Article paru dans CPS n°59 de septembre 1995
Ex- Yougoslavie : Un tournant majeur
le
compromis germano-américain de 1994
la
croatie reprend l'initiative
une
force de réaction rapidement immobile
offensive
bosniaque tres limitée
liquidation
concertée des enclaves
les
forces serbes abandonnent la krajina
quel
avenir pour l'ex‑yougoslavie ?
L |
e vendredi 4 août 1995, les forces armées de Croatie
engageaient une large offensive en Krajina, région militairement tenue depuis
quatre années par les milices serbes ; celles-ci avaient constitué une
«République serbe de Krajina» au sein de ce qui était, dans l'ancienne Yougoslavie
fédérale, la république de Croatie. En quarante‑huit heures, la totalité
de cette région ‑ représentant 25% du territoire croate ‑
passait sous contrôle du gouvernement croate et de son armée. Dans le même
mouvement, l'importante enclave bosniaque de Bihjac,
encore menacée par les troupes serbes de Bosnie quelques jours auparavant,
était totalement dégagée. Cette offensive militaire croate, que le gouvernement
serbe de Belgrade laissa se développer sans aucune réaction, constituait un
tournant militaire, mais aussi politique dans l'intervention des impérialismes
dans cette région, en particulier de l'impérialisme américain. En dégager toute
la signification implique de revenir d'abord sur quelques aspects majeurs des
développements antérieurs.
L |
a politique de la caste
bureaucratique yougoslave, la monopolisation du pouvoir politique‑ des
décennies durant ‑ par cette bureaucratie titiste de filiation
stalinienne, l'aggravation des inégalités économiques entre les régions par la
politique d'«autogestion» non seulement n'ont pas permis que soient réglées les
questions nationales mais les ont aggravées. A la fin des années 80 les
différentes fractions de la bureaucratie en crise et menacée dans son pouvoir
ont alors entrepris de «coller» aux aspirations nationales. Elles ont pris la
tête de mouvements nationaux, mais les ont dévoyés et ont pu diriger les
gouvernements régionaux. Ces gouvernements n'avaient d'autres objectifs que
d'en finir avec ce qu'il restait de l'Etat ouvrier ‑ bureaucratisé
dès le début mais imposé dans sa constitution par le mouvement des masses en
armes en 1943‑45 ‑ et n'aspiraient qu'à constituer des États
bourgeois. Ce faisant ils ne pouvaient que rendre encore plus brûlantes et
insolubles les questions nationales.
Mais c'est l'intervention directe des impérialismes européens qui a fait
exploser cette poudrière.
En 1991 s'est ouvert le conflit par la décision prise par les gouvernements de
Slovénie et de Croatie (soutenus par l'impérialisme allemand) de proclamer leur
indépendance, entraînant comme cela était annoncé l'intervention militaire de
la Serbie : cette dernière devra évacuer
rapidement la Slovénie mais conservera le contrôle - via des milices serbes -
d'un tiers du territoire croate, la Krajina. Le contrôle serbe sur la Krajina
est facilité par le refus du gouvernement croate de garantir les droits de la
minorité serbe de Croatie. Derrière le gouvernement serbe, il y a l'appui que
lui apportent les impérialismes français et anglais soucieux de bloquer la
progression de l'influence allemande et de préserver leurs zones
traditionnelles d'influence. Néanmoins, en décembre 1991, le gouvernement
allemand reconnaît officiellement la Slovénie et la Croatie et entraîne avec
lui tous les gouvernements européens.
En 1992, ce fut le tour de la Bosnie‑Herzégovine :
le référendum préalable à une reconnaissance, et demandé par les gouvernements
impérialistes, a lieu le 1er mars 1992. Boycotté par les Serbes (un tiers de la
population), ce référendum entraîne la proclamation de l'indépendance, la
reconnaissance officielle de la Bosnie par les grandes puissances... et
l'éclatement de la Bosnie‑Herzégovine. Durant plus de trois ans, c'est
dans cette république‑mosaïque que vont se poursuivre combats, massacres
et déportations de la population. La guerre va permettre une intervention
croissante, de plus en plus ouverte, des puissances impérialistes qui utilisent
pour leurs propres comptes les gouvernements locaux, les fractions issues de la
bureaucratie titiste et les forces armées que ces fractions contrôlent.
Dans ce cadre, l'intervention de l'impérialisme américain, d'abord discrète, va
s'exprimer de plus en plus nettement mais non sans hésitations et louvoiements.
Dans un premier temps :
«le gouvernement américain, soucieux de bloquer le
développement de l'influence allemande, avait encouragé l'offensive des
dirigeants serbes. Mais il entendait également réduire de manière décisive
l'influence de la France et de l'Angleterre ; à la différence de ces
derniers qui appuyaient le projet d'une Grande Serbie (incluant l'essentiel de
la Bosnie, la Krajina croate et accédant à la mer), les USA voulaient limiter
la puissance de la future Serbie afin de mieux la vassaliser et constituer un
Etat‑tampon qui leur soit totalement asservi : la Bosnie‑Herzégovine.
Au‑delà, l'objectif était d'asseoir son contrôle sur les Balkans et de
s'ouvrir une voie de pénétration vers le sud de la Russie.» analysait
un précédent article de C.P.S. (n°55).
C'est ce qui explique l'étonnante résistance, trois ans durant, du gouvernement
bosniaque d'Izetbegovic qui n'a pas de ressources économiques, n'avait ‑ au
début ‑ aucune armée et ne possède pas de réelle base sociale.
C'est ce qui explique que tous les plans de découpages de la Bosnie‑Herzégovine,
soutenus par les gouvernements anglais et français et très favorables à la
partie serbe, furent mis en échec. Néanmoins, l'extrême faiblesse naturelle de
ce «pion» américain que constituait le gouvernement bosniaque et ses forces
dites «musulmanes», les combats qui l'opposaient en outre aux forces croates de
Bosnie et le refus du gouvernement américain d'envoyer un seul homme sur le
terrain impliquaient de la part des États‑Unis une modification de leur
dispositif.
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n février 1994, prenant prétexte du bombardement du
marché de Sarajevo par les forces serbes, le gouvernement américain décide
d'intervenir ouvertement dans le conflit : sous couvert de l'OTAN,
un ultimatum est lancé aux Serbes pour qu'ils retirent leurs armes lourdes
autour de Sarajevo. Anglais et Français doivent s'y rallier ; les Serbes
s'exécutent. Sur cette lancée, un cessez‑le‑feu est imposé entre
forces croates et musulmanes au sein de la Bosnie. C'est le fruit d'un
compromis germano‑américain. Et c'est à Washington, le 1er mars 1994,
qu'est rendu public un accord entre Croates et musulmans de Bosnie visant à
constituer une fédération croato‑musulmane au
sein d'une Bosnie‑Herzégovine redécoupée.
Le 18 mars, enfin, toujours à Washington, sont signés deux textes, l'un
instituant une fédération croato‑musulmane de
Bosnie, l'autre avançant la perspective d'une confédération entre la Bosnie
fédérale et la Croatie.
C'en est fini de la Grande Serbie chère au cœur de l'impérialisme
français ; pour ce dernier, la défaite est sévère mais il ne renonce pas,
d'autant moins que son allié, le gouvernement de Belgrade représente une force
conséquente : aucune stabilisation, aucun
ordre impérialiste ne peut vraiment être envisagé dans les Balkans sans
l'appui, ou tout au moins l'acceptation, du gouvernement serbe. Le gouvernement
français, tout au long de l'année 1994, ne va donc pas cesser d'encourager le
gouvernement de Milosevic, celui‑ci armant et dirigeant les forces serbes
en Bosnie et en Krajina. Quant à l'embargo international décidé sous la
pression américaine, s'il étrangle peu à peu l'économie serbe, il n'est que
très partiel : le gouvernement grec le
bafoue ouvertement, avec la bénédiction du gouvernement français.
Au printemps 1994, les forces serbes tentent de jouer sur les rivalités inter‑impérialistes : une offensive est conduite sur l'enclave
musulmane de Goradze, et la zone d'exclusion aérienne
est violée à maintes reprises.
Néanmoins, le poids de l'accord germano‑américain se
fait lourdement sentir ; l'aviation américaine intervient à plusieurs
reprises, les forces serbes desserrent l'étau autour de Goradze
et finalement un nouveau plan américain est rendu public en juillet
1994 : si, en termes de surface accordée à chaque partie, les bases
sont inchangées (49% de la Bosnie pour les Serbes, 51% pour les Croates et les
musulmans), l'organisation des pièces du puzzle est radicalement
différente : alors que dans les plans soutenus par les gouvernements
français et anglais, l'ensemble musulman était disloqué et inviable, c'est
cette fois‑ci l'inverse qui est proposé : un ensemble
croato-musulman plus homogène et une zone serbe disloquée. En outre ce
plan réaffirme le maintien des frontières de l'ancienne Bosnie et refuse toute
possibilité aux zones serbes de Bosnie de se fédérer avec la Serbie.
Tout en poussant Milosevic à rejeter ce plan, les gouvernements français et
anglais doivent officiellement s'y rallier.
C' |
est au grand désespoir de la presse française que
Milosevic, le 31 juillet 1994, après avoir accepté le plan américain, exige de
ses protégés en Bosnie qu'ils se soumettent à ce même plan. Tout au long de
l'été, peu à peu, Milosevic fait droit aux exigences américaines. Il accepte en
particulier la mise en place d'observateurs américains à la frontière de la
Serbie et de la Bosnie : décision
symbolique (en pratique, la frontière reste ouverte) mais politiquement
hautement significative puisque jamais jusqu'alors une telle frontière n'avait
effectivement existé.
Fin Août, l'enclave de Bihjac qui était passée sous
le contrôle de l'aventurier Fikret Abdic (soutenu par
les gouvernements français et anglais) est reprise par les forces fidèles au
gouvernement bosniaque : les casques bleus français n'ont plus qu'à
évacuer les lieux.
Cependant, le fait que Milosevic abandonne ses parrains de Londres et de Paris
ne signifie pas une allégeance complète au gouvernement américain : il a ses intérêts propres, la bureaucratie de
Belgrade tentant de se constituer en bourgeoisie dans le cadre d'un Etat
viable, et joue sur les rivalités inter‑impérialistes autant que faire se
peut. C'est ainsi que s'il accepte (en août 1994) de décréter en principe «le
blocus» contre les Serbes de Bosnie, ce «blocus» n'empêche pas de toute
évidence, les troupes serbes de Bosnie de combattre avec tout le matériel
nécessaire. C'est ainsi que, à la suite de l'offensive bosniaque du 28 octobre,
les troupes serbes sont en mesure de résister efficacement. Certes, les troupes
bosniaques sont maintenant mieux équipées, mieux organisées. L'offensive
d'octobre est d'abord victorieuse, coordonnée sur cinq zones. Mais très vite la
situation militaire se retourne, à Bihjac en
particulier : fin novembre, l'enclave est
sur le point de tomber et «Le Monde»
peut titrer : «Les Serbes dans
les faubourgs de Bihjac».
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'est
à la fin de l'année 1994 qu'apparaissent le plus clairement les hésitations du
gouvernement américain dont les représentants expriment alors des positions divergentes.
William Perry, secrétaire américain à la défense, déclare alors que «les Serbes ont démontré une supériorité
militaire (...) ils occupent 70% du
territoire. Il n'est pas envisageable que les musulmans puissent reprendre»
le dessus.
La presse française exulte : «Les Serbes ont gagné la guerre de Bosnie»
conclut l'éditorialiste du «Figaro»
(28 novembre) repris le lendemain par «Libération» :
«Vers la Grande Serbie» titre Jacques
Amalric. Et les gouvernements français et anglais
tentent de s'engouffrer dans la faille. En vain. Les ministres anglais et
français, dont Juppé, reviennent de Belgrade bredouilles alors qu'ils étaient
porteurs de propositions ouvrant la voie à une remise en cause du plan de
juillet 1994. Car les impérialismes dominant dans la crise yougoslave demeurent
les États‑Unis et l'Allemagne : si
les troupes bosniaques, bien que mieux équipées et entraînées, ne sont pas en
mesure de retourner la situation, le gouvernement croate fait savoir qu'il ne
peut accepter la prise de Bihjac par les
Serbes :
«L'armée croate est en état d'alerte générale (...) nous avons dit que s'il n'y a pas de solution
négociée à Bihjac, vu son importance stratégique,
nous serions obligés d'intervenir».
Or, derrière la Croatie, il y a l'impérialisme allemand et aussi l'impérialisme
américain : quelles que soient les
difficultés internes du gouvernement Clinton en butte à une majorité
parlementaire républicaine, Milosevic mesure que l'impérialisme américain est
l'impérialisme dominant ; il essaye de se servir des gouvernements anglais
et français pour se donner une marge de manœuvre mais il reconnaît en
l'impérialisme américain son véritable suzerain. Le gouvernement américain,
quant à lui n'a pas renoncé à ses véritables objectifs :
asseoir son influence sur cette région et ce, au moindre coût. Les milices
bosniaques d'Izetbegovic n'ont été qu'un outil parmi d'autres pour cet
objectif, mais c'est un outil inadapté et insuffisant. Le compromis germano‑américain
n'est, en dernier ressort, qu'un compromis. Les États-Unis visent à exercer un
contrôle effectif sur le gouvernement serbe, pièce décisive sur l'échiquier.
Tout cela n'est pas si facile à mettre en place d'autant que, sur le terrain,
chaque clique, chaque bande, cherche à défendre son pré carré et ses intérêts.
C'est dans ce cadre qu'intervient, à la fin de l'année, la mission conduite par
un ancien président des États‑Unis.
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résentée comme une
mission «personnelle», cette intervention à la fin de l'année 1994 fait pousser
des hauts cris à la presse française qui n'aura pas de mots assez durs pour
qualifier cet envoyé très spécial : «Le Monde» l'accuse de s'être fait «l'avocat des décisions et des plaintes des Serbes bosniaques» et
d'avoir contribué «à brouiller les cartes
du terrible poker bosniaque».
Pourtant, en 48 heures, Carter obtient un accord entre le gouvernement
bosniaque et le chef des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic. L'accord est
aussitôt critiqué par «Le Monde» ;
c'est un «joyau d'imprécision et de naïveté».
D'ailleurs, Carter «aura commis tant de
gaffes et aura fait preuve d'une telle méconnaissance du dossier bosniaque que
l'accord tient du miracle».
En la matière, il n'y a guère de miracle :
Jimmy Carter intervient pour le compte de l'impérialisme américain dans son
ensemble, hors des pressions exercées sur ce dossier par l'antagonisme entre
Clinton et la majorité parlementaire républicaine, et en ouvrant la voie ‑ si
nécessaire et si possible ‑ à une mise au pas des forces musulmanes
de Bosnie dont le gouvernement américain s'est tant servi jusqu'alors. «Le Monde» lui reproche d'ailleurs
d'avoir annoncé que «de nouvelles
négociations pourraient être entreprises sans acceptation préalables du plan de
paix international».
Quant aux chefs serbes de Bosnie, ils sont lucides :
«La France, la Grande‑Bretagne et
même la Russie sont des pays qui diront "oui". Ce sont les États‑Unis
qui décident» déclare leur «ministre des affaires étrangères» qui reconnaît
que «notre destinée est entre les mains
des américains». Ces derniers ont besoin de temps ; l'accord prévoit
en son point central une trêve de quatre mois, laquelle sera ‑ pour
l'essentiel ‑ respectée.
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rois ans durant, la Croatie s'est tenue en marge du
conflit militaire. Elle a mis à profit ce délai, avec l'appui de l'Allemagne,
pour se constituer une armée, quasi‑inexistante à l'origine. Elle est la
principale bénéficiaire du compromis germano‑américain de février
94 : alors que les milices croates de Bosnie avaient subi défaite
sur défaite face aux milices musulmanes, la Croatie se trouvait désormais en
situation d'engluer, de phagocyter la moitié de la Bosnie via le dispositif
complexe de fédération‑confédération. Encore fallait‑il en finir
avec la sécession des territoires croates occupés par les forces serbes ;
faute de quoi le dispositif fragile pouvait s'effondrer à tout moment.
Le 30 décembre, le chef d'état‑major croate promettait que Zagreb
rétablirait en 1995 son autorité sur les territoires de Croatie contrôlés par
les sécessionnistes serbes.
Le 12 janvier, la Croatie informait l'O.N.U. qu'elle
ne souhaitait pas le renouvellement du mandat de la Forpronu sur son territoire
au‑delà du 31 mars, les casques bleus étant accusés «de maintenir le statu‑quo en Krajina au profit des Serbes. C'est
donc la perspective d'une reprise des combats en Croatie qui se fait jour»
(C.P.S. n°56)
Le 31 mars, la Croatie obtient satisfaction sur l'essentiel, les casques bleus ‑ en
nombre réduit ‑ étant redéployés aux frontières de la Croatie en
dépit de l'opposition des Serbes de Krajina :
au lieu de protéger les Serbes de Krajina, ils les séparent ‑ symboliquement ‑
des Serbes de Bosnie.
Pendant ce temps, en Bosnie, les «négociations» n'avancent pas du tout. La
trêve doit expirer le 1er mai.
De passage à New‑York, Juppé exhorte les belligérants à proroger le
cessez‑le‑feu et en appelle aux autres membres du «groupe de
contact» (États-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne et Russie) pour adopter une
position commune et déterminée. Ce sur quoi, le 1er mai, l'armée croate engage
les hostilités.
L' |
offensive croate a pour objectif non la Krajina de l'ouest mais
une autre zone en état de sécession, moins grande, d'une importance
décisive : la Slavonie occidentale qui forme comme un doigt en
travers du nord‑est de la Croatie et qui coupe les voies de circulation
vers l'est de la Croatie et le Danube. En quarante‑huit heures, la zone
est entièrement contrôlée par l'armée croate. David Owen, médiateur de l'Union
Européenne et jouant ici le porte‑parole de la France et de la Grande‑Bretagne,
exhorte «les États‑Unis et
l'Allemagne à faire pression sur la Croatie pour qu'elle se retire de Slavonie»
(«Le Monde» du 4 mai). Le même
journal pronostique que la Serbie «n'acceptera
pas des offensives à répétition».
Mais pour l'instant, c'est contre l'envoi par les Serbes de quelques roquettes
sur Zagreb que protestent les États‑Unis dont l'ambassadeur en Croatie
stigmatise la «riposte révoltante».
Et, à Belgrade, Milosevic se contente d'un insipide communiqué de
protestations. Sur le terrain, les forces serbes en Croatie ‑ qui
n'avaient pas combattu ‑ tout comme les forces serbes en Bosnie
n'esquissent même pas une réaction. Tout se passe comme si Milosevic avait
accepté par avance cette reconquête et comme si ses officiers sur le terrain,
encadrant les milices, avaient eu ordre de ne pas bouger :
l'Allemagne et les États‑Unis ont «autorisé» (c'est un euphémisme) cette
rapide offensive. Pour Londres et Paris, c'est un nouvel échec. Le journal «Libération» en est réduit, pour gommer
l'échec de son propre impérialisme, à gommer la surface réelle de la Slavonie : immense appendice en travers de la Croatie,
rejoignant presque la frontière hongroise sur une carte publiée le 17 avril, la
Slavonie devient dans le même journal du 3 mai une appendicite ratatinée...
Dans le camp franco‑anglais, c'est Londres qui semble le mieux comprendre
(ou accepter) ce qui est en gestation. La Grande‑Bretagne fait savoir
qu'elle ne remplacerait pas ses deux bataillons à Goradze
lorsqu'arriverait la date de la relève en septembre («Le Monde» du 17 mai, lequel indique
également qu'aux États‑Unis «certains...
songent froidement à l'abandon pur et simple» des enclaves musulmanes à
l'est de la Bosnie).
des otages… À la F.R.R.
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n Bosnie, une grande part des miliciens serbes et de
leur encadrement, qui ont obéi jusqu'alors aux représentants de Milosevic, sont
très certainement désorientés par ce qui ressemble de plus en plus à un
lâchage. D'autres essayent de tester le degré d'engagement des États‑Unis.
Des armes lourdes gardées par des casques bleus sont récupérées par des milices
serbes. Des coups de main, de brefs bombardements se multiplient. En riposte,
le 25 mai, des avions américains et espagnols lancent un premier raid. Cette
fois‑ci les miliciens serbes font monter les enchères :
un bombardement de Tuzla provoque un véritable massacre. Un second bombardement
aérien sous couvert de l'OTAN provoque la fuite en avant des Serbes de Bosnie : plusieurs centaines de casques bleus sont
transformés en otages. Pour les dirigeants serbes de Pale, en Bosnie, il s'agit
de s'en servir pour se protéger de nouveaux bombardements aériens.
Parmi ces casques bleus : un grand nombre
de soldats français. C'est une situation difficile pour le gouvernement
français et en même temps cela l'arrange. Dans une même déclaration, Juppé
devenu entre‑temps premier ministre dénonce «la barbarie des bosno‑serbes»
(qualificatif nouveau pour désigner les Serbes de Bosnie) et demande la
création d'une Force de Réaction Rapide : d'un côté une situation
humiliante pour une armée impérialiste (des casques bleus prisonniers filmés un
drapeau blanc à la main...), de l'autre la possibilité de reprendre
l'initiative tout en bloquant les bombardements américains : la mise
en place de la F.R.R. s'appuie sur l'affaire des
otages.
En outre, au moment où s'installe le gouvernement Chirac‑Juppé, c'est une
véritable Union nationale qui se constitue en soutien à la constitution de la F.R.R.. A
l'inverse, C.P.S. n°58 affirmera l'exigence que le PS
et le PCF, et aussi les appareils syndicaux
«rompent l'Union sacrée
«réalisent
le Front unique pour le retrait immédiat et inconditionnel des troupes
françaises des pays de l'ex‑Yougoslavie». (Communiqué du 8 juin
1995)
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ais l'affaire va se déliter assez vite : Paris
et Londres veulent constituer, sous couvert de l'O.N.U.
une nouvelle force d'intervention de 4 000 hommes... mais dont ils
entendent garder le contrôle direct. Le 3 juin, dans un climat de tension et de
confusion, les représentants des pays membres de l'OTAN et de l'Union
Européenne acceptent la mise en place d'une telle force qui pourra mener des
«missions de combat». La veille, un F 16 américain a été abattu par les
Serbes de Bosnie sans qu'il y ait de riposte américaine, le gouvernement de
Clinton semblant de nouveau très hésitant.
Pour Chirac, un seul objectif : s'incruster
en Yougoslavie, s'accrocher à un terrain dont l'accord germano‑américain
tend à l'expulser. Chirac met les bouchées doubles pour
reprendre l'initiative, mais la réalisation pratique sera moins
brillante : la chaîne de commandement de ces nouvelles forces,
distinctes de celles de l'O.N.U. et liées en même
temps, est pour le moins complexe ; la mise en place sur le terrain se
fait d'autant plus lentement que la grande armée française... a quelques
difficultés de logistique et que les forces croates refusent de laisser
circuler librement les troupes françaises vers Sarajevo ; Londres semble
avoir une conception différente de la F.R.R. ;
enfin il reste à régler le délicat problème du financement de cette force.
Ce n'est que le 16 juin que Chirac obtient du Conseil de Sécurité de l'O.N.U. l'accord pour la mise en place de la F.R.R..
Mais le Congrès américain en refuse tout financement :
«aucune obligation militaire ou
financière américaine supplémentaire ne doit résulter de la résolution»
adoptée par l'O.N.U.. Non seulement l'opération sera donc à la charge de la France
et de l'Angleterre mais un tel refus de financement signifie, de facto, un
désaveu de l'opération et l'expression publique d'un profond désaccord au sein
du «groupe de contact». Et pendant que Chirac multiplie les déclarations au
siège de l'O.N.U., à la chambre des Représentants,
auprès de Clinton et encore à Halifax (sommet du G 7)..., à Sarajevo les
troupes bosniaques se préparent à une offensive. Le 15 juin, le président
Izetbegovic a donné l'ordre aux forces armées de mettre un terme à l'étranglement
de Sarajevo.
D |
urant les deux
premiers jours de combat, l'armée bosniaque a progressé autour de Sarajevo. En
six mois, avec l'aide de conseillers américains, des progrès sensibles semblent
avoir été faits en termes d'organisation et de méthode. Après l'arrêt des
bombardements aériens, ce sont donc ces troupes bosniaques qui sont chargées
d'affronter les forces du gouvernement serbe de Pale, lequel refuse toujours de
satisfaire aux exigences formulées par le plan de juillet 94 et, en
particulier, renoncer à rejoindre la Serbie, accepter de rester dans le cadre
de la Bosnie‑Herzégovine.
Pourtant, dès le 20 juin, après cinq jours de combat, l'offensive bosniaque
marque le pas : après avoir grignoté
quelques positions serbes, l'armée bosniaque n'avance plus. Impuissance
militaire ou manœuvre voulue dans un dispositif d'ensemble ? Une carte
publiée («Le Monde» du 22 juin) fait
apparaître qu'en quelques mois et en plus de douze régions, les troupes serbes
ont du lâcher du terrain. Mais ce recul ne s'est pas fait au seul profit des
troupes «musulmanes» : les troupes croates
de Bosnie en sont aussi bénéficiaires.
«Les forces croato‑musulmanes, conseillées par
les missions américaines dirigées par le général Galvin
l'année dernière, puis aujourd'hui par le général Sewall,
ont lancé récemment deux offensives remarquées en Bosnie.» explique
«Le Monde» du 23 juin.
A cette date, et en plusieurs vagues, les centaines de casques bleus pris en
otages ont été libérés.
C' |
est le moment que choisit le «New‑York Times» pour dénoncer un accord secret entre Paris
et les dirigeants serbes de Pale : le gouvernement français aurait
négocié la libération des otages contre la fin des frappes aériennes. Le «New‑York Times» donne les jours
et lieux de rencontre, les noms des protagonistes et accuse la France d'«un nouveau degré d'hypocrisie». Le
ministère français de la défense évoque, lui, «une vaste manipulation des anglo‑saxons».
Fin juin, les combats reprennent autour de Sarajevo toujours étranglée, les
forces bosniaques étant parvenues à progresser. La F.R.R.
n'est toujours pas à pied d’œuvre. Cette force si lente à se mettre en place
est aussi un enjeu politique ; pour la bourgeoisie allemande, mieux vaut qu'elle
ne soit pas l'apanage de la France et de l'Angleterre. Le 30 juin, le Bundestag
approuve l'envoi de soldats dans le cadre de la F.R.R. : c'est la première fois depuis 1945 que la Bundeswehr
participe à une mission de combat. Le vote a été acquis avec l'appui de 45 des
députés social‑démocrates et de 4 Verts.
A |
partir du 10 juillet, l'offensive serbe (commencée le 6)
contre l'enclave de Srebrenica se développe. Quelques légères frappes aériennes
n'empêchent pas que, le 13 juillet, l'enclave soit conquise. Massacres et
déplacements de population s'en suivent une nouvelle fois. Très vite il
apparaît que les États‑Unis n'ont rien à redire à cette chute d'une
enclave annoncée de longue date. C'est la raison pour laquelle Chirac adopte la
posture du défenseur des grands principes, de la veuve et de l'orphelin : il propose solennellement une intervention
militaire et en appelle à la «solidarité occidentale», d'autant plus
solennellement qu'il sait d'ores et déjà que ni les États‑Unis ni la
Grande‑Bretagne (qui abandonne son allié français) n'ont l'intention de
réagir. Le 14 juillet, les troupes serbes s'attaquent à l'enclave de Zepa. L'enclave tombe le 25 juillet. Aux États‑Unis,
le Sénat américain vote en faveur de la levée de l'embargo sur les armes à
destination de la Bosnie, mesure sans application à l'étape actuelle.
A partir du 26 juillet, et alors qu'une partie de la F.R.R.
finit par se déployer à Sarajevo, les forces serbes s'attaquent à l'enclave de Bihjac ; mais cette fois‑ci, il s'agit d'un
objectif d'une autre nature : cette enclave
ne fait pas partie des concessions faites à Milosevic, bien au contraire.
L |
e 28 juillet, dans le nord‑ouest de la Bosnie,
d'importantes forces armées venues de Croatie interviennent pour soulager
l'enclave de Bihjac et couper un accès important à la
Krajina. Très vite, des positions importantes sont conquises et «Le Monde» du 1er août titre : «la
Croatie menace de se lancer dans une nouvelle aventure militaire».
Pourtant, l'aventure en question semble bien préparée par quelques solides
tractations : le même 1er août, Milosevic rend public un appel à la paix
et à la négociation adressé au président bosniaque Izetbegovic et... au général
Mladic, chef des troupes serbes de Bosnie. Ont été
soigneusement oubliés dans cet appel le président en titre de la «république»
serbe de Bosnie, Karadzic, ainsi que Milan Martic,
autre «président», mais de la «république» serbe de Krajina. Le premier de ces
oublis confirme qu'il y a rupture, en Bosnie, entre Mladic, devenu l'homme de
Belgrade, et Karadzic. La seconde rupture laisse présager, après l'abandon de
la Slavonie occidentale, de nouveaux renoncements en Krajina.
Le vendredi 4 août, «Le Monde» doit
bien avouer ce qu'il en est de l'«aventure
militaire» qui se prépare en Croatie. Titrant : «les Européens tentent de détourner Washington de la logique de guerre»,
il explique :
«Washington était au courant du projet d'intervention de l'armée croate en
Bosnie, mis au point vraisemblablement lors de la réunion du 22 juillet à
Split, où MM. Izetbegovic et Tudjman ont conclu un accord d'assistance
militaire. Étaient également présents à cette réunion, affirme‑t‑on
de bonne source, le président turc Suleyman Demiul, un
représentant américain et un allemand.»
Le 1er août, alors même que rien n'a encore vraiment bougé, le ministre Charles
Millon vend la mèche : «le plan de
partage de la Bosnie n'est plus totalement adapté». Car, en haut lieu, on
sait ce qui est en jeu.
C' |
est le 4 août que les forces croates engagèrent
l'offensive contre les forces serbes de Krajina. En 48 heures, l'essentiel de
la Krajina passait sous leur contrôle, avec en particulier la ville principale,
Knin. Quelques jours après, la totalité du territoire
sécessionniste de Krajina était contrôlée par le gouvernement de Zagreb tandis
que des dizaines de milliers de civils serbes fuyaient en Bosnie et en Serbie.
Supériorité des forces militaires croates ? C'est ce que laissent entendre
différents titres de journaux : «l'armée
croate met les serbes en déroute», «la
victoire éclair des croates» titre ainsi «Le Figaro» (7 Août).
Pourtant la presse note que, hormis quelques points, l'armée croate n'a guère
rencontré de résistance. Certes, il y a l'équipement militaire reçu par la
Croatie, le découragement des miliciens serbes, les désertions frappent leurs
rangs, diverses considérations de stratégie militaire... mais il y a aussi le
silence du gouvernement de Belgrade qui condamne mollement l'offensive croate. «Le Figaro» du 7 août note ainsi que «l'abandon par Belgrade de ses alliés serbes
a sans doute joué un rôle crucial dans l'effondrement de la Krajina». Dans
une lettre ouverte au président Milosevic, le chef des serbes de Bosnie parle
de «trahison» et l'accuse «de céder aux pressions étrangères».
A voir la satisfaction des États‑Unis et de l'Allemagne, on devine
l'origine de ces pressions. Le porte‑parole du gouvernement allemand
estime que la victoire des Croates offre «de
nouvelles chances pour une solution pacifique, mais rejette tout règlement du
conflit au détriment des musulmans». Du côté américain, on ne s'embarrasse
pas de tels scrupules : de toute évidence, il y a eu accord, sous la
pression des États‑Unis, et échange de bons procédés : contraint et
forcé, Milosevic a accepté l'abandon des territoire occupés en Croatie et le
général Mladic a reçu l'ordre de ne pas combattre.
En échange, le même Mladic a pu occuper sans obstacle les enclaves musulmanes
de Srebrenica et de Zepa. De vastes mouvements de
population, des massacres et des déportations s'en suivent‑ils ? Les
États‑Unis tentent ainsi de régler la question nationale dans l'ex‑Yougoslavie
de la manière la plus brutale qui soit, ainsi que le fit Staline à la fin de la
deuxième guerre mondiale avec les polonais et les allemands déportés par
millions.
Mais cela signifie que, sur le terrain, certaines alliances vont être
sacrifiées : à Pale, la crise éclate ouvertement entre Mladic et le
«président» Karadzic qui tente en vain de le destituer. Tous les officiers
faisant bloc derrière Mladic, la réalité du pouvoir demeure aux mains de
l'homme de Milosevic. A Sarajevo, une crise parallèle se dessine entre
Izetbegovic et son premier ministre Haris Siladzic
avec, en toile de fond, les sacrifices qui devront être consentis aux exigences
américaines. Car désormais la situation est profondément modifiée.
L |
e 10 août, dans une conférence de presse, le chef de
l'exécutif américain explique que les opérations militaires «ont modifié la situation sur le terrain»
(...) «je pense que c'est le moment pour
nous d'entreprendre quelque chose pour la paix», c'est‑à‑dire
pour la paix aux conditions américaines. Ce qui compte, pour les États‑Unis,
c'est que les forces bosniaques n'ont pas pu modifier sensiblement la situation
militaire : c'est au bénéfice de la Croatie que s'est opéré l'essentiel
des modifications. L'armée croate en ressort victorieuse, même si les forces
serbes n'ont guère résisté. Ce qui compte également, c'est que Milosevic s'est
soumis aux exigences américaines ; les États‑Unis trouvent ainsi en
lui un point d'appui plus solide que la bien faible partie musulmane de Bosnie.
Reste à faire entendre raison aux plus intransigeants des serbes de Bosnie et
des musulmans de Sarajevo.
De gré ou de force, ils devront se soumettre car, dès le 6 août, Warren
Christopher expliquait : «les faits
pourraient donner naissance à une nouvelle situation stratégique qui pourrait
être à notre avantage».
Aussitôt, les américains proposent quelques «idées
nouvelles» à leurs «alliés», idées «confidentielles» que la presse
s'empresse de faire connaître : «les
américains ne font pas dans la dentelle (...) on prend acte de la conquête des enclaves musulmanes de Srebrenica et Zepa (...) on
fait également disparaître la "tache" que constitue encore Goradze (...) on
semble prêt à offrir aux Serbes de Pale un élargissement du corridor de Brcko (...)
moyennant des contreparties territoriales pour les musulmans bosniaques» ( «Le Monde» du 13 août). En outre, on
acceptait ce qui était au cœur des propositions françaises : la
possibilité pour les Serbes de Bosnie de rejoindre, à terme, leurs
"frères" de Serbie. Pourtant, ces propositions ne réjouissent guère
Juppé, car désormais c'est l'influence américaine qui prédomine en Serbie.
Dès le lendemain, le
président Izetbegovic fait savoir qu'il n'abandonnera jamais Goradze.
A |
lors que pendant des années, les relations entre le
gouvernement français et celui de Sarajevo étaient exécrables, Jacques Chirac
éprouve le besoin d'inviter Izetbegovic à Paris. On réaffirme dans un
communiqué l'attachement de la France «à
l'unité de la Bosnie» alors qu'on avait auparavant milité pour son dépeçage
et on fait savoir «qu'une disparition
plus ou moins déguisée, de la Bosnie de la carte ne passera pas».
Saisissant retournement de sympathies !
Mis hors jeu par les États‑Unis, le gouvernement français se raccroche à
n'importe quelle position pour rester présent dans cette région. Cela
n'implique pas qu'Izetbegovic se soit rallié à son nouveau chevalier blanc «chacun, dans cette affaire, a plusieurs
fers au feu» note «Le Monde» du
20 août. De fait, en arrivant de Paris, Izetbegovic commence par rencontrer Richard
Holdbrooke qui conduit la délégation américaine
chargée d'imposer au plus vite une solution. L'obstacle essentiel demeure la
résistance des Serbes de Bosnie qui refusent de rendre une partie des
territoires conquis en Bosnie. Richard Holdbrooke en conclut
que «Belgrade va devoir prendre des
décisions très dures cette semaine». D'autant que même le très fidèle
Mladic peut avoir des intérêts propres distincts de ceux de Milosevic.
T |
andis que certains
des dirigeants serbes de Bosnie appuient les propositions américaines, d'autres
tentent de desserrer l'étau : le 28 août, une nouvelle fois, un obus
ravage le marché de Sarajevo. Cette fois, la riposte américaine est rapide et
massive, la plus importante depuis le début du conflit : trois jours
durant, des dizaines d'avions bombardent les positions serbes autour de
Sarajevo. La F.R.R. du gouvernement français est
invitée à appuyer les objectifs américains... Chirac tente une surenchère en
fixant un autre objectif à ces attaques : désenclaver Sarajevo. Mais tel
n'est pas l'objectif américain. Le 1er septembre, les frappes sont suspendues,
les États‑Unis ayant atteint un premier objectif : les Serbes de
Bosnie acceptent d'être représentés aux négociations par Milosevic. Karadzic
n'a désormais plus de vrai pouvoir indépendant. Des négociations sous contrôle
américain vont donc pouvoir s'ouvrir. Afin de lui permettre de sauver la face,
l'ambassadeur américain salue «le grand
progrès que représente l'initiative actuelle en Bosnie est attribuable à
Jacques Chirac qui, depuis qu'il est arrivé à la présidence, a exercé une très,
très forte pression». Mais la bourgeoisie française a perdu une position
importante.
L |
e «projet de paix» dont l'impérialisme américain se
fait le champion résulte d'un compromis entre lui et l'impérialisme allemand.
Il suppose d'aboutir à un accord entre les deux gouvernements de Zagreb et de
Belgrade devant lequel s'inclineraient les Serbes de Bosnie et le gouvernement de
Sarajevo. Ces dernières semaines l'impérialisme US a réussi à faire progresser
la réalisation de son plan.
Il n'a pas encore abouti. Aucun ordre stable ne peut être réalisé dans une
Yougoslavie en ruine, sur la base de la constitution de différents États
bourgeois exprimant la poursuite des rivalités inter‑impérialistes. La
bourgeoisie allemande y occupe des positions décisives ; la bourgeoisie
française ne renonce pas. Voués à être des semi‑colonies, la constitution
d'éventuels États bourgeois sur les ruines de la Yougoslavie serait extrêmement
fragile. Seule l'irruption du prolétariat, avec ses propres objectifs, serait à
même d'offrir une issue aux masses de l'ex‑Yougoslavie.
Le 06/09/1995