Article paru dans Combattre pour le Socialisme  5 (87)  d'octobre 2001

 

Italie:

Berlusconi revient au pouvoir 7 ans après en avoir été chassé
par le mouvement du prolétariat italien.

 

A l’occasion du sommet de Gênes, le gouvernement dirigé par Berlusconi tel qu'en lui-même.


Le sommet du G8 était reçu par l’Italie les 20 et 21 juillet. Il venait à point nommé pour Berlusconi et son gouvernement qui venait d’être formé le 12 juin. A cette occasion, avec la caution de l'ensemble de ses collègues, à commencer par celles de Chirac et du gouvernement de la "gauche plurielle", le gouvernement Berlusconi a imprimé sa marque.

 

Dès avant le sommet la ville était bouclée, son centre ancien grillagé. Un véritable état de siège mis en œuvre. A la suite d’un attentat tellement providentiel qu’il en était louche, le dispositif militaire et policier était complet, une batterie de missiles anti-aériens fut même installée. Lors du sommet les manifestations donnèrent lieux à des affrontements sanglants, nourris par la police et ses provocateurs infiltrés. La police italienne tua un des manifestants de deux balles dans le dos (et en faisant passer un véhicule blindé sur son corps…) et fit des centaines de blessés. Mais cela n’était pas encore suffisant. A la suite de cette manifestation le gouvernement lançait sa police sur les locaux des mouvements "anti-mondialisation" dans la nuit du 21 au 22 juillet. Sang sur les murs, passages à tabac, arrestations arbitraires suivies de détentions dans des conditions hallucinantes: sévices divers, concentré du catalogue fourni des brutalités policières, le tout aux cris de « viva il duce » (vive Mussolini).

 

Berlusconi et son gouvernement indiquaient par la même au prolétariat italien qu’ils étaient au pouvoir pour en découdre, pour mener de manière décidée le combat nécessaire à la bourgeoisie italienne. Certes le gouvernement Berlusconi est un gouvernement bourgeois, mais ce n’est pas n’importe quel gouvernement bourgeois, il manifeste son ambition de réaliser l’Etat fort, de mettre en place un régime bonapartiste. A ce titre il s’en prend aux libertés démocratiques, s’attaque aux locaux de mouvements politiques, jette ses militants dans les geôles des commissariats où ils sont tabassés, en dehors de tout cadre légal. Telle est la signification des « événements de Gênes ».

 

Ce qui lui permis de mener une telle politique lors du sommet de Gênes, c’est son éclatante victoire aux élections quelques semaines auparavant. Mais il faut encore souligner, qu’après cette vague de répression policière, le gouvernement n’a nullement été inquiété. En effet les dirigeants de l’opposition bourgeoise, comme les dirigeants du mouvement ouvrier italien, partis et syndicats ont refusé d’appeler à une manifestation centrale et massive contre le gouvernement et sa politique antidémocratique… les dirigeants des DS se sont contentés d’appeler à la constitution d’une commission d’enquête parlementaire se cantonnant ainsi aux protestations platoniques au lieu d’en appeler à une mobilisation du prolétariat et à la jeunesse d’Italie, pourtant outrés par l’attitude du gouvernement. Ils ont réclamé dans l’hémicycle par une motion de défiance la démission du ministre de l’intérieur… ce qui signifie qu'ils refusent de combattre le gouvernement dans son entier, de le mettre en cause.

Rutelli, candidat de l’Olivier, déclare au Monde du 27 juillet :

« le gouvernement s’est montré faible avec les violents, incapable de contrer les groupes de casseurs qui ont pu saccager impunément la ville. Et violent sans raison avec les autres, les innocents… le président du conseil s’était occupé uniquement de question marginales alors qu’il y avait des problèmes plus sérieux ».

De fait Rutelli au nom de l’Olivier, et derrière lui des DS (démocrates de gauche), condamnent l’incapacité de Berlusconi à faire face aux manifestations ! La réponse politique du gouvernement fut de faire applaudir par la majorité des députés les force de l’ordre, devant les députés des DS et de Rifondazione Communista murés dans leur silence.

 

Le gouvernement put alors encore une fois se sentir affranchi des lois, du droit pourtant tout à fait bourgeois, au point de faire disparaître « légalement » trois chefs d’inculpation qui pesaient sur Berlusconi, au titre de ses affaires de corruption, à peine une semaine après les matraquages de Gênes, sans trouver d’autre opposition, encore une fois, que les glapissements parlementaires des dirigeants de DS.


Elections du 13 mai 2001 : une victoire pour la bourgeoisie italienne.


Les élections législatives du 13 mai 2001 ont constitué, annoncées par les échéances précédentes, européennes de 1999, ou encore les régionales du printemps 2000, une victoire importante sur le terrain électoral pour la bourgeoisie italienne, dont la représentation politique a directement pris le pouvoir. La « maison des libertés » coalition électorale constituée autour de "Forza Italia" le parti de Berlusconi, de "l’Alleanza Nazionale"  de Fini, de la Ligue du Nord, de Bossi et de différents fragments issus de l'implosion de la démocratie chrétienne dans les années 90. Cette coalition a obtenu 368 sièges sur 630 à la chambre des députés, au sénat, 177 sur 315 au sénat, soit la majorité absolue dans les deux chambres. Dans le cadre même de cette alliance, Forza Italia, le parti créé par Berlusconi en 1994, est devenu le premier parti d’Italie avec 29.5% des voix. L’Alliance nationale de Fini, issue du MSI fascisant, a obtenu le score de 12%. Enfin la Ligue du Nord, 3.9 %. A elles seules ces trois organisations dépassent donc 45.4 %.

 

Forza Italia est en constante progression depuis 1994. En 1994 le parti de Berlusconi obtenait 20.1 % des voix, en 1999 aux européennes, 25.2 %. Ce parti créé de toutes pièces en 1994 autour d'un aventurier politique richissime, qui s'est certes structuré et organisé depuis, intégrant une série de cadres de la démocratie chrétienne, est donc ce qu'a saisi la bourgeoisie italienne pour pallier à la disparition de son parti historique, la DC, pour lui servir de représentation politique.

 

A contrario, c’est une défaite très nette pour la coalition au pouvoir, l’Olivier, avec 43 % et surtout pour les Democrati du Sinistra, héritiers du puissant PCI qui n’obtiennent plus que 16.6 %, leur plus faible score depuis des décennies. A l’intérieur de la coalition progresse au contraire la « marguerite » regroupement de partis purement bourgeois: le PPI, fraction de l’ancienne démocratie chrétienne, le parti de Prodi, le parti de Dini, les « démocrates », ou encore l’UDEUR, union des démocrates européens; obtient 14.5 %. Rifondazione Communista, parti lui aussi issu du PCI, arrive péniblement à 5 % des voix, ce qui lui permet tout juste de dépasser la barre qui autorise d’avoir des députés à la chambre et au sénat.

 

La comparaison est possible entre 1996 et 2001. Mais il faut tenir compte de l’évolution des forces politiques, scissions, regroupement, crises et autres mouvements qui se poursuivent depuis le début des années 1990 en Italie, et ce aussi bien dans la représentation politique de la bourgeoisie que dans les organisations issues du mouvement ouvrier traditionnel.


 

 

1996

2001

2001

 

% votants

voix

%  votants

voix

Sièges -proportionnel

Sièges –uninominal

Rifondazione communista

8.6

3213846

5

1868113

11

 

Democrati di Sinistra

21.1

7889118

16.6

6177624

31

 

Communisti italiani

-

-

1.7

619912

-

 

Total partis ouvriers

29.7

11012964

23.3

8565745

42

 

Margherita

-

-

14.5

5386950

27

 

Girasole

-

-

2.2

804488

-

 

PPI-Prodi

6.8

2554072

-

-

-

 

RI-Dini

4.3

1627380

-

-

-

 

Total Olivier (sans RC)

42

13020768

42

12988974

-

188

Forza Italia

20.1

7712149

29.5

10923146

62

 

Alleanza Nazionale

15.7

5870491

12

4459397

24

 

Ligue du Nord

10.1

3776354

3.9

1461854

-

 

Total pôle, maison des libertés

40.1

12189692

45.4

16844387

 

282

CCD-CDU

5.8

2189563

3.2

1193643

-

 

Total coalition gouvernementale

-

-

48.6

18038081

86

 

Di Pietro

-

-

3.9

1443271

-

 

Pannella-Bonnino

-

-

2.2

831199

-

 

Total partis bourgeois

70.3

26067722

76.7

29197151

113

 

 


Depuis 1996, la progression de Forza Italia est spectaculaire, notamment aux dépends de ses alliés, mais aussi dans une certaine mesure de l’Olivier. Au contraire les « démocrates de gauche » perdent plus d’un million de voix, notamment au grand bénéfice du PPI de Prodi, et de Dini, regroupés dans la « margherita ». Le « girasole » alliance des verts et des sociaux démocrates italiens, font moins que les verts seuls en 1996. Quant à Rifondazione Communista, après sa scission d’avec les CI (Communisti Italiani) son déclin électoral est très net.


Coalition de "l'Olivier": le prolétariat italien politiquement expulsé des élections.


L’appréciation qui doit être portée sur les élections, ne peut être la simple addition de ces voix. Il faut caractériser l’Olivier. Le système électoral italien intègre deux types de scrutin: l'un uninominal à un tour, ce qui pousse à la formation de coalitions pour arriver en tête,  représente 75 % des sièges ; l’autre proportionnel, auquel concourt chaque parti présentant ses propres listes. Pour ce qui concerne donc 75 % des sièges, le prolétariat ne peut voter pour ses organisations, issues du PCI ou du PSI. En lieu et place, c’est l’Olivier qui s'est présenté aux suffrages, avec l’assentiment des DS. En réalité, l’Olivier est une alliance entre certaines organisations issues des partis traditionnels PCI et PSI, et des fractions diverses de la représentation politique de la bourgeoisie, dont le PPI, de Prodi, issu lui de l’éclatement de la démocratie chrétienne, ou encore le parti de Dini, le Renouveau Italien. Cette mosaïque politique, est parfaitement bourgeoise.

 

On doit ajouter que "le Parti de la Refondation Communiste", tout en critiquant formellement "l'olivier", s'est abstenu de présenter des candidats dans le scrutin uninominal contre cette coalition de l'Olivier, ce qui, selon Livio Maïtan, membre du PRC et dirigeant du Secrétariat Unifié de l'Internationale pabliste (auquel se rattache la LCR française), aura permis à l'Olivier de remporter 30 sièges (Inprecor de juillet 2001).

 

Pour analyser les rapports politiques réels entre les classes en Italie, il faut utiliser les chiffres concernant seulement les partis et organisations issues du mouvement ouvrier traditionnel, exprimés dans le scrutin de liste à la proportionnelle. On notera, que l’Olivier au pouvoir, voulait supprimer ce scrutin de liste proportionnel, pour passer l’ensemble du scrutin au système uninominal ! C’est Berlusconi qui a mené le combat pour le maintien de la proportionnelle, et empêché le gouvernement de faire basculer le système électoral. Berlusconi l’a fait pour des raisons électorales, alors qu’il ne pensait peut être pas gagner les élections aussi nettement, au milieu de l’année 2000.

 

Les rapports politiques indiqués par le tableau entre les classes apparaissent très clairement : la bourgeoisie et sa représentation politique, sous toutes ses formes, et elles sont fort variées en Italie, est largement dominante sur le plan électoral. Entre 1996 et 2001, elle progresse aussi bien en voix qu’en pourcentage: la coalition de Berlusconi progresse, mais à l’intérieur de l’Olivier, les organisations et partis bourgeois progressent eux aussi ! Au détriment évidemment, des DS, et de refondation communiste. La Marguerite, forte de son succès électoral, au départ une alliance de partis bourgeois, dont celui de Dini et de Prodi, s’est transformée en un parti le 14 juillet, afin de peser de tout son poids dans l’Olivier, face au démocrates de gauche. Aujourd’hui moins d’un million de voix les séparent, 2 % à peine.


« Un gouvernement de combat ». (Libération, 12 juin.)


Le 11 juin, le gouvernement dirigé par Berlusconi était constitué. Il faut d’abord préciser que Berlusconi a une place bien particulière dans la vie politique et économique italienne. C’est l’homme le plus riche d’Italie qui possède la moitié des médias italiens, notamment dans l'audiovisuel, totalement inféodé à ses intérêts politiques dans les campagnes électorales. Il faut préciser aussi que c’est un des hommes les plus poursuivis pénalement d’Italie, pour de nombreuses malversations financières, et qu’il a été, par exemple, de fait interdit de séjour en Espagne, où l’attendait le juge Garzon, jusqu’à ce qu’Aznar intervienne en sa faveur. La bourgeoisie italienne, représentée par G.Agnelli, sénateur à vie (!) et président honoraire de Fiat, ne lui fait qu’une confiance limitée, et cherche à le contrôler. C’est un Tapie exposant cent !

 

Le gouvernement qu’il a formé est qualifié par Libération du 12 juin, de gouvernement de combat. Le gouvernement lui même dans sa composition vaut un manifeste. Evidemment Forza Italia s’y taille la part du lion, avec le premier ministre et cinq autres portefeuilles : l’intérieur, la défense, l’économie et les finances, l’industrie et les « biens culturels ». La présence de l’Alleanza Nazionale est notable. Giafranco Fini est vice-président du conseil, et ses partisans occupent les postes de la politique agricole, l’environnement, et les communications. La Ligue du Nord obtient quant à elle trois maroquins, Bossi est au ministère de la réforme et de la décentralisation - tout un programme pour celui qui voulait proclamer l'indépendance du Nord de l'Italie, la "padanie", contre "Rome la voleuse"! - la justice et les affaires sociales étant détenues par ses amis ! Le CDU obtient les politiques européennes. De nombreux "sans étiquettes" ont reçu des postes, ce sont ce qu’on appelle en langage politique italien les techniciens. Qu’on juge des techniques : aux affaires étrangères Renato Ruggiero, ancien directeur général de l’OMC, candidat poussé énergiquement par Giovanni Agnelli, propriétaire de Fiat, et un des représentants les plus importants du capitalisme italien. Berlusconi l’a rencontré à plusieurs reprises pendant la constitution du gouvernement, pour des rencontres « strictement privées »…dont l’effet est strictement public, puisque Berlusconi y a négocié des postes ministériels et a obtenu la caution d’Agnelli, c’est à dire du grand Capital italien. (Notons que cette caution semble aussi importante que l’investiture par le parlement, puisque D’Alema était allé la demander, et l’avait obtenue en 1999).

 

Afin d’officialiser encore les choses Antonio d’Amato, président de la Cofindustria, l’organisation patronale italienne, a salué « cette équipe de prestige et de qualité », Cesare Romiti, ancien patron de Fiat, quant à lui a jugé « le choix des ministres me paraît excellent pour cet exécutif très bien harmonisé ». Et enfin le gouvernement a reçu le blanc seing de G.W. Bush en visite en Europe. A cette occasion, Berlusconi a affiché son soutien au plan de bouclier anti-missile du nouveau patron de la première puissance impérialiste.

 

De leur côté, le Vatican et la hiérarchie catholique, qui ne sont pas pour rien dans la victoire de la "maison des libertés", se sont bruyamment manifestés:

Intervenant, jeudi 17 mai, devant l'assemblée des évêques à Rome, le pape Jean Paul II a apprécié le résultat du scrutin des législatives du 13 mai, saluant le "gouvernement ami" et estimant que "le pays a besoin de stabilité et de bonne harmonie".

 

Puis il a rappelé quelques priorités vues du Vatican. "Il faut que soit réalisée la parité de situation scolaire entre le public et le privé", par un financement direct, comme le demande la hiérarchie de l'Eglise. (…)  Enfin, "la famille est un facteur décisif dont il faut préserver les droits". Son soutien est "inséparable de la défense de la vie humaine de sa conception jusqu'à son terme naturel".

(…)  Déjà, au lendemain du vote, le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d'Etat du Vatican, avait tenu à féliciter le vainqueur, son candidat de prédilection."

 

Grand patronat, Eglise catholique: toutes les fées de la réaction se sont penchées sur le berceau du gouvernement nouveau-né. Le choix des hommes est effectivement particulièrement significatif, l’alliance entre Berlusconi et Fini structure le gouvernement, signifiant la volonté de mener un combat acharné contre le prolétariat italien. Les « techniciens » sont les représentants direct du capital italien, et sont les cautions auprès des gouvernements de l’union européenne, afin de leur signifier que Berlusconi et son gouvernement veut poursuivre la politique d’intégration européenne. Enfin les hommes de la Ligue du Nord, sont dans les postes les plus sensibles, sans doute pièges, et prêts à être expulsés au moment voulu. Qu’on en juge, Bossi à la décentralisation, Maroni aux affaires sociales, et enfin Caselli à la justice devra couvrir les autres membres du gouvernement engagés dans des affaires, aussi bien Berlusconi, que Maroni accusé notamment « de participation à une association antinationale et paramilitaire ».


La campagne électorale et le programme de Berlusconi.


Le gouvernement est donc tout à fait conforme à la campagne électorale et au « programme » annoncé durant les mois qui ont précédé sa constitution. Les priorités sont donc avant tout l'allègement de la fiscalité sur les bourgeois et les capitalistes:

* une vaste réforme fiscale doit ramener le nombre de taxes à 8 ; un code fiscal unique sera institué avec deux taux pour les personnes physiques et un pour les entreprises.

* Les investissements « utiles » devront être détaxés, et les impôts sur la succession purement et simplement abolis ! Autant de mesures d’allègements des impôts et taxes sur les capitaux, qui peuvent s’appuyer sur ce qu’a déjà fait l’Olivier au pouvoir, notamment par les gouvernements de D’Alema et de G. Amato.

 

Un plan de privatisation est aussi prévu, afin de ramener à la norme l’Italie qui possède un vaste secteur nationalisé notamment dans l’industrie. Il faut aussi prévoir des rentrées financières en contrepartie du plan d’allègement fiscal massif, et dynamiser le capital italien. A propos de l’administration publique, il s’agit de la débarrasser de ses « bureaucraties et gaspillages », par une réforme d’envergure sur l’axe de la décentralisation.

Les retraites seraient à nouveau sous le feu de Berlusconi qui envisage la mise en place de fonds de pensions privés. Lors de la présentation du programme en septembre 2000, et en souvenir des mésaventures de l’ultime gouvernement dirigé par Berlusconi, il ne s’agit dans l’immédiat que d’une « étude approfondie », chargée de la mise en œuvre du plan.

 

Enfin un plan de renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine a été adopté en accord avec la Ligue du Nord. Selon ce pacte contre l’immigration « clandestine », ce seraient les régions qui mèneraient la lutte, et fixeraient les quotas d’immigration, et renforceraient  les conditions d’acceptation de la présence des travailleurs étrangers, notamment par l’obligation de présenter un contrat de travail, ce qui revient à expulser les travailleurs immigrés au chômage.

Dans le même pacte, sont prévus : la dérégulation économique, la détaxation des bénéfices, la lutte contre le travail au noir, de grands travaux, une politique en faveur de la famille et de l’école privée. On voit que certains termes de l’accord, tenu secret jusqu’au 5 avril, puis divulgué par Bossi,  sont de toute manière parfaitement compatibles avec le programme de Forza Italia, publié en septembre 2000 !


Le plan annoncé le 28 juin.


En conséquence, Berlusconi, ayant formé son gouvernement, présente ses premières mesures, annonce l’axe de sa politique. La loi Tremonti, de 1994 déjà promue par le précédent gouvernement de Berlusconi, sera élargie aux artisans et aux commerçants. Cette loi défiscalise les bénéfices réinvestis. Berlusconi annonce qu’il souhaite « débureaucratiser le pachyderme de l’administration » (tous droits d’auteurs réservés), par dans un premier temps la suppression de 500 lois. Les conséquences de cette flexibilisation peuvent être multiples et ravageuses. Le Monde du 30 juin précise pour les impatients, que les suppressions de postes dans la fonction publique ne sont pas encore prévues, mais devraient être à l’ordre du jour de la loi de finances 2002. Afin de ramener dans la légalité le travail au noir, une amnistie est prévue, assortie de facilités fiscales et d’aide financières. L’impôt sur la succession totalement supprimé.

Et last but not least, la législation sur les contrats de travail à durée déterminée doit être assouplie dans le but avoué de flexibiliser le marché du travail, sous prétexte de lutte contre le chômage.

 

Ces annonces sont accueillies favorablement par A. D’Amato, ancien président de la Cofindustria qui se réjouit que « le gouvernement entende mettre un peu de turbo dans l’économie du pays ». Il avait d’ailleurs proposé un plan comparable à Berlusconi, dès le 13 mai. Les dirigeants syndicaux quant à eux, accueillent prudemment et sans refus ces annonces, pour ce qui est de la CISL (catholique) et de l’UIL. Quant à la CGIL, son principal dirigeant, Sergio Cofferati, avait déjà annoncé dès le 26 juin à propos du volet sur les contrats à durée déterminée :

« si le gouvernement devait décider de mettre en œuvre la directive européenne sur les contrats à durée déterminée comme l’a proposé la Cofindustria, selon des modalités qui sont contraires aux règles européennes, la CGIL s’opposera. »

Donc si l’application faite par le gouvernement est conforme aux directives européennes, la CGIL ne s’opposera pas ? Dans une conférence de presse du 28 juin, Cofferati qualifiait le plan du gouvernement en ces termes :

« le gouvernement a eu pour préoccupation de donner un signal explicite aux entreprises, sans donner aucune perspective intéressante pour les travailleurs, les retraités et les consommateurs ».

Comme si le signal n'était pas clair aussi du coté des travailleurs: le signal d'une agression !

 

Afin de mettre en place son plan, Berlusconi souhaite "innover" dans les méthodes de discussion, afin de ne plus provoquer de vastes chantiers de participation regroupant toutes les directions syndicales, mais de mettre en place des discussions séparées avec chaque confédération.

A cet égard, il faut rappeler que précisément le 18 mai, soit 5 jours après les élections des centaines de milliers de métallos défilaient dans les rues de Rome, précisément pour protester contre les contrats à durée déterminée, la précarité dans le secteur de la métallurgie, soit le secteur central de l’industrie italienne. Il faut dès lors pour le gouvernement jouer serré. La discussion séparée est un moyen de court-circuiter la centrale italienne la plus puissante, la CGIL, en obtenant éventuellement l’accord de la CISL et de l’UIL antérieurement, et ensuite faire peser la pression maximale sur la direction de la CGIL. Mais il est aussi possible de passer par dessus des fédérations, comme la FIOM, fédération de la métallurgie de la CGIL, qui s’est vue imposer par les travailleurs du secteur d’organiser une journée d’action le 18 mai. La direction de la CGIL annonce d’ores et déjà son refus de signer un accord séparé sur les contrats à durée déterminée.

 

Plus précisément voici la position exprimée le 28 juin par Cofferati : « Ce n’est pas une concertation mais une méthode de confrontation pénible et d’efficacité douteuse à laquelle toutefois, nous ne nous soustrairons pas ».

Le gouvernement pourra donc mettre en place les discussions pour la mise en œuvre de son plan, en particulier sur les CDD, comme il l’entend, ce n’est pas la  direction de la CGIL qui l’en empêchera, même si la direction de la CGIL ne souhaite pas signer à cette étape un texte sur les contrats à durée déterminée, elle ne se "soustraira pas" à la concertation sur leur mise en oeuvre.

 

Ce programme est une déclaration de guerre au prolétariat et à la jeunesse d’Italie. Or il faut préciser que le précédent gouvernement dirigé Berlusconi avait déjà engagé le fer contre le prolétariat italien en 1994, et avait dû renoncer à la suite du dernier grand mouvement de la classe ouvrière italienne. La mobilisation importante des métallos au lendemain des élections prouve que le prolétariat italien peut à nouveau se mobiliser sur une telle question. Il faut donc tirer les enseignements de 1994.


Rappel, Berlusconi chassé du pouvoir en 1994.


Le premier gouvernement dirigé par Berlusconi  a duré 226 jours. C'était déjà un gouvernement d'agression contre les acquis ouvriers. Le projet de budget 1995 présenté par Berlusconi prévoyait une baisse des dépenses de 48000 milliards de lires, 162 milliards de francs ! dont 17000 milliards(56 milliards de francs) d’économies prévues sur le système de santé et sur les retraites. En conséquence il prévoyait, dans la prolongation du plan Amato sur les retraites de 1992, un gel des départs en retraite jusqu’en janvier 1996, une pénalisation de 3% par ans pour ceux qui partiraient avant l’âge, même avec 35 ans de cotisations ; une accélération de l’élévation de l’âge minimal de départ à la retraite, une baisse des coefficients de calcul, une indexation sur les prix et non sur les salaires. Une attaque frontale contre un des principaux acquis de la classe ouvrière italienne ! (pour plus de détail sur les attaques du gouvernement et un développement complet sur le mouvement du prolétariat italien, on se reportera à CPS n°56).

 

Devant la volonté des travailleurs italiens, les dirigeants syndicaux de la CGIL, de l’UIL et même du syndicat chrétien la CISL, d’appeler à une « grève générale de 4 heures avec manifestation » le 14 octobre 1994. Des centaines de milliers de travailleurs sont en grève ce jours là, malgré le cadre, et un million manifestent. Dans le même temps, un mouvement parallèle naît chez les étudiants qui protestent contre l’augmentation des droits d’inscriptions, rejoint par les lycéens. Le 24 octobre on dénombre 200 000 manifestants dans les principales villes italiennes, dont 50 000 à Naples. Des journées d’actions sont fréquentes dans la fonction publique. Un nouvel appel est lancé pour le 12 novembre, avec une manifestation nationale à Rome qui regroupe plus d’un million de personne, peut être un million et demi. La question de chasser le gouvernement dirigé par Berlusconi est ouverte, la question de la grève générale est posée. Mais les directions syndicales arrivent à refouler le mouvement de la classe ouvrière et de la jeunesse italienne. Elles poursuivent les « négociations » avec le gouvernement jusqu’au bout, et sous prétexte d’avoir trouvé un accord, elles annulent la journée de grève générale qu’elles avaient elles-mêmes appelée pour le 2 décembre. Le gel des départs en retraite est maintenu jusqu’en juillet 1995, et le reste du plan est renvoyé à un vote ultérieur, ce qui lui permettra de passer. Surtout le gouvernement est sauvé. Berlusconi peut alors déclarer : « la guerre des retraites est finie, désormais nous commençons à travailler sur la réforme des retraites », avec les dirigeants syndicaux.

 

Si pour les dirigeants du capital financier italien, il était nécessaire que le gouvernement dirigé par Berlusconi tînt face au prolétariat italien, il constatait que ce gouvernement était affaibli par cette épreuve de force, qu’il fallait le remplacer. Le 13 décembre Berlusconi était interrogé pendant 7 heures sur une tentative de corruption par la brigade financière… Il ne lui restait plus qu’à céder la place, le 22 décembre 1994 à un gouvernement de technicien, dirigé par L. Dini, ancien ministre du gouvernement de Berlusconi, et depuis passé à l’Olivier. Tout était maintenu. Cependant pour la bourgeoisie italienne, en crise quasi-permanente, il est nécessaire de porter des coups décisifs au prolétariat de ce pays.

 


La bourgeoisie italienne en crise perpétuelle… doit porter des coups majeurs au prolétariat italien.


Sans remonter à la constitution même de l’Etat italien, aux difficiles conquêtes coloniales, au fascisme, et aux mouvements révolutionnaires des années 45 et 70, il est clair que la bourgeoisie italienne est en crise permanente, et reste une des plus débile d’Europe. Elle est sans cesse confrontée aux difficultés de se tailler une place dans le monde, avec un Etat imparfaitement unifié, et doit faire face au mouvement des masses. Dans les années 90, la représentation politique traditionnelle de la bourgeoisie, la démocratie chrétienne  a volé en éclat face à l’opération politique et judiciaire « Mani pulite »  - "mains propres" - et ses conséquences (600 000 arrestations au total, dans le cadre d'une "purge" de l'appareil d'Etat rendue indispensable pour le réorganiser et le disposer plus efficacement contre les masses italiennes). Le PSI déjà exsangue, a quasiment disparu. Ces partis, liés à la Mafia et à l'Eglise, promoteurs de la politique menée, à peu de chose près depuis 1945, n’y ont pas survécu.

 

La constitution a été modifiée, mais en réalité les problèmes fondamentaux, l’instabilité politique sont restés en l’état. En cinq ans de législature de l’Olivier, quatre gouvernements se sont succédés. Après les élections de 1994, la chute de Berlusconi, des élections anticipées en 96 ont été nécessaires. De plus l’unité imparfaite du pays s’est encore manifestée, notamment par la création de la Ligue du Nord, organisation ultra-réactionnaire réclamant la séparation de l’Italie en trois, afin que  « le Nord ne paie plus pour le Sud ».

 

Enfin, en 1997-1998, a plané pendant plusieurs mois la menace de l’exclusion de l’Italie de l’Euro. Au nom des critères de convergence l’impérialisme allemand a tenté d’empêcher l’intégration de la monnaie italienne dans la future monnaie européenne. L’Olivier, couvert par le PDS et RC, a réussi à mener la politique nécessaire aux yeux des concurrents européens. L’Allemagne a fini par accepter l’intégration de l’Italie, même si les critères de convergences n’étaient sans doute pas strictement respectés.

 

Aujourd’hui encore les difficultés de la bourgeoisie italienne sont grandes, et le programme de Berlusconi, notamment pour une politique fiscale et économique « à l’allemande » manifeste l’impérieuse nécessité de s’en prendre aux acquis restants de la classe ouvrière italienne. Sa victoire électorale constitue un point d'appui très important. Les mouvements actuels de concentration du capital en Italie, manifestent à leur manière l’étroitesse des entreprises privées italiennes, leur faiblesse vis à vis des capitalistes étrangers, notamment dans le cas de Montedison, de la France. De ce point de vue la privatisation est urgente, les fonds de pensions aussi, pour rendre le capital italien compétitif vis à vis des concurrents européens. Mais le gouvernement Berlusconi-Fini-Bossi-Ruggiero aura-t-il la force de mener à bien son programme, voire de faire plus ?

 

Cela dépendra de la capacité du prolétariat italien à se saisir de ses organisations, à dicter une politique conforme à ses intérêts aux dirigeants du mouvement ouvrier italien, syndicats CGIL et UIL,  et  des partis issus du mouvement ouvrier traditionnel, DS, RC en particulier. Or ce sont eux qui ont permis précisément le retour de Berlusconi et de ses alliés au pouvoir.


Comment en est-on arrivé là ? Le PDS au pouvoir : un bilan impressionnant.


A la suite des élections de 1996 remportées par la coalition de l’Olivier, un gouvernement de cette coalition a été mis en place, avec le soutien du PDS et de RC. Pour comprendre la victoire remportée par Berlusconi, il faut se pencher sur son œuvre, totalement démobilisatrice pour le prolétariat italien. C’est en effet un gouvernement qui a mené avec la participation des deux principales organisations issues du PCI, un politique totalement anti-ouvrière. Le bilan de ces cinq années est impressionnant.

 

Le programme de Prodi est l’assainissement des finances publiques afin de satisfaire aux critères de convergence de Maastricht. Prodi doit faire le forcing pour mener l’Italie dans l’Euro étant donné son piètre bilan économique et l’hostilité de l’Allemagne à la présence des pays méditerranéens, Italie, Espagne, Portugal et Grèce dans le dispositif. Cette politique se traduit d’abord pour 1997 par la création d’un impôt exceptionnel pour la réduction du déficit représentant 3 % du PIB ! En complément les départs en retraite ne sont pas remplacés dans la fonction publique, le nombre de lits est réduit dans les hôpitaux, l’augmentation du prix de l’essence.

La CGIL, liée politiquement au PDS, signe en septembre 1996 avec le gouvernement et le patronat, un « pacte de flexibilité salariale dans six zones géographiques d’Italie » qui autorise des dérogations au salaire minimum, et montre encore une fois l’imparfaite unité italienne. Ainsi le gouvernement dispose d’une arme efficace contre la classe ouvrière italienne, la participation active du  PDS, le soutien-couverture du PRC, et l’obéissance des centrales syndicales en particulier la CGIL, et de l’UIL.

Pour 1998 le deuxième budget Prodi, c’est au secteur de la santé qu’il s’attaque. Pour obtenir 17 nouveaux milliards d’économie, Prodi fait doubler le forfait hospitalier. Il accélère l’application de la loi sur les retraites votée par le gouvernement Dini, en raccourcissant son application, et supprime certains régimes spéciaux (banques).

 

Mais en 1998, le budget n’est pas voté par le PRC qui n’obtient pas les quelques miettes qu’il réclame. Pour autant le PRC se divise sur la question du soutien au gouvernement. Et un accord intervient qui permet à Prodi de revenir au gouvernement. Prodi promet les "35 heures" à la française, et effectue une légère concession sur les retraites (15 milliards d’économie au lieu de 17). Le 1er novembre la CGIL, la CISL et l’UIL signent un accord qui entérine toutes les mesures prévues fin septembre, l’échéancier Dini est effectivement raccourci, et les régimes spéciaux détruits…

Pour autant Prodi est usé par les différents budgets de rigueur qu’il a dû faire passer. C’est D’Alema qui le remplace en 1999. En fait, il s'agit de faire monter le PDS, l'ex-PCI, en première ligne pour assurer la stabilité nécessaire au gouvernement de coalition, pour affermir le soutien des directions syndicales au gouvernement et à sa politique, ainsi que raréfier les écarts de conduite du PRC au parlement.

 

Il présente son budget comme le « moins restrictif de ces dix dernières années ». Mais s’il coupe moins dans les dépenses, il se situe dans le même axe. Et enfin le projet majeur c’est l’allègement fiscal. Adopté donc sans coup férir, le budget 2000 est tout simplement dans la lignée du programme … de Berlusconi. La première tranche d’allègement, soit un tiers du total, représente 139 milliards de francs. Elle est donc à la hauteur de ce que fait Schröder en Allemagne. Le barème de l’impôt sera abaissé d’un point. La baisse d’impôt profitant évidemment aux tranches supérieures. La pression fiscale sera de 42.6 % en 2000 et devrait s’établir en 2001 à 41.1. Dans le même temps ce budget prévoit une aide à l’économie, c’est à dire des aides directes aux entreprises pour 220 milliards de francs. En mars 2000, alors que l’inflation est plus forte que prévu, le gouvernement prend en urgence un plan anti-inflation, se traduisant par de nouveaux allègements fiscaux, sur l’essence, et sur les assurances automobiles dont la fiscalité baisse, alors que l’augmentation du prix des assurances a été de 17.5 % en 1999. Afin de lutter contre l’inflation on augmente les marges des pétroliers et des assureurs. L’inflation s’établit pour 2000 à 2.3 % au lieu des 1.2 % prévus par le gouvernement lors du budget, et au lieu des 2.4 % prévus en mars au moment du plan de lutte contre l’inflation !

 

Le gouvernement formé par Amato, vertébré par le PDS, après la démission de D’Alema en avril 2000, poursuit cette politique budgétaire et pour maintenir la lutte contre les déficits budgétaires cherche à privatiser de nouvelles entreprises, après la grande vague de privatisation des années 90. Ainsi l’ENEL, société nationale d’électricité, doit être privatisée, et devant le fiasco des ventes des licences UMTS (téléphones portables), le programme pourrait aussi se porter sur l’ENI, société nationale des hydrocarbures, ainsi que les Telecom italiens.

Ainsi le budget du gouvernement D’Alema puis celui du gouvernement Amato sont dans la totale continuité des budgets Prodi, auxquels le PDS n’a cessé à aucun moment de donner son total soutien, et même le PRC à l’exception formelle de la crise dans un verre d’eau de 1997.

Il faut ajouter à cela que le gouvernement D’Alema a participé à la guerre contre la Serbie et les peuples des Balkans  en 1999.

 

C’est bien une telle politique qui est à l’origine de la défaite électorale de mai 2001. Il faut ajouter à cela l’impressionnante décomposition du mouvement ouvrier italien, en particulier sur le plan politique, qui ne fait qu’accentuer au désarroi politique qui règne dans les masses.


Sur la campagne électorale de l’Olivier.


La campagne électorale de l’Olivier a été dans la continuité totale de sa politique au gouvernement. C’est à dire entièrement située sur le terrain de la bourgeoisie. Il est impossible de mobiliser le prolétariat pour les DS dans ces conditions. L’alliance de classe, l’exclusion du prolétariat sur le terrain électoral, le système électoral ont largement contribué à la défaite pour les masses italiennes. Mais le contenant a toujours un contenu : l’axe central de la campagne de l’Olivier, donc des DS, c’était la réduction de la pression fiscale à moins de 40 % du PIB d’ici cinq ans. Les aides aux petites entreprises devaient être massives par des « crédits d’impôts », notion en vogue dans toute l’Europe décidément, des primes pour l’emploi des jeunes, un « encouragement à la flexibilité » selon Le Monde du 23 avril. Selon ce programme, le « différentiel » entre le « coût du travail » et la rétribution des travailleurs aurait dû être réduit de 6 à 7 %. Une restructuration du système de santé et des services publics était aussi promise afin d’améliorer le service public (sic). Les familles qualifiées de « noyaux de base de la société », comme au plus beau temps de la démocratie chrétienne, devaient recevoir des aides substantielles. Un volet sécuritaire suivait, la lutte contre les nouvelles mafias, et contre… l’immigration clandestine. Un plan de grands travaux était lui aussi annoncé. Pour l’enseignement il était question d’un vaste programme de requalification des structures scolaires dans toute l’Italie, comme de la recherche publique afin d’atteindre les standards européens, ce qui signifie là comme ailleurs le démantèlement de l’enseignement public. D’ailleurs il était prévu de mettre à disposition des familles des instruments de comparaison fiables des résultats des établissements scolaires, publics comme privés, afin d’aider leurs choix !

 

Quant au choix du « leader » pour les élections, il s’est porté sur Rutelli, politicien bourgeois, ancien maire de Rome, où il a notamment montré son « pragmatisme » selon la presse, en privatisant une partie des services publics. Rutelli dès qu’il le peut s’affiche avec le Pape, et fait profession de foi de son catholicisme tardif, mettant en scène son deuxième mariage à l’église. Il faut ajouter que ce candidat est issu des Verts parti totalement bourgeois de la coalition. Voilà la personne adéquate pour défendre le programme !

 

Un programme que ni Fini, ni Bossi et encore moins Berlusconi renieraient. Ils le trouveraient simplement trop timide, insuffisant, incomplet. Pour autant un tel programme, tout entier au service de la bourgeoisie italienne, a contribué à écœurer le prolétariat italien, et a fait le lit du retour au pouvoir de Berlusconi.


Dégénérescence du mouvement ouvrier italien.


En Italie, vu les circonstances particulières, la décomposition du mouvement ouvrier est sans doute plus avancée qu’ailleurs. Le PSI, lié corps et âme à la Démocratie Chrétienne, depuis les années 70, mouillé jusqu’au coup dans les affaires politico-maffieuses, n'a occupé qu'une place résiduelle, avant d'imploser en même temps que la Démocratie Chrétienne. Le PCI, lui, tenait la place la plus importante dans le prolétariat italien depuis 1943. Dans les années 70, il regroupait régulièrement 30 % des voix. La crise de la bureaucratie du Kremlin, et son éclatement en 1991 ont été l’occasion pour les dirigeants italiens d’entamer une mutation (comme dirait Robert Hue) rapide qui a amené l'essentiel des troupes à occuper politiquement l'espace laissé vacant par le PSI, celui d'un parti social démocrate. 

 

Le PCI s’est transformé d’une part en PDS, "parti des démocrates de gauche" qui reniait toute référence au communisme, comme son nom l'indique. Lors de cette transformation, il s’est divisé en deux parts inégales, la large majorité suivant le processus entamé par la direction, une autre partie, plus restreinte, maintenait la référence au « communisme », "rifondazione communista". Il s'agissait en réalité d'un partage du travail pour occuper avec les deux branches issues de la scission l'ensemble de l'espace politique occupé antérieurement par le PCI. Cela dit, l’évolution électorale des deux branches issues du PCI, montre une perte sensible par rapport aux scores que celui-ci réalisait dans les années 80, manifestant ainsi la défiance des masses italiennes pour ces deux partis. Les pablistes italiens, dirigés par Livio Maitan, suivant leur tradition de conseillers des appareils, entrèrent dans Refondation Communiste.

 

Mais de fait, si le PRC n’a pas participé aux gouvernements de l’Olivier, il les a soutenu, à sa manière, comme lors du dernier vote du budget présenté par Prodi en 1998. A cette occasion, RC a d’ailleurs connu une nouvelle scission, une partie de son appareil, refusant de faire tomber le gouvernement, et entrant dans l’Olivier, partie dirigée par Cossuta, devenue depuis les Communistes Italiens. En 1996, RC obtenait 8.6 % des voix. En 2001, RC obtenait juste 5 %, et CI, 1.7 %.

 

Quant aux confédérations syndicales (excepté la CISL, agence du Vatican), divisée entre CGIL et UIL (issues de la CGIL unitaire créée en 1944, lors d'une scission comparable à celle de la CGT et de FO en France), elles ne cessent de multiplier les actes d'allégeance à la bourgeoisie italienne, comme les développements de cet article le montrent. On peut rappeler à cet égard la participation de toutes les centrales au "jubilé des travailleurs", à un défilé du premier mai 2000 placé sous la direction effective de l'Eglise catholique!

Toutefois, selon Le Monde du 30 juin, la CGIL compte 5 millions d’adhérents: sa puissance est encore considérable. Dans le mouvement syndical, des COBAS, comité de base, se sont créés, largement investis par les flanc-gardes gauchistes des appareils, manifestant pourtant le rejet de la politique de la direction de la CGIL.

Mais l’événement le plus important de ces dix dernières années a été le congrès de décembre 1998 du PDS, confirmé en 2000, le transformant en DS ("démocrates de gauche"), un bloc regroupant autour du PDS les restes du PSI ainsi que différents partis et organisations bourgeois.


Le PDS se transforme en DS en 1998.


En 1991, le PCI, a donc disparu en tant que tel. Sa branche majeure suivant la ligne de la transformation en parti proche de la social-démocratie.

Si momentanément le PDS a pu occuper la place d’un parti social-démocrate, son évolution politique n’est pas terminée, une large part de sa direction aspirant à un parti « démocrate » à la bourgeoise, à sa destruction en tant que parti ouvrier. En décembre 98 a eu lieu un congrès transformant le PDS en DS, par l’intégration du PSI, du moins de sa plus grande partie, mais encore de « chrétiens-sociaux » et de « républicains ». Cette absorption est évidemment un pas dans la dégénérescence de cette fraction issue du PCI. La suppression du terme de "Parti" dans la dénomination de ce regroupement est un manifeste: contre l'organisation de la classe ouvrière, pour les réseaux, clubs et autres instruments politiques "citoyens", "démocrates", en un mot: bourgeois. Le congrès tenu en 2000 a fusionné l'ensemble des groupes organisés au sein des DS. A noter: les restes du PSI ont ainsi été absorbés, confirmant la vocation du nouveau regroupement à occuper la place tenue dans d'autres pays par la social-démocratie.

 

D’Alema juste avant le congrès avait condamné le « mouvement communiste qui s’est rapidement transformé là où il a conquis le pouvoir en une force d’oppression responsable d’un totalitarisme qui s’est rendu coupable de crimes gigantesques. » Pour un ancien dirigeant du PCI ce message est clair, communisme = stalinisme, conçu comme levier pour adapter le PDS, vers la création d’un parti démocrate. L'emblème du nouveau parti supprime toute référence visuelle à l'ex-PCI, dont le PDS avait gardé (au pied d'un chène…) le drapeau. Le nouveau regroupement DS a été porté sur les fonts baptismaux sous le signe du drapeau de l'Union Européenne, ainsi que de la rose servant d'emblème à la social-démocratie en Europe. Le sommet de Florence en novembre 1999  illustre cet axe :  D’Alema a organisé ce sommet des "progressistes", en compagnie de Clintonn, président de la première puissance impérialiste,  ou de Cardoso le président du Brésil. Ces « progressistes » sont évidemment les représentants de partis purement bourgeois, et pour Clinton, de l’impérialisme dominant. Il faut aussi dire que Blair, Schröder et Jospin y participèrent.

 

Pour autant ce mouvement, notamment souhaité ardemment par Veltroni alors numéro 2 du PDS, n’a pu aller jusqu’au bout. Les DS restent pour l’essentiel une force constituée de l’ancien PDS. En un sens, le recul des DS lors des élections au sein de l'Olivier en est une confirmation en négatif.

 

Elle reste la force politique majeure dont se saisit lorsqu’il le peut le prolétariat italien lors des élections. Même si les DS ont perdu la moitié de leurs adhérents, ce parti a encore 740 000 adhérents en 2000. Les sections du PDS sont les anciennes sections du PCI qui ont suivi la direction. La direction a réussi toutefois à mettre à mort l’Unita le journal fondé par Gramsci en 1924. Sa reparution 8 mois plus tard, s’est faite sur des bases différentes, c’est à dire que ce n’est plus l’organe des DS.

Comme on le voit, les liens entre le prolétariat et ces organisations issues de la décomposition du mouvement ouvrier traditionnel italien se distendent. La confusion politique qu’elles organisent contribue encore à cet éloignement en bouchant toute perspective politique.


Les conditions du combat aujourd’hui .


On le conçoit, les conditions politiques du combat du prolétariat et de la jeunesse d’Italie, sont difficiles. Les élections elles mêmes sont un revers. Le prolétariat doit les digérer. Or le gouvernement Berlusconi-Fini-Bossi-Ruggiero a un programme politique chargé a faire passer.

Si les travailleurs ont perdu sur le terrain électoral, ils auront à affronter le gouvernement sur le terrain de la lutte des classes. Pour cela ils devront imposer aux dirigeants du mouvement ouvrier et des organisations issues du mouvement ouvrier traditionnel, syndicats comme partis, la rupture avec la bourgeoisie, avec le gouvernement dirigé par Berlusconi, mais aussi avec l’Olivier, dans des conditions où il se trouve de plus en plus désarmé politiquement.

 

Les années de dégénérescence pèseront inévitablement, notamment pour poser la question du pouvoir. L’expérience négative du gouvernement de l’Olivier, rejeté par les masses, pèsera elle aussi de tout son poids. Le fait que le PSI et le PCI n’existent plus, mais au contraire qu’ils aient volé en éclats, SDI, DS, RC, CI, rajoute à la confusion, au désarroi politique. La formulation de la question du gouvernement dans les conditions actuelles, de majorité politique, de dégénérescence ne peut plus se poser que comme le combat pour un gouvernement du Front Unique des organbisations ouvrières.

 

Pour autant, la lutte de classe du prolétariat italien ne sera pas interrompue l’enjeu étant de trouver l’issue politique, c’est à dire de poser les questions pratiques au plus haut niveau politique. La défense des retraites, des fonctionnaires, le combat contre les privatisations, la défense des travailleurs immigrés, de l’école publique ne peuvent être victorieuses durablement qu’en posant la question du gouvernement, surtout à la rentrée se posera immanquablement la question des contrats à durée déterminée. Les dirigeants de l’UIL et de la CGIL ont d’ores et déjà une responsabilité écrasante face à l’annonce du plan du gouvernement. Ils doivent se prononcer pour le rejet en bloc des mesures annoncées, et en particulier la flexibilisation des contrats à durée déterminée. Ils doivent déclarer d’ores et déjà qu’ils ne se rendront à aucune discussion organisée par le gouvernement sur les contrats à durée déterminée, qu’elle soit générale ou unilatérale !


Quelle orientation ?


Aujourd’hui, la perspective, c’est évidemment de combattre, vaincre et chasser le gouvernement Berlusconi-Fini-Bossi-Ruggiero. La manière de le faire est fondamentalement la même qu’en 1994.

CPS n°56 concluait :

« Préparer les futurs, inévitables et nécessaires combats du prolétariat et de la jeunesse implique d’adresser au « PDS », au PS, à « Refondation Communiste » les revendications : rompez avec la bourgeoisie, les partis bourgeois, ses hommes politiques ; réalisez le Front Unique sur tous les aspects de la lutte des classes du prolétariat et de la jeunesse.

Ils n’obéiront pas à cette revendication, ils ne réaliseront pas ipso-facto le Front Unique des partis ouvriers contre les partis bourgeois. De toute façon la politique que pratiquent ces partis et organisations a accumulé parmi les masses scepticisme et amertume à leur égard, ce qui ne peut disparaître instantanément et leur permettre de gagner d’éventuelles élections. Enfin ni le PDS, ni le PSI, ni Refondation Communiste n’abandonneront sur le fond la politique qui correspond à leur nature d’organisations ouvrières dégénérées et traîtres. Mais l’action politique sur cet axe –rupture avec la bourgeoisie, Front Unique des organisations ouvrières contre elle, sa politique, ses gouvernements, pour un gouvernement de ce Front Unique sans ministres membres des organisations et partis bourgeois- contribue à ouvrir une voie au prolétariat et à la jeunesse, à les dresser, à les organiser pour imposer ce qui correspond à leurs besoins et aspirations.

 

Cette orientation est une ligne d’affrontement contre les organisations ouvrières dégénérées et traîtres. Il est d’ailleurs possible que celles-ci soient contraintes de faire des pas vers la rupture avec la bourgeoisie, le Front Unique, sans aller jusqu’au bout ; un gouvernement de Front Unique. En tous cas dans cet affrontement le processus de reconstruction du mouvement ouvrier sur un nouvel axe peut s’engager et corrélativement, ce qui est décisif, la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire. Naturellement le prolétariat italien, comme tous les autres prolétariats, ne pourra prendre le pouvoir, réaliser ses tâches historiques sans que se forme, grandisse un tel parti jusqu’à devenir sa direction politique.

Bien sûr ce qui vaut pour les organisations et partis ouvriers dégénérés et traîtres, vaut pour les appareils syndicaux avec la complication que la centrale chrétienne italienne n’est pas au sens réel des mots une centrale syndicale ouvrière. Les événements permettront de le faire ressortir.

En Italie sont concentrés l’essentiel des problèmes auxquels les prolétariats de nombreux pays d’Europe ont à répondre. Mais peut-être est-ce plus net et plus brutal qu’ailleurs. »


 

Le 26 août 2001.

 

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