Article publié dans le n°8 de Combattre pour le Socialisme (mai 2002)

 

Italie: enseignements du combat
contre le gouvernement Berlusconi

 

(Cet article fait suite à celui paru dans le n°5 nouvelle série de CPS).

Le 23 mars, le 16 avril, la volonté du prolétariat italien s’est exprimée :
en finir avec Berlusconi et sa politique anti-ouvrière !


Le 23 mars 2002, défilait à Rome la plus importante manifestation centrale et nationale depuis 1945. Le New York Times l’estime à deux millions, les organisateurs à trois millions de participants. Cette manifestation dépasse largement en ampleur celle du 12 novembre 1994, qui sonna le glas de la première expérience gouvernementale pour Berlusconi.

 

Le 16 avril, une grève générale de 8 heures (sic), appelée par toutes les centrales syndicales italiennes, CGIL, UIL mais aussi CISL, paralysait l’Italie (dix millions de grévistes). Les prolétaires italiens manifestent ainsi leur rejet du gouvernement Berlusconi, de sa politique réactionnaire visant à détruire le code du travail, issu des mouvements de la classe lors des années 70, en particulier leur exigence du maintien de l’article 18, définissant les licenciements abusifs, et le droit à la réintégration dans les entreprises pour les salariés licenciés « sans raison ».

 

En réalité, l’abrogation de l'article 18 concentre toute la politique anti-ouvrière du gouvernement de combat formé par Berlusconi. Le gouvernement l’a d’ailleurs très bien senti, qui ne veut pas capituler bien qu'affirmant lui-même que l'article 18 ne concerne que très peu de travailleurs. Mais retirer sa "réforme" du code du travail lui interdirait de poursuivre sa politique vaille que vaille.

 

Le gouvernement Berlusconi dénonce la grève comme "politique". Politique? Elle ne peut que l’être ! Un mouvement de classe d’une telle ampleur ne peut que poser des questions politiques, et d'abord celle de vaincre le gouvernement Berlusconi et le chasser, ce qui impose de répondre à la perspective gouvernementale. That is the question !

 

Nous écrivions dans CPS numéro 5 (nouvelle série), du 12 octobre 2001 :

« Pour autant la lutte de classe du prolétariat italien ne sera pas interrompue, l’enjeu étant de trouver l’issue politique, c’est à dire de poser les questions pratiques au plus haut niveau politique. La défense des retraites, des fonctionnaires, le combat contre les privatisations, la défense des travailleurs immigrés, de l’école publique, ne peut être victorieuse durablement qu’en posant la question du gouvernement, surtout à la rentrée où se posera immanquablement la question des contrats à durée déterminée. »

 

La lutte de classe du prolétariat italien ne s’est effectivement pas interrompue, elle se cristallise aujourd’hui sur la question de la réforme-destruction du code du travail, et en particulier sur l’article 18. Mais en réalité, le rejet de la politique du gouvernement Berlusconi s’est exprimée depuis le départ, et son acte de naissance: la répression sanglante des manifestants de Gênes. Si en ce moment elle s’affirme et se centralise, c’est que le prolétariat a réussi à imposer aux directions syndicales, et en particulier à celle de la CGIL et à l'UIL, principales centrales syndicales ouvrières qu’elles appellent (rejointes par les partis DS et PRC) à une manifestation centrale le 23 mars à Rome, et à une grève générale, fût-elle d’un jour, pardon 8 heures (!), le 16 avril.


Depuis le début de l’année le prolétariat italien tente de se mobiliser
contre le gouvernement Berlusconi et sa politique


En réalité, saisissant les appels des organisations « antimondialisation », dès le mois de novembre 2001, 100 000 manifestants se rassemblaient contre « la guerre en Afghanistan », puis le 19 janvier à nouveau en « soutien aux travailleurs immigrés », qui se trouvent menacés par le projet de loi en discussion à l’assemblée nationale de lutte contre « l’immigration clandestine ».

 

En janvier toujours, la FIOM, fédération des métallurgistes de la CGIL organisait une manifestation centrale à Rome, rassemblant 200 000 manifestants. La volonté d’engager le combat contre le gouvernement ultra-réactionnaire de Berlusconi sourdait de toute part. Les « girondotti », rondes citoyennes, animées notamment par le cinéaste Moretti, sont aussi une manifestation de cette volonté, qui ne pouvait alors encore trouver d’issue dans le mouvement ouvrier italien qui se refusait à mener tout combat contre le gouvernement (les interventions de Moretti aux meetings de l'Olivier, prenant violemment à parti les dirigeants DS, sont acclamées par la salle).

 

Le congrès de la CGIL réuni en février ne pouvait que l’enregistrer. La CGIL, bientôt rejointe par les deux autres centrales syndicales, UIL et CISL (cette dernière n’appartenant pas au mouvement ouvrier), appelle à une manifestation centrale à Rome, sur l’article 18. Les "démocrates de gauche", "Refondation Communiste", s'alignent l'appel. Pourtant, depuis l’automne, le gouvernement avait organisé une vaste concertation avec la participation de la Cofindustria (organisation patronale principale) et les directions syndicales, sur la réforme-destruction du code du travail… La direction de la CGIL, ainsi que celles des autres centrales, s’était rendue à toutes les réunions. Mais l’opposition de fond de la classe ouvrière l’a imposé aux directions syndicales.

 

Pour autant, un attentat bien venu, revendiqué par les « brigades rouges pour la constitution d’un parti communiste combattant », sur la personne d’un conseiller du gouvernement dans sa tâche de destruction du code du travail, menaçait l’appel à la grève. Rappelons, pour mémoire, que les attentats en Italie, sont la plupart du temps, le fait de la police, ou d’organisations largement infiltrées par celle-ci. Cet attentat n’a pas permis d’empêcher que la manifestation du 23 mars ait lieu. La vague de fond a empêché les dirigeants syndicaux de l’annuler. Ils ont dès lors tenté de la transformer en une manifestation « contre le terrorisme et pour la démocratie… »


Malgré la tentative de dénaturation de la manifestation,
malgré l’appel à une table ronde pour renouer le dialogue social… le 23 mars


Malgré la campagne orchestrée par le gouvernement, relayée par Cofferati et les dirigeants syndicaux, la manifestation romaine est immense : Le Monde du 23 mars précise que « la CGIL a modifié le contenu et la forme de la manifestation, ajoutant au mot d’ordre initial celui de la lutte contre le terrorisme ». Le gouvernement quant à lui a mis en place un plan de sécurité immense, équivalent à celui mis en œuvre pour les JMJ et le jubilé de 2000 ! Pour autant dix mille autocars ont été loués, soixante et un trains spéciaux, quatre bateaux provenant des îles et six avions charters ont été affrétés.

Malgré la manœuvre, L’Humanité souligne, en dépit de son fervent soutien à la ligne des dirigeants syndicaux que :

« Dans tous les cortèges, les manifestants refusent de mettre en veilleuse leur opposition à la réforme du Code du travail, de baisser le ton, comme l’avait demandé dès l’annonce de l’assassinat de Marco Biagi, le gouvernement de droite, mais aussi de façon moins attendue, un des leaders des DS, Massimo D’Alema… »

Connaisseur, ce quotidien, ne peut qu’enregistrer l’échec des dirigeants du mouvement ouvrier italien, dont ceux de la CGIL, qui avaient demandé que les banderoles fussent barrées de noir, de modérer le combat de la classe ouvrière  italienne, au nom de la lutte contre le terrorisme.

 

Le gouvernement, après la manifestation renchérit dans ses provocations, ainsi le ministre de la défense qui déclare:

« La manifestation de samedi de la CGIL un péril énorme pour les libres institutions de notre démocratie, le syndicat outrepassant son rôle jusqu’à menacer l’ordre constitutionnel, en empêchant l’exécutif légitimement élu de gouverner le pays ».

Il ajoute un « Tôt ou tard il va nous falloir rétablir la légalité constitutionnelle » menaçant.

Quant à Bossi, il estime lui que « l’âpreté de la contestation syndicale » inspire le terrorisme….

 

Malgré tout, le gouvernement se sentant en position de force appelle les directions syndicales à une table ronde le mardi 26 mars. Les bonnes dispositions annoncées le 23 mars par les directions syndicales ne tiennent pas. Là encore la volonté de combat du prolétariat italien a réussi à imposer qu’elles ne s’y rendent pas.

Prenant prétexte des déclarations, certes provocatrices des membres du gouvernement après la manifestation, il demande un démenti à Berlusconi, qui est jugé insuffisant, malgré les efforts de celui-ci. La direction de la CGIL, puis des autres centrales, refusent de se rendre à la table ronde. Berlusconi, ne peut dès lors que la reporter sine die.

 

Toutefois, les dirigeants syndicaux protestant de leur bonne fois, ne font un casus belli que de l’article 18, et estiment être prêts à reprendre le dialogue social, à partir du moment où le gouvernement retirerait son projet sur l’article 18. Berlusconi, au contraire s’y accroche: le retirer serait une défaite pour son gouvernement. Mais, magnanimes les dirigeants syndicaux italiens, ceux de la CGIL d'abord, suivis ensuite par ceux de l'UIL et enfin la CISL, appellent à une grève générale de 8 heure, trois semaines et demie après… on voudrait briser le mouvement, qu’on ne s’y prendrait pas autrement !


Le 16 avril, un nouveau raz de marée


Et pourtant trois semaines et demie après, le prolétariat italien a de nouveau signifié, « Berlusconi t’es viré ! », comme on a pu l’entendre dans les manifestations locales.

En effet, cette grève générale, évitant les heures de pointe dans les transports publics, puisqu’elle ne dura que de 10 à 18 heures, se doublait de dix-huit manifestations, dans chaque capitale de régions italiennes. Ce fut un raz de marée, aucun train, aucun avion, aucune école, poste ouverte de 10 à 18 heures dans toute l’Italie. La consommation d’électricité fut équivalente à un dimanche, ce qui signifie que dans l’industrie aussi les taux de participations furent très importants, dans les centres ouvriers du nord, notamment à Turin, chez Fiat, ou Pirelli. Dans les principales villes d’Italie, des cortèges locaux rassemblèrent entre 100 et 200 000 manifestants, à Turin, Milan, Rome, Naples, Palerme, mais aussi entre 300 et 400 000 à Florence. Au total, il y aurait eu 13 millions de grévistes, et 2 millions de manifestants dans toute l’Italie. Un mouvement d’un ampleur inégalée, la puissance du prolétariat italien s’est encore une fois exprimée.

 

A noter: une nouvelle fois, les partis issus du mouvement ouvrier italien – aussi traître et dégénéré qu'en France – ont encore emboîté le pas aux appareils syndicaux dans l'appel à cette grève.

Mais au soir du 16 avril, les choses restent inchangées. Le gouvernement n’a rien retiré de sa volonté de poursuivre la réforme-destruction du code du travail. Fort de son expérience de 1994, Berlusconi semble tenir le choc cette fois-ci. Bossi, rappelle qu’après la grève il serait temps de renouer le dialogue social, donc de reprendre le chantier sur le code du travail.

Si le gouvernement le peut, c’est d’abord grâce à l’attitude conciliante des dirigeants syndicaux, notamment de la CGIL.

 

Dans une interview accordée à l’Humanité, le 16 avril, Walter Cerfeda, dirigeant national de la CGIL précise :

 

«  En fait la CGIL, avec la CISL et l’UIL, ne demande qu’une chose à ce gouvernement : ôter de la table de négociation les mesures sur les licenciements injustifiés. Ce projet empêche tout rapport avec le gouvernement. Mais une fois cette disposition retirée, nous sommes prêts, le 17 avril au matin, à retourner à la table de négociation avec le gouvernement sur la réforme du marché du travail. Des réformes sont, nous en sommes bien conscients, nécessaires, notamment dans les secteurs où les protections, les garanties et les droits sont quasiment inexistants… »

Quelle servilité ! De toute façon, plaide ce bureaucrate, il est hors de question de remettre l'existence du gouvernement en cause. C'est tout juste s'il n'a pas la larme à l'œil en implorant Berlusconi de donner les moyens aux appareils traîtres de préserver son gouvernement. Et quel message adressé aux prolétaires d'Italie: l'avenir serait fait de "négociations" avec le gouvernement de Berlusconi, pour obtenir de lui des réformes assurant la protection des travailleurs italiens !

Et il ajoute, bien malheureux :

« En revanche, s’il voulait poursuivre ce bras de fer absurde (le gouvernement), nous serions contraints de durcir encore le mouvement, en cohérence avec la puissance des manifestations développées jusque-là. »

 

C’est à dire appeler à une nouvelle manifestation, le plus tard possible, afin de se laisser le temps de la raison, celui de la négociation avec le gouvernement Berlusconi.


« Berlusconi droit dans sa botte » (Libération, 15 avril).


De fait, Berlusconi, son gouvernement, refusent de céder face au mouvement du prolétariat italien, se targuant de la « légitimité des urnes », appuyé sur le soutien des dirigeants des syndicats et partis.

« Le gouvernement prendra ses responsabilités en ce qui concerne les réformes structurelles. Il ne se laissera pas embourber et poursuivra dans la voie du changement… Le 16 avril, le pays s’arrêtera mais pas notre détermination et notre volonté de réformes. » (au congrès de la Cofindustria, à Parme, devant 5000 entrepreneurs).

 

Les directions syndicales, se refusent à entamer un combat sérieux, limitant à des manifestations et des grèves d’un jour, tout en protestant en permanence de leur volonté de renouer le dialogue social. Les partis eux mènent une politique cherchant à boucher toute perspective au prolétariat italien. Après les déclarations de D’Alema sur le terrorisme avant le 23 mars, les DS ont choisi l’absence la plus assourdissante possible (bien que la presse italienne se fasse l'écho de remous au sein de cette formation – ce que traduisaient à leur manière les "rondes" menées par Moretti).

 

Le principal parti bourgeois de la coalition de l’Olivier, la Marguerite, tenait son congrès, à Parme aussi, le 14 et 15 avril, et Le Monde du 16 avril, précise :

« Massimo Cacciari, ancien maire de Venise, y a évoqué le nouveau ticket qui fait rêver plus d’un opposant italien : une équipe formé de Romano Prodi, ancien président du conseil et actuel président de la commission européenne, et de Sergio Cofferati, qui fait de plus en plus figure de joker pour prendre les rênes de la reconquête du pouvoir. Mais ce n’est pas pour demain, et les intéressés eux-mêmes s’en défendent. »

 

D'emblée, l'Olivier affirme: pas question de chasser Berlusconi. Mais quoi d'étonnant? La coalition de l'Olivier et sa "marguerite" sont des coalitions et formations totalement bourgeoises. La classe ouvrière italienne en a fait l'amère expérience (voir CPS n°5). L'existence et la persistance de cette coalition est en tant que telle la meilleur aide apportée à Berlusconi: elle fait barrage au combat pour un gouvernement rompant avec les exigences du Capital, satisfaisant les revendications, un gouvernement sans ministre bourgeois, que les masses italiennes pourraient imposer au parti des "démocrates de gauche" (ex-PCI), au PRC.

 

L'obstruction de la perspective du pouvoir est fondamentale:  car pour en finir avec les agressions contre les travailleurs, pour obtenir le maintien de l'article 18, il faut s'orienter  sur la ligne de vaincre et chasser le gouvernement de Berlusconi.

 

Certains à l'Olivier comptent sur une chute du gouvernement provoquée par la bourgeoisie elle-même, comme en 1994, lorsque le gouvernement Berlusconi avait été remplacé par le gouvernement de Dini, lui même parfaitement bourgeois, et gouvernant avec la majorité, ou une grande partie de la majorité de Berlusconi. Mais si au sein même du patronat on critique le gouvernement, c'est pour l'aiguillonner.

Au congrès de la Cofindustria, où Berlusconi a pris la parole, Antonio D’Amato, président de celle-ci, le faisait en ces termes :

« Le gouvernement est en retard sur les réformes. Peu de pas ont été accomplis et pas toujours dans la bonne direction… J’imagine que le ministre de l’économie, Giulio Tremonti nous expliquera comment il entend trouver les ressources nécessaires pour réduire la pression fiscale et effectuer les investissements productifs dont nous avons besoin… ».

 

D'autres patrons, comme Bennetton ou Romiti, lui demandent de lâcher sur l’article 18, et maintenir l’essentiel, le dialogue social avec les directions syndicales sur la réforme-destruction du code du travail. Mais le grand Capital italien est fondamentalement derrière Berlusconi – sans méconnaître les mérites de son point de vue des gouvernements appuyés sur les "DS" (et le PRC).


Après la grève générale du 16 avril


Après la démonstration de force de la journée du 16 avril, les direction syndicales ont choisi de n’engager aucune nouvelle perspective sur la question, pas même une journée d’action à courte échéance. Les manœuvres politiques se succèdent, afin de faire en sorte que le gouvernement Berlusconi-Fini-Bossi, puisse mener à bien sa réforme-destruction du code du travail, en obtenant l’assentiment des directions syndicales.

 

Le 29 avril, Berlusconi se déclare prêt au dialogue, à condition que cela mène à des réformes structurelles. Le même jour, le secrétaire de la CGIL, Cofferatti, répond : « le gouvernement maintient sa position, il n’y aura aucune rencontre ». Il explique tout de même, « si nous sommes convoqués, nous nous présenterons à la convocation, mais il est indispensable que le gouvernement modifie sa position sur l’article 18. Sans modification pas de rencontre. »

 

"Pas de rencontre" tout en "se présentant à la convocation", voilà qui demande un sens aigu de la contorsion! Traduisons: la direction de la CGIL dit à la fois "oui" à Berlusconi, et à la fois "nous ne cédons pas sur l'article 18" aux travailleurs italiens, dont l'exigence du refus de toute rencontre avec le gouvernement Berlusconi exprime la volonté que les directions syndicales rompent totalement avec lui.

 

A l’occasion du premier mai, le président de la République, Carlo Azeglio Ciampi, fait une intervention, et demande au gouvernement de promouvoir des politiques en matière de travail qui respectent les droits des "partenaires sociaux". Maroni, le ministre des relations sociales, reste sur la même ligne, en assurant que la priorité du gouvernement reste que le parlement discute et approuve la proposition de réforme du code du travail. Cependant la CISL, la centrale catholique, s’engouffre dans la brèche et demande au gouvernement d’écouter le président de la République :

« un conflit permanent n’aide personne et ne convient ni au pays, ni aux entreprises », une position qui doit réjouir les dirigeants de la Cofindustria. Le début de mai se passe donc en échanges, tentatives d’ouvertures, pour permettre au gouvernement et aux dirigeants syndicaux de s’asseoir à nouveau à la table des négociations sur la question de la réforme du code du travail, qui se trouve malgré tout paralysée politiquement, même si le gouvernement fanfaronne quant à sa volonté de la faire passer par le parlement, sans autre forme de procès, il ne peut le faire en réalité qu’à condition que les dirigeants syndicaux le lui permettent, c’est à dire reprennent le « dialogue social ».

 

Un pas a été franchi dans cette direction le 7 mai. Le ministre de l’économie et des finances, Tremonti, organise ce jour là, une réunion de concertation avec les directions syndicales, sur la réforme fiscale, que le dirigeant de la CGIL qualifie "d’inique". Pour autant, la direction de la CGIL déclare :

« nous avons décidé de nous y rendre, car il est évident que le gouvernement recherche chaque prétexte pour diviser le front syndical, et accréditer l’idée que la CGIL refuse la discussion et la confrontation ».

 

C'est cette fois-ci au nom de l'unité avec le syndicat chrétien que la direction de la CGIL tente d’annuler la position qu'elle a adopté sous la pression des masses, celle de la rupture des discussions avec le gouvernement sur la question de l’article 18 depuis le 23 mars. Ainsi orpheline de ces relations avec le gouvernement bourgeois italien, la direction de la CGIL peut renouer avec lui. Immédiatement la direction de la CISL, par la voix de Pezzota a déclaré que la convocation du gouvernement sur la question fiscale était positive. Et quelques jours plus tard, l’UIL, et son dirigeant Angeletti, le 15 mai, déclare, que « si le gouvernement a une nouvelle formule, qu’il nous convoque et nous en discuterons ». Mais jusqu’à ce jour, le gouvernement n’a rien présenté de nouveau.

 

A ce jour, non seulement le gouvernement de Berlusconi est en place, mais s’il est momentanément entravé sur la question du code du travail, il s’attaque à la réforme fiscale, ou encore, propose des de changer le nom du ministère de la fonction publique, en  « département pour l’efficacité de l’administration », bref, poursuit l’application de son programme, puisqu’il le peut. Les dirigeants syndicaux, refusent toute perspective de combat contre lui et attendent une retouche éventuelle de la position du gouvernement sur l’article 18, afin de plonger intégralement.


La question clé : le front unique des organisations ouvrières


Il n'en demeure pas moins qu'on ne peut effacer les faits suivants: par deux fois, en manifestant de manière centrale et nationale à près de trois millions, en étant treize millions dans une grève totale, le prolétariat italien a pu mesurer sa force, exprimer sa puissance. Et c'est l'appel dans l'unité des centrales syndicales ouvrières CGIL et UIL, entraînant les partis traîtres du mouvement ouvrier, qui l'a permis. On ne peut non plus effacer que le rejet par les travailleurs du gouvernement Berlusconi et de sa politique a amené les directions syndicales a rompre – tout du moins partiellement – le "dialogue social" avec le gouvernement. Que ceci entrave à l'étape actuelle le déroulement de l'offensive permanente contre les masses qui est dans le fond le seul programme de Berlusconi et consorts.

 

Les évènements d'Italie confirment - et sont à ce titre un point d'appui pour l'ensemble des prolétariats d'Europe – que la voie du combat efficace, la voie du combat de masse, est le combat sur la  ligne du front unique des organisations ouvrières.

 

Aujourd'hui, face aux tentatives des directions syndicales de renouer avec le gouvernement, de trouver une combinazione pour faire avaler au prolétariat la suppression de l'article 18, cette orientation pourrait se traduire ainsi:

"Dirigeants syndicaux de la CGIL, de l'UIL: au travers de la manifestation nationale à Rome de mars, de la grève générale du 16 avril, la classe ouvrière et l'ensemble des travailleurs ont montré leur volonté et leur capacité d'en découdre victorieusement avec le gouvernement de Berlusconi. Mais le gouvernement entend maintenir la suppression de l'article 18 et relancer les autres aspects de sa politique réactionnaire. Alors, les choses sont simples: obtenir satisfaction sur cette revendication élémentaire qu'est le maintien de l'article 18 exige d'infliger une défaite au gouvernement, de le mettre à genoux.

Votre responsabilité est totalement engagée, et beaucoup de temps a été perdu. Ne participez à aucune réunion de "dialogue", de "concertation" avec le gouvernement. Assez d'actions sans lendemain: appelez sans attendre à la grève générale sur l'objectif du maintien inconditionnel de l'article 18. Dirigeants des DS, du PRC, prononcez vous et agissez dans le même sens."

 

Sur une telle orientation, de la réalisation du front unique des organisations ouvrières contre le gouvernement naîtraient les conditions politiques du renversement du gouvernement Berlusconi, de la venue au pouvoir d'un gouvernement issu de ce front unique.

 

Mais en Italie, comme ailleurs, les vieilles directions des partis et syndicats issus du mouvement ouvrier, même quand elles doivent prendre des initiatives s'opposant aux gouvernement en place, n'en restent pas moins liées à la bourgeoisie par mille et un liens. Les DS restent embourbés jusqu'au cou dans la coalition de l'Olivier, tandis que le PRC, lors de son récent congrès, attend une évolution de cette même coalition bourgeoise vers "la gauche" pour s'allier demain avec elle comme elle le fit hier. Les dirigeants syndicaux, eux dont le rôle est à l'évidence décisif, cherchent à faire de la démonstration de force du prolétariat une parade sans lendemain et infructueuse.

 

C'est pourquoi est plus que jamais indispensable le combat pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire. Les circonstances politiques fournissent un point d'appui fondamental au combat pour le front unique, ligne d'affrontement avec les bureaucraties syndicales et les partis traîtres et dégénérés, prenant appui sur les potentialités de combat immenses mises au premier plan.

 

En résumé, les derniers développements donnent une résonance particulière à la conclusion de l'article que nous écrivions sur ce pays dans notre numéro 5:

 

 « En Italie sont concentrés l’essentiel des problèmes auxquels les prolétariats de nombreux pays d’Europe ont à répondre. Mais peut-être est-ce plus net et plus brutal qu’ailleurs. »


 

Le 10 mai 2002

 

 

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