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Rapport International adopté à l’unanimité par la 1ère conférence
du Groupe pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire,
de l’Internationale ouvrière révolutionnaire

 

Introduction 

Le présent rapport s’inscrit dans le cadre du document Actualité du combat pour le socialisme publié dans CPS nouvelle série n°20, où les traits essentiels de la période de réaction ouverte par la restauration du capitalisme dans l’ex-URSS et la clôture du cycle historique ouvert par octobre 1917 sont clairement dégagés.

Cette définition, prolongeant le travail engagé par Une nouvelle perspective, est indispensable pour ne pas être désarmés politiquement, pour dégager l’orientation à même de permettre au prolétariat de mettre fin à cette période.

Rappelons-en rapidement les traits essentiels.

1) Le cycle historique ouvert par la révolution d’octobre s’est achevé par la restauration du capitalisme.  Une période de réaction s’est ouverte, dans laquelle l’ensemble des acquis de la lutte de classe, qui se sont inscrits pour l’essentiel dans ce cycle, et avec eux des acquis essentiels de la civilisation humaine, sont menacés d’être balayés.

 C’est in fine ce que les idéologues du capitalisme, mais bien évidemment relayés par les appareils des organisations ouvrières, désignent sous le nom de « mondialisation » ou « globalisation », cherchant à le maquiller sous l’apparence d’un phénomène économique inéluctable.

2) Elle est marquée par la décomposition du mouvement ouvrier, la prise en charge plus affirmée que jamais par les vieilles directions du mouvement ouvrier des exigences du capital, jusqu’à remettre en cause l’existence même des organisations ouvrières. En parallèle la recomposition du mouvement ouvrier sur un nouvel axe ne s’est pas engagée, alors que la Quatrième Internationale a été détruite.

3) La puissance sociale du prolétariat, notamment dans les métropoles impérialistes demeure une donnée fondamentale malgré le recul politique et économique qu’il subit, et elle se manifeste en relation avec les développements de la crise du mode de production capitaliste. Des résistances à l’offensive capitaliste s’expriment et s’exprimeront. Mais pour l’instant nulle part le prolétariat n’a pu s’affranchir des limites politiques qui pèsent sur lui à l’échelle mondiale en conséquence de la fermeture du cycle ouvert par la révolution d’octobre, poser subjectivement la question du pouvoir, de la propriété privée des moyens de production et d’échange, ce qui était le cas dans le passé, même en l’absence de Parti ouvrier révolutionnaire.

4) Dans le même temps, nulle part la bourgeoisie n’a les moyens d’écraser le prolétariat. Ce n’est qu’avec le concours des directions syndicales et politiques issues du mouvement ouvrier que ses coups sont portés le plus efficacement. Il n’y a pas pour autant symétrie avec la situation du prolétariat, rejeté sur la défensive et qui encaisse de durs coups. Mais ni la bourgeoisie, ni le prolétariat, ne peuvent remporter de victoires décisives, impuissance réciproque qui donne à la lutte des classes aujourd’hui un caractère instable.

Non seulement la bourgeoisie n’a pas les ressources historiques, politiques, économiques, pour polariser autour d’elle les couches intermédiaires de la société, et instaurer ainsi un ordre stable, mais encore l’ensemble du système capitaliste reste sous la menace d’une crise dévastatrice, le capitalisme roule vers l’abîme et menace d’y entraîner l’humanité toute entière.

5) Le mouvement même du prolétariat, dans lequel la jeunesse occupera une place importante, l’amènera inéluctablement à puiser en lui les ressources pour mettre un terme à cette période de recul, chercher à se doter des moyens politiques adéquats pour ce faire : de nouveaux partis, et ainsi bouleverser à nouveau les conditions du combat pour en finir avec l’exploitation et l’oppression capitalistes.

C’est cette perspective sur laquelle nous sommes axés et que notre politique doit s’efforcer de nourrir, selon la méthode qui présida à l’élaboration du programme de transition de la Quatrième Internationale : « Trouver le pont entre la réaction et la révolution – c’est notre tâche. C’est l’apport de tout notre programme de revendications de transition » (Trotsky, 1939, Œuvres tome 21 p.335).

Dans le cadre de cette appréciation globale qui n’a pas été démentie par les faits, il est indispensable à cette étape de porter une appréciation concentrée sur des développements récents qui exigent des réponses politiques.

 

1ère partie : l’entreprise impérialiste du « Grand Moyen-Orient » à un tournant

 

Après une première phase couronnée de succès…


Les attentats du 11 septembre 2001 ont servi de levier à l’impérialisme US pour ouvrir une nouvelle étape de son offensive politique et militaire, libérant les tendances déjà à l’œuvre depuis l’effondrement de l’URSS qui a vu les Etats-Unis devenir la seule grande puissance mondiale, militairement sans rivale, et combattant politiquement pour renforcer sa prédominance, recouvrer si possible une situation hégémonique.

C’est l’Afghanistan qui a servi, étant donné les circonstances, de premier terrain où cette offensive a été exprimée. Si cette offensive a permis à Washington de prendre pied en Asie centrale, d’affirmer sans contredit son « droit » à intervenir militairement où bon lui semblait, elle était un ban d’essai dans la perspective de l’objectif du « grand moyen orient », pour reprendre l’expression du gouvernement Bush, expression qui ne signifie rien d’autre que la volonté de faire tourner la roue de l’histoire à l’envers et d’engager un véritable processus de recolonisation notamment au Moyen-Orient. Sous le vocable de « grand moyen orient », il s’agit pour l’impérialisme, non pas de réaliser un plan clés en main, mais de liquider d’une manière ou d’une autre les conséquences des mouvements révolutionnaires dont avaient découlé l’indépendance de pays comme l’Irak et la Syrie, et, surtout de l’Iran suite à la révolution prolétarienne de 1979 qui a brisé le régime du Shah, l’un des piliers de l’influence impérialiste dans la région.

La première phase de cette nouvelle étape dans la politique impérialiste américaine a été un succès indéniable. En Afghanistan et surtout en Irak, après avoir installé ses hommes-lige, sinon ses agents, au pouvoir. En Irak, outre les factions kurdes (UPK et PDK qui collaborent avec Washington depuis 1991), il est parvenu, en 2005, à intégrer la majeure partie des factions chiites à l’ « Assemblée constituante » convoquée par ses soins – les autres factions, en particulier l’Armée du Mahdi de Moqtada Al-Sadr, ayant abandonné la lutte armée à l’encontre des troupes d’occupation.  Le « référendum constitutionnel » d’octobre 2005, puis les « élections législatives » du 15 décembre ont été marquées, à leur tour, par l’intégration au « processus » du mouvement d’Al-Sadr et de plusieurs coalitions électorales sunnites – en particulier le « Front Irakien de la Concorde Nationale » dont le cœur est le Parti Islamique, organisation dirigée par les Frères Musulmans – la plupart des factions qui composent ces dernières coalitions restant toutefois opposées à la prétendue « constitution irakienne ».

Bref, on est arrivé à la fin d’une première étape, au terme de laquelle Washington escomptait et escompte encore passer le relais de l’exercice du pouvoir à ces instances néo coloniales en gardant des bases militaires en Irak.

Sur le plan de ses rapports avec les autres puissances impérialistes intervenant dans la région, l’impérialisme US a aussi marqué des points. Non pas que l’impérialisme US « dicterait » aux puissances de second ou de troisième rang ses exigences comme l’on passe un coup de téléphone. Mais ces dernières, et notamment l’Allemagne et la France n’ont eu d’autre choix pour tenter de défendre leurs intérêts spécifiques, que de s’incliner devant le fait accompli militaire, entérinant l’occupation de l’Irak qu’elles dénonçaient en 2003 au travers de multiples résolutions de l’ONU, ou participant à l’occupation de l’Afghanistan à la hauteur de leurs moyens.

De plus, s’agissant de l’impérialisme français, une coïncidence d’intérêts s’est faite jour au sujet de la Syrie, Chirac constatant l’impossibilité de poursuivre la relation privilégiée qui existait du temps d’Hafez El-Assad.  La résolution 1559, proposée par l’impérialisme français et reprise à son compte par l’impérialisme américain, exigeant le départ des troupes syriennes du Liban et le désarmement du Hezbollah, a scellé cet accord. Les troupes syriennes ont dû finalement sous la pression quitter le Liban qu’elles occupaient depuis des années. C’était un coup terrible porté au régime baasiste syrien, qui n’a plus comme allié que le gouvernement iranien, coup porté à l’avantage tant de la France qui entendait ainsi renforcer sa propre présence au Liban, que des Etats-Unis pour qui le régime syrien est d’abord un des pourvoyeurs en armes et en argent des groupes qui combattent ses troupes en Irak.


… le « grand moyen orient » à un tournant


Mais encore fallait-il pour l’impérialisme transformer l’essai. Or, courant 2006, les signes de difficultés se sont accumulés. Même en Afghanistan, non seulement les taliban ont refait surface, mais encore, en mai, une première insurrection contre les troupes d’occupation a secoué Kaboul. Quant à l’Irak, à partir de l’attentat contre le dôme de Samarra, les tensions entre groupes politiques chiites (contrôlés le plus souvent par l’Iran) et sunnites (et kurdes) ont pris un tour de plus en plus incontrôlable et sanglant. Aucun n’entend passer sous la table dans le contrôle d’un éventuel futur Etat irakien. Aux escarmouches menées par les restes de l’ancien appareil d’Etat baasiste (que Washington a cherché à réintégrer dans le jeu politique, ne réussissant qu’à déclencher l’ire des chiites radicaux), aux coups de mains des affidés d’Al Quaida, sont venus se superposer ces affrontements violents, dont la population laborieuse fait les frais, et qui montrent que le gouvernement ne gouverne pas grand chose. L’Etat, « bande d’hommes armés », suppose pour son fonctionnement le désarmement généralisé de la population. Cqfd : en Irak, l’Etat semi-colonial est totalement instable, travaillé de toutes parts par des contradictions gigantesques. Se révèlent à la fois le caractère artificiel de l’Irak, mais aussi la gageure qu’était pour l’impérialisme US la volonté de reconstruire un Etat en Irak après avoir fracassé celui dirigé par Saddam Hussein et en en jetant de côté tous les rouages. Profondément, se manifeste le fait que l’impérialisme ne peut pas assurer de « nouvel ordre mondial », ses derniers mots restent la guerre, le pillage, et la destruction, la « réaction sur toute la ligne » (Lénine).

Face à cette situation, la nécessité pour l’occupant de s’assurer le concours, de gré ou de force, des voisins syriens et iranien est de plus en plus pressante. D’où les pressions exercées sur ces deux pays. S’agissant de l’Iran, c’est le prétexte du nucléaire qui sert de levier aujourd’hui. Mais il faut bien mesurer qu’en l’affaire, les impérialismes allemand et français résistent, eux qui ont profité largement de l’embargo américain pour s’implanter solidement en Iran et qui n’entendent pas abandonner ces positions là non plus sans combattre :

«  Profitant de l'absence des entreprises américaines auxquelles leur gouvernement a interdit de frayer avec des Etats qualifiés de "voyous", les multinationales européennes en général et françaises en particulier, ont monopolisé les contrats. Sur quinze ans, 20 à 25 milliards d'euros auraient été investis en Iran par des multinationales françaises. » (le monde du 2 11 06)

De plus, si le régime iranien a procédé à un durcissement net en choisissant la fraction « dure » représentée par Ahmadinedjad, durcissement qui s’est répercuté notamment au Liban via le Hezbollah, de nombreuses fractions de la bourgeoisie iranienne sont partisanes d’une attitude plus conciliantes, et elles n’ont pas dit leur dernier mot – bien que ces deux courants soient d’abord solidaires dans un même combat contre le mouvement de la classe ouvrière.

Au contraire, la Syrie, dépourvue de tout parrain impérialiste, et historiquement plus fragile que l’Iran, est la plus directement dans la ligne de mire de l’impérialisme, fragilisée après avoir été expulsée du Liban, et sous la pression des canons américains qui tonnent en Irak à ses frontières.

C’est ce contexte qui éclaire et explique l’intervention menée par Israël au Liban, au compte de l’impérialisme américain.


Une offensive destructrice d’Israël contre le Liban, un succès pour l’impérialisme


C’est sous le prétexte d’en finir avec les tirs de roquette contre lui que l’Etat d’Israël a engagé une offensive violente, brutale, à l’été 2006. Après avoir réduit des zones entières à l’état de champs de ruines, laissé derrière elle dévastation et mort, l’armée israélienne s’est retirée une fois assurée qu’une force d’occupation impérialiste prendrait le relais au sud Liban, encadrant le retour de l’armée libanaise dans une zone dont le contrôle lui échappait depuis 1969.

Du point de vue de l’impérialisme, le bilan de cette intervention est largement positif.

Tout d’abord, c’est bien le « troisième front de la guerre contre le terrorisme », dixit Bush, qui a été ouvert au Liban. Les impérialismes français et italien – alors que ce dernier venait de se retirer d’Irak – respectivement premier et second « partenaires économiques » du Liban, ont pris la seule décision qui répondait à la dévastation de leur client par les armes israéliennes : s’y rendre pour l’occuper… à un jet de pierre de la Syrie. Ainsi, bon gré, mal gré, ils ont pris au Liban une position s’inscrivant totalement dans le dispositif impérialiste, qu’ils viennent renforcer.

Ensuite, le Liban lui-même a été mis à genoux, à la merci accrue de ses bailleurs de fonds impérialistes (cf. la conférence dite « paris 3 »). Mais plus encore il est au bord de l’explosion. Les derniers développements  l’indiquent : la construction particulièrement artificielle découpée par l’impérialisme français est profondément secouée, d’abord par le retrait syrien, puis par les ravages de l’intervention israélienne. En novembre, le Hezbollah a fini par quitter le gouvernement.

Rien ne peut être exclu concernant l’avenir du Liban, y compris l’extension d’une situation à l’irakienne, ou d’affrontements armés entre cliques politico-religieuses prenant la classe ouvrière dans une tenaille mortifère.

C’est d’ailleurs, toutes choses égales par ailleurs, une telle situation qui se généralise jour après jour dans les territoires palestiniens, où l’asphyxie économique et les affrontements entre le Hamas et le Fatah entrecoupés d’accords précaires se nourrissent, alimentés aussi naturellement par un gouvernement israélien renforcé sur … sa droite après l’intervention au Liban, comme de juste. Il n’existe quasiment plus « d’autorité » palestinienne, sinon sous forme de ruines, que les puissances impérialistes regardent fumer tandis que se renforce l’Etat d’Israël.

Cela établi, il faut être clair : l’ouverture de ce « troisième front » ne résout pas les difficultés rencontrées par l’impérialisme à stabiliser la situation, créer des Etats bourgeois stables, de sorte que les grands groupes capitalistes puissent profiter pleinement du pillage des pays du Moyen-Orient. Les élections américaines et la démission contrainte de Donald Rumsfeld indiquent bien que la bourgeoisie la plus puissante du monde est elle-même dans l’incertitude sur la conduite à adopter, partant d’un constat commun qui est le refus de relâcher son emprise sur le Moyen-Orient (d’où le vote des crédits militaires par la majorité Démocrate au congrès américain).

Mais dans le même temps les prolétariats et la jeunesse sont désarmés politiquement, et leur hostilité à l’occupation est pour l’essentiel instrumentalisée par des gangs et cliques religieuses ultra-réactionnaires qui bien entendu leur barrent toute perspective.

Incontestablement, les partis révolutionnaires dont ont besoin les masses de ces pays, ainsi que les syndicats ouvriers, ne peuvent se constituer que dans le combat contre l’occupation, contre l’impérialisme et le sionisme, qui ordonne les luttes pour la satisfaction des revendications les plus immédiates, vitales. 

La seule perspective positive demeure celle d’une fédération socialiste du Moyen-Orient, et pour cela l’expulsion des troupes d’occupation, donc le combat contre les gouvernements fantoches à leur solde, pour la destruction des institutions croupion mises en place par l’impérialisme, au nombre desquelles naturellement se trouve l’Etat colonial et raciste d’Israël.

Mais à cette étape, les difficultés croissantes de l’impérialisme ne se produisent pas de manière synchrone avec l’engagement, même limité, de combats des masses s’inscrivant dans cette direction.

C’est donc une situation de plus en plus chaotique et violente qui s’annonce.

Dans cette situation, la question décisive est donc celle de l’action des prolétariats des pays capitalistes dominants contre la guerre impérialiste, pour le retrait immédiat et inconditionnel des troupes d’occupation, combat qui pour être efficace pose la responsabilité des directions des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier, partis et syndicats. Rappelons-le : c’est en chassant le gouvernement Aznar et en se mobilisant contre lui que les travailleurs et la jeunesse d’Espagne ont imposé le retrait du contingent d’Irak (mais non d’Afghanistan).

La question du combat contre la guerre impérialiste au Moyen-Orient, sur l’orientation définie ci avant, et notamment aux Etats-Unis, est et demeurera une question de toute première importance pour les développements politiques futurs.



IIème partie : Dans les pays capitalistes dominants,
le prolétariat fait face à l’offensive incessante du Capital
et à sa prise en charge par les directions des organisations du mouvement ouvrier

 


Cela n’aurait guère de sens de détailler ce que chacun constate : sous toutes les latitudes, droit à la retraite, accès aux soins, à l’éducation, et bien sûr au travail, sont progressivement vidés de leur substance, remis en cause par le Capital. Dans le même temps, dans le même mouvement, les organisations ouvrières traditionnelles prennent sans cesse plus ouvertement en charge les exigences des capitalistes. Bien entendu, ce mouvement procède des besoins actuels du capital, lequel, pour repousser ses propres limites, accroître le taux de profit dans une situation de concurrence violente entre les principales puissances impérialistes, doit impérativement reprendre ce que les luttes révolutionnaires du prolétariat mondial lui ont arraché lors des précédentes décennies, y compris dans des circonstances économiques particulièrement difficiles dans les grandes métropoles impérialistes.

Par contre il est nécessaire de prolonger l’analyse entreprise dans Actualité du combat pour le socialisme.

Ce document souligne en effet : 

« Aujourd’hui, c’est à partir de la défense des conditions élémentaires d’existence que s’engagent sur la planète les mouvements de la classe ouvrière : contre les ravages de la crise économique (vie chère, chômage), en défense de ses acquis historiques (retraites, assurances sociales, etc.) ou des libertés démocratiques.

C’est sur ces mêmes questions que se nouent et se dénouent les conflits entre les masses et les vieilles organisations. Enfin, avec d’importantes différences selon les pays, les vieilles organisations issues du mouvement ouvrier, dans certain cas les organisations nationalistes petites-bourgeoises, jouent un rôle déterminant pour faire passer les politiques dont les capitalistes ont besoin. 

Trotsky disait dans une discussion sur le programme de transition (mars 1938) que ce dernier reposait sur l’idée suivante :

« la bourgeoisie trouvera peut-être une position de repli politique – ce n’est pas exclu – et nous serons alors obligés de battre en retraite. Mais dans la situation politique actuelle, c’est vers une stratégie offensive, non vers la retraite, que nous devons nous orienter ».

La période de recul que nous vivons donne une importance toute particulière aux revendications défensives, qui prises dans leur pleine dimension, dans leur perspective révolutionnaire, remettent directement en cause le capitalisme.

Il s’agit d’élaborer une politique visant, en partant de celles-ci, de permettre que la volonté des travailleurs de résister submerge la résistance des vieux appareils, qu’elle les brise, et avec eux brise la chaîne ininterrompue de coups qui s’abat sur la classe ouvrière. »

Sur ce plan, il est intéressant d’apprécier ce qui s’est passé ces derniers temps dans l’automobile aux USA.


Malgré l’opposition de la classe ouvrière, les appareils syndicaux font passer les plans de restructuration dans le secteur de l’automobile aux Etats-Unis


Ces derniers temps, on a pu en effet relever des signes tangibles d’opposition entre la classe ouvrière américaine et les appareils syndicaux, se nouant effectivement sur les questions les plus vitales pour les travailleurs :

« Il n’est pas forcément surprenant que ce soit au Etats-Unis que se manifeste, comme on va le voir, une opposition plus ou moins ouverte aux appareils syndicaux, puisque que c’est dans ce pays que l’offensive anti ouvrière contre les salaires, les régimes de retraite et de santé, est la plus violente. Pour exemple : à Delphi, équipementier automobile mis en faillite, la direction exige une baisse de 60% des salaires pour la main d’œuvre syndiquée. Ainsi dans les compagnies aériennes comme Northwest Airlines, les régimes de retraites sont sabrés tandis que les mécaniciens grévistes ont été purement et simplement … remplacés sans autre forme de procès !

En décembre dernier, c’est la direction du métro de New York qui a tenté à l’occasion du renouvellement de la convention collective d’accroître considérablement le coût de l’assurance vieillesse, de retarder l’âge de départ (de 55 à 62 ans, le nombre d’annuités passant de 25 à 30, etc.) mais aussi d’instaurer une contribution de 1,5% pour l’assurance-maladie. Les grèves dans le métro de New York ne sont sans précédent. En 1966, douze jours de grève avaient déjà mené, ce qu’une loi devait confirmer, les dirigeants syndicaux en prison. En 1980, une grève de onze jours avait encore eu lieu – sans être défaite contrairement aux contrôleurs aériens qui seront quelques mois plus tard virés par le gouvernement Reagan. Cette fois, la grève n’a duré que deux jours, en pleine effervescence de Noël pour les commerçants de la ville. Elle a eu à l’évidence le soutien de l’immense majorité de la population laborieuse, des deux confédérations syndicales AFL-CIO et « Change to win» - puisque, il faut le rappeler au passage, la scission de l’AFL-CIO qui a eu lieu à l’été 2005 a constitué un coup très dur porté au mouvement ouvrier organisé.

L’accord au métro de New York, négocié secrètement par le dirigeant du syndicat des transports, R.Toussaint, remet à plus tard la remise en cause frontale du régime de retraite, mais maintient l’instauration de la cotisation assurance-maladie. De plus, il renvoie la prochaine renégociation, non plus à un mois de décembre, mais à un mois de janvier, privant ainsi les travailleurs d’un moyen de pression extraordinaire vu l’impact d’une grève au moment des fêtes.

Or, ce projet d’accord, ratifié par la direction du syndicat par 37 pour, 3 contre et une abstention, a été rejeté lors du référendum de ratification, de très peu, 7 voix d’écart sur les 22 500 syndiqués du Métro participant à cette consultation. Les opposants à la direction ont pour cela mené campagne, contre la diplomatie secrète, et en  accusant la direction (selon le New York Times du 3 janvier) d’un bradage sans précédent dans l’histoire. C’est une défaite de la bureaucratie syndicale, d’autant plus marquante que ces dirigeants – dont il faut par ailleurs dénoncer inconditionnellement l’envoi en prison !- avaient eux-mêmes été élus en 2000 contre une équipe jugée trop molle.

Or il faut noter que le métro de New York n’est pas le seul cas d’opposition manifeste des travailleurs aux concessions importantes proposées par les appareils syndicaux. Dans l’automobile, les dirigeants de l’UAW (affilié à l’AFL-CIO) ont accepté notamment un vaste programme de départs en préretraite chez General Motors, et Delphi son équipementier attitré, lequel programme peut permettre jusqu’à des dizaines de milliers de suppressions de postes et le remplacement de la main d’œuvre syndiquée par des travailleurs non-syndiqués et donc payés considérablement moins. En quelque sorte, les dirigeants de l’UAW creusent la tombe de ce puissant syndicat de l’automobile. Mais cela ne va pas sans résistances. En octobre, un accord à General Motors entre la direction et l’appareil syndical, visant à accroître le coût de l’assurance –maladie pour les assurés (salariés de GM et leurs familles), n’a été approuvé qu’avec 61% des votants, ce qui est inhabituellement bas. Un accord similaire passé chez Ford, cette fois-ci, en décembre, n’a été approuvé que par 51% des votants !

Il ne faut pas chercher à embellir la situation des travailleurs : les coups, en particulier dans ce secteur de l’automobile en crise profonde, ne cessent de pleuvoir. Un accord scélérat en appelle un autre, suivi de plans de fermetures d’usines par dizaines, chez les Big Three de cette industrie. Dans le même temps, les coups du gouvernement Bush continuent de s’abattre, et notamment la poursuite des coupes dans les budgets sociaux.

 Mais, cela établi, il est clair que le rejet de la politique de l’appareil syndical manifeste la volonté des travailleurs de ne pas subir sans combattre.» (Notes sur la situation internationale, CPS nouvelle série n°25).

 

Cette dernière appréciation s’est vérifiée avec la grève chez Goodyear qui a touché 16 usines, trois mois durant, même si la direction a pu maintenir une partie de ses plans initiaux. De même, le relèvement significatif du salaire minimum voté par le Sénat (avec de nouvelles aides aux entreprises !), même s’il ne changera que peu de choses à la situation de pauvreté qui frappe par dizaines de millions les travailleurs aux Etats-Unis, est à mettre en relation avec les combats ouvriers.

Mais il faut ici indiquer quelle a été l’issue de l’opposition entre les travailleurs et la direction de l’UAW : les ouvriers syndiqués se sont saisis en masse …. de l’offre de départ proposée par les constructeurs !

 Ils ont considéré à l’évidence qu’il n’y avait rien à attendre d’une direction syndicale présentée comme son « associée » par le directeur adjoint de Ford.

A Ford, ce sont 38 000 ouvriers syndiqués qui vont ainsi quitter l’entreprise. Après les 47 500 départs à Delphi, et les 35 000 chez GM, ce sont des pans entiers de la classe ouvrière organisée qui disparaissent. En l’an 2000, il y avait 343 000 ouvriers de l’automobile dans le seul Etat du Michigan. Après les départs, il n’en restera que 197 000 !

En prenant en charge contre les ouvriers les plans de restructuration de la direction, la direction de l’UAW trace la voie de la liquidation pure et simple du syndicalisme dans une branche qui en fut un bastion redouté par les capitalistes.

Inversement, l’opposition de la classe ouvrière à la politique de la bureaucratie syndicale (dans les référendums mais aussi lors de manifestations) n’a abouti au bout du compte à aucun débouché positif. Ce qui a conduit les travailleurs syndiqués à accepter massivement la prime de départ. C’est un fait politique significatif.

Il est en relation avec l’absence persistante d’un Parti Ouvrier aux Etats-Unis, parti qui ne pourrait naître que de la rupture des organisations syndicales avec le Parti Démocrate. Or, tant lors des élections que, par exemple, des manifestations organisées contre la guerre, l’appareil syndical se comporte sans vergogne comme un agent électoral du Parti Démocrate. Et lors des élections, les candidats présentés (pour la première fois) du dit « Labor Party » dans l’Etat du Caroline du Sud ont plafonné à 2% des voix…


Angleterre, Italie : directions des syndicats et des partis du mouvement ouvrier
ouvrent la voie au grand Capital


En Europe aussi, deux exemples récents sont venus souligner quel degré la dégénérescence du mouvement ouvrier avait atteint.

En Grande-Bretagne, c’est sur la question des retraites que les dirigeants des TUC et du New Labor ont permis au gouvernement, et à la bourgeoisie, de surmonter les revers partiels qu’ils avaient subis sur cette question. En effet, il faut rappeler :

« Plus récemment, en Grande-Bretagne, nous l’avions aussi souligné dans notre bulletin, en octobre dernier le gouvernement Blair renonçait à l’essentiel d’une « réforme » des retraites visant à faire passer l’âge de départ des fonctionnaires de 60 à 65 ans, devant la menace, ce sont les termes rapportés par la presse française, d’une grève générale d’une ampleur comparable à celle de 1926. Néanmoins, le recul de l’âge de départ à la retraite s’appliquera – avec donc le consentement des bureaucrates syndicaux – pour les nouveaux recrutés. Mais ce n’est évidemment pas comparable avec, par exemple, la contre-réforme Fillon de 2003. « Le gouvernement a capitulé », fulminait alors le patron des patrons britanniques. Cependant, à l’époque, les 1 300 000 fonctionnaires des administrations locales étaient écartés de l’accord. Ca n’a pas manqué : le gouvernement est revenu à la charge, en engageant la suppression de la « règle 85 », le régime des retraites des dits fonctionnaires (une retraite à taux plein à 60 ans dès qu’on a 25 annuités de cotisations). En mars, les directions des 11 syndicats du secteur appelaient à une grève de 24 heures particulièrement suivie, avec de nombreux piquets de grève. Mais, alors qu’une autre journée de grève était annoncée pour le 26 avril, soit quelques jours avant les élections locales, les directions syndicales ont annulé leur mot d’ordre. La raison ? De nouvelles négociations avec le gouvernement, dont la base est, pour citer le ministre « rien n’est décidé, rien n’est écarté », et en particulier pas la destruction de la « règle 85 ». Il faut souligner qu’à la direction du principal syndicat concerné, Unison, c’est par 17 voix pour et 6 contre que l’annulation de la grève a été votée. » ( CPS nouvelle série n°25)

Or, le 26 mai dernier, un « livre blanc sur les retraites » a été publié pour servir de base à une réforme générale des retraites. Ce livre blanc prévoit essentiellement le recul de l’âge de départ en retraite ainsi que la mise en place d’un fonds de pension national avec cotisation obligatoire (4% du salaire !) pour les travailleurs qui n’en auraient pas un privé. Pour faire passer la pilule, il propose aussi des modalités moins défavorables pour le calcul de la pension (rétablissement de l’indexation des pensions sur les salaires supprimées par Thatcher, diminution du nombre d’annuités requises pour ouvrir droit à la pension, sachant tout de même que le niveau de retraites de base en Grande Bretagne sont parmi les plus faibles de toute l’Union Européenne).

Le Guardian a loué un « modèle de dialogue» au sujet de ce « livre blanc », salué en effet par les directions syndicales dans ces termes :

« Le secrétaire général du TUC, Brendan Barber, s’est félicité de ce « livre blanc progressiste », qu’il considère comme une victoire des revendications syndicales, et a estimé que « les ministres pouvaient être fiers d’un document qui paraît jeter les bases d’une nouvelle solution pour les retraites » (Chronique internationale de l’Ires n°102).

En clair, tandis que le gouvernement travailliste de Blair poursuit sa politique destructrice, notamment aujourd’hui contre le système éducatif et le système de santé sous le drapeau du « partenariat public-privé », les directions syndicales, et le Labour Party, ont joué un rôle décisif pour permettre à la bourgeoisie d’avancer sur la question des retraites où elle s’était heurtée à des mobilisations significatives bien que contrôlées de bout en bout par les appareils syndicaux.

Enfin, il faut mentionner ce qui se passe en Italie, pays dans lequel, ces dernières années aussi, le gouvernement alors dirigé par Berlusconi s’était trouvé face à des mobilisations importantes appelées dans l’unité des organisations syndicales et politiques du mouvement ouvrier (cf. Actualité du combat pour le socialisme). Le potentiel de combat de la classe ouvrière y demeure une donnée essentielle, ce qui exige pour le gouvernement Prodi un soutien sans faille des dirigeants du mouvement ouvrier.

Le Monde du 25 janvier rapporte ainsi que, le 8 janvier, un accord entre le gouvernement et les trois centrales syndicales, à commencer par la CGIL, organise un plan de restructuration de la fonction publique d’une ampleur sans précédent :

« Les trois grandes centrales syndicales italiennes ont accepté de parapher un texte qui prévoit des réductions d'effectifs (avec incitations financières au départ), l'instauration de la mobilité - pour l'instant à l'intérieur d'une même province - et la mise en place d'un système de "méritocratie" pour les traitements et les promotions. (…)

Les responsables syndicaux, conscients que la crédibilité du service public passe par son efficacité, ont salué à l'unisson le "saut de qualité" que devrait représenter l'application de l'accord.

Le mouvement enclenché par cette réforme satisfait aussi le patronat italien : son président, Luca di Montezemolo, après un déjeuner avec Romano Prodi, mercredi 24 janvier, a répété que "les entreprises ont besoin d'un Etat plus mince et plus moderne". (…)

Le gouvernement compte ainsi réduire les effectifs de 300 000 à 400 000 personnes dans les six ou sept ans.»

En matière de pensions, le 4 octobre les directions des trois centrales ont abouti à un mémorandum, « diagnostic partagé » avec le gouvernement au bout duquel se prépare le recul de l’âge de départ en retraite.

Enfin, il faut souligner qu’à l’obstacle immédiat que constitue la politique des directions syndicales se conjugue indissociablement l’entreprise d’effacement de toute alternative politique au gouvernement de coalition dirigé par Prodi. En particulier l’Italie est un véritable laboratoire en matière de décomposition du mouvement ouvrier, et d’abord au travers de l’auto-liquidation en cours des « Démocrates de Gauche » (DS), ex-PCI, ex-PDS, au sein de la coalition bourgeoise de « l’unione » avec les débris de la Démocratie Chrétienne.

Quant au PRC, il prend directement en charge la politique de défense de l’impérialisme italien du gouvernement Prodi, en particulier l’envoi des troupes en Afghanistan (voté notamment par les députés du PRC membres du « Secrétariat Unifié » de la prétendue IV° Internationale), ou encore au Liban.


La « grande coalition » CDU-SPD œuvre au renforcement du poids de l’impérialisme allemand


En Allemagne, pays décisif en Europe, c’est depuis plusieurs années le SPD, appuyé sur la direction du DGB, qui a pris en charge l’offensive nécessaire à la bourgeoisie.

Il faut relever à cet égard l’interview d’Angela Merkel dans le Monde en décembre dernier, dans lequel elle rend implicitement un hommage appuyé au gouvernement Schröder-Fischer :

« Notre croissance aujourd'hui n'est pas due au fait que nous soyons spécialement chanceux avec l'euro, mais tient au fait que nous avons fait passer des réformes très difficiles. Nous avons transformé notre marché du travail ; beaucoup d'entreprises se sont restructurées. Nous avons eu un chômage très élevé : je me rappelle le temps où nous avons dépassé la barre des cinq millions, ce n'était pas une période facile. Pendant des années, les gens ont renoncé à des augmentations de revenus, les négociations salariales ont été très raisonnables pour renforcer la compétitivité de l'économie. Nous sommes récompensés pour ces efforts. Je ne veux donner aucun conseil à aucun pays, mais je pense que, dans l'ensemble, face à la mondialisation, on ne peut pas échapper à cette voie. »

Tout le programme du gouvernement de « grande coalition » CDU-CSU-SPD est ordonné par la poursuite de ces contre-réformes, et le soutien aux nouvelles remises en causes des positions ouvrières par le grand patronat. Ainsi l’adoption d’un projet de loi gouvernemental repoussant l’âge de départ en retraite de 65 à 67 ans, tandis qu’à Volkswagen, en septembre, la direction a passé un accord avec IG Metall au terme duquel les patrons se félicitaient: « nous allons augmenter le temps de travail sans hausse de salaires pour les 100.000 employés concernés. La semaine de quatre jours va également disparaître, au profit de cinq jours de travail effectifs ».

Réaction de Jürgen Peters, de l’IG Metall ?« Ce résultat prouve qu'il y a d'autres voies, plus intelligentes, pour développer une entreprise que de simples fermetures d'usines»

C’est maintenant la « réforme » de l’assurance-maladie qui est au cœur de la politique de la grande coalition. Sur ce sujet comme sur les précédents il importe surtout de noter l’alignement quasi-total du groupe parlementaire SPD sur les plans du gouvernement Merkel. En Allemagne aussi, les directions des vieilles organisations ouvrières, traîtres et dégénérées, prennent ouvertement en charge, et de manière particulièrement efficace, au point que la « grande coalition » liant totalement les appareils du mouvement ouvrier à la politique nécessaire aux capitalistes devient un « modèle » pour toutes les bourgeoisies d’Europe.

Et l’une des conséquences de la baisse systématique et tout azimut de la valeur et du prix de la force de travail outre-rhin, c’est la poursuite du renforcement relatif de l’impérialisme allemand face à ses concurrents sur le continent, et notamment face à l’impérialisme français. Sur un strict plan économique, pour prendre un exemple récent, entre le deuxième trimestre 2005 et septembre 2006, en France, la production industrielle a crû de 0,5%, la production automobile a baissé de 12,8%. En Allemagne, la production industrielle a grimpé de 8,4%  sur la même période, et même la production automobile (+2,8%) ! Le Monde  du 26 décembre en rajoutait, envieux :

« Dimanche 24 décembre, le ministre de l'économie, Michael Glos (CSU), s'est félicité dans Bild am Sonntag du bon climat économique qui règne en Allemagne et a indiqué qu'il allait relever au mois de janvier sa prévision de 1,4 % pour 2007.

 Mi-décembre, les instituts ifo et RWI avaient corrigé leurs chiffres, en annonçant une croissance de 1,9 % pour 2007, contre 1,7 % auparavant.

Publié le 19 décembre, l'indice ifo - très suivi et mesurant le moral des patrons allemands - est venu confirmer ces nouvelles prévisions en grimpant, de 106,8 points à 108,7 points, pour le dernier mois de l'année, soit le niveau le plus élevé depuis janvier 1991.

Les entreprises interrogées par l'institut étaient encore plus optimistes que les mois précédents, aussi bien en ce qui concerne leur situation actuelle que les mois à venir. Selon les experts de l'ifo, ces résultats prouvent que les entreprises ont des carnets de commandes pleins et ne craignent pas les répercussions de la hausse de la TVA.

 L'Allemagne a conservé en 2006 son rang de premier exportateur mondial, devant les Etats-Unis et la Chine. »

Il faut souligner que l’élargissement de l’Union Européenne à 25 membres, puis 27, constituait de facto un renforcement conséquent pour l’impérialisme allemand, qui se trouvait plus que jamais au cœur de l’UE et y intégrait un certain nombre de pays de l’Europe orientale dans lesquels son poids économique est colossal. S’y ajoute le fait que l’impérialisme allemand semble être devenu la puissance de référence quasi exclusive de la néo-bourgeoisie russe, avec laquelle elle traite directement, en particulier sur les questions de l’énergie.

Le texte final du projet de constitution européenne (dans sa partie institutionnelle), consacrait d’ailleurs le renforcement de l’impérialisme allemand au détriment, surtout, des pays de taille moyenne tels l’Espagne ou la Pologne.

Aussi n’est-il pas étonnant de voir le processus de ratification de cette « constitution » réactionnaire se poursuivre, tandis que le ministre des affaires étrangères de la grande coalition déclare au Monde du 20 décembre « Nous voulons maintenir la substance de la Constitution», terrain sur lequel de nombreuses manœuvres ont commencé en perspective des échéances électorales françaises, notamment la réunion à Madrid, en décembre, des pays de l’UE ayant ratifié le texte…  sans la France !


Quelques éléments sur la situation économique


A en croire les rapports des différentes institutions internationales, il semblerait se confirmer qu’un nouveau cycle de croissance, après ceux de 1982-1990 et de 1992-2000, soit engagé.

Pourtant, il serait hâtif de penser que le tournant dans la politique économique qui a été enclenché aux Etats-Unis à partir de 2001 a d’ores et déjà été digéré. Rappelons en effet que la crise de 2000-2001 aux Etats-Unis a entraîné un changement de politique économique, l’ouverture des vannes du crédit et la création de déficits sans précédent.

La croissance américaine – permise par les coups portés aux classes ouvrières – pose la question, à ce stade encore irrésolue, d’en revenir à une politique monétariste. Il s’agit pour la bourgeoisie US d’éviter une situation, pour le moins, à la japonaise, à savoir l’entrée dans les eaux stagnantes et boueuses générées par un crédit illimité. Mais le retour au monétarisme « traditionnel » pourrait interrompre le cycle de croissance sans qu’il aille à son terme. De ce point de vue on peut dire que nous sommes à une charnière.

La croissance mondiale resterait donc forte : selon le FMI, autour de 5% pour les deux ans à venir. Les places boursières ont renoué avec leurs niveaux record. Les mouvements de concentration du capital, de fusions acquisition s’en trouvent à nouveau facilités.

Mais ça n’est pas si simple : les conséquences de l’orgie de crédit des dernières années doivent être épongées. 

Citons en particulier la bulle spéculative créée sur les matières premières et l’immobilier, conséquence de la fuite des marchés financiers. Cette bulle tend à se dégonfler. Or, se pose avec une grande acuité la question de l’immobilier. Le dernier perspectives économiques de l’OCDE évoque, pour mieux le conjurer, le souvenir que chaque baisse des cours de l’immobilier aux Etats-Unis a annoncé un fort ralentissement économique. Or à l’automne dernier, la baisse a été si forte qu’elle n’a aucune précédent depuis que les statistiques existent. Et s’y combine le fait que le crédit aux USA est assis sur la valeur de marché du logement – la « consommation des ménages » peut en être profondément atteinte, donc la capacité sans cesse élargie de l’Amérique du nord à absorber quantités de marchandises venues du monde entier. Par ailleurs, des inquiétudes se font jour sur le taux d’investissement aux Etats-Unis, qui serait à la baisse.

Or, toujours aux Etats-Unis, un autre symptôme frappe les esprits : l’inversion de la courbe des taux (les taux courts sont supérieurs aux taux longs). A chaque fois dans le passé, cette situation annonçait une récession. Certes, aujourd’hui, les capacités d’autofinancement des grandes entreprises sont très grandes (le FMI a souligné qu’il s’agissait d’un phénomène mondial), ce qui diminue leurs besoins en emprunts à long terme – au contraire de l’Etat fédéral ! Ce bémol posé, le problème demeure : la baisse des taux à court terme aux Etats-Unis est lourde de risques, et notamment de crise monétaire alors que le cours du dollar est déjà bas, et qu’il faut financer les déficits, l’effort de guerre en Irak, qui entraîne une persistance de déficits considérables -  et ce alors que les déficits commerciaux, certes qui ne sont pas nouveaux, perdurent. A l’inverse, maintenir des taux courts relativement élevés, pour la bourgeoisie US, c’est risquer d’aggraver le risque de récession. Tout dépendra en fin de compte de ce qui est abordé auparavant, à savoir la capacité des capitalistes de tous les pays dominants à faire reculer encore plus leurs prolétariats.

Il faut cela dit souligner que c’est grâce à la restauration du capitalisme que les échéances ont pu être repoussées. D’abord parce qu’elle favorise la remise en cause de toutes les conquêtes ouvrières. Ensuite par ce qu’elle a permis l’intégration de l’Europe de l’est au marché européen et celle de la Chine dans le marché mondial. Mais inversement, si cette dernière venait à ne plus pouvoir gérer les inégalités incroyables que le capitalisme y engendre, alors que des émeutes s’y produisent, ce serait fracassant. Et l’interruption du cycle de croissance serait sans doute un choc pour toute l’économie mondiale. Les mois qui viennent seront donc cruciaux à cet égard.


 

*                      *                      *

Que ce soit aux Etats-Unis, en Italie, en Grande-Bretagne, ou en Allemagne, la prise en charge des politiques capitalistes par les directions des organisations ouvrières s’avère donc indispensable et précieuse aux bourgeoisies de ce pays. Même si cela distend fatalement plus que jamais les liens entre la classe ouvrière et ses organisations, cela ne peut que renforcer à l’inverse l’exigence, sur laquelle il faut faire fond, que cette collaboration sans cesse plus étroite soit brisée et ainsi que les attaques incessantes dont les prolétariats sont l’objet soient remises en cause. Encore faut-il poser la question de la rupture avec la bourgeoisie de manière adaptée, souple, efficace, en étant ordonné sur la question décisive du pouvoir, du gouvernement.

Il s’agit d’ouvrir la voie au mouvement des masses, au combat contre les capitalistes et les gouvernements à leur solde, et d’indiquer comment se réuniraient les conditions politiques permettant aux prolétariats, aux jeunes, de briser l’offensive de leurs bourgeoisies, de se rassembler sur leur propre plan, avec leurs propres méthodes et objectifs, de poser en fin de compte la question d’un gouvernement qui soit le leur, de gouvernements ouvriers.

Mais à cette étape, aucune illusion n’est permise : les travailleurs restent aujourd’hui globalement, non seulement sur la défensive, mais surtout totalement désarmés politiquement, à commencer par la question du pouvoir. C’est ce qu’illustre la situation en Amérique latine.


IIIème partie : Eléments d’appréciation de la situation en Amérique Latine

 


Ces dernières années, c’est incontestablement sur le sous continent latino américain que les mouvements les plus intenses du prolétariat mondial se sont déroulés et se déroulent encore.

Ceci appelle une première remarque. A de rares exceptions près, ces mouvements sont partis de l’aggravation brutale, « plus qu’à l’ordinaire », de la situation économique, se combinant aussi avec des questions démocratiques. Depuis la crise du peso mexicain de 1995, les crises économiques n’ont pas manqué de frapper les divers pays d’Amérique latine. Il est extrêmement important de constater que les brusques revers de fortune des économies nationales ont générés des conséquences politiques significatives pour les masses… mais aussi, nous y reviendrons, pour les bourgeoisies latino américaines. Ainsi c’est la crise liée à la dollarisation de l’économie qui a abouti en Equateur, en 2000, à l’invasion (pacifique !) du parlement. Ainsi en 2001 en Argentine la crise bancaire a-t-elle engendré des mouvements qui ont chassé plusieurs présidents successifs. Il y a également un lien entre la crise qui a frappé le Brésil en 1998 et l’arrivée au pouvoir du Parti des Travailleurs lors des élections suivantes.

Il ne s’agit en aucun cas pour nous de réduire les mouvements à caractère révolutionnaire du sous-continent à des résultantes mécaniques de telle ou telle crise économique. Mais il faut constater à nouveau que, dans des circonstances où la bourgeoisie dans ces pays n’a nulle part aujourd’hui les moyens politiques d’instaurer des dictatures ouvertes (ce dont elles ne se sont pas privées dans le passé), l’aggravation « plus qu’à l’ordinaire » dirait Lénine de la situation matérielle des masses est un ferment de radicalisation de la lutte des classes.

C’est d’ailleurs  vrai tant du point de vue des masses que de celui des bourgeoisies locales, semi-compradores, qui sous l’étreinte de la contrainte économique ont été amenées à prendre souvent leurs distances avec Washington pour tenter, tout simplement, de survivre, mouvement dont la pointe avancée se trouve aujourd’hui à Caracas, incarnée par le régime de Chavez.


Mexique : les masses se heurtent à la question du pouvoir


En juin 2006, pendant la campagne présidentielle au Mexique, le gouverneur de l’Etat de Oaxaca, Ulysse Ruiz, réprimait violemment un piquet de grève des enseignants de la province, en grève depuis un mois. Face à la répression, un véritable soulèvement populaire a embrasé la ville. Pendant plusieurs mois, les masses se sont rendues maîtresses de la ville, sous la direction de l’APPO, Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca. Ce dernier organisme, regroupant plusieurs centaines d’organisations (syndicats, associations,…) a eu indubitablement des caractéristiques de soviet, avec ses représentants élus dans chaque quartier assurant de nombreuses tâches pratiques pour répondre aux besoins du combat. Soulignons en passant qu’une nouvelle fois, Oaxaca indique aux bourgeoisies latino-américaines que l’usage de la répression dans la période politique actuelle est lourd de risques de retour de bâton – autrement dit, l’écrasement des masses par la violence n’est pas pour elles une option possible. 

Mais reprenons : pendant plusieurs mois, avant que finalement l’armée fédérale n’intervienne pour reprendre le contrôle de la ville, l’Assemblée populaire (on pense naturellement à celle d’El Alto en Bolivie) va exiger par ses manifestations et blocages le départ du gouverneur Ruiz.

Une expression a fait florès dans la presse, et notamment d’extrême gauche : la « commune de Oaxaca ». Il est utile de rappeler ce qui donna naissance à la Commune de Paris, d’autant que celle-ci ne s’était pas engagée sous le drapeau du communisme, tant s’en faut (Marx soulignait que les révolutions, comme effrayées par leurs propres audaces, avaient besoin à leurs débuts de se tracer le chemin vers l’avenir tout en se drapant dans des formes historiques rappelant le passé). La Commune de Paris n’a pas exigé des mois durant « dehors Thiers ». Elle a commencé par prendre les armes, appliquant le précepte de Blanqui : « qui a du fer, a du pain ». En 1871 à Paris les ouvriers ont effectivement pris le pouvoir, c’est à partir de là, malgré toutes les limites de la Commune, que les mesures progressistes que l’on sait ont pu être prises. Cette comparaison permet de souligner une des caractéristiques de notre période politique, qui vaut donc même dans les pays où l’activité des masses est la plus importante : les travailleurs sont désarmés face à la question du pouvoir. Le congrès constituant l’APPO en mouvement politique, à l’automne, a d’ailleurs adopté un long document qui se situe pour l’essentiel tout à fait explicitement sur le terrain de la « démocratie ».

Or précisément durant le soulèvement de Oaxaca se sont tenues les élections présidentielles au Mexique, remportées sur le fil et certainement grâce à la fraude par le candidat Calderon contre Obrador, maire de Mexico et candidat du parti bourgeois PRD. Bien qu’il s’agisse d’un match entre deux candidats bourgeois, il est indubitable que les aspirations à changer de politique se sont cristallisées sur la candidature Obrador. Pour preuve : celui-ci, n’acceptant pas sa défaite, a réussi à mobiliser derrière lui  de véritables foules, pour bloquer la capitale tout d’abord durant des semaines (sauf le temps de laisser l’armée y défiler !), puis le 16 septembre à Mexico en se proclamant « président légitime » du Mexique devant des centaines de milliers de partisans, à l’occasion d’un meeting présenté faussement comme une « convention nationale démocratique ». Et puis, de meeting en meeting, de déclaration tonitruante en rassemblements toujours importants, comme le 20 novembre, Obrador a fini par dévoiler son « projet » : les élections de 2012 ! Les masses populaires ne lui ont servi que de masses de manoeuvre, avec la complicité active de groupes se réclamant du trotskysme et qui sont devenus plus obradoristes qu’Obrador lui-même, à commencer par le groupe lambertiste mexicain. Participer en toute indépendance au mouvement contre l’élection par la fraude de Calderon était indispensable; avoir comme mot d’ordre de mettre au pouvoir Obrador, c’était agir précisément contre ce mouvement. Mais c’est en cohérence avec la politique internationale de ce courant, puisque le terrain de la « défense de la nation » contre l’impérialisme US est précisément et par définition un terrain d’alliance avec la bourgeoisie, sur le mode de la « révolution par étapes » inventée par les staliniens.


Situation de plus en plus chaotique en Bolivie


Si la situation au Mexique illustre l’impuissance politique de la classe ouvrière face à la question du pouvoir, celle qui prévaut en Bolivie depuis l’accession de Morales à la présidence en janvier 2006 est aussi riche en enseignements.

La Bolivie, pays le plus pauvre de l’Amérique latine, est également celui dans lequel les masses sont allées le plus loin ces dernières années, chassant plusieurs gouvernements, par la grève générale et la manifestation centrale, et constituant, au moins un moment, une « Assemblée populaire et indigène » à caractère national qui posait aussi la question du pouvoir – mais avec les limites que nous venons de voir concernant le Mexique. Finalement, dans les conditions analysées par CPS, c’est sur le terrain électoral que les masses ont cherché à trouver une issue à leurs exigences, à commencer par la nationalisation des hydrocarbures afin de bénéficier de leurs retombées financières, en portant Morales à la présidence et en offrant une majorité parlementaire absolue au MAS, rassemblement certes hétéroclite mais dont le fait qu’il dispose de la majorité doit évidemment être utilisé politiquement au compte des travailleurs. On ne peut ici reprendre la totalité des développements depuis l’accession de Morales à la présidence – ce sera l’objet d’un prochain article de CPS. Il importe cela dit de souligner les oscillations permanentes du gouvernement Morales, tiraillé d’une part entre les pressions des impérialistes, mais aussi du puissant voisin brésilien, et celles contradictoires de la bourgeoisie locale ; d’autre part devant composer avec les exigences maintenues des ouvriers et des paysans du pays, et sans pouvoir, comme son voisin vénézuélien, s’appuyer directement sur une force structurée comme le corps des officiers. Aussi la politique de Morales est-elle une politique fait de louvoiements permanents, de remaniements ministériels incessants, de répression de certaines grèves au nom d’un complot américain pour le renverser et de concessions mineures aux travailleurs.

Il a annoncé en mai 2006 une nationalisation sans expropriation des hydrocarbures, en fait un levier pour renégocier plus avantageusement le partage de la rente pétrolière et gazière avec les majors comme Petrobras, Repsol ou Total. A l’été, il a fait élire une « Assemblée constituante » où le MAS a encore eu la majorité, mais cette Assemblée coexiste avec les institutions de l’Etat bourgeois bolivien, ce qui signifie qu’elle est au mieux consultative. Après avoir tenté d’en modifier le fonctionnement de sorte à ce que la majorité simple suffise (et donc que le MAS dispose effectivement du pouvoir), il a finalement reculé. Il a annoncé une « réforme agraire » calquée sur celle du Venezuela, qui redistribue donc uniquement des terres d’Etat et, éventuellement, celles non exploitées par les grands latifundiaires. Dans le secteur crucial des mines, exploité à 70% par des compagnies étrangères, une nouvelle ‘nationalisation sans expropriation’ a été annoncée, et le ministre initialement nommé par Morales, représentant des coopérativistes privés les plus riches, a été destitué en octobre suite à des affrontements violents et meurtriers entre mineurs d’Etat, d’un côté, et coopérativistes tentant de s’emparer par la force d’une mine d’Etat. Morales doit également faire face à la volonté affichée de sécession de la bourgeoisie de la partie orientale du pays (la plus riche), malgré le « non » au référendum sur l’autonomie en juillet 2006.

Inévitablement, les tergiversations du gouvernement Morales ne peuvent que pousser les masses à intervenir une nouvelle fois sur leur propre terrain. C’est ce qui vient de se produire à Cochabamba, où des dizaines de milliers de manifestants ont occupé la ville pour réclamer le départ du gouverneur Reyes, notamment pour protester contre la répression policière.

Mais Morales a une nouvelle fois louvoyé, refusant de destituer le préfet et proposant à la place l’organisation d’un référendum révocatoire, permettant ainsi à la bourgeoisie de reprendre le contrôle de la ville. De même il vient d’envoyer la troupe contre les travailleurs (apparemment organisés en Assemblée populaire) qui occupaient une raffinerie de Shell à Camiri (région du Chaco), dont ils réclamaient l’expropriation – signe que les masses comprennent que le décret de « nationalisation » du 1er mai 2006 était comme un tiroir à double fond.

C’est certainement vers une situation de plus en plus chaotique que transite la Bolivie, faute, il faut le dire, d’un véritable parti ouvrier révolutionnaire qui aurait, dans de telles circonstances, d’énormes possibilités d’intervention et de construction. Mais précisément, si l’un des facteurs de cette situation chaotique est la division de la bourgeoise bolivienne elle-même, et certainement les manœuvres impérialistes pour déstabiliser le gouvernement Morales, l’autre est la décomposition du mouvement ouvrier. Les affrontements entre mineurs traduisent aussi l’affaiblissement de ce qui est le cœur de la classe ouvrière bolivienne. L’impuissance de la direction de la COB (qui a par exemple appelé à la grève générale le 21 avril 2006 et rassemblé… 200 manifestants à La Paz), ses crises (notamment avec le départ annoncé de la COR d’El Alto), sont manifestes et ses proclamations sur la construction future d’un « instrument politique des travailleurs » ne répondent pas à la situation.

Mais, et sans doute est-ce le plus important, sous toutes réserves, l’activité importante que déploient les masses populaires ne semble déboucher sur aucune forme d’organisation, de regroupements politique.

Quelle perspective pour les masses boliviennes ? CPS nouvelle série n°22  s’efforçait de répondre ainsi :

 « un gouvernement qui s’engage dans la voie de l’expropriation du capital, à commencer par le secteur des hydrocarbures, un gouvernement qui cesse de payer la dette, qui arme les travailleurs pour faire face à l’armée, un gouvernement qui, aujourd’hui, ne peut être qu’un gouvernement vertébré par la COB, un gouvernement des organisations ouvrières et paysannes (indiennes), COB, CUSTB, MAS, MIP. 

C’est dans le combat pour un tel gouvernement que la constitution d’une Assemblée Populaire nationale et non « la constituante » peut dépasser le stade de l’ébauche où elle en est restée, si tant est qu’elle ne reste pas à l’avenir qu’un fantôme évoqué un moment seulement par le mouvement des masses. »

A l’évidence, l’existence d’une majorité du MAS au parlement comme l’Assemblée constituante est un levier politique pour la mobilisation des ouvriers et paysans boliviens, à partir du combat contre la réaction, les classes dominantes. Mais encore une fois il faut souligner combien pèsent même sur ce prolétariat aux riches traditions révolutionnaires les limites politiques qui sont celles du prolétariat mondial aujourd’hui, limites qu’il leur faudra dépasser dans leur mouvement pour s’ouvrir une issue positive.

Une question-clé sur tout le continent et au-delà : se délimiter nettement du « chavisme ».


On l’a dit, la politique d’un Morales est directement empruntée à celle menée au Venezuela par le colonel Chaves.

Les articles parus dans les numéros 24 et 25 de CPS nouvelle série en donnaient la caractérisation suivante, en s’appuyant notamment sur ce que Trotsky écrivait en 1938 :

« Le populisme en uniforme de Chavez s’inscrit dans une longue tradition latino-américaine, le césarisme, comme nous y reviendrons dans la seconde partie de cet article, sinon que c’est un césarisme pétrolier. Bien des militaires au pouvoir avant lui se sont parés de atours du « socialisme » en fonction des besoins du moment.

Précisément, l’avons vu, en réalité, il n’y a pas de transformation fondamentale des rapports sociaux au Venezuela. Ni expropriation des grands propriétaires terriens, ni celles des capitalistes financiers qui détiennent la dette publique, ni celles des banques ou des principales entreprises d’un pays toujours gangrené par la corruption et par la misère. »

De tels régimes ne sont pas un phénomène nouveau, en particulier en Amérique latine.

Léon Trotsky caractérisait ainsi le régime du général Cardenas au Mexique où il trouva asile les dernières années de sa vie :

« Dans les pays industriellement arriérés, le capital étranger joue un rôle décisif. D'où la faiblesse relative de la bourgeoisie nationale par rapport au prolétariat national. Ceci crée des conditions particulières du pouvoir d'État. Le gouvernement louvoie entre le capital étranger et le capital indigène, entre la faible bourgeoisie nationale et le prolétariat relativement puissant. Cela confère au gouvernement un caractère bonapartiste sui generis particulier. Il s'élève pour ainsi dire au‑dessus des classes. En réalité, il peut gouverner, soit en se faisant l'instrument du capital étranger et en maintenant le prolétariat dans les chaînes d'une dictature policière, soit en manœuvrant avec le prolétariat et en allant même jusqu'à lui faire des concessions et conquérir ainsi la possibilité de jouir d'une certaine liberté à l'égard des capitalistes étrangers. » (L’industrie nationalisée et la gestion ouvrière, juin 1938)

Sur l’état des lieux de la « révolution bolivarienne », le constat fait par les articles de CPS cités a été largement corroboré à l’occasion des élections présidentielles de janvier. Ainsi citons cette dépêche AFP du 30/11/2006 :

Les experts accordent peu de crédit au redressement amorcé en 2004 avec un taux de croissance de 17,3%, puis de 9,3% en 2005, après la récession de 2003 (-9%) liée à une grève générale lancée contre le président Hugo Chavez.

Les recettes pétrolières servent notamment à financer les programmes sociaux du régime (huit milliards de crédits en 2006) et sa diplomatie en faveur des pays hostiles à Washington. En revanche, il n'a pas permis au pays, qui importe quasiment la totalité de ses biens manufacturés et produits alimentaires, de rompre sa dépendance au pétrole et aux Etats-Unis.

Loin des discours anti-impérialistes, les relations commerciales de Caracas avec Washington, qui s'élèvent à 42 milliards de dollars en 2006, la moitié du volume d'échange du pays latino-américain, se portent comme un charme, selon la chambre de commerce américano-vénézuélienne (Venamcham).


"La rente pétrolière n'a pas été utilisée pour créer un outil productif diversifié et compétitif", déplore M. Palma, décrivant une consommation artificielle devenue la "locomotive folle de l'économie".

(…)
 Le gouvernement a beau annoncer des perspectives florissantes avec une hausse de la croissance de 6% en 2007, le maintien de l'inflation sous les 11% et un chômage à un chiffre, la pauvreté touche environ la moitié de la population selon les experts. Même si le régime évoque un taux officiel de 33%, n'incluant pas les ayant-droits de ses programmes sociaux.

Le dixième des habitants les plus riches se partagent plus du tiers des revenus et le dixième des plus humbles moins de 1%, selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Les travaux réalisés pour le métro urbain ou la voie ferrée masquent difficilement l'état désastreux des routes ou le déficit criant de logements dans la capitale, transformée en cimetière d'édifices inachevés. »

Mais la tendance à desserrer les liens étroits de subordination à Washington qu’incarne le régime Chaves traverse l’ensemble des pays d’Amérique latine, et à laquelle le régime « bolivarien » sert de point d’appui.

Ainsi récemment l’Equateur a-t-il porté à sa tête un président sponsorisé par Chaves, Correa, et le Pérou a failli faire de même. Quant à l’Argentine, par exemple, on doit noter que les péronistes revenus au pouvoir ont mené un véritable bras de fer avec le FMI pour desserrer la contrainte de la dette.

La manière dont le Venezuela  a quitté la communauté andine des nations et a fait son entrée dans le Mercosur est révélatrice de cette « ambition » du Venezuela chaviste d’être le pivot de cette orientation pour tous les pays d’Amérique latine. C’est suite à un accord de libre échange signé entre le Pérou et les Etats-Unis que Chaves a claqué la porte de la Communauté Andine des Nations, refusant d’être « envahi » par les produits américains. L’adhésion du Venezuela au Mercosur s’est faite sur cette même orientation : non pas une indépendance réelle de l’impérialisme US (auquel cas évidemment il faudrait commencer par exproprier le capital au Venezuela et subséquemment rompre avec le Mercosur), mais une plus grande marge d’autonomie.

Pour mener à bien cette orientation, d’autant qu’il est pressé par la baisse annoncée des cours du pétrole qui pourrait déstabiliser toute son entreprise, il est absolument nécessaire à Chavez de contrôler davantage l’Etat vénézuélien, et de se soumettre le plus possible le mouvement ouvrier. Tel est le contenu de la nouvelle phase de la « révolution socialiste» engagée avec la victoire électorale de Chavez, « révolution » qui s’opérerait … à coups de décrets, en 18 mois. Drôle de conception de la « révolution permanente » dont Chaves, à l’occasion de ses numéros de funambule idéologique, affecte de se réclamer (« je suis trotskyste » !).

D’un côté : les «  pouvoirs spéciaux » votés par le parlement, permettant entre autres à Chavez (« au nom de Dieu et de la révolution »), par décret, de nationaliser l’électricité et les télécommunications, mais, au-delà « de légiférer dans le domaine politique, social et surtout économique, dont le secteur stratégique des hydrocarbures » (AFP, 31 janvier). De l’autre : nouvelle tentative pour se subordonner l’UNT, centrale syndicale ouvrière, et ce en créant pour ce faire un parti unique de la révolution, baptisé pour l’instant parti socialiste uni du Venezuela. Une camisole de force teinte en rouge.

Il est non seulement impératif pour le mouvement ouvrier de résister à cette nouvelle tentative d’OPA mené au compte de la fraction bolivarienne de la bourgeoisie (« boliburguesia »), mais aussi, indissociablement, et ce au delà même du sous-continent, d’établir la vérité sur la « révolution bolivarienne » qui aujourd’hui, on le voit en Bolivie, sert de modèle et de « digue de contention » du mouvement des masses, tout en défendant inconditionnellement le Venezuela contre l’impérialisme US.

En ce sens, les conclusions de l’article de CPS nouvelle série cité sont entièrement confirmées par les derniers développements:

« Les masses du Venezuela de leur côté ont remporté ces dernières années des succès non négligeables contre la réaction, malgré Chavez. Sous la « révolution bolivarienne » on a senti poindre la révolution prolétarienne.

Pour autant, leurs revendications les plus essentielles ne sont pas satisfaites et ne peuvent pas l’être par un régime qui émane de la caste des sous officiers et qui n’entend pas s’en prendre sérieusement à la propriété capitaliste.

Pour que leurs revendications et aspirations soient satisfaites, la dette extérieure doit être dénoncée, les latifundiaires expropriés, les grandes entreprises doivent être nationalisées sans indemnité ni rachat et placées sous le contrôle ouvrier réel et pas cosmétique. Au contraire de la forme d’autogestion (cf. la 1ère partie de l’article) actuellement existante, la nationalisation ne prend son sens que dans la mise sur pied d’un plan de production, rompant avec l’anarchie et la concurrence sauvage capitaliste, plan visant à produire en fonction des besoins. Autrement le « contrôle ouvrier » d’entreprises soumise à la loi du marché ne serait qu’un contrôle sur les condition de la concurrence, des licenciements, de tout le vieux fatras.

Pour aller dans cette voie, celle qui mène à la fédération socialiste de l’Amérique du sud, il faudra réunir les conditions de la venue au pouvoir d’un gouvernement qui soit celui des ouvriers, des paysans, des masses pauvres.

Impossible d’y aller si l’impérialisme reprend le contrôle direct du Venezuela, ce qui porterait un coup aux masses bien au-delà des frontières de ce pays. Cela les ramènerait en arrière et les assommerait. C’est pourquoi il faut se situer et agir autant que possible contre toutes les menaces et visées impérialistes qui pèsent sur le Venezuela.

Mais réunir les conditions de la venue au pouvoir d’un gouvernement au service des masses travailleuses, c’est lutter pour l’indépendance du mouvement ouvrier face au régime Chavez, contre toute confiance à celui-ci. C’est en particulier lutter contre la mise sous tutelle de l’UNT par le gouvernement, et pour la construction d’un authentique parti ouvrier révolutionnaire défendant le programme esquissé ci-dessus, et qui ne peut se construire qu’en rupture avec le « mouvement bolivarien ».

Une dernière remarque s’impose, qui devra être développée ultérieurement. Dans sa volonté de se démarquer de l’impérialisme américain, et aussi fort pragmatiquement pour donner du contenu aux « missions »,  Chavez s’est appuyé sur le régime castriste de Cuba pour bénéficier de son prestige.

Castro avant sa maladie avait annoncé son intention de lancer une « guerre» contre « une nouvelle classe », celle des « nouveaux riches », tout en supprimant la circulation officielle du dollar dans l’île.

Or il se trouve que, depuis son écartement du pouvoir, ainsi que le rapporte l’AFP : « Une adaptation du modèle inévitable est déjà en cours à Cuba »

« Même si les autorités répètent à l'envi qu'il y a ni "succession" -- puisque Raul reste numéro deux -- ni "transition" mais bien "continuité révolutionnaire", les spécialistes étrangers de Cuba ont noté des évolutions.(…)

C’est à la direction du PC cubain que s’expriment les tendances à la restauration du capitalisme, à la liquidation des acquis de la révolution.

La révolution cubaine des années 1959-1962 a dû, pour être effectivement anti-impérialiste, prendre un caractère socialiste, aller jusqu’à l’expropriation du capital, bien que le prolétariat n’en ait jamais eu la direction. Le régime castriste s’est adossé à l’URSS pour résister à l’impérialisme US, tandis que Cuba devenait un Etat ouvrier bureaucratiquement déformé dès l’origine. La maladie de Castro est d’abord un événement politique : avec sa disparition il est certain que Cuba, sous la pression de l’impérialisme US, mais aussi celle de la bourgeoisie « bolivarienne », va connaître une période de crise politique.

Or, l’existence même de cette petite île où le capital a été exproprié, résistant ostensiblement à l’impérialisme yankee à quelques miles nautiques de la Floride a incontestablement joué un rôle positif sur tout le continent – tandis que la direction castriste utilisait le prestige de la révolution cubaine pour développer sa propre politique contre-révolutionnaire. La restauration du capital à Cuba serait donc un événement politique aux conséquences importantes. Il faudra y revenir.

Conclusion

Les éléments donnés sur les traits saillants de la lutte des classes, s’appuyant sur l’élaboration continue fournie dans CPS nouvelle série, confirment ans conteste la validité des conclusions tirées dans le rapport Actualité du combat pour le socialisme, s’inscrivant dans la continuité de Nouvelle perspective

C’est donc logiquement que la conférence de fusion peut en reprendre la conclusion à son compte :

«  Guerre sans fin contre le terrorisme », destruction progressive de tous les acquis de la classe ouvrière, menace permanente de crise économique dislocatrice, tous ces éléments doivent pousser les travailleurs et les jeunes les plus conscients à militer en faveur de la seule issue positive à la crise de l’humanité: le socialisme, l’expropriation du capital, l’organisation de la production à l’échelle internationale en fonction de la satisfaction des besoins des masses et non plus de la loi du profit.

Pour ouvrir cette issue, il est indispensable de s’organiser pour la construction de partis ouvriers révolutionnaires situés ouvertement sur cette perspective, s’organiser en défense des acquis politiques et théoriques que le combat pour la IVe Internationale puis sa reconstruction ont concentrés.

Sans attendre que de tels partis aient été construits, prolétaires, jeunes, intellectuels cherchent et chercheront à porter un coup d’arrêt aux contre-réformes. C’est ces résistances qu’il faut armer, auxquelles il faut contribuer. Comment ?

Tout ce qui précède l’indique avec force : en militant sur la ligne du front unique des organisations du mouvement ouvrier pour combattre et vaincre les gouvernements qui sévissent au compte du capital, pour la rupture de la concertation dont on a vu le rôle manifeste au service de la réaction, pour porter au pouvoir des gouvernements menant une politique anti-capitaliste.

(…)

La période de recul que nous vivons donne une importance toute particulière aux revendications défensives, qui prises dans leur pleine dimension, dans leur perspective révolutionnaire, remettent directement en cause le capitalisme.

Il s’agit d’élaborer une politique visant, en partant de celles-ci, de permettre que la volonté des travailleurs de résister submerge la résistance des vieux appareils, qu’elle les brise, et avec eux brise la chaîne ininterrompue de coups qui s’abat sur la classe ouvrière.

Il s’agit plus que jamais d’utiliser le rapport existant entre les masses et leurs vieilles organisations, aussi distendus soient-ils, et militer pour que les masses aillent dicter leur volonté aux vieilles directions.

C’est dans ce mouvement, découlant des conditions actuelles de la lutte des classes, fruit de la volonté de résister à l’offensive impérialiste, que se dégageront les combattants, les matériaux de la reconstruction du mouvement ouvrier sur un nouvel axe, sous des formes imprévisibles à cette étape.

Y contribuer, mener une politique réellement révolutionnaire, c’est développer cette orientation, pour le socialisme, la conquête du pouvoir, pour briser la résistance contre révolutionnaire des vieilles directions du mouvement ouvrier (partis et syndicats).

Encore faut-il préciser que mener une telle politique ne peut se faire qu’en suivant cet autre principe du programme de transition :

« Il faut savoir traduire ces idées fondamentales en des idées plus particulières et plus concrètes, selon la marche des évènements et l’orientation de l’état d’esprit des masses ».

Ne pas savoir traduire les formules générales (« rompez avec la bourgeoisie » « gouvernement ouvrier ») en formules particulières adaptées aux circonstances et saisissables par de larges masses serait transformer la politique révolutionnaire en son contraire, particulièrement dans la période politique présente ou plus que jamais « l’essence du marxisme c’est l’analyse concrète d’une situation concrète » (Lénine).

En intervenant et participant aux combats de la lutte des classes sur cette orientation générale, en appréciant les développements de la lutte des classes, nous pouvons poser des jalons pour la tendance vers la reconstruction du mouvement ouvrier sur l’axe de la révolution prolétarienne, et nous préparer nous-mêmes à nous y intégrer, armés (pour autant que nous sachions les défendre) des indispensables acquis politiques et théoriques concentrés dans le combat pour la construction puis la reconstruction de la Quatrième Internationale.

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