Article publié dans le n°8
de Combattre pour le Socialisme (mai 2002)
Italie: enseignements du
combat
contre le gouvernement Berlusconi
(Cet article fait suite à celui paru dans le n°5 nouvelle
série de CPS).
Le 23 mars, le 16 avril, la
volonté du prolétariat italien s’est exprimée :
en finir avec Berlusconi et sa politique anti-ouvrière !
Le 23 mars 2002, défilait à Rome la plus importante
manifestation centrale et nationale depuis 1945. Le New York Times
l’estime à deux millions, les organisateurs à trois millions de participants.
Cette manifestation dépasse largement en ampleur celle du 12 novembre 1994, qui
sonna le glas de la première expérience gouvernementale pour Berlusconi.
Le 16 avril, une grève générale de 8 heures (sic),
appelée par toutes les centrales syndicales italiennes, CGIL, UIL mais aussi
CISL, paralysait l’Italie (dix millions de grévistes). Les prolétaires italiens
manifestent ainsi leur rejet du gouvernement Berlusconi, de sa politique
réactionnaire visant à détruire le code du travail, issu des mouvements de la
classe lors des années 70, en particulier leur exigence du maintien de
l’article 18, définissant les licenciements abusifs, et le droit à la
réintégration dans les entreprises pour les salariés licenciés « sans
raison ».
En réalité, l’abrogation de l'article 18 concentre
toute la politique anti-ouvrière du gouvernement de combat formé par
Berlusconi. Le gouvernement l’a d’ailleurs très bien senti, qui ne veut pas
capituler bien qu'affirmant lui-même que l'article 18 ne concerne que très peu
de travailleurs. Mais retirer sa "réforme" du code du travail lui
interdirait de poursuivre sa politique vaille que vaille.
Le gouvernement Berlusconi dénonce la grève comme
"politique". Politique? Elle ne peut que l’être ! Un mouvement
de classe d’une telle ampleur ne peut que poser des questions politiques, et
d'abord celle de vaincre le gouvernement Berlusconi et le chasser, ce qui
impose de répondre à la perspective gouvernementale. That is the question !
Nous écrivions dans CPS numéro 5 (nouvelle série),
du 12 octobre 2001 :
« Pour
autant la lutte de classe du prolétariat italien ne sera pas interrompue,
l’enjeu étant de trouver l’issue politique, c’est à dire de poser les questions
pratiques au plus haut niveau politique. La défense des retraites, des
fonctionnaires, le combat contre les privatisations, la défense des
travailleurs immigrés, de l’école publique, ne peut être victorieuse
durablement qu’en posant la question du gouvernement, surtout à la rentrée où
se posera immanquablement la question des contrats à durée déterminée. »
La lutte de classe du prolétariat italien ne s’est
effectivement pas interrompue, elle se cristallise aujourd’hui sur la question
de la réforme-destruction du code du travail, et en particulier sur l’article
18. Mais en réalité, le rejet de la politique du gouvernement Berlusconi s’est
exprimée depuis le départ, et son acte de naissance: la répression sanglante
des manifestants de Gênes. Si en ce moment elle s’affirme et se centralise,
c’est que le prolétariat a réussi à imposer aux directions syndicales, et en
particulier à celle de la CGIL et à l'UIL, principales centrales syndicales
ouvrières qu’elles appellent (rejointes par les partis DS et PRC) à une
manifestation centrale le 23 mars à Rome, et à une grève générale, fût-elle
d’un jour, pardon 8 heures (!), le 16 avril.
Depuis le début de l’année
le prolétariat italien tente de se mobiliser
contre le gouvernement Berlusconi et sa politique
En réalité, saisissant les appels des organisations
« antimondialisation », dès le mois de novembre 2001, 100 000
manifestants se rassemblaient contre « la guerre en Afghanistan »,
puis le 19 janvier à nouveau en « soutien aux travailleurs
immigrés », qui se trouvent menacés par le projet de loi en discussion à
l’assemblée nationale de lutte contre « l’immigration clandestine ».
En janvier toujours, la FIOM, fédération des
métallurgistes de la CGIL organisait une manifestation centrale à Rome,
rassemblant 200 000 manifestants. La volonté d’engager le combat contre le
gouvernement ultra-réactionnaire de Berlusconi sourdait de toute part. Les
« girondotti », rondes citoyennes, animées notamment par le cinéaste
Moretti, sont aussi une manifestation de cette volonté, qui ne pouvait alors
encore trouver d’issue dans le mouvement ouvrier italien qui se refusait à
mener tout combat contre le gouvernement (les interventions de Moretti aux
meetings de l'Olivier, prenant violemment à parti les dirigeants DS, sont
acclamées par la salle).
Le congrès de la CGIL réuni en février ne pouvait
que l’enregistrer. La CGIL, bientôt rejointe par les deux autres centrales
syndicales, UIL et CISL (cette dernière n’appartenant pas au mouvement
ouvrier), appelle à une manifestation centrale à Rome, sur l’article 18. Les
"démocrates de gauche", "Refondation Communiste",
s'alignent l'appel. Pourtant, depuis l’automne, le gouvernement avait organisé
une vaste concertation avec la participation de la Cofindustria (organisation
patronale principale) et les directions syndicales, sur la réforme-destruction
du code du travail… La direction de la CGIL, ainsi que celles des autres
centrales, s’était rendue à toutes les réunions. Mais l’opposition de fond de
la classe ouvrière l’a imposé aux directions syndicales.
Pour autant, un attentat bien venu, revendiqué par
les « brigades rouges pour la constitution d’un parti communiste
combattant », sur la personne d’un conseiller du gouvernement dans sa
tâche de destruction du code du travail, menaçait l’appel à la grève.
Rappelons, pour mémoire, que les attentats en Italie, sont la plupart du temps,
le fait de la police, ou d’organisations largement infiltrées par celle-ci. Cet
attentat n’a pas permis d’empêcher que la manifestation du 23 mars ait lieu. La
vague de fond a empêché les dirigeants syndicaux de l’annuler. Ils ont dès lors
tenté de la transformer en une manifestation « contre le terrorisme et
pour la démocratie… »
Malgré la tentative de
dénaturation de la manifestation,
malgré l’appel à une table ronde pour renouer le dialogue social… le 23 mars
Malgré la campagne orchestrée par le gouvernement,
relayée par Cofferati et les dirigeants syndicaux, la manifestation romaine est
immense : Le Monde du 23 mars précise que « la CGIL a modifié le
contenu et la forme de la manifestation, ajoutant au mot d’ordre initial celui
de la lutte contre le terrorisme ». Le gouvernement quant à lui a mis
en place un plan de sécurité immense, équivalent à celui mis en œuvre pour les
JMJ et le jubilé de 2000 ! Pour autant dix mille autocars ont été loués,
soixante et un trains spéciaux, quatre bateaux provenant des îles et six avions
charters ont été affrétés.
Malgré la manœuvre, L’Humanité souligne, en
dépit de son fervent soutien à la ligne des dirigeants syndicaux que :
« Dans
tous les cortèges, les manifestants refusent de mettre en veilleuse leur
opposition à la réforme du Code du travail, de baisser le ton, comme l’avait
demandé dès l’annonce de l’assassinat de Marco Biagi, le gouvernement de
droite, mais aussi de façon moins attendue, un des leaders des DS, Massimo
D’Alema… »
Connaisseur, ce quotidien, ne peut qu’enregistrer
l’échec des dirigeants du mouvement ouvrier italien, dont ceux de la CGIL, qui
avaient demandé que les banderoles fussent barrées de noir, de modérer le
combat de la classe ouvrière italienne,
au nom de la lutte contre le terrorisme.
Le gouvernement, après la manifestation renchérit
dans ses provocations, ainsi le ministre de la défense qui déclare:
« La
manifestation de samedi de la CGIL un péril énorme pour les libres institutions
de notre démocratie, le syndicat outrepassant son rôle jusqu’à menacer l’ordre
constitutionnel, en empêchant l’exécutif légitimement élu de gouverner le
pays ».
Il ajoute un « Tôt ou tard il va nous
falloir rétablir la légalité constitutionnelle » menaçant.
Quant à Bossi, il estime lui que « l’âpreté
de la contestation syndicale » inspire le terrorisme….
Malgré tout, le gouvernement se sentant en position
de force appelle les directions syndicales à une table ronde le mardi 26 mars.
Les bonnes dispositions annoncées le 23 mars par les directions syndicales ne
tiennent pas. Là encore la volonté de combat du prolétariat italien a réussi à
imposer qu’elles ne s’y rendent pas.
Prenant prétexte des déclarations, certes
provocatrices des membres du gouvernement après la manifestation, il demande un
démenti à Berlusconi, qui est jugé insuffisant, malgré les efforts de celui-ci.
La direction de la CGIL, puis des autres centrales, refusent de se rendre à la
table ronde. Berlusconi, ne peut dès lors que la reporter sine die.
Toutefois, les dirigeants syndicaux protestant de
leur bonne fois, ne font un casus belli que de l’article 18, et estiment
être prêts à reprendre le dialogue social, à partir du moment où le
gouvernement retirerait son projet sur l’article 18. Berlusconi, au contraire
s’y accroche: le retirer serait une défaite pour son gouvernement. Mais,
magnanimes les dirigeants syndicaux italiens, ceux de la CGIL d'abord, suivis
ensuite par ceux de l'UIL et enfin la CISL, appellent à une grève générale de 8
heure, trois semaines et demie après… on voudrait briser le mouvement, qu’on ne
s’y prendrait pas autrement !
Le 16 avril, un nouveau raz
de marée
Et pourtant trois semaines et demie après, le
prolétariat italien a de nouveau signifié, « Berlusconi t’es
viré ! », comme on a pu l’entendre dans les manifestations
locales.
En effet, cette grève générale, évitant les heures
de pointe dans les transports publics, puisqu’elle ne dura que de 10 à 18
heures, se doublait de dix-huit manifestations, dans chaque capitale de régions
italiennes. Ce fut un raz de marée, aucun train, aucun avion, aucune école,
poste ouverte de 10 à 18 heures dans toute l’Italie. La consommation
d’électricité fut équivalente à un dimanche, ce qui signifie que dans
l’industrie aussi les taux de participations furent très importants, dans les
centres ouvriers du nord, notamment à Turin, chez Fiat, ou Pirelli. Dans les
principales villes d’Italie, des cortèges locaux rassemblèrent entre 100 et 200
000 manifestants, à Turin, Milan, Rome, Naples, Palerme, mais aussi entre 300
et 400 000 à Florence. Au total, il y aurait eu 13 millions de grévistes, et 2
millions de manifestants dans toute l’Italie. Un mouvement d’un ampleur
inégalée, la puissance du prolétariat italien s’est encore une fois exprimée.
A
noter: une nouvelle fois, les partis issus du mouvement ouvrier italien – aussi
traître et dégénéré qu'en France – ont encore emboîté le pas aux appareils
syndicaux dans l'appel à cette grève.
Mais au soir du 16 avril, les choses restent
inchangées. Le gouvernement n’a rien retiré de sa volonté de poursuivre la
réforme-destruction du code du travail. Fort de son expérience de 1994,
Berlusconi semble tenir le choc cette fois-ci. Bossi, rappelle qu’après la
grève il serait temps de renouer le dialogue social, donc de reprendre le
chantier sur le code du travail.
Si le gouvernement le peut, c’est d’abord grâce à
l’attitude conciliante des dirigeants syndicaux, notamment de la CGIL.
Dans une interview accordée à l’Humanité, le
16 avril, Walter Cerfeda, dirigeant national de la CGIL précise :
«
En fait la CGIL, avec la CISL et l’UIL, ne demande qu’une chose à ce
gouvernement : ôter de la table de négociation les mesures sur les
licenciements injustifiés. Ce projet empêche tout rapport avec le gouvernement.
Mais une fois cette disposition retirée, nous sommes prêts, le 17 avril au
matin, à retourner à la table de négociation avec le gouvernement sur la
réforme du marché du travail. Des réformes sont, nous en sommes bien
conscients, nécessaires, notamment dans les secteurs où les protections, les
garanties et les droits sont quasiment inexistants… »
Quelle
servilité ! De toute façon, plaide ce bureaucrate, il est hors de question
de remettre l'existence du gouvernement en cause. C'est tout juste s'il n'a pas
la larme à l'œil en implorant Berlusconi de donner les moyens aux appareils
traîtres de préserver son gouvernement. Et quel message adressé aux prolétaires
d'Italie: l'avenir serait fait de "négociations" avec le gouvernement
de Berlusconi, pour obtenir de lui des réformes assurant la protection des
travailleurs italiens !
Et il ajoute, bien malheureux :
« En
revanche, s’il voulait poursuivre ce bras de fer absurde (le gouvernement),
nous serions contraints de durcir encore le mouvement, en cohérence avec la
puissance des manifestations développées jusque-là. »
C’est à dire appeler à une nouvelle manifestation,
le plus tard possible, afin de se laisser le temps de la raison, celui de la
négociation avec le gouvernement Berlusconi.
« Berlusconi droit dans sa
botte » (Libération, 15 avril).
De
fait, Berlusconi, son gouvernement, refusent de céder face au mouvement du
prolétariat italien, se targuant de la « légitimité des urnes »,
appuyé sur le soutien des dirigeants des syndicats et partis.
« Le
gouvernement prendra ses responsabilités en ce qui concerne les réformes
structurelles. Il ne se laissera pas embourber et poursuivra dans la voie du
changement… Le 16 avril, le pays s’arrêtera mais pas notre détermination et
notre volonté de réformes. » (au congrès de la Cofindustria, à Parme,
devant 5000 entrepreneurs).
Les
directions syndicales, se refusent à entamer un combat sérieux, limitant à des
manifestations et des grèves d’un jour, tout en protestant en permanence de
leur volonté de renouer le dialogue social. Les partis eux mènent une politique
cherchant à boucher toute perspective au prolétariat italien. Après les
déclarations de D’Alema sur le terrorisme avant le 23 mars, les DS ont choisi
l’absence la plus assourdissante possible (bien que la presse italienne se
fasse l'écho de remous au sein de cette formation – ce que traduisaient à leur
manière les "rondes" menées par Moretti).
Le
principal parti bourgeois de la coalition de l’Olivier, la Marguerite, tenait
son congrès, à Parme aussi, le 14 et 15 avril, et Le Monde du 16 avril,
précise :
« Massimo
Cacciari, ancien maire de Venise, y a évoqué le nouveau ticket qui fait rêver
plus d’un opposant italien : une équipe formé de Romano Prodi, ancien
président du conseil et actuel président de la commission européenne, et de
Sergio Cofferati, qui fait de plus en plus figure de joker pour prendre les
rênes de la reconquête du pouvoir. Mais ce n’est pas pour demain, et les
intéressés eux-mêmes s’en défendent. »
D'emblée,
l'Olivier affirme: pas question de chasser Berlusconi. Mais quoi d'étonnant? La
coalition de l'Olivier et sa "marguerite" sont des coalitions et
formations totalement bourgeoises. La classe ouvrière italienne en a fait
l'amère expérience (voir CPS n°5). L'existence et la persistance de
cette coalition est en tant que telle la meilleur aide apportée à Berlusconi:
elle fait barrage au combat pour un gouvernement rompant avec les exigences du
Capital, satisfaisant les revendications, un gouvernement sans ministre
bourgeois, que les masses italiennes pourraient imposer au parti des
"démocrates de gauche" (ex-PCI), au PRC.
L'obstruction
de la perspective du pouvoir est fondamentale:
car pour en finir avec les agressions contre les travailleurs, pour
obtenir le maintien de l'article 18, il faut s'orienter sur la ligne de vaincre et chasser le
gouvernement de Berlusconi.
Certains
à l'Olivier comptent sur une chute du gouvernement provoquée par la bourgeoisie
elle-même, comme en 1994, lorsque le gouvernement Berlusconi avait été remplacé
par le gouvernement de Dini, lui même parfaitement bourgeois, et gouvernant
avec la majorité, ou une grande partie de la majorité de Berlusconi. Mais si au
sein même du patronat on critique le gouvernement, c'est pour l'aiguillonner.
Au
congrès de la Cofindustria, où Berlusconi a pris la parole, Antonio D’Amato,
président de celle-ci, le faisait en ces termes :
« Le
gouvernement est en retard sur les réformes. Peu de pas ont été accomplis et
pas toujours dans la bonne direction… J’imagine que le ministre de l’économie,
Giulio Tremonti nous expliquera comment il entend trouver les ressources
nécessaires pour réduire la pression fiscale et effectuer les investissements
productifs dont nous avons besoin… ».
D'autres
patrons, comme Bennetton ou Romiti, lui demandent de lâcher sur l’article 18,
et maintenir l’essentiel, le dialogue social avec les directions syndicales sur
la réforme-destruction du code du travail. Mais le grand Capital italien est
fondamentalement derrière Berlusconi – sans méconnaître les mérites de son
point de vue des gouvernements appuyés sur les "DS" (et le PRC).
Après la grève générale du
16 avril
Après la démonstration de force de la journée du 16
avril, les direction syndicales ont choisi de n’engager aucune nouvelle
perspective sur la question, pas même une journée d’action à courte échéance.
Les manœuvres politiques se succèdent, afin de faire en sorte que le
gouvernement Berlusconi-Fini-Bossi, puisse mener à bien sa réforme-destruction
du code du travail, en obtenant l’assentiment des directions syndicales.
Le 29 avril, Berlusconi se déclare prêt au dialogue,
à condition que cela mène à des réformes structurelles. Le même jour, le
secrétaire de la CGIL, Cofferatti, répond : « le gouvernement
maintient sa position, il n’y aura aucune rencontre ». Il explique
tout de même, « si nous sommes convoqués, nous nous présenterons à la
convocation, mais il est indispensable que le gouvernement modifie sa position
sur l’article 18. Sans modification pas de rencontre. »
"Pas de rencontre" tout en "se
présentant à la convocation", voilà qui demande un sens aigu de la
contorsion! Traduisons: la direction de la CGIL dit à la fois "oui" à
Berlusconi, et à la fois "nous ne cédons pas sur l'article 18" aux
travailleurs italiens, dont l'exigence du refus de toute rencontre avec le
gouvernement Berlusconi exprime la volonté que les directions syndicales
rompent totalement avec lui.
A l’occasion du premier mai, le président de la
République, Carlo Azeglio Ciampi, fait une intervention, et demande au
gouvernement de promouvoir des politiques en matière de travail qui respectent
les droits des "partenaires sociaux". Maroni, le ministre des
relations sociales, reste sur la même ligne, en assurant que la priorité du
gouvernement reste que le parlement discute et approuve la proposition de
réforme du code du travail. Cependant la CISL, la centrale catholique,
s’engouffre dans la brèche et demande au gouvernement d’écouter le président de
la République :
« un conflit permanent n’aide personne et ne
convient ni au pays, ni aux entreprises », une position qui doit
réjouir les dirigeants de la Cofindustria. Le début de mai se passe donc en
échanges, tentatives d’ouvertures, pour permettre au gouvernement et aux
dirigeants syndicaux de s’asseoir à nouveau à la table des négociations sur la
question de la réforme du code du travail, qui se trouve malgré tout paralysée
politiquement, même si le gouvernement fanfaronne quant à sa volonté de la
faire passer par le parlement, sans autre forme de procès, il ne peut le faire
en réalité qu’à condition que les dirigeants syndicaux le lui permettent, c’est
à dire reprennent le « dialogue social ».
Un pas a été franchi dans cette direction le 7 mai.
Le ministre de l’économie et des finances, Tremonti, organise ce jour là, une
réunion de concertation avec les directions syndicales, sur la réforme fiscale,
que le dirigeant de la CGIL qualifie "d’inique". Pour autant,
la direction de la CGIL déclare :
« nous
avons décidé de nous y rendre, car il est évident que le gouvernement recherche
chaque prétexte pour diviser le front syndical, et accréditer l’idée que la
CGIL refuse la discussion et la confrontation ».
C'est cette fois-ci au nom de l'unité avec le
syndicat chrétien que la direction de la CGIL tente d’annuler la position
qu'elle a adopté sous la pression des masses, celle de la rupture des
discussions avec le gouvernement sur la question de l’article 18 depuis le 23
mars. Ainsi orpheline de ces relations avec le gouvernement bourgeois italien,
la direction de la CGIL peut renouer avec lui. Immédiatement la direction de la
CISL, par la voix de Pezzota a déclaré que la convocation du gouvernement sur
la question fiscale était positive. Et quelques jours plus tard, l’UIL, et son
dirigeant Angeletti, le 15 mai, déclare, que « si le gouvernement a une
nouvelle formule, qu’il nous convoque et nous en discuterons ». Mais
jusqu’à ce jour, le gouvernement n’a rien présenté de nouveau.
A ce jour, non seulement le gouvernement de
Berlusconi est en place, mais s’il est momentanément entravé sur la question du
code du travail, il s’attaque à la réforme fiscale, ou encore, propose des de
changer le nom du ministère de la fonction publique, en « département
pour l’efficacité de l’administration », bref, poursuit l’application
de son programme, puisqu’il le peut. Les dirigeants syndicaux, refusent toute perspective
de combat contre lui et attendent une retouche éventuelle de la position du
gouvernement sur l’article 18, afin de plonger intégralement.
La question clé : le front
unique des organisations ouvrières
Il
n'en demeure pas moins qu'on ne peut effacer les faits suivants: par deux fois,
en manifestant de manière centrale et nationale à près de trois millions, en
étant treize millions dans une grève totale, le prolétariat italien a pu
mesurer sa force, exprimer sa puissance. Et c'est l'appel dans l'unité des
centrales syndicales ouvrières CGIL et UIL, entraînant les partis traîtres du
mouvement ouvrier, qui l'a permis. On ne peut non plus effacer que le rejet par
les travailleurs du gouvernement Berlusconi et de sa politique a amené les
directions syndicales a rompre – tout du moins partiellement – le
"dialogue social" avec le gouvernement. Que ceci entrave à l'étape
actuelle le déroulement de l'offensive permanente contre les masses qui est
dans le fond le seul programme de Berlusconi et consorts.
Les
évènements d'Italie confirment - et sont à ce titre un point d'appui pour
l'ensemble des prolétariats d'Europe – que la voie du combat efficace, la voie
du combat de masse, est le combat sur la
ligne du front unique des organisations ouvrières.
Aujourd'hui,
face aux tentatives des directions syndicales de renouer avec le gouvernement,
de trouver une combinazione pour faire avaler au prolétariat la suppression de
l'article 18, cette orientation pourrait se traduire ainsi:
"Dirigeants
syndicaux de la CGIL, de l'UIL: au travers de la manifestation nationale à Rome
de mars, de la grève générale du 16 avril, la classe ouvrière et l'ensemble des
travailleurs ont montré leur volonté et leur capacité d'en découdre
victorieusement avec le gouvernement de Berlusconi. Mais le gouvernement entend
maintenir la suppression de l'article 18 et relancer les autres aspects de sa
politique réactionnaire. Alors, les choses sont simples: obtenir satisfaction
sur cette revendication élémentaire qu'est le maintien de l'article 18 exige
d'infliger une défaite au gouvernement, de le mettre à genoux.
Votre
responsabilité est totalement engagée, et beaucoup de temps a été perdu. Ne
participez à aucune réunion de "dialogue", de
"concertation" avec le gouvernement. Assez d'actions sans lendemain:
appelez sans attendre à la grève générale sur l'objectif du maintien
inconditionnel de l'article 18. Dirigeants des DS, du PRC, prononcez vous et
agissez dans le même sens."
Sur
une telle orientation, de la réalisation du front unique des organisations
ouvrières contre le gouvernement naîtraient les conditions politiques du
renversement du gouvernement Berlusconi, de la venue au pouvoir d'un
gouvernement issu de ce front unique.
Mais
en Italie, comme ailleurs, les vieilles directions des partis et syndicats
issus du mouvement ouvrier, même quand elles doivent prendre des initiatives
s'opposant aux gouvernement en place, n'en restent pas moins liées à la
bourgeoisie par mille et un liens. Les DS restent embourbés jusqu'au cou dans
la coalition de l'Olivier, tandis que le PRC, lors de son récent congrès,
attend une évolution de cette même coalition bourgeoise vers "la
gauche" pour s'allier demain avec elle comme elle le fit hier. Les
dirigeants syndicaux, eux dont le rôle est à l'évidence décisif, cherchent à
faire de la démonstration de force du prolétariat une parade sans lendemain et
infructueuse.
C'est
pourquoi est plus que jamais indispensable le combat pour la construction du
parti ouvrier révolutionnaire. Les circonstances politiques fournissent un
point d'appui fondamental au combat pour le front unique, ligne d'affrontement
avec les bureaucraties syndicales et les partis traîtres et dégénérés, prenant
appui sur les potentialités de combat immenses mises au premier plan.
En
résumé, les derniers développements donnent une résonance particulière à la
conclusion de l'article que nous écrivions sur ce pays dans notre numéro 5:
« En Italie sont concentrés
l’essentiel des problèmes auxquels les prolétariats de nombreux pays d’Europe
ont à répondre. Mais peut-être est-ce plus net et plus brutal qu’ailleurs. »