand a alors formé successivement les gouvernements Mitterrand-Rocard‑Durafour‑Soisson, Mitterrand­Cresson‑Soisson, Mitterrand‑Bérégovoy‑Tapie‑Durieux‑Soisson. Une nouvelle fois les gouvernements constitués par Mitterrand ont été des gouvernements bourgeois. Et des gouvernements bourgeois ne peuvent pratiquer qu'une politique défendant les intérêts de la bourgeoisie.

CE QUE DICTE LA CRISE DU CAPITALISME

Or, depuis la moitié des années 1970, le régime capitaliste subit une crise récurrente, marquée de phases aiguës. C'en est fini des "trente glorieuses". De plus, le capitalisme français est un capitalisme décadent. Les intérêts du capital d'un côté, de la classe ouvrière, de la population laborieuse, de la jeunesse de l'autre, sont radicalement antagonistes. Gérer le régime capitaliste en crise, c'est obligatoirement faire supporter au prolétariat et à la jeunesse les conséquences de sa crise, de sa décadence. C'est ce qu'ont fait les gouvernements bourgeois formés par Mitterrand et que les députés du PS ont couverts. Résultat : officiellement 3 millions de chômeurs, 5 à 6 millions de personnes dont le situation est précaire, 500 000 "sans domicile fixe" ; diminution considérable du pouvoir d'achat des travailleurs, détérioration générale des conditions de travail et d'existence, remise en cause des acquis sociaux, menace sur la Sécurité Sociale ; dislocation de l'enseignement public, etc... Sans compter la corruption générale dont les Il affaires" témoignent.

Défendre les intérêts élémentaires du prolétariat et de la jeunesse, satisfaire leurs revendications, répondre à leurs besoins et aspirations exigent de rompre avec la bourgeoisie, de mettre en cause, de démanteler l'Etat bourgeois, de s'appuyer sur ceux qui travaillent et produisent organisés dans leurs comités. Il faut pouvoir orienter la production, non plus selon les exigences du profit particulier mais selon un plan de production élaboré et réalisé sous contrôle ouvrier et répondant aux immenses besoins des masses. Mais pour réaliser cela il est indispensable d'en finir avec la propriété privée de l'essentiel des moyens de production et d'échange, d'exproprier le capital. Voilà ce que dictent la crise générale du régime capitaliste et la décadence particulièrement marquée du capitalisme français. En quelques mots : il s'agit de s'engager sur la voie qui mène au socialisme. Il n'est pas d'autre issue progressive.

ILS SONT TOUS CONTRE LA CONSTITUTION D'UN GOUVERNEMENT PS‑PCF SANS MINISTRES BOURGEOIS

La constitution d'un gouvernement des organisations membres d'organisations et partis bourgeois et de politiques d'origine ouvrière, ne comprenant pas de ministres "personnalités" faisant partie du personnel politique de la bourgeoisie, est la condition première, bien qu'insuffisante, tout coup une majorité aux gouvernements formés par pour s'engager sur cette voie. Jusqu'alors ces partis ce sont le PS et le PCF, il n'en existe pas d'autres. A deux reprises ils ont eu la majorité en sièges à l'Assemblée Nationale. Ils pouvaient décider de former ensemble un tel gouvernement. Mitterrand, les dirigeants du PS ont formé des gouvernements bourgeois et, de son côté, le PCF n'a jamais adressé aux dirigeants du PS la revendication "rompez avec la bourgeoisie". Il ne leur a jamais dit : "Nos deux partis ont ensemble la majorité à l'Assemblée Nationale, décidons de former un gouvernement PS‑PCF sans ministres bourgeois". A bien plus forte raison n'a‑t‑il pas engagé de campagne politique pour mobiliser le prolétariat, la jeunesse afin qu'ils exigent la constitution d'un tel gouvernement. Tout au contraire. Il a participé au gouvernement de "l'Union de la gauche". Il a désarmé politiquement la classe ouvrière. A l'Assemblée Nationale ses députés ont pratiqué un jeu de bascule ‑ votant soit pour, soit contre, les projets gouvernementaux, ou encore s'abstenant ‑ selon les calculs d'une arithmétique parlementaire complexe, devant assurer à tout coup une majorité aux gouvernements formés par Mitterrand.

Prétendre que les organisations et centrales syndicales n'ont pas à se prononcer sur : quel gouvernement doit être au pouvoir, c'est mystifier la classe ouvrière. C'est une affirmation proférée par ceux qui défendent l'ordre économique, social et politique actuel. Les centrales syndicales CGT et CGT‑FO, la FEN avaient le devoir de se prononcer contre la constitution de gouvernements, bourgeois, pour la formation d'un gouvernement PS‑PCF sans ministres bourgeois. Ils pouvaient, par exemple, réaliser le Front Unique, appeler ensemble à une gigantesque manifestation à l'Assemblée Nationale pour exiger des députés du PS et du PCF qu'ils se déclarent souverains et forment ce gouvernement. Par tous les moyens ils ont protégé les gouvernements que Mitterrand a formés. en divisant les rangs ouvriers, en dislocant tout mouvement qui pouvait les mettre en cause, voire les balayer. Ils ont coopéré à la politique gouvernementale et patronale en participant aux organismes, aux commissions mis en place pour en discuter, l'élaborer, l'appliquer.

UNE DEFAITE POLITIQUE POUR LE PROLETARIAT

Les uns et les autres ont redouté qu'un processus révolutionnaire s'engage pour que se forme un gouvernement PS­-PCF sans ministres bourgeois ou/et à partir de sa constitution. Défendant l'Etat bourgeois, le capitalisme français en crise et décadent, ils ont provoqué la défaite politique que va subir le prolétariat. Car des millions de travailleurs ne participant pas aux élections, 70 % des suffrages exprimés allant aux organisations et partis bourgeois, le RPR et l'UDF, aiguillonnés par le FN, disposant d'une majorité écrasante à l'Assemblée Nationale, et formant un gouvernement après que par deux fois le PS et le PCF aient disposé de la majorité à l'Assemblée Nationale, qu'ils aient eu la possibilité de former un gouvernement sans ministres bourgeois, c'est une défaite politique pour la classe ouvrière, la population laborieuse, la jeunesse. D'autant que le programme RPR‑UDF est le plus réactionnaire de ceux que les partis bourgeois ont établi depuis Vichy. Tout y passe : baisse considérable du pouvoir d'achat, dégradation profonde des conditions d'existence et de travail, subordination étroite des travailleurs au capital, coupe claire dans les acquis sociaux, démantèlement de l'enseignement public, politique favorable aux propriétaires fonciers au détriment de la population, etc, etc... Tous les aspects de la vie économique et sociale seront affectés dans un sens ultra‑réactionnaire. L'application de ce programme est vital pour le capitalisme français dont la crise s'aggrave et la décadence se précipite.

POURQUOI VOTER ENCORE PS ET PCF

La classe ouvrière, la population laborieuse, la jeunesse devront faire face. Elles feront face. Mais pour résister efficacement elles devront affronter et vaincre le gouvernement issu des élections des 21 et 28 mars. Malgré les trahisons antérieures des organisations ouvrières traditionnelles, les masses ressentiront la nécessité que ces organisations rompent avec la bourgeoisie, réalisent le Front Unique et engagent le combat, dans les conditions du moment, pour la constitution d'un gouvernement du PS et du PCF, sans ministres bourgeois. Il n'en serait pas ainsi si un Parti Ouvrier Révolutionnaire exerçait une influence décisive dans la classe ouvrière et engageait lui-même, la lutte pour le pouvoir. Cela correspond à un profond besoin politique objectif du prolétariat. Mener cette action politique c'est utiliser un puissant moyen de mobilisation des masses même si, dans l'immédiat, elles sont profondément écœurées par la politique qu'ont pratiquée et pratiquent le PS et le PCF. Actuellement il n'existe pas de Parti Ouvrier Révolutionnaire. Pour le construire, il faut formuler et projeter la politique de rupture avec la bourgeoisie, de Front Unique des organisations ouvrières si dégénérées soient‑elles, dans la perspective d'un gouvernement PS‑PCF sans ministres bourgeois. De cette façon seront réunies, dans le combat pour le Front Unique, les conditions de la submersion, par les masses, des vieilles organisations traditionnelles et sera créée une situation où pourra être constitué un véritable gouvernement ouvrier. Si une organisation, même faible, présentait des candidats défendant cette orientation, le Comité, n'ayant pas les moyens d'en présenter lui‑même, appellerait à voter pour eux. Ce n'est pas le cas. C'est pourquoi :

Tout en condamnant la politique suivie par les dirigeants du PS et du PCF, leurs trahisons, le Comité appelle à voter:

·        au premier tour pour les candidats soit du PS soit du PCF ;

·        au deuxième tour pour ceux des candidats du PS ou du PCF qui, au premier tour, seront arrivés en tête des candidats de ces deux partis exclusivement.

Bien sûr, pas une voix au FN, au RPR, à l'UDF, au MRG, mais aussi à la coalition bourgeoise "Verts‑Génération Ecologie" dont le programme n'a rien à envier à celui du RPR et de l'UDF.

Le 19 février 1993

 

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