Editorial de C.P.S nouvelle série n°30 (112) du 29 septembre 2007
L’urgence exige que les
directions syndicales (CGT, FO, FSU)
- rompent la concertation avec le
gouvernement Sarkozy-Fillon,
- décident et organisent le combat dans
l’unité pour le vaincre et le chasser
Le « nouveau contrat social français »
de Sarkozy : une véritable déclaration de guerre
Les 18 et 19 septembre, en deux
discours salués par le Medef comme « fondateurs », Sarkozy a
dévoilé ses batteries et indiqué comment et quand il allait ouvrir le feu sur
le prolétariat et la jeunesse. Il a été fidèle à son premier discours en tant
que président, où il annonçait (le 29 mai au Havre) : « Pour
bousculer les contraintes, pour en trancher les nœuds, il faut frapper fort, il
faut agir sur tous les fronts à la fois, il faut créer un effet d’entraînement,
il faut une masse critique. ».
Le « nouveau contrat social
français » de Sarkozy, s’il s’appliquait ainsi la bourgeoisie
l’escompte, signifierait un bouleversement des conditions d’existence de
l’immense majorité de la population, une détérioration durable des rapports politiques
au désavantage des travailleurs.
En effet, d’ici neuf mois,
Sarkozy entend rien de moins que détruire les régimes spéciaux, condition d’une
nouvelle agression contre le régime général des retraites et des
pensions ; remettre en cause le CDI tout en s’en prenant une nouvelle fois
aux chômeurs ; en finir avec la définition légale de la durée du
travail ; remettre en cause fondamentalement l’assurance-maladie, à
commencer par l’instauration des « franchises », ainsi que l’hôpital
public ; engager la casse du statut des fonctionnaires, et en particulier
celui des enseignants, pour permettre d’amplifier les suppressions de postes,
comme par exemple en fusionnant les Impôts et le Trésor Public. S’ajoute à ce
programme réactionnaire d’une ampleur sans précédent l’application des lois
votées cet été restreignant le droit de grève et engageant la privatisation des
universités, ainsi que le durcissement d’une politique littéralement criminelle
envers les travailleurs immigrés. Les prolétaires, les jeunes, sont en présence
d’une véritable déclaration de guerre en bonne et due forme.
Mais si Sarkozy se lance ainsi
« sur tous les fronts à la fois », pour tirer un trait sur les
acquis découlant pour l’essentiel des situations révolutionnaires de 1936 et
1945, il n’en est pas moins évident que dans son plan de bataille, le premier
bastion qu’il entend faire sauter, ce sont les régimes spéciaux de retraite,
ceux-là même qui furent défendus avec succès par la grève générale de la SNCF
et de la RATP en novembre-décembre 1995.
Leur priorité: faire sauter le verrou des régimes
spéciaux, vers une nouvelle « réforme » des retraites
« La priorité, c'est de
traiter la question des régimes spéciaux de retraites » a déclaré
Sarkozy. Mais en quoi est-ce une priorité ? Pas, comme l’acceptent plus ou
moins ouvertement les dirigeants syndicaux, pour des raisons de financement.
Non seulement le poids des régimes spéciaux dans l’ensemble du financement des
retraites est marginal, autour de 5%, mais encore s’il est question de
financement, la réponse des organisations syndicales devrait être nette :
que les patrons, que l’Etat, payent ! Ils sont responsables du chômage et
des bas salaires de la classe ouvrière, qui déstabilisent les régimes de
retraite bien plus que les considérants démographiques.
Accepter l’argument du
« déficit des retraites» revient ni plus ni moins à renoncer à
revendiquer des augmentations de salaires, à accepter que le patronat, l’Etat,
ne payent pas. Comment l’accepter, au moment même où la majorité UMP vient de
voter 15 milliards d’euros de cadeaux au patronat et aux grandes fortunes ?
Et s’ils prétendent ne pas
pouvoir payer, alors cela ne ferait que signifier que le régime capitaliste
doit quitter la scène de l’histoire, incapable de garantir une existence digne
à la grande majorité de la population.
Non, la « priorité » de
Sarkozy est politique. Il le dit lui-même : son gouvernement veut, d’ici
juin 2008, réaliser une nouvelle contre-réforme des retraites, avec notamment
l’allongement à 41 ans de la durée de cotisation, mais aussi la remise en cause
du calcul sur les six derniers mois dans la fonction publique ou du dispositif
concernant les « longues carrières » (ce qui fait s’étrangler Chérèque, lequel avait mis en avant cette « concession »
de Fillon, en 2003, pour justifier le soutien de son organisation au passage au
40 annuités dans le public). Sarkozy l’exprime sans détours : « on
n'entreprendra pas une troisième réforme des retraites sans y inclure les
régimes spéciaux ».
Plus encore : de même que le
vote express de la « réforme » des universités (voir dans ce numéro)
était autant un moyen de prendre la jeunesse scolarisée de vitesse qu’un signal
adressé à la bourgeoisie que le gouvernement ne reculerait pas devant ces
étudiants qui avaient eu l’audace, par le passé, de se mobiliser et de gagner
contre le pouvoir, la destruction (« convergence ») des régimes
spéciaux devant lesquels Chirac et Juppé avaient dû renoncer en 1995 est un
préalable à tout le reste des attaques planifiées par Sarkozy. Si elle aboutissait,
elle aurait forcément un effet démoralisateur qui rejaillirait sur l’ensemble
du prolétariat français.
Voilà pourquoi c’est à marche
forcée que Sarkozy a calculé son coup : « quinze jours de concertation » avec le ministre Bertrand,
cette « concertation » devant aboutir à un texte-cadre, lequel serait
décliné par d’autres négociations dans chacune des entreprises concernées, au
premier rang d’entre elles la SNCF, EDF et la RATP.
Pour la défense des régimes spéciaux de retraite, la
responsabilité des directions syndicales est totale
Cela pose au premier chef la
responsabilité des directions syndicales CGT et FO de ces entreprises, mais
aussi des directions confédérales, lesquelles en outre siègent (ainsi que celle
de la FSU) au Conseil d’Orientation des Retraites, lequel, Sarkozy l’a rappelé,
sera chargé de préparer le « rendez-vous » de 2008.
Et qu’ont-elles fait face à l’annonce
d’une « réforme » hyper-rapide des régimes spéciaux ? Tous les
secrétaires confédéraux se sont rendus chez Sarkozy lors du week-end précédant
sa déclaration de guerre, ce à quoi ils les avait
conviés afin de … mieux la préparer ! Et surtout, aucune ne se prononce pour la
défense des régimes spéciaux, B.Thibault réclamant simplement : « il faut négocier pour trouver
d'autres solutions sur l'ensemble des retraites » (Ouest-France du 21
septembre). Et, ajoute-t-il : « il va falloir penser à la mobilisation des salariés »
(sic !).
Le Monde du 18 septembre informait pour sa part : « A sa sortie de l'Elysée, Jean-Claude Mailly, le
secrétaire général de FO, s'est déclaré prêt à discuter des régimes spéciaux
" si le chef de l'Etat ne passe pas en force, s'il ne met pas les gens
avec une épée dans le dos et que le gouvernement accepte de discuter
sereinement, en prenant le temps nécessaire ».
Du côté du PS, Sarkozy ne rencontre aucune opposition de principe, car,
dit son porte-parole Benoît Hamon « la réforme est donc nécessaire mais elle doit être
négociée et construite avec les partenaires sociaux »… et que dire des encouragements ouverts de
M.Valls qui joue les perroquets de Sarkozy !
A la SNCF, au sortir d’une
rencontre tenue le 19 septembre, cinq fédérations décident d’appeler à la
grève… un mois plus tard, le 17 octobre, avant de montrer le peu de cas qu’ils
font de cet appel en le décalant au 18 au prétexte de ne pas gêner la
« journée du refus de la misère », d’inspiration catholique et petite
bourgeoise.
Et pourquoi attendre un mois, laisser
passer la « quinzaine » de
concertation annoncée par Sarkozy ?
Selon le secrétaire fédéral FO : « la date peut sembler
éloignée, mais ce temps laissé peut permettre à d'autres secteurs
professionnels de décider de nous rejoindre dans l'action ». Le 20, les syndicats RATP se réunissent et décident « en
attente de propositions du ministre du Travail » selon le secrétaire Unsa-Ratp, donc dans le
cadre des négociations annoncées par Sarkozy, d’attendre le 28 septembre. Le
21, les fédérations de la fonction publique décident à leur tour qu’il est
urgent d’attendre, donc de se revoir le 1er octobre, après la tenue
de la première conférence sur la fonction publique. C’est-à-dire après
l’engagement de la concertation avec le gouvernement ! Si la CGT-Energie
appelle elle à la grève, rejointe le 28 par la plupart des syndicats de la Ratp
(voir le supplément à CPS reproduit dans ce numéro), et peut-être à la
dernière minute par des fédérations de fonctionnaires, elle ne s’en préparent
pas moins, comme leurs alter ego de la SNCF, à participer aux
« négociations », au ministère le 27 septembre, puis dans chaque
entreprise.
Par contre, les directions CGT et
FSU appellent à manifester le samedi 13 octobre sur la « pénibilité ».
Or c’est justement le prétexte au nom duquel Sarkozy a caractérisé « d’indigne » les régimes spéciaux. En
mettant en avant eux aussi cette question, les appareils syndicaux s’insèrent
dans le dispositif gouvernemental de remise en question de ces régimes, au prix
éventuellement de quelques concessions mineures du patronat sur la pénibilité
(quoique pour l’instant, ce dernier propose scandaleusement que ce soit
l’assurance-maladie qui prenne en charge les conséquences humaines terribles
que l’exploitation inscrit dans la chair du prolétariat).
En 1995, le 10 octobre, une
journée d’appel unitaire dans toute la fonction publique et les entreprises
publiques avait permis aux travailleurs de mesurer leur force contre le
gouvernement Chirac-Juppé et sa « réforme » de la Sécurité sociale.
Elle était annonciatrice du grand mouvement de classe de novembre-décembre 1995,
s’engageant à partir d’une autre journée d’action appelée par les appareils le
24 novembre. Ceux-ci ne l’ont pas oublié, et se disposent de façon à briser
dans l’œuf toute tentative de résistance à la politique du gouvernement, tandis
qu’ils collaborent à fond avec lui et le Medef dans leur entreprise de
liquidation des acquis ouvriers.
Sarkozy laisse trois mois aux « partenaires
sociaux » pour trouver des substituts au CDI
Particulièrement éclairantes à
cet égard sont les négociations engagées depuis le 13 septembre entre les
directions syndicales et le Medef sur la question du contrat de travail,
négociation dont Sarkozy a rappelé le 18 septembre que :
« Le gouvernement tirera toutes les
conséquences de ces négociations à la fin de cette année. Quand il y aura eu
accord, la loi le consacrera. Là où il n'y aura pas eu accord, l'Etat prendra
ses responsabilités. »
En faisant sa rentrée politique
lors de l’université d’été du Medef, et en y reprenant à son compte le concept
inventé par Parisot de « séparation à l’amiable », ou encore en se
prononçant pour que la durée du travail ne relève plus de la loi mais soit
décidée au niveau des branches et même des entreprises, Sarkozy a explicité ce
que sont ses « responsabilités » :
faire droit aux exigences du Medef. La « réforme du marché du
travail » est d’ailleurs l’objectif essentiel de la lettre de mission
adressée par Sarkozy à son ministre Bertrand.
Le Medef quant à lui a précisé
ses desiderata lors de la première réunion avec les directions syndicales.
Selon Le Monde du 14 septembre :
« La principale mesure
concerne l'allongement de la période d'essai du CDI qui serait également
doublée d'une autre période de "validation économique". (…) Sans
aller jusqu'aux deux ans instaurés dans le cadre du contrat nouvelles
embauches réservé aux entreprises de 20 salariés au plus, cette période
pourrait atteindre de six mois à un an. (…)Le document patronal propose aussi
d'instaurer une "période de validation économique répondant à
l'incertitude économique de l'entreprise", succédant à la période d'essai»
Et encore:
« le
Medef propose "la mise en place d'un CDI conclu pour la réalisation d'un
objet précis". Calqué sur les contrats de mission à l'export ou contrats
de chantier qui existent dans le bâtiment, ce CDI de projet verrait le motif de
rupture, la fin du projet, fixé par avance, sans qu'il soit daté dans le
temps.»
Dans ces conditions, avec ce super-CNE, le CDI serait évidemment réduit à la portion
congrue. Ce n’est pas tout. Selon Le Monde du 22 septembre :
« le
Medef veut redéfinir les possibilités de modification des contrats et des
conditions de travail. Toute proposition par le chef d'entreprise d'une modification
du contrat, salaire, définition du poste, mobilité, etc.
serait soumise au salarié qui, s'il n'a pas répondu dans "un délai
défini", sera considéré comme l'ayant acceptée.
Si cette modification, non
liée à une suppression d'emploi, "est refusée par le salarié, la rupture
ne devrait alors pas être considérée comme un licenciement économique", ce
qui exonérerait l'entreprise des charges qui y sont attachées. ".
Le soutien avéré de Sarkozy aux
revendications patronales se traduit par l’organisation au niveau
gouvernemental de pas moins de trois « conférences sociales »
successives, cet automne, portant notamment sur le « coût du
travail ».
Le but de ces conférences est
d’associer les directions syndicales à la réalisation des objectifs du Medef.
Certes, les dirigeants syndicaux s’en défendent, mais dans quels termes !
Mailly, interviewé dans Les Echos du 12 septembre, déclare par
exemple: « Nous voulons démontrer que nous pouvons négocier et aboutir
à des résultats, qui pèseront sur le gouvernement, mais pas à n’importe quel
prix. Nous ne rechercherons pas la signature pour la signature. Nous entrons
dans cette négociation de manière positive, avec une volonté de
compromis. »
« Peser sur le
gouvernement »? Mais la
« positive attitude » de Mailly l’amène, avant même que les
négociations ne soient ouvertes, à déclarer dans la même interview : « Nous
sommes prêts à donner une place supérieure à la conciliation dans le cadre de
procédures prud’homales simplifiées. Pour cela, on pourrait raccourcir la durée
des recours juridiques, ce qui serait à la fois plus sécurisant pour les
patrons et pour les salariés. ». La direction de FO a
beau dire, après cela, qu’elle s’oppose à la « séparation à
l’amiable » revendiquée également par le patronat et Sarkozy, elle ne
leur en ouvre pas moins grande la porte pour y parvenir !
Comment avoir une « attitude
positive » avec un gouvernement qui déclare vouloir durcir les conditions
d’accès à l’assurance-chômage, qui entend « sous quinze jours »
dit Sarkozy, engager la fusion ANPE-Unedic à cette fin, pour mettre en place « avant
la fin de l'année des procédures et des sanctions, à la fois plus efficaces,
plus fermes et plus justes à appliquer lorsqu'un demandeur d'emploi refuse deux
offres valables d'emploi ou une formation. » ? Malgré cela Mailly
et ses pairs sont décidés à avoir une « volonté de compromis »
avec un gouvernement dont le leader déclare de manière tonitruante au
sujet des concertations : «Je serai ouvert sur les moyens et la méthode,
mais je ne transigerai ni sur les objectifs ni sur les principes. »
D’un côté, c’est « pas de
quartier », de l’autre, c’est l’air des « compromis ». Le
résultat d’un tel refus d’organiser le combat contre le gouvernement Sarkozy,
donc de rompre avec lui, de refuser de participer aux « conférences
sociales » et de rompre les négociations avec le Medef serait couru
d’avance : tout bénéfice pour le gouvernement Sarkozy-Fillon
et les patrons.
Il n’en va pas autrement dans la
fonction publique.
Le projet de budget, prélude à un coup de torchon sur
le statut de la fonction publique
Le 26 septembre, le conseil des
ministres a validé le projet de budget soumis à l’Assemblée nationale. Que la
presse bourgeoise parle de « recul »
(et à sa suite les appareils syndicaux) ne s’explique que parce que les
promesses que Sarkozy a faites en matière de suppression de postes a mis les
capitalistes en appétit. Car en réalité, ce projet budget bat tous les records
en la matière 23 000 postes en moins – encore s’agit-il d’un plancher, puisqu’avec la Lolf, d’autres
suppressions peuvent intervenir en cours d’année. Le tout au nom de la dette
publique, dont il faut rappeler que pour les travailleurs, elle est totalement
illégitime, creusée par des décennies de dépenses militaires parasitaires et
d’aides directes au grand patronat, et servant à engraisser banquiers et
spéculateurs associés.
L’enseignement public est
particulièrement touché, surtout le second degré, en attendant le tour de
premier degré l’an prochain avec la suppression de 15% des heures de cours
annoncée par Darcos sous couvert de rythmes
scolaires. Ceci n’empêche pas le secrétaire général de la FSU de saluer celui
qu’on peut vraiment nommer son ministre de tutelle pour avoir « limité les
dégâts », alors que, factuellement, il n’y a
jamais eu autant de suppressions de postes dans l’enseignement, et que Darcos prévoit de les amplifier en procédant à des
suppressions massive d’options, d’heures, ce que prélude la disparition
programmée de la carte scolaire, pour aboutir dès la rentrée 2008 à la remise
en cause du statut des enseignants (voir dans ce numéro).
Mais c’est dans toute la fonction
publique que les contre-réformes sont à l’ordre du jour immédiat, comme Sarkozy
l’a rappelé dans son discours du 19 septembre : « pour 2008 le
gouvernement s'en est tenu au non remplacement d'un fonctionnaire sur trois.
Nous irons plus loin au fur et à mesure de l'avancée des réformes »
Ce que seront ces
« réformes » est connu jusque dans le détail. Sarkozy les a
exposées : en parallèle d’un véritable « plan de
restructuration » dont la manifestation la plus évidente serait la liquidation
de dizaines de milliers de postes avec la fusion Trésor/Impôts, il veut briser
le « carcan des statuts ». Au programme : en finir avec
les concours, individualiser les carrières et les augmentations de
salaires pour en finir avec les augmentations collectives (ceux qui veulent
gagner plus auraient à faire… plus d’heures !), aller vers un système où
d’un côté on offrirait un « pécule »
pour faire partir les fonctionnaires (sorte de prime de licenciement
déguisée), et de l’autre on proposerait aux nouveaux embauchés un … CDI de doit
privé, « négocié de gré à gré ».
Le 19 septembre est déjà paru au JO un texte qui autorise la suppression
de la notation, laquelle serait remplacée par un « entretien individuel ».
Le ministre Woerth l’avait déjà dit en juillet: il s’agit de permettre aux
« cadres » de « choisir leurs collaborateurs ».
Ainsi, c’est toute la protection collective qui s’incarne dans les statuts qui
serait liquidée, ce qui provoquerait un changement profond, politique, en
faisant des fonctionnaires non plus des travailleurs qui doivent leur poste à
un concours, mais à un petit chef. Bien que Sarkozy ait fixé comme objectif
2012, c’est dès 2008 qu’un « livre blanc » serait rédigé, dans la
concertation avec les directions syndicales.
Voilà l’objectif des quatre
conférences prévues tout au long du mois d’octobre sur la fonction publique,
qui doivent préparer le terrain pour faire aboutir les projets destructeurs du
gouvernement en y associant les directions syndicales. Ces conférences, sur les
« valeurs » de la fonction publique se tiendront au moment même où le
parlement sera saisi du budget de suppressions record de postes ! Or les
appareils syndicaux, au lieu de combattre contre le budget, entendent toutes y
participer. Tout en s’élevant verbalement contre « un dynamitage de tous les principes fondateurs de la Fonction publique»
(Aschiéri, FSU) du statut annoncé par Sarkozy, les
appareils syndicaux s’associent aux dynamiteurs. Pour discuter de l’endroit où
poser les charges ?
La défense inconditionnelle du
statut, pour laquelle ne se prononcent même pas les directions fédérales,
exige au contraire le boycott de ces conférences.
« Sarkozy veut entraîner les syndicats dans
ses réformes » … jusqu’où ?
Ce titre d’un article du Monde du 20 septembre est évident au
regard de ce qui précède. Encore faudrait-il préciser que ce sont les appareils
syndicaux qui se laissent entraîner, que rien ne les contraint à s’engager
ainsi. Les deux réformes maîtresses votées cet été, sur l’université et le
service minimum, le soulignent.
Sur la première, dont le contenu
est détaillé dans un article de ce numéro de CPS, ce sont ouvertement les élus syndicaux qui dirigent la plupart
des conseils d’administration qui prennent en charge le basculement vers le
statut d’autonomie, la marche à la privatisation et aux fondations à
l’américaine, mais aussi une forme de casse du statut qui peut servir de
laboratoire pour toute la fonction publique. Et au bout du compte, en mettant
en œuvre cette loi qui généraliserait la concurrence entre les universités,
ainsi qu’au sein des universités entre les personnels, et qui réduit la place
qu’occupent jusqu’ici dans la cogestion universitaire les appareils syndicaux,
les dirigeants au premier chef du SNESup-FSU créent
les conditions de la liquidation de leur syndicat lui-même.
La loi sur le « service
minimum », elle, est en fait une loi qui restreint considérablement le
droit de grève. Elle impose à chaque travailleur de se déclarer,
individuellement, gréviste 48 heures à l’avance pour pouvoir faire grève, niant
le caractère collectif de la grève. Elle permet le déplacement de personnels
pour « boucher les trous », au mépris des qualifications, ou encore
impose un « médiateur », et enfin permet aux entreprises de transport
– et le cas échéant aux conseils régionaux et départementaux dirigés par le PS
- d’organiser des référendums sur la grève. Une telle atteinte au droit de
grève met à terme en danger l’existence même des organisations syndicales. Or
ce sont ces dernières qui sont « entraînées » par le projet à « négocier »
à la fois un protocole de prévention des conflits du type de ceux adoptés à la
RATP et à la SNCF avec l’assentiment des dirigeants syndicaux, notamment CGT-Cheminots ; et à la fois d’autres protocoles
d’organisation du service minimum les jours de grève. Autrement dit, les
dirigeants syndicaux sont invités à mettre en place eux-mêmes les barrages
contre les grèves! Là aussi, c’est un processus de liquidation des
organisations syndicales dans lequel Sarkozy veut les « entraîner »,
et que la réforme de la « représentativité » qu’il a aussi réaffirmée
le 18 septembre doit permettre d’accélérer.
A cet égard, la position adoptée
par la fédération FO-Transports le 18 septembre est
symptomatique. La voici :
« FO Transports ne
participera pas aux réunions de « négociations » sur l’application de la loi
sur le service minimum (…) ces
discussions ayant pour seul objectif de transposer dans ces secteurs des
décisions gouvernementales rejetées par toutes les organisations syndicales. Nos
délégations quitteront donc définitivement ces réunions après avoir, dès
l’ouverture, fait lecture d’une déclaration rappelant nos positions.
Ce refus d’accompagnement s’exercera
naturellement dans les entreprises où les militants FO refuseront toutes
négociations. »
Sans s’illusionner sur la portée
de cette prise de position, d’autant qu’elle ne se propose nullement d’être
reprise par les autres fédérations, et donc qu’elle s’inscrit de fait dans un
partage du travail avec les autres fédérations, à commencer par la CGT, elle
montre que le combat contre la concertation sur laquelle « s’appuie » le gouvernement selon
les termes mêmes de Raymond Soubie au Monde, est pleinement à l’ordre du jour.
L’exigence de la rupture avec ce gouvernement, du
combat contre lui, peut se frayer un chemin
Face à ce gouvernement exceptionnellement
brutal et arrogant, face à ce président qui affirme comme jamais depuis de
Gaulle le caractère bonapartiste de la 5ème République et veut le
renforcer plus encore dans la constitution, il faut être un bureaucrate
syndical rassis pour ne pas ressentir un violent dégoût.
Inévitablement, une grande partie
du prolétariat, de la jeunesse, malgré le matraquage des sondages (que les
appareils exhibent à l’envi pour justifier leur soumission au gouvernement),
assistent avec écoeurement ou colère à ces « concertations » d’une ampleur sans
précédent entre directions syndicales et gouvernement, complétées sur leur
propre plan par les rencontres régulières avec le PS, voire le PCF. En effet,
ils peuvent mesurer chaque jour l’ignominie de ce gouvernement de
va-t’en-guerre, que ce soit contre le prolétariat ou au Moyen-Orient.
C’est ce qu’illustrent les
« franchises médicales », que le projet de loi de financement de la
sécurité sociale doit instaurer, sous couvert de lutter contre la maladie
d’Alzheimer. Il s’agit de faire payer aux travailleurs, à commencer par les
plus pauvres, un déficit de l’assurance-maladie causé par le non-paiement des
dettes de l’Etat et les exonérations dont bénéficient les patrons. Au-delà,
cette nouvelle étape de déremboursement des soins ouvre pour Sarkozy la
perspective, rappelée le 18, d’ouvrir plus largement le « marché » de
la santé aux assurances privées – à cette fin, un « grand débat »
devrait être organisé, pour se conclure très rapidement là encore, avant
juillet 2008.
En même temps, le
même projet de loi prend pour cible l’hôpital public notamment à travers
la généralisation de la tarification à l’activité qui détermine un taux de remboursement fixe par pathologie, identique pour l’hôpital
public et les cliniques privées. Or ces dernières par la surexploitation de
leur personnel, ainsi que leur sous- qualification, ont des coûts en personnel
plus faibles. Ainsi, les déficits dont souffrent déjà la grande majorité des
hôpitaux publics vont s’accentuer, réglés toujours de la même manière :
par les suppressions de centaines de postes, le licenciement massif des
personnels précaires en particulier, et les restrictions. Et ce n’est qu’un
début. Le gouvernement vient d’annoncer la tenue d’une concertation sur
l’hôpital public sous la houlette de Larcher, sur les objectifs de laquelle le
député B.Debré (majorité UMP –NC) vient de donner un éclairage en fixant
l’objectif de fermer un hôpital sur trois !
Illustration : l’annonce par
la direction de l’hôpital du Havre de la suppression de 550 postes sur cinq
ans.
La persécution des travailleurs
sans papiers bat son plein, entraînant déjà plusieurs décès en France – sans
parler du sort terrible qui peut attendre ceux qui sont renvoyés par milliers
dans le pays qu’ils ont dû fuir. La loi Hortefeux,
assaisonnée par la majorité UMP à l’Assemblée de tests ADN, met de facto fin au
regroupement familial en érigeant des conditions de ressources et de logement
pour y prétendre que peu de travailleurs peuvent réunir. Elle y substitue une
« immigration économique » qui n’est rien d’autre que la lointaine
héritière de la traite négrière.
Le sinistre Hortefeux
avait été précédé par la loi Dati sur la récidive,
loi dont ce n’est pas l’un des moindres aspects qu’elle permette de jeter en
prison quasi automatiquement les manifestants, les grévistes, plus largement
tous ceux qui auraient eu maille à partir avec la police. Le parallèle s’impose
avec l’annonce par Sarkozy devant le Medef qu’il allait dépénaliser le droit
des affaires. La prison pour les prolétaires et la jeunesse, l’indulgence pour
les bandits de grand chemin en costume cravate qui écument les conseils
d’administration. A cela il faut ajouter le discours raciste tenu par Sarkozy
en Afrique, dans lequel il évoquait avec mépris le « paysan
africain » insensible à l’idée de « progrès », au contraire de
la colonisation qui aurait eu à l’en croire tant de vertus. Où sur un autre
plan le discours de madame Lagarde au parlement cet été lorsqu’elle y vanta son
projet de loi déversant des milliards d’euros de cadeaux aux plus riches. Ce
discours culmina en effet dans ce mot d’ordre qui est celui de toute la
bourgeoisie française « c’est une
vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. (...) C’est
pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé !».
C’est sans doute un signe
avant-coureur du rejet de la politique du gouvernement que la grève des
ouvriers de Goodyear et Dunlop contre un projet de réorganisation du travail
faisant « travailler plus » (les week-end et jours fériés) pour
« gagner plus » (une aumône de 65 euros). Cette grève a abouti au
boycottage du référendum que la direction organisait sur son projet, référendum
annulé, ainsi que le projet, retiré, pour l’instant. Rappelons aussi la grève de juin dernier dans
l’usine Kronembourg d’Obernai (voir dans ce numéro
l’intervention d’un délégué au congrès confédéral de FO). Les initiatives
militantes que publie ce numéro en témoignent : le rejet de la
concertation, la volonté du combat uni contre le gouvernement, peuvent se
frayer un chemin, bousculer la politique des directions syndicales.
Alors que sa situation économique se détériore, l’impérialisme
français est isolé en Europe
« Je veux 3% »,
a déclamé un Sarkozy, toujours aussi ivre de puissance et de lui-même, dans
l’avion qui le ramenait de Budapest, le 14 septembre. Mais la réalité
économique n’a que faire des adeptes de la méthode Coué. Elle s’est d’abord manifestée par plusieurs
révisions à la baisse des prévisions de croissance du PIB français pour 2007,
prévisions qui aujourd’hui sont toutes en dessous des 2%. L’Insee a publié le
28 septembre les chiffres de la croissance au second trimestre : +0,3%
seulement, ce qui n’empêche pas le gouvernement d’adopter un projet de budget
basé sur des prévisions un tiers supérieures aux estimations, donc un budget
délibérément truqué.
La réalité de la situation du
capitalisme français est apparue en plein lumière à
Porto, lors du sommet des ministres des finances de l’Union. « J’en ai
pris plein la figure » aurait dit C.Lagarde en rentrant à Paris. Le
fait est que le sommet s’est préoccupé selon la presse du « cas
français », notamment de l’aggravation constante des déficits publics
et de l’endettement, ainsi que du renoncement du gouvernement Sarkozy-Fillon aux engagements pris en matière de finances
publiques par le gouvernement Chirac-Villepin. Ce
« cas », Sarkozy l’a aggravé en cherchant dans la politique de la BCE
le responsable tout trouvé des difficultés économiques à venir, l’accusant de
faire le jeu des « spéculateurs » contre les
« investisseurs », et demandant à mi-mot une baisse des taux
d’intérêts. La réponse de Junker, président de l’eurogroupe,
montre dans sa teneur à quel point Sarkozy est isolé au sein de l’Union
Européenne : « je ne commente pas les propos tenus en l’air »,
tandis que de son côté le président de la Bundesbank qualifiait de « nulle »
la valeur des propos du président français.
Si ces propos tranchants font
cruellement ressortir l’absence de toute opposition sérieuse à Sarkozy sur la
scène politique française, ils soulignent d’abord que les autres impérialismes
européens, à commencer par l’impérialisme allemand, ne suivent pas le
gouvernement Sarkozy-Fillon quant à la nécessité de
faire baisser le cours de l’euro, renvoyant les capitalistes français à leurs
propres problèmes de « compétitivité », c’est-à-dire invitant Sarkozy
à redoubler de coups contre la classe ouvrière.
Eux le savent : les récriminations de Sarkozy sont d’abord un aveu
de faiblesse, faiblesse qui peut se mesurer à l’aune de l’ampleur du déficit
des échanges commerciaux de la France.
Elles sont loin, les rodomontades
mégalomaniaques de Sarkozy qui se vantait d’avoir « sauvé l’Europe »,
excusez du peu, grâce au « traité simplifié » remplaçant la
« constitution européenne ». Il s’avère aujourd’hui que ledit traité
n’est toujours pas rédigé, et que par exemple le gouvernement allemand s’oppose
à l’Elysée sur la question de la place accordée dans ce futur texte à … la
Banque Centrale Européenne !
Ces tensions se manifestent alors
même que l’impérialisme français au sujet duquel une économiste de la Société Générale
déclarait début septembre : « c'est la désolation du côté de la
production et des exportations » va faire face, comme l’ensemble de
l’économie mondiale, à une conjoncture une nouvelle fois menaçante.
Crise financière…
Cet été, à partir de la
mi-juillet, les marchés financiers sont entrés dans une phase de crise, de
brusques soubresauts, de chutes et rechutes du cours des actions. L’origine
immédiate de cette phase de baisse était la défaillance d’organismes
spécialisés dans le crédit immobilier, ou, devrait-on dire, dans l’escroquerie
des travailleurs les plus pauvres aux Etats-Unis, qui leur ont
« vendu » des prêts d’accès à la propriété immobilière en sachant
qu’ils ne pourraient pas les rembourser. Ce sont 1 à 3 millions d’entre eux
aujourd’hui qui, selon un sénateur américain, pourraient être jetés à la rue.
Ces défaillances des organismes
de prêt immobilier se sont propagées à l’ensemble du secteur bancaire, dans la
mesure où toutes les grandes banques sont engagées sur ce « marché »
des emprunts immobiliers à risque – bien qu’aucune banque n’ait été en mesure
de mesurer l’ampleur des pertes qu’elle subirait sur ce véritable marché de la
dette des ménages américains. Cette implication des banques, qui constituent le
cœur du système capitaliste, a déclenché une véritable crise du crédit, dont la
manifestation a été la hausse brutale du taux auquel ces institutions
financières se prêtent entre elles. En clair : les banques ne se font plus
confiance entre elles ! Autre
manifestation de cette crise: la fuite des capitaux vers les valeurs
refuges : obligations d’Etat, or, matières premières. Relevons notamment
l’embrasement spéculatif des céréales, lequel présage des famines dans les pays
dominés, où le morceau de pain pourrait devenir un luxe inabordable pour la
majorité de la population.
Plusieurs interventions massives
des banques centrales américaine et européenne ont été nécessaire pour éviter
que ce resserrement des conditions du crédit n’entraîne d’importantes faillites
bancaires, sans éviter pour autant que, notamment en Allemagne ou régnait une
atmosphère de panique après la défaillance de la banque IKB, suivie d’autres,
défaillances camouflées par l’intervention du gouvernement et de la Bundesbank.
On a ainsi entendu un responsable de la bourse allemande parler de « la
crise financière la plus grave depuis 1931 ». La huitième banque
britannique, « Northern Rock », spécialisée dans l’immobilier, a été
sauvée par l’ouverture de lignes de crédits par la banque d’Angleterre (c’était
la première intervention de ce genre de toute son histoire), alors qu’on voyait
des scènes évoquant la crise de 1929… ou celle de 2001 en Argentine, des épargnants
souvent d’origine populaire faisant la queue en masse pour retirer leurs
économies avant qu’elles ne s’évaporent.
Ce que la Banque d’Angleterre a
fait pour sauver « Northern Rock », c’est ce que les banques centrales
américaine, européenne et autres, ont fait en injectant des centaines de
milliards de crédits à court terme, pour sauver l’ensemble du système
financier. Mais ces interventions n’ont même pas suffi à endiguer la crise du
système de crédit. Il a fallu pour juguler au moins provisoirement la crise
financière que la réserve fédérale américaine baisse significativement ses taux
de base, ceux auxquels les banques lui empruntent. Alors la crise financière s’est
momentanément calmée. Mais elle couve encore. Ainsi a-t-on appris le 27
septembre que « la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale
des Etats-Unis continuent à mettre à la disposition des marchés frappés par la
crise financière des liquidités très importantes, selon les chiffres diffusés
jeudi. » (Dépêche Reuters). Et aussitôt les banques espagnoles,
allemandes et autres nient avoir eu recours à ces facilités (ce qui est
invérifiable), de peur de voir le cours de leur action chuter aussitôt… la
confiance règne ! C’est clair : rien n’est réglé, un krach financier est toujours à l’immédiat ordre du jour.
… et marche à la récession : c’est le capitalisme
qui est « en faillite »
Mais quelle est la raison de
l’éclatement de cette crise ? C’est le ralentissement global de l’économie
américaine, lequel s’est amorcé avant même qu’éclate la crise du logement. Il
est d’une importance décisive de le saisir. Lors de sa première conférence en
avril dernier, notre Groupe avertissait que « il serait hâtif de penser
que le tournant dans la politique économique qui a été enclenché aux Etats-Unis
à partir de 2001 a d’ores et déjà été digéré » et qu’à cet égard, « les
mois à venir seront décisifs ». Ce pronostic est vérifié.
Rappelons que la crise économique
entamée en 2000 aux Etats-Unis, et accélérée en 2001, avait été surmontée par
une politique économique rompant de fait avec le monétarisme : baisse des
taux d’intérêts au plus bas, recours à des déficits gigantesques. L’injection
massive de crédits à bon marché dans l’économie lui a permis de repartir, tout
en créant de nouvelles masses de capital flottant et spéculatif qui ont nourri
de nouvelles bulles spéculatives, tout particulièrement dans les matières
premières et le logement. Mais encore fallait-il que le taux de profit aux USA
remonte suffisamment pour prendre le relais de cette injection massive de
crédits, et permettre que s’engage un nouveau cycle de croissance lequel aurait
permis d’offrir des débouchés au capital. Mais précisément, l’investissement
productif n’a pas pris le relais. Le prix Nobel d’économie Joseph Stieglitz le
résumait en ces termes dans les Echos
du 20 août :
« Le fort
surinvestissement des années 90 ayant été l’une des causes de la récession, la
baisse des taux n’a pas tellement stimulé l’investissement. L’économie a
prospéré, mais essentiellement parce que les familles américaines ont été
incitées à s’endetter davantage ».
C’est dans ces circonstances que
la surproduction effrénée de logements (les capitalistes produisent toujours
comme si la capacité de consommation des masses était illimitée, tout en la
restreignant eux-mêmes pour produire à moindre frais) s’est heurtées aux
limites du marché, même si ces dernières avaient été repoussées par
l’utilisation de ces crédits « subprime » sans
scrupules. Mais cette crise du secteur du logement est à son tour un catalyseur
de la récession qui s’annonce aux Etats-Unis pour 2008 (A.Greenspan
la considère comme quasi certaine). En effet, la capacité d’emprunt des ménages
américains (déjà les plus endettés de la planète), y compris pour les crédits à
la consommation, est appréciée selon le cours de marché de leur bien
immobilier. Or, au second trimestre, si la croissance américaine est apparue
forte, elle reposait d’abord sur la consommation des ménages.
La baisse vertigineuse des prix
de l’immobilier, conjuguée avec le fait que le taux de profit reste
insuffisant, augure d’une crise brutale. Ses répercussions sur l’ensemble de
l’économie mondiale, pour laquelle les exportations vers le marché américain
sont décisives, seront considérables. A cela il faut ajouter que la baisse des
taux d’intérêts américains ne peut qu’accélérer la baisse du cours du dollar, à
la limite d’un krach monétaire, avec des effets déstabilisants sur toute
l’économie mondiale
Lors d’une visite en Corse,
François Fillon a déclaré « je suis à la
tête d’un Etat en faillite ». Ce que la crise financière dévoile,
c’est que c’est l’ensemble du mode de production capitaliste qui est en
faillite. L’endettement généralisé et massif des Etats, des particuliers
couverts de dettes, est caractéristique d’un système qui a utilisé toutes les
ressources du crédit, de véritables traites de cavalerie, pour repousser les
échéances qui le menacent, pour empêcher que les contradictions insurmontables
qui sont les siennes n’éclatent en un souffle dévastateur. Depuis des
décennies, l’intervention grandissante des Etats dans l’économie, d’abord sous
la forme particulièrement destructrice de l’économie d’armement, a été nécessaire
pour limiter l’ampleur des crises. Mais ces interventions dévorent plus que
tout ce que l’économie capitaliste mondiale produit, et ont généré une dette
qui a servi de base à la construction d’un invraisemblable château de carte
fait de capital flottant, fictif, et spéculatif, qui représente aujourd’hui
nominativement plusieurs fois la richesse mondiale.
Le seul moyen, aujourd’hui comme
hier, pour l’ensemble des classes capitalistes de la planète d’éviter une fois encore
que la « faillite » soit prononcée, d’empêcher que, face à la réalité
économique, l’élastique qu’est pour eux le système du crédit ne se rompe, et
que le château de carte ne s’effondre, c’est de faire retomber tout le poids de
leur crise récurrente sur le dos des prolétariats de leurs propres pays. Seule
l’intensification de l’exploitation, de l’oppression sous toutes ses formes
peut permettre au Capital de grignoter un nouveau sursis. N’est-ce pas là le
résumé le plus concentré du programme du gouvernement Sarkozy-Fillon,
dont la rapidité fait écho à la situation particulièrement dégradée du
capitalisme français par rapport à ses principaux concurrents ?
L’ennemi qu’il faut combattre et vaincre : le
gouvernement Sarkozy-Fillon
Pour stopper son offensive, les dirigeants syndicaux doivent rompre avec lui et
préparer la grève générale
La situation économique ne peut
que pousser le gouvernement Sarkozy-Fillon a accélérer encore son offensive. Mais quatre mois après sa
victoire électorale, même si Sarkozy pousse les traits bonapartistes de la Ve
République au paroxysme, même si le rythme de ses annonces, les médias à sa
botte, visent à étourdir les travailleurs, ce gouvernement a un besoin crucial
du soutien des appareils syndicaux, devant les échéances décisives qui se
profilent dans les mois qui viennent, à commencer par la question des régimes
spéciaux.
Que les appareils syndicaux
soient prêts à le soutenir entièrement dans la mesure où ils préservent leur
place de « partenaire sociaux » reconnus et gardant ainsi accès aux
prébendes gouvernementales, la lecture du présent éditorial ne peut laisser de
doute à ce sujet.
Mais la politique des appareils
est renforcée par le fait que Sarkozy ne rencontre nulle opposition sur le
terrain directement politique. Le Parti Socialiste s’enfonce dans une crise
potentiellement explosive, une fois passées les municipales, et s’inscrit dans le
sillage de la campagne de Royal, ce que Hollande (cité par Le Monde du
20 septembre) résume à sa façon: «La bonne réaction c'est de faire des
propositions sur les retraites, l'offre de soins ou encore la modernisation
négociée du contrat de travail avec des contreparties pour les salariés. Le PS
doit avoir une vision modernisatrice : ne pas apparaître comme conservateur
mais réformateur. »
En clair, c’est un programme
d’accompagnement de la politique de Sarkozy. Quant à Fabius, il faut relever
qu’il est sorti d’un long silence en le justifiant ainsi : « un
nouveau pouvoir s'est installé, j'ai trouvé normal de le laisser faire ses
armes ». Le « laisser faire » !
Travaux pratiques : de
multiples membres du PS sont associés directement à cette politique. Ainsi Lang,
dans la commission chargée de « présidentialiser » encore davantage
la constitution, Rocard dans celle chargée de préparer la casse du statut
d’enseignant, Attali et autres Strauss-Kahn, propulsé par Sarkozy à la tête du
FMI (pour un salaire annuel de 500 000 dollars). A l’Assemblée,
le PS a accepté, en prenant la commission des finances, de s’immerger dans le
cadre du budget de Sarkozy-Fillon, qui concentre
toute sa politique.
Le PCF, lui, tiraillé chaque jour
un peu plus entre des forces centrifuges, et effaré à la perspective des
prochaines municipales, a réuni sur une même tribune lors de la fête de l’Humanité
les formations de l’ex-gauche plurielle, flanquées de la LCR, réactivant un
collectif, « ripostes », constitué au moment du C.P.E. Réuni au soir
du discours de guerre de Sarkozy, suivant la position défendue par Hollande à
la fête de l’Humanité de ne pas « s’enfermer » sur la question des
régimes spéciaux, ce « collectif » (moins la LCR) décida d’appeler,
contre les franchises, à « quatre heures » de « débats »,
le 29 septembre. C’est un nouveau feu vert à Sarkozy.
Mais malgré ces obstacles
nombreux, la nécessité urgente du combat contre le gouvernement Sarkozy-Fillon et ses commanditaires du Medef peut
l’emporter. Il faut pour cela une orientation qui permette de briser ces
obstacles.
Elle ne peut être que celle du
combat en direction des directions syndicales, du PS et du PCF pour leur
imposer qu’ils rompent avec le gouvernement Sarkozy-Fillon
et le Medef, cessent les concertations avec lui, et lui opposent un front uni
pour le combattre et le vaincre, qu’elles préparent la grève générale pour
porter un coup d’arrêt à cette offensive généralisée de liquidation des acquis
ouvriers.
Que le PS, le PCF, les dirigeants
syndicaux ne le veuillent pas est évident. C’est qu’ils sont indissolublement
liés au régime capitaliste, à la bourgeoisie. Ils rivalisent à qui mieux-mieux de « propositions » s’inscrivant dans
ce cadre, acceptant comme des maux inéluctables le chômage et la misère
qu’engendrent le maintien du capitalisme, formulant leurs propres propositions
de « réformes » pour ne pas appeler à la défense inconditionnelle des
acquis face à l’offensive de la bourgeoisie.
Mais il faut tabler sur le
mouvement des masses, le nourrir, car lui seul peut mettre en échec la
politique des sommets syndicaux, des partis issus du mouvement ouvrier,
traîtres et dégénérés, dont l’aboutissant serait un recul historique pour les
travailleurs et la jeunesse.
Le nourrir, c’est aussi et enfin
développer la politique à même de répondre aux besoins et aspirations du
prolétariat, des jeunes, cette politique anticapitaliste que mènerait un
gouvernement révolutionnaire, expropriant les grands groupes capitalistes pour
assurer le droit au travail par la diminution massive du temps de travail sans
diminution de salaire jusqu’à l’embauche de tous les chômeurs, expropriant les
banques afin d’impulser un plan de production guidé non plus par la loi du
profit mais par les besoins des masses, à commencer par le logement, un
gouvernement qui dénoncerait la dette publique et créerait les postes
nécessaires dans le secteur public, bref un gouvernement s’engageant dans la
voie du socialisme, des Etats-Unis Socialistes d’Europe.
C’est sur cette perspective, et
dans le mouvement de résistance au gouvernement de Sarkozy et sa politique que
s’inscrit la politique du Groupe pour la construction de l’indispensable Parti
ouvrier révolutionnaire.