Article paru dans C.P.S. nouvelle série n°27, janvier 2007
Une victoire incontestable
Lors
du congrès d’investiture du 26 novembre 2006, Ségolène Royal a été désignée
candidate du Parti Socialiste pour la prochaine élection présidentielle. Cette
désignation entérinait le résultat du vote des adhérents du PS qui s’était
déroulé le 16 novembre 2006. Dés le premier tour, Ségolène Royal obtient une
majorité absolue avec 107 743 voix
(60,70 % des suffrages), loin devant ses rivaux. Dominique Strauss-Kahn arrive
en deuxième position avec 36 510 voix (20,57 %), suivi de Laurent Fabius qui
obtient 33 258 voix (18,73 %). La participation a été élevée : sur
216 969 adhérents inscrits, 178 632 ont voté soit 82,3%. Seuls 1121
bulletins blanc ou nuls ont été comptabilités (0,6 %). Seul le référendum interne au PS sur la
Constitution européenne avait atteint un tel niveau de participation en
décembre 2005 (83,13 %) mais avec beaucoup moins d’adhérents, puisque la
campagne d’adhésion à 20 euros lancée de mars à mai
Sur
104 fédérations du Parti Socialiste, hormis la Seine-Maritime, la Haute-Corse
et Mayotte restées fidèles à Laurent Fabius, Ségolène Royal arrive en tête et
elle obtient de plus la majorité absolue dans 95 d’entre elles. Dans 42
fédérations son score dépasse la barre des 65%. Il s’agit d’un succès sans
appel.
Pour
ses rivaux, c’est une débâcle. Quelques jours avant le vote, ils tablaient,
sans grand espoir à vrai dire, sur la
possibilité d’un second tour. Tel n’a point été le cas. Dominique Strauss-Kahn
franchit à peine la barre des 20% ; il n’arrive en tête dans aucune
fédération et il est battu dans celles réputées comme constituant ses bastions
(Puy-de-Dôme, Yvelines). Pour Laurent Fabius, c’est un camouflet : avec
18,73%, il se situe au-dessous du score
réalisé par sa motion lors du congrès du Mans en novembre 2005, soit 21,17 %.
Ni
la « social-démocratie à la française » du premier, ni la
ligne « résolument à gauche » du second n’ont été à même d’endiguer
Il
est à noter que le vote Royal ne peut pas être vraiment différencié selon
l’implantation géographique des fédérations, pas plus qu’en se référant aux
votes lors du référendum interne de 2004 sur la constitution européenne ou sur
les différentes motions présentées lors de la préparation du congrès du Mans.
« Le raz-de-marée pro Royal est particulièrement
manifeste dans les fédérations rurales, où le vote prend parfois des allures de
plébiscite. Par comparaison, Paris représente un mauvais score : elle
arrive en tête, mais n’y obtient pas
C’est en bloc que les adhérents ont voté Royal.
« Trente ans d’un parcours solitaire au sein
du parti »
C’est
ainsi que Le Monde du 18 novembre 2006 résume la carrière politique de
Ségolène Royal au sein du Parti Socialiste. Elle y adhère en 1978. Elle se
déclare féministe mais « elle ne participera pourtant jamais aux mouvements
collectifs des années 1970-1980.» (Le Monde du 18/11/2006). Sortie
diplômée de l’ENA en 1980, elle est « remarquée par Jacques Attali en
même temps que François Hollande pour faire partie des équipes de travail de
l’Elysée. En 1982, Ségolène Royal devient chargée de mission de François
Mitterrand pour la jeunesse, puis conseillère sur les affaires sociales (…) ».
Dans les petits papiers du Président.
« En 1988, elle obtient de se
présenter dans une circonscription qui n’attire pas grand monde, à Melle, dans le
département des Deux-Sèvres. Elle y sera constamment réélue, même aux heures
noires du PS en 1993. Deux ans plus tard elle tente de conquérir Niort en se
présentant, en vain, contre la maire sortant [le maire PS Bernard Bellec, ce que Le Monde ne précise pas ! – ndlr], provoquant une bagarre fratricide entre
socialistes » (Le Monde du 18/11/2006).
A
39 ans, Royal entre dans le gouvernement Bérégovoy où elle sera ministre de l’Environnement de 1992 à 1993. De 1997 à 2002 elle participe
au gouvernement Jospin d’abord comme ministre déléguée à l’enseignement
scolaire, puis à partir de 2000 comme ministre déléguée à la famille, à
l’enfance et aux personnes handicapées.
Mais
en réalité au sein du PS, elle se cantonne dans des seconds rôles. Elle ne
s’engage pas dans les batailles des courants, s’efforce plutôt de rester dans
l’ombre et se contente de suivre le sillage de son compagnon, François
Hollande. L’une des rares prises de
position tranchée qu’on puisse lui attribuer fût son soutien à Rocard quand ce
dernier a tenté en 1993 par l’organisation des « états généraux de
refondation » du PS de le transformer en « mouvement ».
Le Monde du 13 avril 2006
rappelle : «Mais, fidèles à leur volonté initiale, M. Hollande
comme Mme Royal ont toujours évité de s’inféoder à un courant. En 1995, lors de la première primaire socialiste pour le choix du candidat
à l’Elysée, M. Hollande, chargé de l’économie auprès du premier secrétaire,
Henri Emmanuelli, se tient à l’écart de la bataille qui oppose ce dernier à
Lionel Jospin. Mme Royal, qui avait songé à être candidate, va plus loin encore
dans le refus de choisir, en recourant à une formule cruelle _ « deux
trains sont lancés l’un contre l’autre. Ecartez-vous des voies ! » -
qui nourrira l’inimitié que lui porte encore l’ancien premier ministre… ».
Avec François Hollande
François
Hollande a un parcours politique bien déterminé qu’il est utile de rappeler
aujourd’hui. Sélectionné lui aussi dés 1981 dans le club des conseillers de
l’Elysée, Hollande a été l’inspirateur de ceux que on avait appelés, en 1984,
les « transcourants » :
« L’acte fondateur de cette aventure avait été posé par
un article publié dans Le Monde daté 16-17 décembre 1984 et intitulé
« Pour être modernes, soyons démocrates ! ». Ce plaidoyer pour
une modernisation de la politique invitait le PS à être « le parti de
toute la société » et à « en appeler au réel bien plus qu’aux
mythes ». La future députée des Deux-Sèvres avait accompagné de près le
pari des « transcourants », dont le
principal animateur était son compagnon, François Hollande. (…) Non dépourvus
d’une fraîcheur un peu candide, les « transcourants »
se disaient « attentifs autant au progrès social qu’à l’efficacité
économique » et souhaitaient engager un débat sur « le mode de
participation des électeurs à l’élaboration de la pensée politique » (Le
Monde du 13/04/2006).
L’initiative
des « transcourants a
fait long feu mais elle contenait en germe la « méthode » Royal dont
Hollande est sans aucun doute l’un des principaux inspirateurs.
En
1993 Hollande prend la présidence des clubs Témoins
patronné par Jacques Delors, présidence qu’il gardera jusqu’en 1997,
restant depuis président d’honneur. Par la suite, Hollande et Royal ont su
naviguer en fonction des circonstances et des retournements d’alliances à la
direction du PS pour toujours rester
placés dans la mouvance de la direction du parti et du gouvernement. En 1994,
François Hollande est à la direction du PS auprès d’Emmanuelli. Présidents des
clubs Témoins, il fera partie des ardents promoteurs de la candidature Delors à
laquelle Emmanuelli se ralliera au congrès de Liévin. Après l’échec de
Jusqu’en
2004, malgré ses maroquins de ministre et son siège de députée, Royal n’est
toujours pas cataloguée parmi les figures de proue du Parti Socialiste.
Toujours dans la majorité autour de Hollande, elle ne se distingue pas. Sa
véritable rampe de lancement à ce titre, qui lui permettra de donner libre
cours à toutes ses ambitions, sera sa victoire lors des élections régionales en
avril 2004 où elle bat la liste conduite par Jean-Pierre Raffarin, alors
premier ministre, dans
D’une synthèse à l’autre
Lors
du congrès du Mans, en novembre 2005, les dirigeants du PS ont réalisé la
« synthèse » (voir sur le congrès du Mans CPS n°23 (105) du
3/01/2006). En conclusion du congrès, Fabius qui avait obtenu 21,2 % sur sa
motion « Rassembler à gauche »
et le NPS (23,6 %) se sont ralliés à la
motion présentée par la majorité (Hollande, Aubry, Strauss-kahn, Lang).
Pour Hollande, ce congrès a constitué un succès politique. Les oppositions
s’étaient ralliées et étaient de ce fait momentanément muselées à l’ouverture
d’une période difficile à négocier, celle de la désignation du candidat du PS.
Ces
ralliements lui laissaient toutes les possibilités de manœuvrer pour laisser
l’initiative au candidat (à la candidate…) de son choix politique… si ce n’est
plus.
Il
a pu sans obstacle engager le processus d’élaboration du « projet
socialiste » sensé définir le programme du
futur candidat du Parti Socialiste.
Ce processus s’est achevé le 1er juillet 2006 lors d’une
convention nationale où le programme du Parti Socialiste a été adopté sans
véritable opposition (seuls ont voté contre 7 délégués proches du courant de
Dolez et Filoche « Forces Militantes - Démocratie et Socialisme »).
En réalité ce fut une nouvelle synthèse acceptée notamment par Laurent Fabius.
L’adoption
du programme socialiste est une farce. Son contenu peut se dispenser de
longs commentaires : pas de
surprise, un programme de mise en œuvre d’une politique correspondant aux
objectifs de la bourgeoisie qui en aucun cas ne remet en cause les contre
réformes mises en œuvre par les gouvernements précédents, en particulier celles
des retraites (loi Fillon), de
Par
ailleurs, personne n’est dupe, ce programme dés son adoption est remisé aux archives de la rue de Solferino, siège du PS. En
effet, moulés dans le fonctionnement des
institutions de la Ve république, les candidats du PS se présentent avec
« leur » programme. Ainsi, en 1981, François Mitterrand a substitué
au programme du Parti Socialiste « Changer la vie » ses 110
propositions ; il a récidivé en 1988 en publiant une « Lettre à tous
les français » qui s’assoyaient allégement sur le programme proposé par le
PS. En 1995, Lionel Jospin s’est lui assis sur les résolutions du congrès de
Liévin en publiant juste avant la présidentielle un livre où il expose ses
« propositions pour la France ». En 2002 il a publié un « fastidieux
programme intitulé « je m’engage ». Il enterre par la même le projet
du PS coordonné par Aubry deux mois plus tôt. Pour enfoncer le clou, Jospin
assène pendant le campagne : « Mon projet n’est pas
socialiste » » (Libération du 8/06/2006).
Pendant
l’élaboration du projet, Hollande a maintenu, sans opposition, à la direction
du Parti une orientation de soutien au gouvernement Chirac-Villepin,
martelant, après sa défaite sur la question du CPE, que la prochaine échéance
restait l’élection présidentielle de 2007.
Dans
cette affaire, Royal s’est distinguée. Au moment où le Parti Socialiste se
prononçait pour le retrait du CPE, en février 2006, elle multipliait les
déclarations vantant les mérites de la politique de Tony Blair. Le Monde
du 4 février 2006 commentait :
« Une provocation pour les uns, une bévue pour les
autres. L’hommage rendu par Ségolène
Royal à Tony Blair, dans le Financial Times du
2 février, sur sa politique en faveur des services publics et du traitement du
chômage des jeunes, entre flexibilité et sécurité, a pris les socialistes de
court au moment où, précisément, ils affrontent le gouvernement sur le contrat
premier embauche. (…) A la fin du mois de novembre 2005, elle a déjà soutenu
dans un débat organisé par le magazine The Economist et l’Institut
Montaigne, un Think-tank libéral créé par Claude
Bébéar, président du conseil de surveillance d’AXA, ce qu’elle considère comme
un « juste deal »[un référence explicite au
New deal de Tony blair - ndlr] : une plus grande
flexibilité contre davantage de sécurité dans l’emploi des jeunes ».
Concomitamment,
Hollande, avec Jack Lang en maître d’œuvre,
a organisé à partir de mars 2006 l’opération d’adhésion « à prix
cassés » (Le Monde du 11/03/2006). Pour 20 euros, les
nouveaux adhérents, s’ils s’engageaient avant le 31 mai, obtenaient le droit de
participer à la désignation du candidat du Parti Socialiste à l’élection
présidentielle. Selon les statistiques, 90% des 80 000 nouveaux adhérents
gagnés n’ont jamais eu aucun rapport avec le PS. Sans aucun doute cette
opération va contribuer à faire en sorte que le candidat désigné par le Parti
Socialiste soit celui de « l’opinion ».
Une candidature propulsée par la bourgeoisie
Ségolène Royal s’est peu impliquée dans la préparation du projet
socialiste même si elle participé à la commission chargée de son élaboration.
Après l’adoption du projet, elle a d’ailleurs à plusieurs reprises stigmatisés
ceux qui ne cessaient de se référer au « petit livre rouge », format retenu par la direction du PS pour
la publication du programme. Le congrès du Mans à peine clôt, elle a confirmé
son intention d’être candidate à la candidature. Alors que ses principaux
rivaux consacraient leur énergie à rassembler leurs troupes au sein du PS, elle
s’est mise en campagne, délibérément, en dehors du parti. Cette campagne a
véritablement commencée en janvier 2006 par son voyage au Chili pour apporter
son soutien à la candidate du PS chilien, Michelle Bachelet.
En février, elle a lancé son site Internet « désirs d’avenir »
et le mouvement vers la constitution d’un réseau de comités de soutien sous
l’égide de l’association « désirs d’avenir », organisés en marge du
Parti Socialiste. Son déplacement au Chili a été le point de départ d’une
campagne de presse de promotion de sa candidature sans précédent. Pendant des
mois, jusqu’au vote des adhérents du 16 novembre, quasiment pas un jour sans
que la presse quotidienne nationale et régionale ne fasse l’article pour sa
candidature. Le même traitement par la presse hebdomadaire. Cette campagne
s’est amplifiée à partir du moment où l’opération de l’adhésion à 20 € a été
lancée. Ainsi, Le Monde du 7 avril 2006 constatait : « Ségolène
Royal s’affiche à la « une » de quatre hebdomadaires. Sa photo
souriante s’étale sur quatre couvertures. Ségolène Royale « fait » la
« une », jeudi 6 avril de quatre hebdomadaires :
Paris-Match, Le Nouvel Observateur, Le Point et VSD. Le soir elle sera sur le
plateau de TF1, invitée du journal télévisé de Patrick Poivre d’Arvor.
L’offensive médiatique est large ».
La
publication de sondages en sa faveur s’est aussi multipliée : la candidate
préférée des sympathisants socialistes, très loin devant tous ses
concurrents ; la seule pouvant espérer être présente au second tour ;
celle qui pouvait battre Sarkozy... Au fil des articles de presse un même
registre : elle bouscule les « éléphants du PS » qui rejettent
sa manière « innovante » de faire de la politique et qui ne
l’acceptent pas parce c’est une femme, registre réactionnaire dont Ségolène
Royal ne se prive pas en particulier chaque fois qu’elle se sent en difficulté
dans la polémique avec ses adversaires. Ce type de campagne de presse n’est pas
nouveau. En 1981, Michel Rocard en a bénéficié : il était présenté selon
les sondages comme le seul candidat du PS apte à battre Giscard (Rocard était
partisan d’une non dissolution de l’Assemblée
Nationale et d’une alliance avec le centre en cas de victoire…).
Il
en a été de même en 1988. En 1994, Delors, qui a tenté d’obtenir l’investiture
du Parti Socialiste tout en se présentant comme candidat de la collaboration
avec le centre, a eu droit aux mêmes honneurs. Pour Royal les
« médias » ont mis les bouchées doubles. En réalité, comme pour
Rocard et Delors, cette campagne de soutien procède d’un choix délibéré de
grands groupes capitaliste. Ce n’est un secret pour personne : la presse
quotidienne et hebdomadaire, les chaînes de radio et télévision privées sont
pour l’essentiel sous leur contrôle. Les Bouygues, Lagardère, Dassault,
Rothschild ont largement le pouvoir, quand besoin est, d’orienter « la
ligne éditoriale » des organes de presse dont ils sont les propriétaires.
Pour eux, le choix a été clair : Ségolène Royal est la candidate rêvée.
A
partir de février, Ségolène Royal a parcouru le pays pour tenir meetings et
réunions publiques organisés par les comités « désir d’avenir » et
pour répondre à l’invitation d’un nombre croissant de fédérations.
Quant
à son site Internet, Le Monde du 8/11/06 écrit :
«Ségolène Royal parle aux français. Elle flatte « leur
intelligence collective », les invite à s’impliquer dans des
« forums participatifs » sur tout un tas de sujets, et leur
promet, où qu’elle se trouve, un « désir d’avenir » en phase avec le
nom de son association de campagne. « ma star à
moi, c’est vous ! », lance-t-elle un jour à son public, lors d’un
meeting en Lozère. « Mon opinion est celle du peuple français »,
affirme-t-elle quand on l’interroge sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Quand elle parle de la nation ou de la
sécurité « dans un monde sans repère », quand elle s’empare de la
carte scolaire ou qu’elle dénonce les travers des 35 heures, Ségolène Royal se
fait le porte-parole d’une majorité dont elle a pris le pouls et qui la soutien
en retour dans les sondages ».
C’est
effectivement la concrétisation de la méthode proposée par François Hollande en
1984 quand il ouvrait le débat sur « le mode de
participation des électeurs à l’élaboration de la pensée politique ».
Royal
s’est déplacée à Dakar (où elle s’est proposée de « rectifier » les
accords de Sarkozy en matière d’immigration) et à la Réunion. Au sein du PS,
pas une voix ne s’est élevée pour contester cette manière de procéder. Si on
ose le dire, c’est du fait d’un « consentement mutuel » que Ségolène
Royal s’est engagée. Autant la direction du PS que ses adversaires potentiels,
tous lui ont laissé les mains libres.
« L’ordre juste »
Lors
de réunions publiques en février et en avril 2006, Ségolène Royal a plaidé pour
« un ordre juste ». Elle a déclaré « Il faut rétablir un
ordre juste par le retour à la confiance, par le retour de repères clairs, par
le bon fonctionnement des services publics, par des règles d’honnêtetés (…)
valables pour tous ». Dans
Dans
Le Monde du 4 juillet 2006, Michel Noblecourt
a précisé « Diable, Ségolène royal et Benoît XVI, même combat ! De
fait M. Mélenchon a raison. Dans son encyclique « Deus caritas
est » (« Dieu est amour »), publiée le 25 janvier, le pape écrit
que « l’ordre juste de la société et de l’Etat
est le devoir essentiel du politique ». Et l’ancien cardinal Ratzinger
ajoute : « Un Etat qui ne serait pas dirigé selon la justice se
réduirait à un grande bande de vauriens comme l’a dit un jour saint
Augustin ».
En
mai 2006, Ségolène Royal évoquera une « crise morale » rappelant
les années 1930 « Au lendemain des manifestations de février 34, Léon
Blum prononçait ces mots incroyablement taillés pour aujourd’hui : l’Assemblée nationale doit être assainie et renouvelée (…) Il
y a un lien direct entre la détérioration des vertus publiques, l’insécurité
sociale, et les risque d’affrontement démocratiques » (Le Monde du
7/05/2006).
A
cette occasion à « l’ordre juste » elle a ajouté « l’éthique »
en prenant « pour référence le général de Gaulle et son époque :
« Il y avait de la simplicité et de la grandeur » (Le Monde du
7/05/2006).
Confirmant
officiellement sa candidature à l’investiture présidentielle du PS, dans un
meeting à Vitrolles, le 29 septembre 2006 Ségolène Royal s’est présentée ainsi:
« Tout au long de son discours, Mme Royal a exalté la
nation et appelé à « refonder le pacte républicain ». «
Plus les insécurités quotidiennes et sociales et les précarités gagnent du
terrain, a-t-elle déclaré, plus les français ont mal à la France et plus ils
s’inquiètent de la pérennité de la nation, moins ils sont portés à la vouloir
généreuse avec les siens et hospitalière avec les autres ». Elle
poursuit : « Le drapeau tricolore et la sécurité sociale, l’emblème
de la République et les outils de la solidarité, voilà ce qui cimente en
premier lieu l’appartenance commune(…). Car chez nous, on le sait, le national
et le social marchent ensemble, et c’est l’Etat qui
est garant de cette alliance ». (Le Monde du 1er octobre 2006)
Très
clairement, ces discours résonnent comme ceux des néosocialistes
des années 30, ceux-là même que
Derrière
ces discours populistes et démagogiques, se profilent les positions les plus
réactionnaires : développement de la « démocratie
participative », remise en cause de l’existence des partis, encadrement
militaire des délinquants, flicage des parents et instauration d’un ordre moral
(« Ainsi, au niveau de l’école primaire, Mme Royal envisage-t-elle,
« au premier acte d’incivilité » de l’enfant, d’obliger les
parents à suivre » un stage dans des écoles de parents » Le Monde
du 2/06/2006), destruction de la carte scolaire, allongement du temps de
travail des enseignants, mise sous tutelle des allocations familiales, contre
l’immigration, exaltation du travail, de la nation (la patrie) et de
De biens piètres challengers
Parmi
les challengers potentiels de Ségolène Royal figuraient Lionel Jospin, Jack
Lang, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. Avant le dépôt officiel des
candidatures, les deux premiers se sont
débinés. Pour Lang, c’est assez simple : il n’était même pas en mesure de
produire les 30 signatures de membres du conseil national soutenant sa
candidature. Malgré les messages de popularité, en particulier dans la
jeunesse, que lui renvoyait son miroir, ce foutriquet a dû renoncer. Il a de ce
fait, pour préserver son avenir, rallié la candidature Royal, sommant son
éditeur d’arrêter la publication d’un livre dans lequel il assassinait la
candidate à la candidature.
Jospin
a tenté un second come-back. Pendant près d’un an, il a sillonné la France pour
présenter son livre à caractère programmatique « Le monde tel que je le
vois ». Il a été reçu poliment par les fédérations du PS…en tant
qu’ancien 1er ministre et « homme d’Etat ».
Il semblait vouloir incarner, face à Ségolène Royal une ligne de défense du PS.
Dans cette perspective, il tablait sur, outre la fidélité de ses partisans
inconditionnels tel Daniel Vaillant et Bertrand Delanoë, le ralliement de
Dominique Strauss-Kahn. En septembre, ce dernier a fait clairement savoir qu’il
ne renoncerait pas.
Suite
à sa lamentable prestation devant les jeunes militants lors de l’université du
PS fin août 2006, où il s’est effondré en larmes, pleurnichant sur son propre
sort, il a tenté une dernière sortie lors d’un débat devant une assemblée de
militants à Lens le 16 septembre.
Mais
ses larmes de crocodiles et sa
prétention à se présenter comme un homme d’Etat
d’expérience n’ont pas permis de faire
oublier que pour l’appareil il est le déserteur qui a abandonné le PS avant le
second tour de l’élection présidentielle de 2002. Telle semble s’achever la
carrière politique du sieur Jospin au sein du PS : lamentablement.
Restaient
donc deux autres challengers, Strauss-Kahn et Fabius. Tous les deux ont exigé
l’organisation d’un débat devant les adhérents. François Hollande en a été
l’organisateur. La tenue de ce débat a été la caricature de l’adaptation du
Parti Socialise au fonctionnement de la Ve république. Il faut rappeler
qu’après que Rocard ait imposé la désignation du 1er secrétaire par
le vote direct des militants et non plus sur la base du représentant de
l’orientation majoritaire, c’est Jospin
qui a instauré en 1995 la désignation du
candidat du PS par un vote de ce type. Normalement, le candidat du parti
devrait être celui désigné par la direction comme le porte-parole du programme.
Tel n’est plus le cas.
Strauss-Kahn,
bien mal inspiré par son féal Cambadélis, a emballé
son paquet dans la perspective de l’instauration d’une « alternative fort
éloignée du messianisme révolutionnaire », une social-démocratie à la
française.
Dans
une tribune publiée dans Le Monde du
13 octobre 2006, Cambadélis la définissait ainsi :
« Cette nouvelle démocratie, c’est d’abord la rupture
définitive avec le surmoi marxiste révolutionnaire de
De
plus « DSK » s’est illustré en prônant, par exemple, explicitement,
l’autonomie complète des universités et la liquidation des régimes spéciaux de
retraite.
Sur
le fond la ligne de démarcation entre Ségolène Royal et Strauss-Kahn se
limitait au refus de ce dernier de reprendre à son compte les discours
populistes et démagogiques de la première.
Fabius
quant à lui a voulu endosser les habits trop grands pour lui du Mitterrand des
années 70. Il a passé une bonne partie de sa campagne à expliquer
qu’effectivement, par le passé, il s’était trompé et qu’il avait enfin compris.
Tout en se présentant comme le champion au programme adopté en juillet et en
s’en faisant le plus ardent défenseur, il a cherché à pousser la barre à gauche
se référant à plusieurs reprises aux mouvements contre
En
réalité, les débats ont pesé pour peu dans le choix des adhérents. Face à Royal,
Fabius et Strauss-Kahn ont été de biens piètres challengers. En réponse aux
déclarations les plus provocantes de S.Royal, comme par exemple sur le temps de
travail des enseignants, ils sont restés polis et timorés. De ce fait, sur le
fond, rien ne distinguait vraiment les candidats à
L’appareil bascule
Durant
la campagne interne François Hollande a affiché une neutralité de façade. En
avril 2006, il n’a pas manqué lui aussi de publier son livre intitulé «Devoirs
de vérité », laissant ainsi planer le doute sur son éventuelle
candidature. En réalité personne n’était dupe. C’est en connaissance de cause
qu’il a lâché la bride à François Rebsamem, « n°2 »
du PS pour qu’il puisse s’engager ouvertement en faveur de Ségolène Royal.
Politiquement, il a été l’un des principaux inspirateurs de sa compagne. Le 3
octobre 2006 il déclarait, dans un entretien au Monde évoquant la
candidature de Ségolène Royal « Une candidature s’est incontestablement
installée ». Avec cette déclaration
jésuitique, tout en réaffirmant qu’il se portait le garant d’un débat
équitable, il confirmait son choix et celui de l’appareil du Parti Socialiste.
A
partir de la mi septembre, en quelques jours,
l’appareil du Parti Socialiste a basculé dans le camp de Ségolène Royal. Le
Monde du 18 septembre expliquait encore « L’appareil du PS résiste
encore à Ségolène Royal ». Faisant des premiers comptes, Libération
du 4 octobre 2006 indiquait que parmi les parlementaires (députés et sénateurs)
63 soutenaient Laurent Fabius, 80 Ségolène Royal, 48 Dominique Strauss-Kahn,
parmi les présidents de région la répartition était établi, respectivement à 8,
8 et 0 ; enfin parmi les fédérations, les soutiens des premiers
secrétaires se répartissaient ainsi, respectivement : 17, 40 et 8. Mais
au-delà de cette apparence trompeuse, Le Monde du 9 octobre rectifiait
pour le moins son appréciation. Il titrait : « Mme Royal a
désormais le soutien d’une grande partie des « barons »
PS ». Et indiquait : « Bon gré, mal gré, ceux qui
attendaient François Hollande rejoignent le camp Royal. Résultat :
en quelques jours, la favorite des sondages est devenue la candidate de
l’appareil socialiste ». L’expression est juste : l’appareil a
choisi « la favorite des sondages », s’alignant par ailleurs sur les
adhérents.
Ce
qui a déterminé dans son choix, c’est avant tout le fait que, propulsée par les
médias,
Un succès pour la bourgeoisie
De
son côté, Hollande s’est employé à réaliser les conditions d’une candidature
sans rivage à droite. A la veille de
l’investiture de Royal un accord a été conclu avec le PRG. Le 25 novembre 2006
ce parti croupion (9 000 adhérents officiellement) a décidé de ne pas présenter
de candidat et de soutenir la candidate du PS en échange d’un cadeau…
royal de 35 circonscriptions « réservées » et une place au
bureau national du PS élargi afin de constitué un conseil politique de campagne.
Dans la même logique un accord a été conclu avec le MRC, parti tout aussi
croupion (4 600 adhérents) de Jean-Pierre Chevènement. Le ralliement de ce
dernier a illustré ce qu’est
Suite
à son investiture, Royal a constitué son équipe de campagne affirmant ainsi
qu’elle entend cantonner dans un second rôle le bureau national du PS élargi. A
noter que cette équipe ne comprend pas moins de trois
« spécialistes » reconnus des questions de sécurité (Rebsamen, Dray et Menucci). Elle
a clairement indiqué que sa campagne s’organiserait en premier lieu autour des
comités « Désirs d’avenir ». Le Monde du 22décembre 2006
indique « Ségolène Royal mène campagne à distance du Parti
Socialiste ». Déjà, lors de
ses interventions publiques, les logos, couleurs et affiches du PS sont relégués au second plan,
masqués par ceux de l’association Désir d’avenir.
Il est particulièrement significatif qu’une fois sa
désignation acquise, l’un des premiers actes politiques de Ségolène Royal ait
été d’effectuer une tournée au Liban. Elle affirmait ainsi sa détermination à
prendre pleinement en charge les intérêts de l’impérialisme français. Certes
elle s’est fait piégée dans une réunion en présence du Hamas, certes elle a été
maladroite en malmenant l’Iran alors que justement l’impérialisme français
souhaite ménager le régime iranien du fait de ses gros investissements dans ce
pays. Mais l’intention était là et c’est l’essentiel à ce stade.
La
désignation de Ségolène Royal comme candidate du Parti Socialiste est un succès
pour la bourgeoisie, qui a réussi à imposer son choix, là où elle avait échoué
avec Rocard puis Delors. La candidature de Ségolène Royal constitue pour le
prolétariat et la jeunesse la candidature la plus repoussante et la plus
désarmante qu’il soit. Est significatif le fait que l’appareil de l’UMP s’en réjouisse tel Devidjan
qui a déclaré qu’il « votait » Royal.
La
victoire de Ségolène Royal constitue une étape dans la marche à la
dégénérescence du PS en tant que parti issu du mouvement ouvrier. Le fait que
ses déclarations ultra réactionnaires sur la sécurité, le temps de travail des
enseignants et autres n’aient pas donné lieu à des manifestations
significatives de rejet tant au niveau des adhérents de base que de celui de
membres d’appareil en dit long sur l’état de décomposition du Parti Socialiste.
En faisant les comptes on peut politiquement parlant additionner les scores de
Ségolène Royal et de Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier, battu piaffe
d’impatience en attendant que la candidate fasse appel à sa compétence et lui
laisse une chance de rejoindre le camp des vainqueurs potentiels. Cette
addition laisse peu de place à ceux, qui malgré tout ce que le personnage a de
repoussant, se sont tournés vers la candidature du Fabius pour tenter de défendre
une certaine continuité historique du Parti Socialiste comme parti ouvrier. Bon
gré, mal gré, même Emmanuelli et le sénateur Mélenchon, qui a renoncé à faire
équipe avec la « gauche de la gauche » se sont ralliés.
La
bourgeoisie fera tout ce qu’elle pour que le processus de mutation vers la
dégénérescence totale du PS se poursuive. Une étape a incontestablement été franchie
dans cette direction. François Hollande et Ségolène Royal sont parti d’ores et
déjà parti prenante pour préparer la prochaine. « Devant les cadres du
PS rassemblés le 17 décembre 2006, Ségolène Royal « promeut une campagne
participative moins traditionnelle et appelle à s’adresser aux « Français
les plus éloignés du militantisme » (Le Monde du 20/12/2006).
Lui faisant écho, dans l’éditorial de L’Hebdo des
socialistes du 30 décembre 2006, François Hollande écrit « Le parti
socialiste ne change pas de nature, mais il a incontestablement changé de mesure.
L’arrivée massive de nouveaux militants (qu’il faudra bien cesser d’appeler
ainsi avec le temps) a permis d’élargir notre implantation sur le
territoire et de mieux représenter la diversité de la société française ».
Bien que déconfis, marginalisé et désabusé Lionel Jospin a déclaré à son
dernier carré de fidèles « Après
les élections, que la gauche ait gagné ou non, il y aura une nécessaire
reconstruction du PS » (Le Monde du 26/10/2006).
Le
terme reconstruction n’est pas approprié, mais sur le fond c’est l’avenir du PS
qui est l’enjeu.
31/12./2006