Article publié dans CPS n°21 du 20 mars 1988
Soutien inconditionnel au peuple palestinien
GAZA,
CISJORDANIE : LE PEUPLE PALESTINIEN POURSUIT LE COMBAT
PREMIERES
LUTTES DU PEUPLE PALESTINIEN CONTRE L'IMPERIALISME ET LE SIONISME
CONSTITUTION
DE L'ETAT D'ISRAEL
L'ECHEC
DE L'OPÉRATION MILITAIRE ANGLO‑FRANCO‑ISRAELIENNE DE SUEZ
LA
GUERRE DES SIX JOURS" ET SES CONSEQUENCES
ISRAEL
A DEUX DOIGTS DE LA DÉFAITE
TOUS
LES COUPS CONTRE LE PEUPLE PALESTINIEN
YASSER
ARAFAT ET L'OLP: DE CAPITULATION EN CAPITULATION
QUESTION
NATIONALE, QUESTION SOCIALE
NOUVELLE
DONNE AU PROCHE ET MOYEN ORIENT
UNE
POLITIQUE POUR LE PEUPLE PALESTINIEN
Au moment
où cet article est écrit la radio annonce que les troupes israéliennes ont tué
85 Palestiniens depuis le 9 décembre, jour où, en Cisjordanie et à Gaza, les
manifestations contre l'occupation ont commencé, manifestations qui se
renouvellent sans cesse. A ces morts (officiels) il faut ajouter des centaines
de blessés dont tous ceux à qui, systématiquement, les soldats israéliens ont
brisé, sur ordre, à coups de matraque, de bâton, de pierre, bras et jambes.
La bande de
Gaza et la Cisjordanie sont occupées depuis qu'au cours de la « guerre des
six jours » (5 au 10 juin 1967), l'armée israélienne a écrasé les armées
égyptienne, syrienne et jordanienne. La « guerre du Kipour »
de l'automne 1973 n'a pas modifié cette situation. A sa suite, sous l'égide de
CARTER, les accords de Camp David ont préparé la signature le 25 mars 1979 d'un
« traité de paix » entre l'Égypte et Israël. Ce n'est que le 25 avril
1982 que l'armée d’Israël a fini d'évacuer le Sinaï conquis pendant la
« guerre des six jours ». Mais elle a maintenu l'occupation de Gaza
et de la Cisjordanie.
Plus encore
: le 14 décembre 1981, le gouvernement d’Israël a décidé d'annexer le Golan,
territoire arraché à la Syrie. Dès le 6 juin 1982, l'armée israélienne a envahi
le Liban pour « régler une fois pour toute la question
palestinienne ». Fin août début septembre, YASSER ARAFAT, président de
l'OLP, acceptait de signer un accord par lequel les forces armées de l'OLP
évacueraient les camps palestiniens de Beyrouth Ouest, les laissant sans
défense. Les 16 et 17 septembre, l'armée israélienne laissait entrer dans les
camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila,
les miliciens chrétiens qu'elle avait armés... Ils se sont livrés à des
massacres : plus de 1 000 morts.
Les
manifestations quasi permanentes, qui se déroulent en Cisjordanie et à Gaza, où les jeunes Palestiniens affrontent en lançant des
pierres les soldats israéliens, prouvent s'il le fallait, que la
« question palestinienne » n'est pas « réglée ». Elle ne le
sera pas tant que l'Etat d’Israël existera, tant que subsisteront les régimes
féodaux bourgeois arabes du Moyen‑Orient et les cliques militaires, tant
que ne s'ouvrira pas la voie des Etats Unis Socialistes du Proche et du Moyen‑Orient.
Il est
inutile de revenir sur l'importance, aussi bien stratégique qu'économique, pour
l'impérialisme, de cette région du monde. Dès avant la première guerre
mondiale, les impérialismes anglais, français, allemand se disputent les
dépouilles de l'empire ottoman en décomposition. L'un des enjeux des conflits
d'influence entre l'impérialisme allemand et les autres impérialismes est le
chemin de fer Berlin‑Bagdad au travers de la Turquie, voie directe de la
pénétration allemande au Proche et Moyen‑Orient et, au‑delà, vers
l'Orient, menace redoutable pour l'impérialisme anglais.
A la fin de
la première guerre mondiale, les impérialismes Anglais et Français se partagent
les zones d'influence dans cette région du monde. Les Anglais qui contrôlent
déjà l'Arabie reçoivent « mandat de la SDN » sur la Mésopotamie
(l'Irak d'aujourd'hui) et la Palestine (Israël, Cisjordanie, Gaza, Jordanie
d'aujourd'hui). Les Français reçoivent « mandat de la SDN » sur le
Liban et la Syrie. En 1917 par la déclaration BALFOUR, pour obtenir l'appui du
mouvement sioniste et des Juifs de Palestine, l'impérialisme anglais avait
promis la constitution d'un « foyer national juif » en Palestine. En
1921 l'Angleterre institue le royaume d'Irak et en 1922 l’Emirat de
Transjordanie. En Irak et en Jordanie règnent des princes de la famille des Hachémites.
Entre les deux guerres et pendant la 2e guerre mondiale, pour maintenir son
contrôle sur le Proche et le Moyen‑Orient, l'impérialisme anglais
manœuvre entre les monarchies qu'il a constituées, les peuples de cette région
et le sionisme. En effet, au Proche et au Moyen‑Orient, après la première
guerre mondiale, les peuples s'éveillent à la lutte pour leur indépendance
nationale, que la mainmise des impérialismes anglais et français exacerbe.
Déjà le
peuple palestinien se situe au premier rang du combat contre l'impérialisme et
pour l'indépendance nationale des peuples du Proche et du Moyen‑Orient.
Le 21 avril 1936 commence en Palestine une grève générale. Elle durera six
mois. Elle s'est arrêtée lorsque les dirigeants palestiniens d'alors ont
accepté d'appeler à ce qu'elle cesse contre l'envoi d'une « commission
d'enquête » anglaise pour déterminer l'avenir du pays : une trahison
honteuse du peuple palestinien. Mais un véritable mouvement révolutionnaire la
prolongera jusqu'en 1939.
Nécessairement
le mouvement national palestinien se heurte, dès son origine, au sionisme.
Entre 1919 et 1925 le nombre de Juifs résidant en Palestine passe de 60 000 à
125 000. Entre 1925 (et surtout à partir de 1933) jusqu'à la guerre, le
mouvement de l'émigration sioniste n'a cessé de s'accélérer. Le développement
du peuplement juif de la Palestine est allé de pair avec le rejet économique de
la population palestinienne, de l'industrie, du commerce et de l'agriculture.
Aidés par le financement venant de l'étranger, les Juifs de Palestine se sont
appropriés une partie de plus en plus importante de la richesse économique. Une
statistique datant de 1939 révèle qu'en Palestine le capital étranger
(impérialiste) représentait à cette date 75 % du capital investit le capital
juif 20 % et le capital palestinien seulement 2 à 3 %.
Jusqu'en
1947 l'impérialisme britannique à joué un jeu d'équilibre entre Palestiniens et
sionistes en s'appuyant notamment sur la Transjordanie et la légion arabe de Glub Pacha que des officiers anglais avaient formée et
encadraient. Mais au lendemain de la 2e guerre mondiale de profondes
modifications ont eu lieu : un essor puissant dans tout le Proche et le Moyen‑Orient
du mouvement national ; l'affaiblissement irrémédiable des impérialismes
français et anglais ; l'intervention en force au Proche et au Moyen‑Orient
de l'impérialisme américain, devenu la puissance impérialiste dominante dans le
monde et qui progressivement va réduire à un rôle et à des positions mineurs,
dans cette région du monde, les impérialismes français et anglais. L'un des
principaux instruments que l'impérialisme américain utilise pour établir son
hégémonie au Proche et au Moyen‑Orient sera le sionisme et cela en
conflit plus ou moins masqué avec l'impérialisme britannique.
En 1947,
les Juifs possédaient 174 000 hectares des meilleures terres arables dont plus
de la moitié appartenait au Fonds national juif. Certes, dans le pays qui
allait devenir Israël, les Palestiniens possédaient encore environ 600 000
hectares mais dont la majorité était propriété publique sait affectée à des
activités d'intérêt commun, soit impropre à la culture. Dans cette partie de la
Palestine vivaient 700 000 Juifs et 1 250 000 Palestiniens. Il faut ajouter que
les sionistes organisaient le boycott systématique des produits, du commerce
palestiniens et même de la main d'œuvre palestinienne là où ils étaient en
mesure de le faire.
Le 29
novembre 1947, l'ONU adopte par 33 voix contre 13 et 10 abstentions, dont
celles de la Grande‑Bretagne, le plan de partage de la Palestine. L'URSS
et la France ont voté le plan que les Américains ont établi. Le 14 mai 1948, le
Conseil National Juif proclame à Tel‑Aviv
l'indépendance d'Israël. Le 15, Washington reconnaît l'Etat d'Israël tandis que
les armées de Transjordanie, d'Égypte, de Syrie, du Liban, d’Irak envahissent
la Palestine. Le 17, le Kremlin reconnaît l'Etat d’Israël. Après de multiples
épisodes et trêves que le nouvel Etat juif utilisent pour, avec l'aide des USA
et du Kremlin, renforcer son potentiel militaire (ainsi, à partir du 14 juin un
pont aérien est établi entre Israël et la Tchécoslovaquie pour la fourniture de
matériel de guerre) Israël déclenche une série d'offensives qui se terminent
par la défaite des troupes arabes et principalement la déroute des troupes
égyptiennes. Successivement des armistices sont signés entre les différents
pays arabes et Israël. Ils consacrent les conquêtes d'Israël. Alors que le plan
de partage attribuait 55 % de la Palestine (jusqu'au Jourdain) au futur Etat d'Israël,
et 45 % à un hypothétique Etat palestinien, à la suite des accords d'armistice
Israël en occupe 80 %. Il s'est emparé du NEGUEV qu'il annexe.
Ce n'est
encore qu'un des aspects de l'action de l'Etat d'Israël, agent de
l'impérialisme américain, fondé sur l'oppression et la
spoliation, et qui fait régner la terreur, par le fer, le feu, le sang sur les
masses palestiniennes en particulier et les pays arabes en général. AMNON
KAPELIOUK écrit dans « Le Monde diplomatique » de décembre 1986 qu'avant
même que ne sait proclamé l'Etat d'Israël :
« La
Haganah ‑ l'armée clandestine juive ‑ et les groupes terroristes
dissidents – l’Irgoun de M. MENAHEN BEGIN et le groupe Stern ‑développèrent
une stratégie agressive. "Mener une guerre
totale", "frapper durement et sur un vaste territoire sans aucune
autre considération", "frapper l'ensemble des transports et du
commerce palestiniens" : voilà quelques unes des suggestions de BEN GOURION. C'est ce dernier qui écrivait dans son journal,
début 1948 : "Au cours de l'assaut, nous devons être prêts à porter le
coup décisif à savoir détruire l'agglomération, ou bien, à expulser ses
habitants pour prendre leur place" »
« Le
village arabe de Deir Yassin
dans la banlieue ouest de Jérusalem fut attaqué et pris le 10 avril 1948 par
l'Irgoun et le groupe Stern. Bilan : deux cent cinquante quatre habitants
massacrés dont la majorité de femmes et d'enfants. »
Il
s'agissait de chasser par la terreur les Palestiniens des limites de l'Etat
d'Israël et de s'approprier leurs terres et leurs richesses, de faire de cette
région une région de peuplement juif. Sur les 1 250 000 habitants
palestiniens, 850 000 ont fui le nouvel Etat. Dés 1948 près de
300 000 hectares de terre étaient, après expropriation des Palestiniens
mis sous séquestre, vendus par l'Etat ou mis à la disposition de colonies ou de
villes juives qui se créaient alors. De nouvelles terres furent expropriées en
1950 pour « raison d'absentéisme », 100 000 hectares par
« prescription » au cours des années 1950. A la fin des années 1970,
150 000 hectares qui appartenaient à des bédouins du sud d'Israël étaient
encore expropriés. Parallèlement très rapidement la population juive est passée
de 716 700 habitants en 1948 à près de 3 millions. Un accord secret conclu
entre la Transjordanie (devenue royaume en 1946) et Israël a partagé la partie
de la Palestine située à l'ouest du Jourdain. Le 16 décembre 1948, la
Transjordanie annexait la partie de la Palestine que l'on appelle la
Cisjordanie et devenait royaume de Jordanie.
Les
lamentables défaites des armées arabes devant l'armée d'Israël ont été un
facteur de radicalisation des mouvements nationaux dans les pays du Proche et
du Moyen‑Orient et contre les monarchies de ces pays. En Egypte, le 28
janvier 1952, un coup d'Etat militaire oblige le roi à abdiquer et à s'enfuir.
Le 18 juin, la République est proclamée. Le 25 février 1954, NASSER prend le
pouvoir. Ensuite ce sera la « radicalisation » du régime devant le
refus des gouvernements américain et anglais de financer la construction du
barrage d'Assouan et la nationalisation (contre indemnités) du canal de Suez,
les menaces de revanche contre Israël.
Le 23
octobre 1956 un commandement militaire unifié entre l'Égypte, la Syrie, la
Jordanie est constituée. Le 29 les troupes israéliennes envahissent le Sinaï.
Le 31, l'aviation franco‑britannique bombarde les aérodromes égyptiens et
les troupes franco‑anglaises débarquent. Sous le diktat de l'impérialisme
américain et de la bureaucratie du Kremlin, qui redoutent que l'intervention
militaire franco‑anglo‑israélienne en
Égypte ne déclenche un déferlement révolutionnaire dans tous le Proche et le
Moyen‑Orient, les Français et les Anglais réembarquent. Ce n'est qu'en
mars 1957 que les troupes israéliennes évacuent Charm‑el‑Cheikh
et Gaza que les troupes de l'ONU occuperont.
Israël ne
peut vivre sans l'aide économique, financière et militaire des USA. Pourtant
contre ses maîtres américains, l'Etat d’Israël a participé à l'expédition
franco‑anglaise de Suez. Artificiellement implanté et uniquement par la
force et la spoliation à partir de l'oppression et de l'écrasement du peuple
palestinien, sur un territoire limité et militairement difficile à défendre au
milieu de peuples arabes. Instrument aux yeux des peuples arabes de
l'oppression et de l'exploitation impérialiste ; sa constitution ayant exigé
que des centaines de milliers de Palestiniens s'expatrient en Jordanie, en
Arabie Saoudite, au Liban, en Syrie et ailleurs où, concentrés dans les camps
de réfugiés, ils sont des ferments de la lutte contre l'impérialisme et des
foyers révolutionnaires ; chaque ouvrier, chaque paysan, chaque exploité de ces
pays reconnaissant dans la cause palestinienne sa propre cause. L'Etat d’Israël n'a pas le choix, il doit pratiquer une
politique expansionniste, raciste et chauvine, et tenter d'imposer par la force
des armes sur tous les pays de la région la « paix israélienne ». Il
doit engager des guerres préventives et les mener sans pitié.
L'échec de
l'opération de Suez a provoqué de profondes modifications au Proche et au Moyen‑Orient.
Une puissante mobilisation de masse se développe. NASSER noue d'étroites
relations avec le Kremlin. Il va aussi loin « à gauche » que la
nature du régime le permet. En février 1958, l'Égypte et la Syrie forment la
République Arabe Unie. Le 14 juillet 1958, un coup d'État militaire renverse la
royauté en Irak. C'est que dans les profondeurs de la population de l'Irak se sont accumulées la haine contre la royauté, le roi FAYCAL
II, le premier ministre NOURISAID et la volonté de balayer le régime des
féodaux arabes établi en 1921 par les britanniques. « Les officiers
libres » ont agi pour prévenir une explosion révolutionnaire, leur coup
d'Etat l'a précipitée. La révolution déferle. Les masses envahissent le palais
et les rues, forment leurs comités, posent leurs revendications. La République
est proclamée. Le général HASSEM prend le pouvoir. Le Proche et le Moyen Orient
vivent au rythme de la révolution en Irak. Le président du Liban, CHAMOUN, fait
appel aux troupes américaines. Six mille « marines » débarquent au
Liban pour « maintenir l'ordre ». 2500 parachutistes anglais arrivent
par avion dès le 17 juillet en Jordanie. Le P.C.
irakien contient les masses et soutient le régime militaire que HASSEM a mis en
place. Trois mois plus tard, s'appuyant sur le P.C.
d'Irak, il lance l'armée contre la population, écrase et noie dans le sang le
mouvement révolutionnaire, sous prétexte de lutter contre les nasseriens et le parti baasiste : des milliers de morts
notamment à Mossoul. En septembre 1961 à la suite d'un nouveau coup d'Etat
militaire, la Syrie rompt avec l'Egypte.
Au cours
des années suivantes les coups d'Etat militaires se succèdent en Syrie et en
Irak. Aucun gouvernement au Proche et Moyen-Orient ne peut, à ce moment, se
désolidariser de la cause palestinienne (au moins en paroles). Du 28 mai au 2
juillet 1965, se réunit dans le secteur arabe de Jérusalem le premier congrès
national palestinien. L'organisation de la libération de la Palestine (OLP),
dont la charte récuse le partage de la Palestine et la création de l'Etat
d'Israël, est formée. En août, le comité national de l'OLP est constitué et
l'armée de libération de la Palestine (ALP) créée. Ils sont alors sous l'étroit
contrôle de NASSER.
Une
nouvelle guerre entre Israël et les Etats arabes qui l'entourent est
inéluctable. Israël en prendra l'initiative. Le 5 juin 1967, à 7 heures du
matin, l'armée israélienne attaque simultanément l'Égypte, la Syrie, la
Jordanie. Elle taille leurs armées en pièces, les liquide
en six jours. Elle occupe le Sinaï , le Golan, la
Cisjordanie, Gaza. La puissance militaire d'Israël est à son sommet et sa
domination sur cette région semble indiscutable et indisputable.
En réalité la victoire d'Israël a des raisons sociales et politiques profondes.
Les coups d'Etat militaires n'ont pas modifié les origines sociales des castes
d'officiers, leur incapacité et leur pourriture. Les régimes en place n'ont pas
rompu les liens qui les rattachent au passé, à la bourgeoisie affairiste et
corrompue et à l'impérialisme, même s'ils en ont noués avec la bureaucratie du
Kremlin. Leur ennemi fondamental reste les ouvriers, les paysans, les masses
misérables de leur propre pays. Ce sont les gardiens vigilants et des
profiteurs de l'oppression et de l'exploitation des masses arabes. Ils
craignent comme la peste le ferment révolutionnaire que sont les masses
palestiniennes et les conséquences d'une défaite d'Israël. Tandis que du côté
d'Israël, la guerre, pour réactionnaire et spoliatrice qu'elle sait, est ressentie comme nécessaire. Et qu'elle est conduite avec la
volonté de vaincre à tout prix. Les Israéliens dans leur ensemble bandent leurs
forces pour vaincre. Israël est armé jusqu'aux dents par l'impérialisme
américain.
La défaite
des Etats arabes a eu comme conséquence un nouvel et énorme afflux de réfugiés
Palestiniens dans les pays arabes surtout en Jordanie. Ils fuient la
Cisjordanie et Gaza occupés par l'armée d'Israël. Ils rejoignent ceux qui déjà
se sont réfugiés en Jordanie à partir de 1947. Ils sont concentrés par dizaines
de milliers en de gigantesques camps. L'OLP a constitué un puissant instrument
militaire qui a le contrôle des camps. Enfin, une grande partie de la Jordanie
est un morceau de la Palestine où vivent depuis toujours des centaines de
milliers de Palestiniens. Par contre, la monarchie s'appuie principalement sur
l'ancienne légion arabe organisée par les Anglais et formée principalement de bédouins
du désert.
Entre les
masses palestiniennes et la royauté l'antagonisme est absolu. Après « la
guerre des six jours » l'affrontement est inéluctable, son enjeu ne peut
être que l'écrasement et le désarmement du peuple palestinien ou le
renversement de la monarchie et la prise du pouvoir par un gouvernement émanant
des masses palestiniennes. Le 17 septembre 1970, l'armée jordanienne engage le
combat pour écraser les forces armées de l'OLP et les réfugiés des camps
palestiniens. A Irbid les Palestiniens organisent un véritable soviet. Des
chars syriens pénètrent en Jordanie. Ils ont des accrochages avec des blindés
jordaniens. Mais répondant aux exigences du Kremlin et de l'impérialisme
américain, la Syrie retire ses chars. Quant à l'OLP, au lieu de fixer à ses
forces armées et au peuple palestinien, l'objectif de renverser la monarchie et
de porter au pouvoir un gouvernement émanant du peuple palestinien, sa
direction négocie avec le roi HUSSEIN. Elle cherche un compromis. Le 22
septembre, Yasser ARAFAT et le roi HUSSEIN signent un accord pour le
« rétablissement de l'ordre » qui appelle les forces armées de l'OLP
et les Palestiniens à cesser le combat. C'est « septembre noir ». L'OLP
est désarmée. Des milliers de Palestiniens sont tués. Des dizaines de milliers
doivent fuir en d'autres pays arabes.
C'est à
l'initiative de l'Égypte et de la Syrie que s'engage la IVe
guerre israélo‑arabe. Le 6 octobre 1973 les troupes égyptiennes
franchissent le canal de Suez et les troupes syriennes envahissent le Golan.
Les services secrets US étaient au courant des concentrations militaires
égyptiennes et syriennes pourtant l'armée israélienne est complètement
surprise. Elle est bousculée et reflue. Des brèches s'ouvrent dans son
dispositif. Rapidement elle reprend l'initiative : après avoir battu l'armée
syrienne, elle brise le front égyptien, franchit le canal de Suez et encercle
la IIIe armée égyptienne. Pour l'armée égyptienne
l'opération risque de tourner au désastre (comme au cours de la guerre des six
jours, les mêmes causes produisent les mêmes effets). Les 23 et 24 octobre,
l'Égypte, la Syrie et Israël acceptent d'appliquer l'ordre de « cessez le
feu » que le conseil de sécurité de l'ONU a donné depuis longtemps.
Quelque
chose a changé. L'armée israélienne a gagné, mais elle a été à deux doigts de
la défaite. Elle ne semble plus invincible. La « paix israélienne »,
telle qu'Israël l'avait imposée au moment de la guerre des six jours, n'est
plus possible. L'impérialisme américain redoute la réaction des masses des pays
arabes contre les régimes pourris des Etats arabes incapables de combattre
victorieusement le petit Etat d'Israël. Il devra à grands frais, appuyer
l'Égypte et s'appuyer sur elle tout en continuant à appuyer et à s'appuyer sur
Israël. l'Égypte de ANOUAR EL SADATE, successeur de
NASSER, devient, comme Israël, un client et un serviteur de l'impérialisme
américain. Après de nombreuses péripéties, les relations entre l'Égypte et
Israël aboutissent, sous l'égide de l'impérialisme américain, à la
reconnaissance d'Israël par l'Égypte, aux accords de camp David en juin 1978,
et à l'évacuation totale du Sinaï en avril 1982.
La question
palestinienne reste brûlante. Au Liban 600 000 Palestiniens sont concentrés
dans des camps, l'essentiel des forces armées de l'OLP s'y trouve également.
(Les Etats arabes pétroliers consacrent une très très
faible partie de la rente pétrolière à financer l'achat d'armes pour les forces
armées palestiniennes. C'est le moins qu'ils sont contraints de faire pour être
cautionnés en tant que défenseurs de la « cause arabe »). Tentative
est faite de « traiter » la question palestinienne comme elle a été
« traitée » en Jordanie. La guerre du Liban commence par l'attaque
des milices chrétiennes contre les camps palestiniens de Tell‑el‑Zaatar et de Sir‑el‑Bacha, situés au nord‑est
de Beyrouth, pour les réduire. Rapidement le rapport des forces s'est avéré
être défavorable aux milices chrétiennes qui doivent faire face, alors, à un
front commun entre Palestiniens et musulmans du Liban. Le 15 avril 1976 l'armée
syrienne envahit le Liban : elle frappe la résistance palestinienne et veut
l'écraser. Elle sauve les milices chrétiennes d'une défaite écrasante.
Ultérieurement les milices chrétiennes noueront des liens étroits avec Israël
qui les armera et les entraînera.
Pendant les
années suivantes l'armée israélienne multiplie les attaques aériennes contre
les camps palestiniens et les raids terrestres au Liban. Finalement, le 6 juin
1982, l'armée israélienne envahit le Liban. En septembre 1982, Yasser ARAFAT
capitule et accepte que les forces armées palestiniennes quittent les camps
palestiniens qui entourent Beyrouth et s'embarquent pour la Tunisie, laissant
les camps désarmés. A l'automne 1983, les Syriens organisent l'assaut et la
prise des camps palestiniens que l'OLP contrôlait aux environs de Tripoli . Ils contraignent l'OLP et ses forces armées,
Yasser ARAFAT compris, à s'embarquer comme ils s'étaient embarqués à Beyrouth
l'année précédente. Lorsque les Israéliens se retireront du Liban ce serai à
partir de mai 1985, la tentative des milices chiites d'AMAL
de prendre le contrôle des camps palestiniens de Beyrouth en écrasant la
résistance palestinienne qui a réorganisé des forces armées. Ils lanceront de
multiples assauts et jusqu'au début 1988 ils encercleront les camps
palestiniens.
Israël n'a
pas atteint tous les objectifs qu'il se fixait en envahissant le Liban et
notamment : construire un Etat libanais sous le contrôle des chrétiens et
subordonné à Israël. Par contre il a précipité la faillite politique de l'OLP
qui, à sa manière, a concouru à l'isolement du peuple palestinien en
subordonnant son action aux gouvernements des Etats arabes, y compris à celui
d"Arabie Saoudite, au nom de « l'unité de la nation arabe ». La
défaite de l'OLP et la capitulation d'ARAFAT à Beyrouth ont ouvert une crise dans
le Fath (principale formation de l'OLP et que dirige ARAFAT) et dans l'OLP.
Yasser
ARAFAT est allé de capitulation en capitulation devant les gouvernements des
Etats arabes les plus directement sous l'influence des Etats‑Unis. Le 25
juillet 1982, ARAFAT signe un document où, au nom de l'OLP, il reconnaît :
« toutes les résolutions de l'ONU sur la question palestinienne »,
ce qui est reconnaître de facto l'Etat d'Israël. A partir d'octobre il engage
des négociations avec le roi HUSSEIN de Jordanie, directement lié à l'impérialisme
américain, pour la constitution d'un comité mixte jordano‑palestinien. Le
3 janvier 1983 le communiqué final du C.C. de l'OLP
reconnaît comme « un fait irréversible » les accords de Camp David.
Au mois de février, le comité national de l'OLP adapte le plan de Fès « comme
un seuil minimal pour une initiative politique des Etats arabes » et
des propositions « contenues dans le projet du président BREJNEV du 16
septembre 1982 ». Par la bande c'est l'adoption du plan REAGAN, lequel
se réduit en dernière analyse à « l'autonomie interne de la Cisjordanie et
de Gaza » pendant une période de cinq ans, l'occupation par l'armée
d'Israël se poursuivant. L'objectif est un « auto‑gouvernement de
ces territoires en association avec la Jordanie ». Le 11 février 1985 le
roi de Jordanie et Yasser ARAFAT signent à Amman un accord qui envisage qu'une
« délégation commune jordano‑palestinienne » puisse participer
à d'éventuelles « négociations de paix ». L'accord est approuvé par
le comité exécutif et le conseil national de l'OLP.
Mais le plan REAGAN se heurte à des obstacles
insurmontables. Israël ne peut accepter que les territoires occupés pendant
"la guerre des six jours", Gaza et la
Cisjordanie, le Golan annexé, lui échappent. Ce serait le commencement de la
désintégration de l’Etat juif et la menace de son effondrement. Le peuple
palestinien ne peut accepter de se cantonner dans un Etat palestinien croupion.
En Israël proprement dit il y a aujourd'hui au moins 650 000 Palestiniens. Leur
croissance démographique est beaucoup plus rapide que celle des Juifs. Il y a
1,4 millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza
et leur nombre s'accroît rapidement. En Israël la population juive s'élève à
3,5 millions mais son nombre n'a pas tendance à croître rapidement. Selon
certaines estimations, le nombre de Juifs dans les territoires occupés et en
Israël s'élèverait à 4,2 millions et celui des Palestiniens arabes à 3,5
millions en l'an 2000 et l’égalité serait atteinte en 2010. Au total actuellement
la population palestinienne s'élèverait déjà à 4,5 millions, dont 2,5 millions
d'émigrés : 600 000 au Liban, 278 000 au Koweit, 215 000 en Syrie, 1 160 000 en
Jordanie, 127 000 en Arabie Saoudite, 48 500 en Egypte, etc...
Non
seulement en Israël les Palestiniens sont pratiquement expropriés, mais ils le
sont en grande partie à Gaza et en Cisjordanie où l'essentiel des ressources et
des ressorts de l'économie sont aux mains des Juifs. Ainsi à Gaza 2 500
colons juifs possèdent 28 % des terres publiques. En Cisjordanie, la population
juive est passée de 10 000 à 60 000 et s'accapare les terres. A Gaza
comme en Cisjordanie, les colons israéliens monopolisent les sources d'eau, ce
qui dans ces pays est vital. La presse a rapporté comment la population
palestinienne de Gaza est reléguée dans de misérables ghettos, comment une
grande partie franchit tous les jours la frontière pour aller travailler en
Israël contre de misérables salaires. Un exemple : en Israël le PNB s'élève à 5
200 dollars par habitant et par an ; en Cisjordanie et à Gaza, il s'élève à 750
dollars.
Le
pourrissement de l'impérialisme fait que l'économie des pays arabes où les
Palestiniens se sont réfugiés est incapable d'absorber la grande masse des réfugiés restée groupée dans les camps.
La question
palestinienne n'est pas seulement une question nationale ‑ étroitement
imbriquée à celle‑ci est la question sociale. 4,5 millions de
Palestiniens combattent pour une nation, un Etat palestinien. La véritable
Palestine s'étend de Tel‑Aviv à Gaza, à la
Jordanie dont 60 % de la population est palestinienne. Retrouver une nation
signifie évidemment pour les Palestiniens l'expropriation des expropriateurs,
Juifs évidemment, mais aussi des féodaux arabes de Jordanie et, dans la mesure
où il en reste, des grands propriétaires fonciers de Cisjordanie, de Gaza, du
Golan, l'appropriation des moyens de production, la prise de contrôle des
leviers économiques et financiers.
C'est ce
qui explique l'acharnement du combat que mènent les Palestiniens malgré toutes
les trahisons et les coups qui lui ont été portés depuis des dizaines d'années,
l'héroïsme des manifestants de Gaza et de Cisjordanie. Dans les territoires
occupés les gouvernements israéliens ont de façon claire conjugué
depuis 20 ans la répression et la corruption. Ils ont essayé de trouver une
couche de collaborateurs. Rien n'y a fait. Ces manœuvres ont échoué. Par des
grèves, des manifestations, y compris en utilisant les moyens électoraux,
lorsque c'était possible, les Palestiniens n'ont pas cessé de combattre contre
l'Etat d'Israël. A Gaza et en Cisjordanie le dernier puissant mouvement remonte
à 1981. Il a été marqué par des manifestations, des grèves générales de
commerçants. Mais c'est la première fois que dans les « territoires occupés »
la lutte du peuple palestinien atteint un tel niveau, une telle intensité.
Manifestations et grèves générales de commerçants se succèdent depuis trois
mais, jour après jour, sans faiblir. Cela rappelle la grève générale de 1936.
AMNON KAPELOUIK écrit dans « Le Monde Diplomatique » de mars 1988 :
« Dans
chaque village, même le plus éloigné, des comités populaires locaux se sont mis
en place. Dans certaines localités excentrées, les habitants ont fermé les
voies d'accès, refusé d'aller travailler en Israël et proclamé leur village
« zone palestinienne autonome ». Tel fut le cas à Deir‑El‑Ghoussoun, près de Tulkarem, un
village de quatre mille habitants, qui devait finalement être investi par
l'armée le 12 février.
« La
révolte n'a pas épargné, on le voit, la partie arabe de Jérusalem, annexée le
29 juin 1967 ;'le maire israélien a dû reconnaître que, dans la ville
« réunifiée », la fameuse « coexistence » entre les deux
communautés ‑ tant vantée par la propagande ‑ était
« morte ». Jérusalem‑Est est maintenant traitée par les forces
d'occupation avec la même rigueur que le reste de la Cisjordanie.
« A
deux reprises déjà, dans les territoires occupés, le mouvement national s'était
doté de directions; le Front national palestinien (dissous en 1972) et le
Comité d'orientation nationale (dissous en 1982), dont les membres étaient
connus de tous. Aujourd'hui le commandement national unifié, composé de jeunes,
opère dans la clandestinité la plus totale. Son autorité s'exerce sur toutes
les couches de la population de « l’intérieur », et il agit en
coordination avec l'Organisation de libération de la Palestine. Ses mots
d'ordre sont transmis au moyen de tracts ronéotypés ou imprimés par ordinateur ‑
distribués à des dizaines de milliers d'exemplaires ‑ ainsi que par les
haut-parleurs des mosquées.
« Les
comités décident le déclenchement des grèves, fixent les heures d'ouverture et
de fermeture des magasins, organisent l'aide aux familles victimes de la
répression. Des volontaires collectent auprès des commerçants des dons en espèces
et en marchandises.
« L’appel
des comités incitant au refus du travail en Israël a reçu un large écho, malgré
le sacrifice douloureux que ce boycottage représente pour les ouvriers
palestiniens; mais les dégâts infligés à l'économie israélienne sont aussi
considérables. Durant les manifestations, médecins et pharmaciens sont
mobilisés; des ordres très stricts interdisent l'usage des armes à feu, alors
même que la population en possède. Toutefois des tracts signés du commandement
national Unifié indiquent ‑ et C'est leur titre – « Comment préparer
des cocktails Molotov ».
C'est une
forme d'organisation de type soviétique qui est propre à la révolution
prolétarienne. Pour le peuple palestinien c'est une question de vie ou de mort.
C'est ce
qui explique aussi que tous les Etats arabes, toutes les classes et couches
exploiteuses, féodaux‑bourgeoises du Moyen‑Orient redoutent le
peuple palestinien, redoutent sa victoire. Elle donnerait une formidable
impulsion, non seulement à la lutte contre l'impérialisme, mais à la révolution
sociale des masses dans leur propre pays. C'est ce qui explique également la
violence, la brutalité de la répression israélienne. Il faut le dire, tout
simplement parce que c'est la vérité, la population juive, dans son ensemble, redoute
les mouvements présents du peuple palestinien. Ils se déroulent dans les
territoires occupés et se répercutent trouvent un écho puissant dans la
population palestinienne de l'Etat d'Israël : le 21 janvier dernier, les
600 000 Palestiniens qui vivent encore dans l'Etat d'Israël ont observé
une grève générale. A l'appel du mouvement "la paix maintenant", des
centaines de milliers d'Israéliens avaient manifesté contre la guerre engagée
par Israël au Liban et notamment lorsque les massacres des camps de Sabra et Chatila et les responsabilités de l'armée israélienne ont
été connus. Ce mouvement s'est conjugué à une grave crise économique et sociale
qui a sévi en Israël. Ce fut une des raisons qui ont obligé Israël à évacuer le
Liban. Certes, le 23 janvier de 30 000 à 50 000 manifestants juifs
ont défilé à Tel‑Aviv pour des
« négociations » et « le retrait des troupes d’Israël des
territoires occupés ». En février, 5 000 ont manifesté à Jérusalem.
Le 4 mars à Tel‑Aviv une manifestation israélo‑arabe
a réuni, sur les mêmes thèmes, 10 000 manifestants. Ces manifestations
sont loin d'avoir rassemblées les mêmes masses que celles de 1982. Leurs mots
d'ordre se situent dans le cadre du maintien et de la défense de l'Etat
d'Israël et d'un Etat palestinien croupion. A l'évidence la population juive de
l'Etat d’Israël est angoissée et paralysée.
Economiquement,
financièrement, militairement comme politiquement, l'Etat d'Israël ne peut
vivre sans l'aide de l'impérialisme US. Pour l'année 1988, le gouvernement
israélien compte sur une aide de 3 milliards de dollars : 1,8 au titre de
l'assistance militaire ; 1,2 pour les dépenses civiles. A quoi s'ajoute
"l'aide privée" : 1 milliard de dollars. Plus d'un tiers des exportations
israéliennes se font en direction des USA. En 1987 le déficit de la balance
commerciale a atteint 4 milliards de dollars au lieu de 2 en 1986 (cela sur un
PNB qui, en 1985, s'est élevé à 21,14 milliards de dollars). Militairement
Israël dépend, pour l'essentiel, du matériel US. Un quart de la force de
travail disponible est utilisé, chaque année, à un moment ou à un autre, dans
l'armée. Israël reste une base indispensable de la stratégie américaine au
Proche et au Moyen‑Orient. Mais depuis 1979, année où la révolution en
Iran a balayé le régime du Shah, qui était l'autre pilier de l'ordre
impérialiste dans cette région du monde, l'impérialisme américain a dû
réajuster son dispositif. Il doit s'appuyer beaucoup plus sur les régimes
féodaux ‑bourgeois, les cliques militaires arabes de la région, faire
appel à la collaboration plus étroite encore que par le passé de la
bureaucratie du Kremlin. Il doit également apporter aux Etats arabes un plus
grand soutien car la crise économique et surtout la chute des cours du pétrole
exacerbent les contradictions économiques, sociales et politiques dans ces pays
où la révolution iranienne a soulevé un immense espoir parmi les masses arabes.
La guerre
que l'Irak a engagée contre l'Iran, avait comme principal objectif d'abattre la
révolution iranienne. Elle a contribué à renforcer le régime contre‑révolutionnaire
de la République Islamique. Elle a saigné et épuisé les masses iraniennes.
Cependant la victoire n'a pas été au rendez‑vous. Après des succès
initiaux sont venues les défaites. L'effondrement de l'armée et de l'Etat
d’Irak ouvrirait à son tour une brèche dans tout le dispositif de
l'impérialisme et dans l'ordre social et politique de la région, par cette
brèche pourrait s'engouffrer les masses. Pour l'éviter les impérialismes
coalisés et la bureaucratie du Kremlin somment l'Iran d'arrêter la guerre et de
ramener son armée sur les frontières de 1979. Et l'Etat d'Israël doit se
subordonner à ce dispositif. Le secrétaire d'Etat américain
aux Affaires Etrangères, Georges SCHULTZ, vient d'exiger du gouvernement
israélien une prompte réponse aux mesures immédiates qu'il vient de proposer :
ouverture, à la mi‑avril, d'une conférence internationale réunissant
Israël, les parties arabes intéressées et les cinq membres du Conseil de
Sécurité ; formation d'une commission bilatérale israélo‑jordano‑palestinienne
qui aurait six mois pour préparer un « statut transitoire » des
« territoires occupés »; regroupement de l'armée israélienne dans
« des bases stratégiques » et organisation d'élections pour désigner
un « exécutif palestinien » lequel participerait aux négociations sur
le statut définitif des « territoires occupés ». Ces mesures
devraient conduire à l'application du plan REAGAN. L'impérialisme américain
redoute les répercussions dans les pays du Proche et du Moyen Orient du
mouvement révolutionnaire qui se développe à Gaza et en Cisjordanie. Il
voudrait le briser et le désamorcer. En même temps l'impérialisme américain a
certainement donné son accord au gouvernement israélien pour que la Cisjordanie
et Gaza soient interdites aux journalistes, c'est‑à‑dire pour que
la répression franchisse un nouveau degré allant peut‑être jusqu'au bain
de sang généralisé. C'est dans ce cadre, sans fragiliser plus qu'ils ne le sont
déjà les Etats arabes, qu'il faudrait trouver une issue à la question
palestinienne. Il faudrait... C'est urgent... Possible c'est autre chose.
La
bourgeoisie israélienne à une longue expérience. Elle lui permet de faire feu
de tout bois. Ainsi s'est‑elle lancée dans l'expédition militaire du
Liban alors que la guerre faisait rage entre l'Irak et l'Iran, en fournissant
des armes à l'Iran et après avoir conclu « la paix » avec l'Égypte.
Les difficultés se resserrent sur elle et l'impasse historique (qui peut se terminer
en catastrophe) du sionisme et de l'État d'Israël se précise. Néanmoins, les
3,5 millions de Juifs pris dans la nasse de l'Etat d’Israël sont persuadés de
leur « bon droit ». Ils ont tendance à s'aligner derrière les
« solutions » les plus réactionnaires. Une enquête a établi que 50,4
% des Israéliens estiment que la population palestinienne de Gaza et de
Jordanie doit être expulsée vers les pays arabes. Israël dispose de solides
appuis internationaux, de celui de l'impérialisme.
Le
« sommet arabe » qui s'est tenu à Amman du 8 au 11 novembre est
significatif. Au moment où l'Égypte a reconnu l'État d'Israël, souscrit aux
accords de Camp David et fait la « paix » avec Israël, elle avait été
exclue de la Ligue arabe, la plupart des Etats arabes avaient rompu leurs
relations diplomatiques avec elle. A Amman l'Égypte a été réintégrée dans la
Ligue arabe (à ce sommet, elle a occupé une place prépondérante). Tous les
Etats arabes y compris la Syrie ont participé à ce sommet et ont renoué des
relations diplomatiques avec l'Égypte. L'accord s'est fait pour préconiser la
tenue d'une « conférence internationale » que domineraient
l'impérialisme américain et la bureaucratie du Kremlin pour « régler le
problème palestinien ». Cette position est également celle du Kremlin. Les
Etats féodaux bourgeois et les cliques militaires s'entendent ouvertement pour
isoler et étrangler le peuple palestinien.
Les
illusions ne sont pas de mises. L'ensemble de ces données montrent
que l'Etat d'Israël dispose encore à court terme d'une marge d'action et de
manœuvre. De plus l'Etat d'Israël se battra comme un chien et sans pitié pour
se maintenir.
Au
peuple palestinien il faut une politique. En leur temps, les résolutions du
« Comité d'organisation pour la reconstruction de la IVe
Internationale » l'ont esquissée :
·
pour la libération nationale
contre l'impérialisme ;
·
pour la destruction de l'Etat
sioniste et de l'Etat d'Hussein ;
·
pour la Constituante
palestinienne pour la constitution d'un seul Etat unifié de Palestine,
garantissant le droit des minorités ;
·
contre les solutions
réactionnaires et contre‑révolutionnaires de « paix » dictées
par la coexistence pacifique, par l'impérialisme US et la bureaucratie du
Kremlin, sacrifiant les intérêts des masses populaires au Proche et Moyen‑Orient,
la revendication du droit du peuple palestinien à la nation, pour une
République palestinienne unifiée, pierre de touche de l'internationalisme
prolétarien.
9. C'est
ainsi que la condition première dans le combat pour les Etats‑Unis
socialistes soviétiques du Proche et Moyen Orient, est la lutte primordiale
pour la revendication du peuple palestinien à la nation, Ne pas placer cette
revendication au centre du combat révolutionnaire, c'est qu'on le veuille ou
non, accepter les exactions perpétrées par l'Etat sioniste contre le peuple
palestinien. Rien, y compris l'holocauste hitlérien de la Seconde Guerre, ne
peut justifier une telle position. Mais placer au premier plan de la lutte des
travailleurs juifs et palestiniens arabes, la revendication à la nation du
peuple palestinien, c'est mettre en avant, en premier lieu, la revendication de
la Constituante palestinienne, sur le territoire de la Palestine. La lutte
dirigée vers la destruction de l'État d'Israël et de l'Etat jordanien de
Hussein s'inscrit comme la revendication d'un Etat unifié de Palestine,
revendication transitoire vers les Etats‑Unis socialistes du Proche et
Moyen-Orient.
Novembre 1973
Mais le
mot d'ordre de constituante palestinienne ne prend tout son sens que s'il est
situé sur la ligne du Gouvernement Ouvrier et Paysan de Palestine, seul
gouvernement capable de résoudre la question sociale, comme la question
nationale. D'ailleurs, la forme d'organisation de type soviétique du mouvement
révolutionnaire en cours à Gaza et en Cisjordanie est significative : la
constituante palestinienne ne suffit pas comme mot d'ordre : la perspective
d'un gouvernement ouvrier et paysan émanant des conseils et s'appuyant sur eux
est indispensable. Il faut encore ajouter : il existe un préalable à la
constituante, la destruction de l'Etat d'Israël il s'agit d'abord et avant tout
que les Palestiniens (ceux qui sont restés en Israël, de Gaza, de Cisjordanie,
de Jordanie, mais également ceux qui ont été contraints de s'expatrier)
recouvrent leur pays pour constituer un Etat palestinien ; il n'y a pas une
sorte d'équilibre entre deux « communautés » à maintenir et d'Etat bi‑national
à constituer.
Enfin la victoire des masses palestiniennes est indissolublement
liée à celle de la révolution prolétarienne au Proche et Moyen-Orient, contre
l'impérialisme, les Etats féodaux ‑bourgeois et les cliques militaires du
Proche et du Moyen‑Orient, dans le combat pour l'indépendance nationale,
les libertés démocratiques, l'Assemblée Constituante souveraine, le
Gouvernement Ouvrier et Paysan, la réforme agraire, la prise en main des
principaux moyens de production par le prolétariat, l'expropriation des classes
dominantes et exploiteuses, les Etats Unis Socialistes du Proche et du Moyen‑Orient.
A l'évidence, le prolétariat palestinien ne peut compter, pour mener son
combat, sur l'O.L.P. Comme tous les prolétariats, il
lui faut construire une centrale syndicale ouvrière ; il lui faut surtout qu'un
Parti Ouvrier Révolutionnaire se situant sur le programme de la révolution
prolétarienne en Palestine, au Proche et Moyen Orient, des Etats Unis
Socialistes du Proche et du Moyen Orient et donc de la révolution
prolétarienne, contre l'impérialisme, les classes et couches exploiteuses et les
bureaucraties parasitaires, se construire.
Des organisations ouvrières partis et syndicats, des
pays impérialistes, notamment françaises, il faut exiger immédiatement :
« Assez
de ce massacre. L'indignation ne suffit pas. Dirigeants du PS et du PCF disent
réprouver la répression sanglante israélienne contre les Palestiniens qui
manifestent à Gaza et en Cisjordanie au nom de leur peuple, pour les libertés
démocratiques, la fin de la répression, le droit du peuple palestinien à
retrouver son pays et à disposer de lui‑même.
Pourquoi
n'appellent‑ils pas, ainsi que les dirigeants des centrales syndicales, à
une manifestation massive à l'ambassade d'Israël sous le mot d'ordre : ASSEZ DU
MASSACRE, c'est le droit élémentaire du peuple palestinien d'exprimer ses revendications
démocratiques et nationales et à combattre pour. »
Le 7 mars 1988
Vers la section :
Moyen-Orient