Article paru dans
Combattre pour le Socialisme n°70
(décembre 1997)
Collaboration de classe à l'italienne
« Plus
l’influence des réformistes sur les ouvriers est forte, et plus les ouvriers
sont impuissants, plus ils seront sous la coupe de la bourgeoisie, plus il est
facile pour celle-ci de réduire à néant les acquis par des subterfuges
divers. »
V. Lénine
(Marxisme et
réformisme, 1913)
En
Italie, après avoir empêché que le gouvernement Berlusconi tombe sous le coup
d’une grève générale, après le mouvement de millions de travailleurs contre son
budget d’austérité à l’automne 1994, les dirigeants des centrales syndicales,
le Parti démocratique de la gauche (PDS, ex-PCI stalinien), avaient permis à la
bourgeoisie italienne de se remettre en selle. Ils avaient œuvré à la
constitution d’un nouveau gouvernement bourgeois, dirigé par L. Dini, ancien
expert du Fonds monétaire international, dirigeant de la banque centrale
italienne (la Banca d’Italia), ancien ministre des finances de Berlusconi.
Bilan
du gouvernement Dini
En
janvier 1995, le Parti démocratique de la gauche (PDS) et son compère et rival,
le Parti de la refondation communiste (PRC, une scission de l’ex-Parti
communiste italien), ont voté la confiance au gouvernement Dini dont le
programme affichait la nécessité « d’assainir » les finances
publiques, de « réformer » les retraites, de modifier la loi
électorale pour parvenir à dégager des majorités stables et enrayer la valse
des gouvernements (plus de 50 depuis 1945). Autrement dit, la reprise intégrale
des objectifs du gouvernement Berlusconi, contre lesquels la classe ouvrière
s’était mobilisée trois mois plus tôt.
En
mars 1995, le PDS et le PRC ont voté le budget de ce « gouvernement de
techniciens » (comprenant un ancien chef d’état-major, la sœur du patron
de Fiat), soit 66 milliards de francs d’économies supplémentaires sur le budget
d’austérité de Berlusconi (hausse de la TVA, de la taxe sur l’essence, baisse
des dépenses publiques...).
En
mai 1995, après maintes concertations, les dirigeants des confédérations
syndicales CGIL et UIL, ainsi que la centrale chrétienne CISL, signaient avec
le gouvernement un accord « réformant » les retraites, prévoyant:
l'élévation de l’âge légal à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes;
l'alignement du secteur public sur le secteur privé (moins favorable
évidemment); le passage d’un système fondé sur les rétributions (le calcul
était fait sur les dix dernières années de salaire) à un système fondé sur les
contributions effectivement versées (un coin est enfoncé dans l’édifice des
retraites par répartition); enfin la disparition progressive des retraites
« à l’ancienneté » (les 35 ans de contribution nécessaires seront
portés à 40 ans, avec une clause d’âge minimum : 52 ans en 1996, 57 ans en
2013 ; à cette date, le montant de la retraite sera minoré si elle est prise
avant 62 ans).
Malgré
des manifestations et des grèves spontanées, le 4 août 1995, une loi entérine
les dispositions de l’accord. Si le PRC vote contre, le PDS vote pour. La
bourgeoisie italienne savoure ce succès, la Bourse monte, la lire se
réapprécie.
Le
gouvernement y puise la force de concocter un budget pour 1996 qui vise
essentiellement le système de santé : généralisation du ticket modérateur,
fermeture de nombreux hôpitaux . Le projet prévoit aussi la diminution des subventions
aux chemins de fer, l’amputation des dotations aux communes et aux régions (qui
sont autorisées à augmenter les impôts locaux sur le logement et sur
l’essence).
Les
appareils syndicaux approuvent le budget et, le 22 décembre 1995, le PDS le vote
au parlement. Il s’agirait pour l’Italie de pouvoir participer à
« l’euro ».
Maastricht
: quand l'Allemagne prévoyait d'écarter l'Italie
A partir
de la réunification allemande de 1989, la plupart des États membres de la CEE,
emmenés par Mitterrand, ont fait pression sur le gouvernement Kohl pour une
monnaie dont ils partageraient le contrôle, visant ainsi à limiter la puissance
de l'impérialisme allemand.
En
1991, quand le traité de Maastricht a été négocié, le gouvernement Kohl a
concédé la monnaie commune à ses partenaires, mais en a éloigné l’échéance (au
mieux 1997, sinon 1999) et fixé ses conditions :
·
« l’indépendance »
de la Banque centrale européenne sur le modèle de la banque centrale allemande,
la Bundesbank (en d’autres termes, une grande autonomie des dirigeants de
l’institut d’émission de « l’euro » vis-à-vis des gouvernements autre
que celui de l'Allemagne) ;
·
l’exigence
de conditions de nature monétaire et financière, les « critères de
convergence », pour participer à la zone monétaire (dette, déficit, taux
d’intérêt, inflation, parité).
A
priori, ces critères écartaient les pays que les dirigeants allemands nommaient
aimablement en coulisse le « Club Med » (Italie, Portugal, Espagne et
Grèce). Au cas où il leur faudrait abandonner le mark, autant que ce soit pour
une monnaie stable et forte, peu victime d’inflation et correspondant à la
productivité allemande, capable de rivaliser avec le dollar.
C'est
un fait: aujourd'hui, l'Italie ne remplit pas tous les critères.
Mais
elle a réalisé des "progrès". Ainsi le déficit budgétaire a-t-il
considérablement diminué depuis 1992, passant de plus de 12% du PIB à
3,3 % pour cette année, et le budget a prévu 3,0 en 1998 (selon le traité
de Maastricht, le déficit budgétaire ne doit pas dépasser 3 % du Produit
intérieur brut).
Par
contre la dette publique (le total des dettes de l'État central, des
collectivités locales et des organismes de protection sociale) ne doit pas
dépasser 60 % du PIB. Or, elle est de 122,3 %, et devrait être de
119,4 % de la production italienne en 1998, soit le double du plafond
autorisé.
Mais
croire que l’Italie sera exclue pour autant de la future zone euro, à laquelle
elle prétend adhérer depuis 1992, témoignerait d’une singulière naïveté.
Les
clauses du Traité de Maastricht sont, comme tout accord entre États
capitalistes, l’objet d’interprétations en fonction des intérêts de chaque
impérialisme. Le lancement de l’euro fera l’objet de compromis (ou de ruptures)
entre les pouvoirs exécutifs des pays européens, la force de l’impérialisme
allemand lui donnant le dernier mot. L’Italie n’est qu’une puissance
capitaliste de quatrième ordre (sa part dans la production de l'Union
Européenne est de 16%, contre 17,5% pour la France et 25% pour l'Allemagne).
Mais elle est malgré tout un impérialisme, qui défend sa place en Europe et
dans le monde. Un aspect essentiel de cette bataille est sa participation à
« l’euro ».
Le
gouvernement Prodi prétend à l’Euro
Il
semble probable que l’Italie sera acceptée dès le lancement de
« l’euro » : la France appuie sa candidature, l’Allemagne peine
elle-même, l’Italie converge financièrement.
D’abord,
l'impérialisme italien peut compter, sur ce sujet, sur l’appui de
l’impérialisme français. Ce dernier a, dès le début du processus, voulu
introduire l’Italie dans l’union monétaire d'une part, pour contrebalancer
la prédominance de l’Allemagne, et d'autre part pour définir l’euro sur une
base qui correspond mieux à ses besoins et ses capacités qu’une devise trop
forte. Le nationaliste Chevènement, admirateur de De Gaulle et ministre de
l’intérieur du gouvernement PS-PCF-R.C.V., a vendu la mèche lors de
l’université d’été de son petit parti bourgeois, le Mouvement des
citoyens :
« Il
a expliqué qu’il faisait de la participation de l’Italie la pierre angulaire de
la mise en place de la monnaie unique, car un euro large ne sera jamais un euro
fort. » (Le Monde, 9 septembre 1997)
Ensuite,
la position de censeur de l’Allemagne s’est singulièrement affaiblie. Au point
qu’un organe de la bourgeoisie française persifle en première page : « L’Allemagne s’italianise »
(Le Monde, 23 novembre 1997).
C’est
que l’économie allemande tourne au ralenti et que le chômage frappe quatre
millions de travailleurs. Aujourd’hui, l’impérialisme allemand peine à remplir
toutes les conditions qu’il avait imposées à Maastricht.
L’Allemagne
n’arrive à un déficit de 3 % du PIB que par des manipulations comptables
(débudgétisation des hôpitaux, report de remboursements) analogues à celles
dont bénéficient les budgets français ou italien. En outre, la dette publique
allemande, qui a tendance à se dégrader, devrait dépasser le seuil de 60 %
de la production annuelle : 61,9 % prévus en 1998 contre 60,8 % en
1996.
Enfin,
l'État italien a accompli bien des progrès en termes de
« convergence ».
L’impérialisme
italien combat pour conserver une place...
L’Italie,
comme l’Allemagne et le Japon, fait partie des impérialismes défaits
militairement lors de la Seconde guerre mondiale. Comme eux, il a été remis en
selle par l’impérialisme américain, pour contrer la montée révolutionnaire qui
s’en est suivie. Dès 1943, une véritable insurrection avait chassé Mussolini de
Rome. La reconstruction de l’Etat bourgeois n’a été possible, à partir de 1944,
qu’avec l’aide des partis ouvriers bourgeois, c’est-à-dire du parti
social-démocrate (PSI) et, spécialement, du parti stalinien (PCI). Le
capitalisme italien a bénéficié ensuite de la "prospérité" mondiale
qui a touché ses limites au début des années 1970.
Sans
jamais que se démente la défense du capitalisme par les partis ouvriers
bourgeois, formant une chaîne ininterrompue de trahisons des intérêts ouvriers,
jusqu’au soutien au Parti démocrate-chrétien, la principale formation
bourgeoise, liée à l'Église catholique : participation du PSI à des
gouvernements de coalition avec la DC, proposition d’alliance stratégique du
PCI au parti clérical et mafieux, le prétendu « compromis
historique ».
L’Italie
put fonder avec cinq autres États la CEE (Traité de Rome, 1957), rebaptisée
"Union européenne". L'État italien surmonta la vague révolutionnaire
de 1969. Depuis, le pouvoir italien est admis au G7, le club des pays riches
qui se réunit périodiquement autour des États-Unis. Le gouvernement italien a
plaidé au sein de l’Union européenne pour une présence policière et militaire
en Albanie, et y a finalement envoyé des troupes en mars 1997.
Le
Traité de Maastricht n’a pas été imposé "de l’extérieur". Les
gouvernements italiens successifs l’ont ratifié et tentent de l’appliquer pour
des raisons qui leur sont propres.
D’une
part, il s’agit pour eux de défendre la place de l’impérialisme italien au sein
de l’Union européenne. En dehors d’elle, l’Italie serait périphérique. Or, du
projet d’union monétaire, s’il aboutit durablement (ce qui est peu
vraisemblable), résulterait une Europe à plusieurs vitesses. Le « noyau
dur » de l’Union européenne serait dès lors celui des participants de la
zone euro, assurant la domination de l’Allemagne et, dans une moindre mesure,
de la France, sur le reste de l’Europe. Pour en être, aux côtés des autres
brigands, et pouvoir défendre ses intérêts, il faut donc à l’impérialisme
italien se plier aux règles du jeu fixées par l’impérialisme allemand.
D’autre
part, le traité donne un cadre et une justification à la lutte de la classe
capitaliste italienne contre son prolétariat (dans sa composante nationale,
mais aussi étrangère, car l’Italie est devenue un pays d’immigration).
...
et d'abord contre son propre prolétariat
Comme
l’énonce clairement un organe de la bourgeoisie britannique :
« L’obsession
des politiciens et des hommes d’affaires italiens à propos de l’Europe et de
l’unification monétaire est en réalité un cri de désespoir quant à la capacité
de leur pays de résoudre ses propres problèmes. » (The Economist, 8 novembre
1997)
Les choses paraissaient mal engagées pour l’impérialisme italien. A peine l’encre de Maastricht séchée, la lire quittait le Système monétaire européen (avec la livre britannique) en septembre 1992. Le financement de la réunification allemande avait poussé la banque centrale allemande à augmenter les taux d’intérêt. Ce renforcement de l’attraction des capitaux flottants vers le mark avait déclenché une vague spéculative contre la plupart des autres devises européennes. La Bundesbank refusa nettement de secourir la lire. Après avoir englouti en vain une bonne part de ses réserves de devises, la Banca d’Italia fut contrainte de jeter l’éponge.
Cette
humiliation est oubliée : quatre ans après, le 24 novembre 1996, la lire
regagne le Système monétaire européen. Depuis, elle n’a pas donné signe de
faiblesse ; au contraire, elle s’est plutôt appréciée.
Sur
quels éléments repose ce succès sur le marché des changes ? Une balance
commerciale excédentaire (elle était déficitaire en 1992), un déficit
budgétaire considérablement réduit (3,0 % du PIB attendus en 1998, au lieu
de 12,1 % en 1992), une inflation de moins de 2 % (contre 5,6 %
en 1992).
Les
résultats économiques, dans le mode de production capitaliste, ne sont des
succès que lorsqu’ils se rapportent au profit : ils reposent donc sur
l’exploitation du prolétariat productif, sur l’extorsion de la plus-value, et
sur le partage de cette plus-value sociale entre les différentes fractions
(nationales et sectorielles) du capital et les capitaux individuels (les entreprises).
C’est donc en renforçant le profit que les gouvernements successifs ont joué
leur rôle.
Ainsi,
le gouvernement Amato a mis fin, avec l’accord des dirigeants syndicaux, à
l’échelle mobile des salaires en 1992. Les indemnités chômage et les allocations
familiales étant squelettiques en Italie, les gouvernements, depuis, dans une
belle continuité, s’en sont donc pris aux retraites, dont le régime était
relativement avantageux.
Malgré
les réussites à l’encontre du prolétariat, le capitalisme italien n’est pas
plus sain que les autres. Dans l’industrie, plusieurs branches, la métallurgie,
l’automobile, l’informatique ont souffert durant la dernière période. De
nombreuses entreprises sont contraintes de passer des accords avec des firmes
étrangères : Telecom Italia avec ATT (États-Unis), ENEL avec Deutsche
Telekom (Allemagne), ENI avec British Telecom (Grande-Bretagne). Deux fleurons
de l’industrie viennent de tomber carrément sous contrôle étranger :
Montedison a cédé à Shell (Pays-Bas / Grande-Bretagne) l’essentiel de ses
activités chimiques; Olivetti a cédé sa division de micro-ordinateurs au
capitaliste américain E. Gottesman.
Les
directions traîtres de la classe ouvrière ont pactisé avec leur bourgeoisie en
expliquant que l’intérêt national imposait l’entrée dans l’union monétaire
européenne. Les agents de la bourgeoisie au sein de la classe ouvrière ont
justifié les « sacrifices » au nom de « l’euro ». Ils ont
ainsi plus ou moins camouflé l’essence capitaliste de la mise à mal de tous les
acquis ouvriers, ils ont tenté de masquer le caractère totalement réactionnaire
des gouvernements Dini hier et Prodi aujourd’hui.
Une bourgeoisie extrêmement divisée
Pour
réaliser ses objectifs, pour faire face aux autres bourgeoisies en Europe, pour
affronter son propre prolétariat, la classe dirigeante d’Italie ambitionne de
se doter d’un pouvoir exécutif fort.
Fin
1995, elle a estimé que le bilan du gouvernement Dini, que la stabilité assurée
par la collaboration des partis ouvriers traditionnels et des directions
syndicales, lui ouvraient la possibilité de convoquer sans risque des élections
législatives.
La
bourgeoisie comptait disposer de cette manière d’un gouvernement légitimé par
les urnes, capable de faire taire les contradictions en son sein, apte à
infliger des défaites majeures à la classe ouvrière. Du changement de mode de
scrutin de 1994, passé d’un système proportionnel à un scrutin essentiellement
majoritaire, les partis bourgeois escomptaient obtenir, en s’alliant, une
majorité large.
C’était
rêver que la crise de représentation de la classe bourgeoise italienne était
surmontée. Il n’en est rien. Le Parti démocrate chrétien qui avait régné
pendant cinquante ans a explosé en cinq ou six morceaux. Au total, pas moins de
18 partis bourgeois présentent des candidats.
La
Ligue du Nord, alliée de Forza Italia (Berlusconi) en 1994, a quitté la
coalition du "Pôle des libertés" (qui rassemblait la plupart des
partis bourgeois) pour faire cavalier seul. Son leader, Bossi, n’hésite pas à
proclamer l’indépendance de la « Padanie », à revendiquer la
sécession. L’Alliance nationale (AN, l’ex-MSI mussolinien) dispute âprement à
Berlusconi la direction du Pôle des libertés et donc la Présidence du conseil
(le nom du Premier ministre en Italie). Cette formation, que son dirigeant Fini
qualifie de « postfasciste » a connu une scission. Le "Mouvement
social flamme tricolore" présente ses propres candidats. Du qualificatif
de l’AN, il rejette le « post »...
Il
faut ajouter à ce tableau la poursuite de l’opération « mains
propres ». Plus de 400 000 personnes poursuivies ou incarcérées,
c’était une bonne partie du personnel politique bourgeois dont on étale au
grand jour la pourriture. Pour arrêter le nettoyage qui vient d’atteindre le
président de Fiat et plusieurs ministres, l’ex-juge vedette de « manu
pulite » est mis sur la sellette, dans l’objectif de convaincre que « si tous, y compris l’ex-procureur
volaient, personne ne volait » (L’Espresso,
décembre 1996).
Le
P.D.S. au secours de la bourgeoisie
Prenant
en charge les intérêts généraux de la classe capitaliste italienne, le
secrétaire général du Parti démocratique de la gauche, D’Alema, a entamé avec
Berlusconi et Fini des discussions sur « le
contenu des réformes nécessaires et la constitution d’un gouvernement de large
entente », allant du PDS à l’Alliance nationale.
Ce
sont les partis bourgeois qui ont refusé cette proposition et poussé à la tenue
des élections.
L’ex-PCI
jette alors toutes ses forces dans l’élargissement de la coalition de
« l’Olivier » aux forces bourgeoises issues de l’éclatement de la DC.
Il milite activement pour que l’organisation constituée par Dini, le
"Renouveau Italien" (RI) se joigne à l’Olivier, ce qu’elle fait, de
même que la plus importante fraction issue du naufrage de la démocratie
chrétienne, les "Popolari" (PPI)
Évidemment,
la large alliance de l’Olivier a pour socle un programme totalement inféodé aux
intérêts de la bourgeoisie, dans le prolongement du soutien apporté depuis la
chute de Berlusconi au gouvernement Dini.
Prodi en a fait le slogan des trois R : « Risanamento, riforme e ripresa » (assainissement,
réforme et reprise) :
« Pendant
18 mois, les Italiens devront se serrer la ceinture. Il n’est pas possible
d’avoir le tonneau plein et la femme ivre, de vouloir aller à la messe et de
rester chez soi. »
Le
démocrate-chrétien Prodi a été choisi par le PDS comme figure de proue de l’Olivier,
D’Alema renonçant à briguer le Présidence du conseil. Le Monde du 22 octobre 1997 trace
du « professore » Prodi le portrait suivant :
« casa,
chiesa e bicicletta : la formule est un peu lapidaire, mais il est vrai que
Romano Prodi est un fervent catholique, un adepte fidèle de la bicyclette et
que sa famille est un point d’ancrage important (...) Ministre de l’industrie
dans le cabinet Andreotti, il présidera l’Institut pour la reconstruction
industrielle en 1982 (...) et en 1993, il sera contraint de dégraisser la trop
lourde machine en privatisant (...) ‘Chrétien, je le suis profondément,
reconnaît-il, mais ces dernières années, il était difficile de trouver
quelqu’un qui vous inspire vraiment’. Excepté Jacques Delors, qui ‘peut être
une source d’inspiration en raison de sa culture chrétienne et par la force et
l’équilibre de son parcours’. »
Autour
de Prodi, le PDS a finalement agrégé 22 formations politiques, dont 5 se réclamant
ouvertement de l'Église catholique, tous les morceaux de feu le PSI (qui, comme
parti social-démocrate, a été rayé de la carte), les Verts et d’autres
groupuscules bourgeois. Le PRC, sans entrer dans la coalition conclut un accord
de désistement et de répartition des circonscriptions avec l’Olivier.
Ce
dispositif parachève, sur le terrain électoral, la politique continue de
collaboration du PDS et du PRC avec la bourgeoisie. Dans une situation où
celle-ci est extrêmement divisée, le PDS et le PRC visent à empêcher son
expulsion du pouvoir. Deux ans après la chute de Berlusconi, après un an de
coalition derrière Dini qui ont permis à la bourgeoisie italienne de se
ressaisir, l’Olivier est imposé aux masses, pour qu’elles ne puissent poser la
question du pouvoir, qu’elles ne puissent constituer un gouvernement de leurs
organisations, un gouvernement des seuls partis ouvriers.
Les
résultats des élections à la chambre des députés du 21 avril 1996
|
Collèges à scrutin majoritaire |
Circonscriptions
proportionnelles |
||||
Listes |
Voix |
Pourcentage |
Sièges |
Voix |
Pourcentage |
Sièges |
Olivier |
15 729
124 |
42 |
246 |
13
054 975 |
34,8 |
38 |
Olivier
+ PRC |
16 729 368 |
44,8 |
261 |
16 270 935 |
43,4 |
58 |
Pôle des libertés |
14 995 777 |
40,2 |
169 |
15 780 752 |
42,1 |
77 |
Pôle + alliés |
15 065 722 |
40,4 |
169 |
16 481 785 |
44 |
77 |
Ligue du nord |
4 038 511 |
10,8 |
39 |
3 777 786 |
10,1 |
20 |
Autres |
1 470 532 |
3,9 |
6 |
964 459 |
2,6 |
0 |
TOTAL |
37 304 133 |
100 |
475 |
37 494 965 |
100 |
155 |
La modification du mode de scrutin a en effet donné une nette majorité, mais pas au Pôle des libertés, au grand dam de Berlusconi et Fini. L’Olivier et son allié le PRC remportent les élections d’avril 1997. Le système d’élections à la majorité à un seul tour pour 75 % des sièges, et à la proportionnelle pour les 25 % restants, a fortement avantagé la coalition la plus large, c’est-à-dire l’Olivier. Avec un peu moins de 16 millions de voix, il gagne 246 sièges de députés. Tandis qu’avec 4 millions de suffrages, la LN obtient 39 sièges à la Chambre, soit 6 fois moins. Entre le Pôle des libertés et l’Olivier, 2 % d’écart au scrutin majoritaire donnent 75 députés de différence, soit 16 % des sièges correspondants.
Au
vote proportionnel, l’Olivier et ses alliés sont battus par le Pôle et les
siens. La victoire finale de l’Olivier s’explique avant tout par la rupture de la
Ligue du nord d’avec la coalition menée par Berlusconi. De plus, la Ligue a
progressé depuis le scrutin de 1994, mangeant le gâteau du Pôle des libertés,
qui a perdu dans cette affaire 4 millions de voix... et la prime électorale due
à la plus forte coalition, malgré une progression électorale (l'Alliance
Nationale réalise 15,7% contre 13,5% en 1994, tandis que Forza Italia fait
20,6% contre 21% en 1994).
Le
PDS rassemble 7 898 044 voix, soit une progression infime de 0,7 % par
rapport aux législatives de 1994 (de 20,3% à 21,0%). Le PRC, quant à lui,
obtient 3 215 960 voix, passant de 6 à 8,6 % des suffrages. A eux deux,
les partis ouvriers réunissent 29,7 % des votes. Le PDS a 200 députés, RC
35 (la majorité absolue est de 315 sièges).
Au
Sénat, qui a les mêmes prérogatives que la Chambre des députés, les résultats
sont équivalents. Le dispositif, baptisé « alliance de centre
gauche », a fonctionné contre les aspirations de la classe ouvrière
italienne. Il n’y a pas eu de poussée électorale pour le PDS. La division des
rangs de la classe dominante, les 4,3 % de la liste du bourgeois Dini (RI)
et les 6,3% du PPI, le mode de scrutin, expliquent la victoire de l’Olivier.
Premier
acte du gouvernement Prodi : un budget d'austérité contre les travailleurs
La
Bourse de Milan a salué cette victoire par un bond de 5,6 %. Elle ne
craignait pas que la coalition, au pouvoir, déstabilise l’ordre bourgeois. Il
faut dire que le PDS a donné en ce sens un nouveau gage. Premier parti d’Italie
à l’issue des élections, il décide de ne pas constituer de groupe
parlementaire!
Il
offre au parti de Dini des postes-clés, comme le ministère du travail. Nouvelle
hausse de la bourse.
Le
programme présenté par Prodi au parlement en mai 1997 annonce clairement qu’il
entend gouverner au compte du capital : « assainissement » des
finances publiques, engagement à satisfaire les « critères de
convergence » de l’union monétaire, accélération des privatisations, retour
de la lire dans le Système monétaire européen, concertation sociale,
fédéralisme. Tous les partis de l’Olivier et les députés du PRC lui votent la
confiance.
Le
gouvernement, où siègent 10 ministres PDS (l’ex-Parti communiste italien) sur
20 membres, prépare le budget 1997 pour réaliser ces objectifs. Bertinotti, le
dirigeant du PRC, accepte l’instauration d’un impôt exceptionnel de 12 500
milliards de lires pour la réduction du déficit à 3 % du produit intérieur
brut.
En
échange du soutien à cet impôt destiné à permettre l’entrée dans l’union
monétaire, le très chrétien Prodi lui promet de ne toucher ni aux retraites, ni
au système de santé. Cette eurotaxe s’ajoute à l’impôt sur le revenu et touche
essentiellement les salariés. Avec le non-remplacement des départs à la retraite
dans la fonction publique, la réduction du nombre de lits dans les hôpitaux,
l’augmentation du prix de l’essence, le gouvernement PDS-PPI-Verts-RI s’affiche
le digne continuateur du précédent.
Dans
le même temps, le PDS, qui contrôle la principale centrale syndicale, la CGIL,
pousse à la signature d’accords entre le gouvernement, le patronat et les
directions syndicales.
Ainsi,
en septembre 1996, est signé un « pacte de flexibilité salariale dans six
zones géographiques d’Italie », qui autorise des dérogations au salaire
minimum.
La
classe ouvrière italienne essaie alors de desserrer l’étau : dans la
foulée de cette signature, les métallurgistes débraient contre l’eurotaxe et
les contrats de zone permis par le pacte de flexibilité, et imposent une grève
générale. Mais la politique du PDS, du PRC, des directions confédérales, leur
bouche toute perspective. Pèse lourdement l’absence d’un parti ouvrier
révolutionnaire, capable de formuler une issue politique :
·
que
les dirigeants des centrales retirent leurs signatures du pacte de flexibilité,
·
que
PDS et PRC rejettent l’eurotaxe,
·
qu’ils
prennent le pouvoir, qu’ils constituent un gouvernement sans ministre issu des
partis bourgeois.
Au contraire,
PDS, PRC, dirigeants de la CGIL et de l’UIL protègent le gouvernement et
permettent à la bourgeoisie de marquer des points contre le prolétariat. Mais
il reste à régler leur compte aux retraites.
La
deuxième loi de finances du gouvernement Prodi
Conforté
par ses succès économiques, et le constat que la classe ouvrière avait été
muselée, Prodi, au nom du gouvernement bourgeois qu’il préside, a annoncé que
son deuxième budget s’inscrivait « dans
la dernière ligne droite avant l’euro ».
Traduction :
pour réaliser 17 milliards de francs d’économies supplémentaires en 1998 (après
272 milliards d’amputation en 1997), les systèmes de santé et de retraite
doivent être « réformés ». Prodi décide le doublement du forfait
hospitalier ainsi que l’aggravation de loi sur les retraites votée sous le
gouvernement Dini.
En
fait, cela revient à raccourcir l’échéancier d’application des mesures contre
les retraites, jugé trop éloigné par le capital (jusqu’à 2013 pour certaines
mesures). La sauce est pimentée de la suppression de plusieurs régimes spéciaux
(celui des banques, par exemple).
Coup
de théâtre : le P.R.C. refuse de voter le budget
Parce
que les 35 députés PRC sont nécessaires à la coalition qui soutient Prodi à la
Chambre, la décision du PRC de refuser de voter le budget 1998 a ébranlé tout
l’édifice bourgeois. Elle démontre que, sans le soutien des ex-PCI de tout
poil, le gouvernement Prodi ne tiendrait pas trois jours.
Le
mardi 7 octobre, Bertinotti déclare au nom du PRC, devant les députés :
« Nos
propositions sont là. Je ne dis pas que c’est à prendre ou à laisser. Mais
qu’au moins quelques unes, significatives, soient acceptées. Ce serait un signe
dont le peuple de gauche vous serait reconnaissant. » ( Le Monde, 5
octobre 1997)
Une
fermeté de beurre fondu ! Le chef du PRC dégouline en prières au pied du
démocrate-chrétien Prodi. Que celui-ci consente quelques aménagements
symboliques, et Bertinotti lui sera reconnaissant. Il prêche que l’opposition
du PRC au budget est négociable. Il propose ensuite au gouvernement Prodi « un pacte d’un an afin que l’Italie
puisse continuer à aller de l’avant ».
On
doit le dire : voilà une curieuse manière de faire tomber un gouvernement
réactionnaire. Elle ressemble comme une jumelle à une promesse de lui laisser
12 mois de plus. Quant à « aller de l’avant », cela signifie que le
PRC soutient son impérialisme dans sa bataille pour entrer dans l’union
monétaire et garder sa place en Europe. Le PRC s’est d’ailleurs prononcé pour
« l’euro ». Montrant le bout de sa deuxième oreille, Bertinotti
conclut :
« Quelle
Europe voulons-nous ? La ligne conservatrice de Kohl, ou celle,
réformatrice, que Lionel Jospin tente d’imprimer en France ? » (Le Monde, 5
octobre 1997)
Entre
le discours de Kohl et le discours de Jospin, on peut trouver des nuances. Mais
entre la pratique de Kohl et la pratique de Jospin, il y a autant de différence
qu’entre la ligne de Berlusconi et celle de Dini, qu’entre celle de Dini et
celle de Prodi, c’est-à-dire aucune. Les travailleurs ne peuvent rien attendre
de bon des gouvernements bourgeois, de l’Europe des capitalismes. Seule une
Europe unissant les gouvernements ouvriers des différents pays pourra inscrire
à l’ordre du jour la satisfaction des besoins des masses laborieuses.
Après
avoir proposé des aménagements rejetés par le PRC, Prodi remet sa démission au
Président de la République le 9 octobre. Une nouvelle crise politique s’ouvre.
Prodi précise ses aménagements :
« Il
s’engage à ne pas modifier les retraites à l’ancienneté pour les ouvriers, à
exempter les jeunes chômeurs du ticket modérateur, et à ouvrir une table de
négociations afin de réduire le temps de travail à 35 heures dans un futur non
lointain. Il promet la création de plusieurs milliers d’emplois publics dans
différents ministères et accepte de renvoyer la privatisation de la Société
nationale d’électricité à une date qui ne soit pas proche. » (Libération, 10
octobre 1997)
Berlusconi
appelle de ses vœux la constitution d’une « grande coalition »,
indiquant par là que la bourgeoisie ne perdrait pas la main dans cette partie.
Le PDS martèle que « Rifondazione
est responsable de la chute du premier gouvernement de gauche de l’histoire italienne ».
À travers les médias, la bourgeoisie réclame une accélération des réformes
institutionnelles et électorales, pour renforcer le système majoritaire, pour
l’élection directe du chef de l'État, pour éviter que le gouvernement soit
l’otage d’un membre de la coalition au pouvoir.
La
classe ouvrière reste l’arme au pied. Alors qu’elle rejette le budget de
l’Olivier et son cortège de sacrifices, elle assiste au combat acharné du PDS
et des dirigeants des centrales syndicales pour faire capituler le PRC, dont
les citations ci-dessus permettent de mesurer la vaillance... Tous enferment le
prolétariat, la jeunesse, dans l’alternative : ou bien Prodi, ou bien le
retour de Berlusconi.
« L’opinion
publique a fait pression pour dire ‘ça suffit !’. F. Bertinotti a été
copieusement sifflé, dimanche, lors de la marche pour la paix, à Assise. Les
syndicats ont désapprouvé cette rupture qui mettait un terme à une expérience
de gauche. Les militants de Rifondazione ont inondé de fax le siège du parti
pour dire leur mécontentement. Au sein même de la direction, des tensions sont
apparues sur le bien-fondé de provoquer le départ d’un gouvernement au bilan
globalement positif. » (Le Monde, 15 octobre 1997)
Il
faut bien sûr comprendre que cette « opinion publique », ces « citoyens »,
ces « militants du PRC », dégagent fortement l’odeur de la
bureaucratie syndicale et politique.
Capitulation
du P.R.C. et retour de Prodi
Quatre
jours après sa démission, Prodi annonce triomphalement le lundi 13
octobre :
« Nous
sommes proches d’un accord (avec le PRC). Notre pays peut reprendre sa marche
vers l’Europe. » (Le Monde, 15 octobre 1997)
Bertinotti
confirme le lendemain. Les députés PRC voteront le budget 1998, ils embrassent
ce qu’ils avaient rejeté le 9 octobre. Ils signent leur reddition dans un pacte
qui reprend les aménagements au budget défendus par Prodi devant la Chambre et
les promesses des 35 heures en 2001. Bertinotti s’engage à soutenir le
gouvernement toute l’année 1998, afin que les « réformes »
entreprises aillent à leur terme. La « crise
la plus folle du monde » se clôt par le renforcement du gouvernement
bourgeois présidé par Prodi. Il le met à profit rapidement.
L’accord
du 1er novembre
Le
1er novembre, les directions de la CGIL, de la CISL, de l’UIL, signent avec le
gouvernement un accord sur les retraites qualifié d’historique par Prodi. Elles
déclarent de leur côté que « le bon
sens et l’équité ont prévalu ». En clair, elles ont avalisé la
totalité des mesures annoncées fin septembre dans le projet de budget, moins la
concession au PRC (les ouvriers et ceux qui ont commencé à travailler entre 14
ans et 18 ans gardent la possibilité de partir en retraite à 54 ans). Au lieu
de 17 milliards de francs prévus, l'État en économisera 15.
L’abolition
des régimes spéciaux est avalisée L’échéancier Dini est effectivement
raccourci : pour 32 000 enseignants, par exemple, le départ à la
retraite est repoussé en 1999. Ces clauses abaissent le déficit budgétaire
au-dessous de la barre des 3 % du PIB.
Prodi
ne cache pas sa satisfaction :
« Ce
fut une prise de conscience générale des problèmes du pays, et tout le monde a
consenti à faire des sacrifices dont le bénéficiaire a été l’Italie. »
(Le Monde, 4 novembre 1997)
La
confédération patronale Cofindustria (l’équivalent italien du CNPF) a compris
le message. Un pan vient de tomber, il est possible de démolir tout l’édifice.
Elle y pousse :
« C’est
un accord cosmétique, un renoncement à affronter les nœuds structurels du
déséquilibre des dépenses sociales et de nouvelles discussions seront
nécessaires à brève échéance. »
(Libération, 3 novembre 1997).
La réforme constitutionnelle
Remis
en selle, le gouvernement de l’Olivier avance sur une autre question décisive
pour la bourgeoisie : la stabilité de ses institutions. Sur la base d’un
rapport rédigé après négociations de toutes les formations représentées à la
Chambre et au Sénat, il propose :
·
l’élection
du Président de la République au suffrage universel, pour un mandat de 6 ans,
·
l’élargissement
de ses attributions,
·
la
diminution des pouvoirs du Sénat,
·
le
renforcement du scrutin majoritaire,
·
une
dose de fédéralisme pour tendre la main à la Ligue du nord.
Un
autre signe du renforcement du gouvernement PDS-PPI-Verts-RI à l’issue de la
crise politique d’octobre est donné par les résultats des élections municipales
partielles. La coalition de l’Olivier y a remporté un succès. A l’inverse, le
PRC a perdu la moitié de ses voix dans plusieurs régions.
Préparer
les combats à venir
Pour
le prolétariat, la jeunesse, le maintien du mode de production capitaliste
implique la liquidation des acquis arrachés par leur lutte de classe, le
chômage, la misère. La seule solution permettant d’en finir avec ces fléaux,
c’est l’expropriation du capital, la planification de l’économie sous contrôle
ouvrier, pour répondre aux immenses besoins des masses ; la seule solution,
c’est un gouvernement ouvrier, marchant au socialisme.
Or,
cette voie, aux yeux de la masse des travailleurs, semble bouchée du fait du
rétablissement du capitalisme en Russie, dans l’ex-URSS, d’autant que les PS et
les ex-PC font partout campagne contre la révolution, contre le socialisme.
Concrètement,
les dirigeants des syndicats, le PDS, le PRC soutiennent sans faille le
gouvernement bourgeois mené par Prodi, donnent leur accord au saccage des
retraites, aux attaques contre la valeur de la force de travail. Cette
collaboration étroite paralyse le prolétariat, permet à la bourgeoisie
italienne pourtant minée par les divisions, par la corruption, de garder
l’initiative politique.
En
Italie, comme dans dix autres pays d’Europe, les organisations ouvrières
traîtres se font directement, au gouvernement, les instruments de la classe
capitaliste. En alliance avec des formations bourgeoises, elles lui permettent
de conserver la maîtrise du pouvoir.
Mais
la classe ouvrière italienne, une des plus riches de traditions de lutte, n’est
pas écrasée. Ses capacités immenses de combat se manifesteront de nouveau pour
défendre ses acquis, ses conditions d’existence et de travail :
·
rattrapage
du pouvoir d’achat perdu, rétablissement de l’échelle mobile des salaires,
·
rétablissement
du régime des retraites, alignement sur les régimes les plus avantageux,
·
réduction
du temps de travail hebdomadaire, sans baisse de salaire, sans flexibilité,
·
mêmes
droits pour tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalité...
Ces
revendications nécessitent pour le prolétariat de prendre le pouvoir,
d’exproprier les capitalistes, de collaborer avec les prolétariats voisins dans
le cadre des États-Unis socialistes d'Europe, de planifier la production.
Préparer
politiquement ces affrontements implique de combattre sur l’axe de la rupture
des organisations ouvrières avec la bourgeoisie, du front unique de la CGIL, de
la CISL, de l’UIL, du PDS, du PRC pour briser l’offensive capitaliste, pour un
gouvernement du PDS et du PRC sans membre d’organisation bourgeoise.
Cette
orientation ne charrie aucune illusion sur le caractère totalement pourri de
ces organisations et de leur politique. Elle ouvre, au contraire, une voie au
prolétariat, à la jeunesse. Pour affronter la bourgeoisie, ces derniers ne
peuvent compter sur la génération spontanée d’un parti révolutionnaire, et
auront recours obligatoirement à ce qui existe, partis ouvriers traditionnels
et syndicats, tout en bâtissant leurs organes de lutte (conseils, comités de
grève...). CPS 56 concluait:
"Cette
orientation est une ligne d’affrontement contre les organisations ouvrières
dégénérées traîtres. Il est d'ailleurs possible que celles-ci soient
contraintes de faire des pas dans la rupture avec la bourgeoisie, le Front
unique, sans aller jusqu'au bout: un gouvernement du front unique. En tout cas
dans cet affrontement le processus de reconstruction du mouvement ouvrier sur
un nouvel axe, de la prise du pouvoir par un gouvernement ouvrier, peut
s'engager, et corrélativement, ce qui est décisif, la construction d'un parti
ouvrier révolutionnaire. Naturellement, le prolétariat italien ne pourra
prendre le pouvoir, réaliser ses tâches historiques, sans que se forme,
grandisse un tel parti jusqu'à devenir sa direction politique.
"
Dans cet affrontement, le processus de reconstruction du mouvement ouvrier sur
un nouvel axe, de la prise du pouvoir par un gouvernement ouvrier peut
s’engager et corrélativement, ce qui est décisif, la construction d’un parti
ouvrier révolutionnaire. Naturellement, le prolétariat italien, comme tous les
autres prolétariats, ne pourra prendre le pouvoir, réaliser ses tâches
historiques sans que se forme, grandisse un tel parti jusqu’à devenir sa
direction politique (...)
"
En Italie sont concentrés l’essentiel des problèmes auxquels les prolétariats
de nombreux pays d’Europe ont à répondre. Mais peut-être est-ce plus net et
plus brutal qu’ailleurs. »
30 novembre 1997