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Article paru dans cps n°40 de décembre 1991

 

Yougoslavie : guerre au détriment des peuples

 

une guerre entre l’état, le gouvernement croates, et l’état, le gouvernement serbes

derrière... les puissances impérialistes

“paix” en slovénie, guerre en croatie

“grande” ou “petite” serbie

la seule issue

 

une guerre entre l’état, le gouvernement croates, et l’état, le gouvernement serbes




La dislocation de l’Etat yougoslave, les hostilités ouvertes entre l’Etat, le gouvernement croates, et l’Etat, le gouvernement serbes, s’inscrivent dans les développements qui ont suivi l’effondrement (total ou partiel selon les Etats) des bureaucraties de la partie est de l’Europe et de l’Allemagne, satellites du Kremlin. Plusieurs numéros de CPS ont publié des articles sur les événements en cours depuis plusieurs décennies et jusqu’à récemment dans l’Etat yougoslave. S’y rapporter.


Ce n’est pas la “guerre civile” qui s’est ouverte entre la Croatie et la Serbie, ainsi que l’expliquent les médias. La guerre civile oppose des classes antagonistes. C’est une guerre entre l’Etat, le gouvernement croates et l’Etat, le gouvernement Serbes, pour faire prévaloir des intérêts étrangers à ceux des ouvriers et paysans de Croatie comme de Serbie. L’explosion de l’Etat yougoslave était inéluctable. C’était un Etat constitué à la fin de la première guerre mondiale, sous le patronage de l’impérialisme français, qui assurait la domination de la Serbie sur les autres nationalités qui y étaient incluses. L’intervention militaire de l’impérialisme allemand du début du printemps 1941 l’a disloqué. A la répression des peuples non serbes par les Tchétnicks a succédé la répression des Oustachis contre les Serbes qui a provoqué la mort de milliers et de milliers de Serbes. Ces tragédies sanglantes restent inscrites dans la mémoire collective de ces peuples.


La lutte contre l’occupant nazi, l’expropriation du capital et des grands propriétaires terriens, la constitution d’un Etat Ouvrier même dégénéré dès sa naissance, ont endormi pour un temps, ces plaies terribles et douloureuses, sans qu’elles soient guéries. La gestion bureaucratique, la spoliation et l’oppression renaissante, la faillite économique et sur tous les terrains, au cours des décennies précédentes, l’inégalité de développement les ont ravivées. L’effondrement des bureaucraties de la partie est de l’Europe et de l’Allemagne, l’acuité de la crise de la bureaucratie du Kremlin et ses déchirements ont forcément eu un puissant impact sur l’Etat et la bureaucratie yougoslaves et contribué à les disloquer.


La fragmentation de la bureaucratie a correspondu aux Républiques et territoires autonomes qui se situaient dans le cadre de la fédération yougoslave. La partie la plus importante de la bureaucratie yougoslave s’est concentrée dans la République de Serbie. Elle a exacerbé le chauvinisme grand serbe, en commençant par “mettre au pas” le Kossovo peuplé d’Albanais et la Voïvodine où une importante fraction de la population est d’origine hongroise. Elle a tenté de maintenir l’ancienne structure de l’Etat yougoslave en se le soumettant, comme elle se soumettait l’armée yougoslave. Le cadre étatique yougoslave a fini par éclater, les gouvernements des Républiques de Slovénie et de Croatie ont proclamé leur indépendance. Si la Slovénie est presque entièrement peuplée de Slovènes, la Croatie comprend une forte minorité serbe, 11 % de la population.


En Bosnie, c’est pire : 19 % de la population est croate, 32 % est serbe, 40 % est bosniaque. Le gouvernement serbe a dû très rapidement s’incliner devant la proclamation de l’indépendance de la Slovénie. Les éléments de l’armée fédérale (c’est-à-dire soumise au gouvernement serbe) qui avaient été envoyés en Slovénie ont dû rapidement être repliés. En Croatie en raison de la présence d’une forte minorité serbe, du souvenir des massacres fomentés pendant la guerre par les “Oustachis” contre elle, des refus du gouvernement croate de lui reconnaître droits et garanties les objectifs grands-serbes du gouvernement serbe ont un point d’appui dans cette minorité. Mais aujourd’hui l’intervention de l’armée fédérale ne correspond pas aux intérêts des Serbes de Croatie. Les “volontaires serbes” sont très souvent des groupes armés composés de mercenaires, dont celui du célèbre Dragan, lesquels renouvellent les “exploits” des “Tchétnicks”.




derrière... les puissances impérialistes




Dans cette guerre, les question nationales sont devenues de simples prétextes pour les gouvernements serbe et croate qui défendent les intérêts des couches au pouvoir dans ces Etats. Pire encore : derrière eux il y a les grandes puissances impérialistes. L’impérialisme allemand est derrière les gouvernements slovène et croate. C’était une de ses zones d’influence traditionnelle dans cette partie de l’Europe. Avant la première guerre mondiale, la Slovénie et la Croatie faisaient partie de l’Empire austro-hongrois. La Serbie était par contre un “client” de l’impérialisme français et un des instruments de son influence dans la région. C’est l’impérialisme qui a été le deus-machina de la constitution de la Yougoslavie placée sous la férule de la Serbie. Aujourd’hui encore l’impérialisme français fait ce qu’il peut pour maintenir l’Etat yougoslave qui est subordonné au gouvernement de Belgrade. L’impérialisme américain est également pour que l’Etat yougoslave survive. Si bien que cette guerre résulte en grande partie des rivalités inter-impérialistes.


Ni le peuple croate, ni le peuple serbe ne peuvent rien espérer de cette guerre. Elle n’est pas leur guerre. Des deux côtés le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est foulé aux pieds. Cette guerre démontre une fois de plus que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne peut être respecté que par des gouvernements et des Etats ouvriers fondés sur la solidarité des prolétariats et leur communauté d’intérêts. Au moment où, notamment en URSS, les problèmes des nationalités se posent avec tant de force et de complexité, non seulement dans les relations entre Républiques mais à l’intérieur de ces Républiques, la guerre que les gouvernements de Croatie et de Serbie ont engagée, en se servant du prétexte des nationalités, prouve une fois de plus que ces problèmes ne peuvent être réglés positivement, selon les intérêts des peuples, que par le prolétariat exerçant le pouvoir politique.


(Extrait du texte sur la situation internationale adopté par la VIe Conférence du Comité pour la Construction du Parti Ouvrier Révolutionnaire, pour la Construction de l’Internationale Ouvrière Révolutionnaire (1-2-3 novembre 1991).




“paix” en slovénie, guerre en croatie




Depuis, la guerre a pris de l’extension. L’offensive de “l’armée fédérale”, en réalité de l’armée au service de la Serbie, s’est poursuivie et accentuée. Les morts se comptent par milliers, et les blessés aussi. Les atrocités se multiplient. Les destructions s’accumulent. Le gouvernement et la clique au pouvoir en Serbie attisent la haine contre les Croates, et vise et versa, le gouvernement et la clique au pouvoir en Croatie exacerbent la haine des Croates contre les Serbes.


Respectivement en décembre 90 et en avril 91, en Slovanie et en Croatie des référendums ont eu lieu, par lesquels, à d’écrasantes majorités, Slovènes et Croates se sont prononcés pour l’indépendance de leurs Républiques et la sécession de celles-ci de la Yougoslavie. Le 15 juin, les gouvernements slovène et croate ont annoncé que l’indépendance serait appliquée au plus tard le 26 juin. Le 21, James Baker, en “visite” à Belgrade, “déconseillait” aux Républiques d’envisager “toute action unilatérale”. Il réaffirmait ainsi que l’impérialisme US était pour le maintien de l’Etat yougoslave et contre l’indépendance des Républiques le composant.


Depuis des mois déjà, “l’armée fédérale” intervenait en Croatie en soutien aux “milices serbes” opérant dans les régions d’important peuplement serbe. Après la proclamation formelle de l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie, “l’armée yougoslave” s’est déployée et a commencé des opérations de guerre en Slovénie également. Mais sous la pression de la “Communauté Economique Européenne” un “compromis” a été trouvé. Stipe Mesic, Croate, a été nommé président de la République de Yougoslavie par la “direction collégiale”. Depuis un mois et demi les représentants de la Serbie, du Monténégro, de Voïvodine, du Kossovo (ces deux derniers étant représentés par des “délégués” que Belgrade impose) s’opposaient à la nomination d’un président croate, alors que la constitution prévoit que la présidence de la République yougoslave doit être assurée par roulement annuel — le représentant croate succédant au représentant serbe, etc... Après quelques jours d’affrontement en Slovénie, le 8 juillet, sous l’égide de représentants de la CEE, un accord était conclu dans l’île de Brioni entre les représentants des Républiques composant la Yougoslavie : précédemment slovènes et croates ayant accepté de reporter de trois mois l’indépendance de leurs Républiques, des “négociations” devaient s’engager sur le sort de la Yougoslavie, “l’armée fédérale” devait regagner ses casernements en Slovénie et en Croatie.


En Slovénie, les accords de Brioni ont été plus ou moins respectés. Mais le 16 juillet, sur proposition de la Serbie, la présidence yougoslave annonçait le retrait dans les trois mois de Slovénie de “l’armée fédérale”. Par contre, cette armée continuait à intervenir en Croatie en “soutien” des “milices serbes”, sous le prétexte de séparer Croates et Serbes qui, soi-disant, s’affrontaient. Elle s’engageait notamment en Slavonie, région où la population est à 60 % croate et 20 % serbe. Le prétexte invoqué ? La Croatie refusait d’accorder un statut particulier aux 600 000 Serbes vivant dans ce pays. Divers “cessez-le feu” ont été peu ou pas respectés. Fin août, “l’armée fédérale”, appuyée par les milices serbes, a engagé une véritable guerre dans le but de conquérir la Slavonie. La ligne de bataille passe par les villes de Vukovar et d’Osijek, deuxième ville de Croatie après Zagreb. Virovitica était également attaquée. A partir de la mi-septembre, “l’armée fédérale” a attaqué des villes de la cote dalmate et en particulier Zadar et Bubrovnik. Elle déclenchait aussi des opérations en Boznie Herzegovine. De leur côté les forces armées croates s’efforçaient de réduire et de prendre les casernes de “l’armée fédérale” sises en territoire croate.


Le 3 octobre, le “bloc serbe” (la Serbie, le Monténégro, la Voïvodine, le Kossovo) décidait de s’emparer en fait de tous les pouvoirs (ceux du “parlement” et de la présidence, le 15 novembre du gouvernement yougoslave). De son côté, le 15 octobre le “parlement” de Bosnie-Herzégovine décidait que cette République était indépendante, le parti serbe votant contre. Depuis plusieurs mois la Macédoine a également proclamé la sienne. La “Yougoslavie” se réduit au “bloc serbe”. En pratique, elle n’existe plus. A l’évidence l’objectif de la guerre n’est plus, pour le gouvernement, serbe le maintien de l’Etat yougoslave.




“grande” ou “petite” serbie



“L’armée fédérale” s’est repliée de Slovénie car il n’y a pas dans ce pays de minorité serbe. Mais elle l’a fait sous la pression de l’impérialisme allemand assisté par la bourgeoisie autrichienne. C’est pour le capitalisme allemand et son gouvernement un grand succès. La Slovénie devient pour eux une base de pénétration au sud des balkans et au sud-est de l’Europe. Ils ont remporté ce succès au détriment de l’impérialisme français et contre l’impérialisme américain qui voulaient au contraire maintenir l’Etat yougoslave pour faire barrage à l’expansionnisme de l’impérialisme allemand. L’enjeu de la guerre est maintenant : ou la “grande Serbie” de Virovitika à Zadar en Dalmatie : c’est-à-dire intégrant la Bosnie Herzégovine, le Monténégro, une grande partie de la Croatie, opprimant Hongrois de Voïvodine, Albanais du Kossovo, Macédoniens, Croates, Bosniaques, et exploitant naturellement le prolétariat serbe ainsi que les prolétariats des minorités précitées ; ou la Croatie actuelle opprimant des centaines de milliers de Serbes, exploitant les prolétariats croates et de la minorité serbe, la séparation de la Bosnie-Herzégovine, de la Macédoine, et peut-être aussi du Kossovo et de la Voïvodine de l’ancien Etat yougoslave, les minorités serbes et autres de ces Républiques étant opprimées et les prolétariats exploités — c’est-à-dire la petite Serbie. La lutte se poursuit en fonction exclusivement des intérêts des couches et cliques dirigeantes de Serbie, de Croatie, de Bosnie-Herzégovine, etc. et également des intérêts divergents des impérialismes allemand, français, anglais. Pour l’impérialisme allemand ce serait un grand succès que le démantèlement total de l’Etat yougoslave dans les conditions actuelles (option petite Serbie). Pour les impérialismes français, anglais, américain ce serait limiter le succès de l’impérialisme allemand qu’est maintenant l’inéluctable indépendance de la Slovénie et de la plus grande partie de la Croatie (option grande Serbie).


Les discussions entre les impérialismes français et allemand sont d’un cynisme achevé. Le 15 novembre, Mitterrand et Kohl se sont rencontrés à Bonn. Il s’agissait pour eux de trouver des “compromis” pour qu’au sommet de Maastricht “l’Europe politique” et la “Communauté Economique et Monétaire” ne soient pas des échecs ce qui pourrait au moins ébranler la CEE. L’un et l’autre en supporteraient de lourdes conséquences. “Libération” du 16 novembre explique :


«La Yougoslavie constitue un bon exemple des “pentes naturelles historiques” qui menacent les Européens. Pendant trois mois, le fossé s’est creusé entre Français et Allemands sur cette première crise de l’après-guerre froide jusqu’au voyage du président français en Allemagne en septembre qui les a remis en phase. Depuis l’entente tient le choc. Comme l’a souligné hier François Mitterrand “nos histoires sont différentes, nos amitiés en Yougoslavie n’ont pas toujours été les mêmes”... Mais les deux pays ont fait “un effort pour que leur position soit et reste commune”»




la seule issue



La réalité est un peu plus nuancée. Les “divergences” ne doivent pas apparaître au grand jour et aller jusqu’à menacer de faire chavirer la CEE. En fait, la lutte se poursuit au détriment des peuples et des prolétariats de l’ex-Yougoslavie. Ceux-ci ne s’y trompent d’ailleurs pas : ils ne manifestent aucun enthousiasme guerrier, mis à part quelques milices qui rappellent, du côté serbe, les “Tchétnicks” et du côté croate les “Oustachis”. Nombreuses sont les désertions dans “l’armée fédérale”. La question des nationalités n’est dans cette guerre que prétextes pour les uns et pour les autres. En conclusion, reprenons ce par quoi se terminait la série d’articles parus dans les CPS n° 36, 37 et 38 :


«En tout état de cause, il appartient au prolétariat et à l’ensemble des travailleurs et de la jeunesse de mettre en échec les menaces de la caste militaire, de liquider la bureaucratie yougoslave et celle des différentes Républiques. Il lui appartient de prendre en main le combat pour les droits nationaux, aujourd’hui généralement confisqués à leur profit par des fractions de la bureaucratie locale, par les couches restaurationnistes, par la petite bourgeoisie et bourgeoisie des différentes régions. Pour se réapproprier ce combat, pour mettre en œuvre de réelles libertés démocratiques, pour instaurer une véritable économie planifiée, sous son contrôle, seule à même de garantir et d’améliorer ses conditions de vie, le prolétariat yougoslave aura à bâtir et centraliser ses soviets, sa milice. Pour ce faire, comme en URSS, la construction d’un Parti Ouvrier Révolutionnaire est une nécessité »


Mais il est vrai que la guerre broie les peuples et les prolétariats de l’ex-Yougoslavie. Elle rend plus difficile l’ouverture de l’issue prolétarienne — la seule issue —. C’est sans doute aussi pour cela qu’elle est faite.



 

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