Editorial de C.P.S Nouvelle série n°26 (n°108) , 7 octobre 2006
Avant les échéances
électorales de 2007,
il est encore possible et
nécessaire d’infliger une défaite décisive
au gouvernement UMP
Chirac-Villepin-Sarkozy
Offensive anti-ouvrière : le gouvernement veut
poursuivre « jusqu’au bout »,
« sans perdre un jour »…
Dans un tintamarre qui se
voudrait assourdissant, la quasi-totalité des partis politiques, relayés et
amplifiés puissamment par les medias, tentent de focaliser et de fixer
l’attention des masses sur les élections présidentielles de 2007, comme si il
s’agissait là des « choses sérieuses », comme si, en attendant,
le gouvernement ne faisait qu’expédier les affaires courantes.
Le calendrier propre au PS fournit
évidemment du combustible à ce feu de paille médiatique, tout comme plus
généralement la multiplication des manoeuvres préélectorales diverses. Mais,
six mois après que le gouvernement ait subi une défaite en étant contraint de
retirer le C.P.E., et six mois avant les élections présidentielles, c’est sur
le terrain direct de la lutte des classes que les questions essentielles sont
posées et devront être tranchées. Villepin ne s’en est pas caché : après
avoir fait part, effectuant sa rentrée à Troyes, de sa « détermination à poursuivre l’action de ce
gouvernement sans perdre un jour », dans une interview à La Tribune du 26 septembre il a
réaffirmé : « chef du
gouvernement, je dirige une équipe (...). Je souhaite mener cette tâche
jusqu'au bout », précisant encore au sujet des élections
présidentielles que « le débat
démocratique sera d'autant plus fort, utile et fécond que nous aurons servi les
Français jusqu'au bout ».
Et effectivement, après avoir
surmonté la défaite qu’il a subie sur le CPE, éludé l’affaire Clearstream qui
avait été déclenchée par cette défaite, « chaque jour » le gouvernement et la « majorité » UMP
poursuivent autant qu’ils le peuvent leur œuvre réactionnaire contre les
travailleurs et la jeunesse de ce pays. Les empêcher de poursuivre « jusqu’au bout », en tirant les
leçons du combat qui a imposé le retrait du C.P.E., voilà la question de
l’heure pour le prolétariat.
Au contraire, s’inscrire d’ores
et déjà dans la perspective des élections de 2007 revient à laisser « jusqu’au bout » les mains libres au
gouvernement. D’ailleurs, de Hongrie est venue une « révélation »
lâchée, sans savoir qu’il était enregistré, par le premier ministre
multimillionnaire qui dirige l’ancien parti stalinien rebaptisé
« socialiste » : une campagne électorale consiste pour lui,
a-t-il dit, à « mentir sans arrêt». Pendant que sur les tréteaux préélectoraux
l’on aboie, l’on gronde et l’on jappe pour attirer les regards, la caravane
gouvernementale passe.
… appuyé sur l’union sacrée derrière Chirac sur la
question du Liban
Le premier point mis à l’ordre du
jour de la session parlementaire extraordinaire de septembre a été le Liban.
Pourquoi en effet Chirac et Villepin se seraient-ils privés de recueillir un tel
concert de louanges ? « Nous
nous félicitons de l’action de la France » a dit Buffet. « La France a bien agi » a renchérit
Ayrault, pour le PS. Ce soutien n’est pas resté limité aux seuls PS et PCF.
Durant l’été, dans un communiqué commun, CGT, CFDT, CFTC, UNSA, CGC, avaient
pris de facto une position de soutien à l’action diplomatique de Chirac en
faveur d’un cessez-le-feu immédiat et de l’application des résolutions de
l’Onu, le SNES-FSU de son côté jouant les éclaireurs en prenant position en plein mois d’août pour l’envoi d’une force
internationale.
Or, en quoi consiste la politique
de Chirac au Liban, sinon en un prolongement extérieur de sa politique
intérieure ? La France est le premier « partenaire économique »
du Liban, devant l’Italie, le premier investisseur dans ce pays
qu’historiquement l’impérialisme français a engendré. Toute la politique de
l’impérialisme français cet été a consisté à tenter de préserver sa domination
et son influence sur le Liban.
D’abord soucieux devant les
ravages qu’a infligés l’agression israélienne à cette destination privilégiée
des capitaux français, et cherchant à ce titre en vain un moyen d’imposer le
cessez-le-feu, Chirac a dû choisir au bout du compte entre deux maux :
s’abstenir de participer à la force envoyée pour occuper le Liban-sud sous
couvert de l’Onu, et risquer de voir l’influence française décliner ; ou y
participer en sachant pertinemment que c’était s’inscrire aux côtés de
l’impérialisme américain dans sa prétendue « guerre contre le terrorisme », dont le Liban est, Georges Bush
dixit, le « troisième front »
(voir dans ce numéro).
S’ajoute à cette hésitation une
caractéristique plus personnelle de la diplomatie chiraquienne, à savoir sa haine
personnelle du régime Syrien, accusé d’avoir liquidé Rafic Hariri, banquier et
proche ami de Chirac – ce qui a amené Douste-Blazy, commis de l’Elysée, à
flatter ouvertement le régime iranien tout en appelant, en vain, à isoler le
régime syrien. Si nous insistons sur ces hésitations et sur ces zigzags, c’est
pour souligner combien étroite a été l’adhésion des organisations issues du
mouvement ouvrier, partis et syndicats, à la politique de Chirac, jusque dans
ses méandres et ses incohérences.
Toutes les bureaucraties qui
dominent le mouvement ouvrier ont demandé l’application des résolutions de
l’Onu. Pourtant ce sont celles-là qui non seulement ont entériné les unes après
les autres les avancées d’Israël, mais, tout particulièrement, ont vu se nouer
une alliance franco-américaine (résolution 1559) pour chasser la Syrie du Liban
au profit de l’impérialisme – condition par ailleurs nécessaire à
l’intervention militaire d’Israël. Les bureaucrates syndicaux, le PS, le PCF,
ont applaudi la résolution (1701) du conseil de sécurité qui a légitimé
l’agression israélienne, et ils ont même repris à leur compte
« l’exigence », pur prétexte pour Israël, de la libération de deux
soldats israéliens par le Hezbollah. Ils n’ont donc rien tenté, alors que cela
était en leur pouvoir, pour empêcher l’acheminement et le ravitaillement des
troupes françaises envoyées au Liban. Aucun ne se prononce contre
l’intervention française au Liban, pour le retrait immédiat et inconditionnel
des troupes françaises – et en la matière il faut leur adjoindre le Parti des
travailleurs de D.Gluckstein et P.Lambert.
Au bout du compte, Chirac et
Villepin ont donc pu ouvrir la session du parlement, mais plus largement placer
leur rentrée politique sous le signe de cette « union sacrée », remercier
PS et PCF pour ce soutien total, et ainsi confortés, engager la liquidation
complète de GDF.
Privatisation totale de GDF : un succès « inespéré » (Les Echos) pour le gouvernement
C’est en effet afin de liquider
totalement GDF, en le fusionnant avec Suez au compte des dirigeants de ce
dernier groupe, que la session extraordinaire de l’Assemblée avait été
convoquée pour septembre. Si, s’agissant d’EDF et GDF, un coup essentiel a été
porté en 2004 avec la loi Sarkozy qui a modifié le statu du groupe, ce projet
de loi n’en est pas qu’un simple prolongement. En même temps qu’il parachève la
privatisation de GDF, il créée la condition manquante pour que le changement de
statut d’EDF prenne toute sa consistance. Car privatiser EDF est une chose,
encore fallait-il pour en soumettre pleinement les agents à la concurrence,
avec tout ce qui en découle, créer cette concurrence, quasi-inexistante jusque
là. C’est ce que fait cette fusion Suez-Gdf, qui va devenir un concurrent de
taille pour EDF. En ce sens, le projet
de loi est tout autant tourné contre les agents d’Edf que contre ceux de Gdf.
Alors qu’avant l’été, Accoyer,
chef du groupe parlementaire UMP, avertissait Villepin qu’il risquait de ne pas
avoir de majorité pour voter ce texte, seule une poignée de députés UMP s’y est
finalement opposée : « le
vote, largement majoritaire, qui devrait marquer l'adoption à l'Assemblée
nationale, mardi 3 octobre, du projet de loi sur l'énergie portant sur la
privatisation de Gaz de France constitue, selon l'expression d'un conseiller
ministériel, une sorte de "petit
miracle". » (Le
Monde du 3 octobre).
Au passage, il n’y a pas de menus
plaisirs, Chirac et Villepin obligent Sarkozy à revenir sur la parole donnée en
2004 sur le seuil de 70% que devait conserver l’Etat dans les deux entreprises.
Rappelons que les directions syndicales d’EDF-GDF à commencer par celle de la
CGT, avaient, à l’époque, accordé du crédit à la « parole » de ces menteurs
professionnels que sont les politiciens bourgeois.
Or, face à ce projet qui
concentrait la rentrée du gouvernement, on a assisté, de la part du PS et du
PCF, des dirigeants syndicaux des fédérations de l’énergie, à une sorte de
déploiement de leurs pires traits.
Côté Parlement, une prétendue
« guérilla » d’amendements, parodie bouffonne et bureaucratique de
combat qui ne pouvait qu’écoeurer les travailleurs conscients, et qui, pis
encore, a fini sur un accord UMP-PS sur la date de fin de ce que l’on ose à
peine appeler des « hostilités ». Commentaire de Gremetz, pour
le PCF « il faut savoir terminer un
débat » ! Voilà bien ce qu’est le parlementarisme bourgeois, ses
« luttes », ses méthodes – parmi lesquelles l’accord passé à la
buvette entre ceux qui pourraient sembler des adversaires au sein de
l’hémicycle.
Côté rue, deux nouvelles journées
d’actions, le 13 septembre, puis le 3 octobre, sinon une troisième le 14
octobre, convoquées par les fédérations de l’énergie, dont les dirigeants se
sont employés à l’avance à boucher toute perspective. En effet, tandis que l’un
(G.Marion, CGT) affirme sans rire dans la manifestation du 3 octobre :
« tout est encore possible au
Sénat », l’autre (B.Thibault) en appelle, comme il l’avait fait lors
du CPE, à Jacques Chirac. Mais qu’est-ce sinon une tentative de dénaturer,
d’effacer totalement les leçons du mouvement qui a permis d’arracher le retrait
du CPE ? Certes, le CPE a été retiré bien qu’après avoir été voté par les
deux chambres du parlement. Mais les suppliques à Chirac n’y sont pour rien, tout
au contraire. C’est parce qu’il y a eu rupture de la concertation, qu’il y a eu
prise de position unie des syndicats pour le retrait du CPE, que, sur la base
de la mobilisation de la jeunesse elle-même nourrie par l’unité des syndicats
et des partis issus du mouvement ouvrier sur cette question, le CPE a été
retiré.
Dans la manifestation du 3
octobre, on a entendu, assez pour que la presse le mentionne : "Chirac, Villepin et Sarkozy, ils ont tous
promis, ils ont tous menti, dehors les bradeurs, dehors les voleurs".
C’est à cette aspiration à combattre le gouvernement que s’oppose le dispositif
de journées d’action répétées et les adresses à Chirac, d’autant plus
scandaleuses que c’est ce dernier, via son majordome Villepin, qui est
directement à l’origine du rapt de GDF au profit de Suez.
Et c’est, une nouvelle fois, le
refus de combattre le gouvernement, et donc de rompre avec lui, qui permet à ce
dernier malgré sa défaite sur le CPE de poursuivre sa politique réactionnaire,
sur tous les fronts.
Loi de « prévention de la délinquance »,
chasse aux travailleurs immigrés : toujours plus de répression
Pendant qu’à l’Assemblée l’UMP et
le PS fixaient consensuellement une date pour les obsèques de GDF, le Sénat
examinait le projet de loi sur la « délinquance ». Laquelle ?
Pas celle du patronat brisant les vies par dizaines de milliers au fil de leurs
plans de restructurations, pas celle non plus des voleurs institutionnels
nichés dans les plus hautes sphères de l’Etat en toute impunité. La
« délinquance » que vise le gouvernement au travers ce projet de loi
signé Sarkozy, c’est notamment celle … des manifestants qui occuperaient des
voies de chemin de fer, comme ce fut le cas au printemps dernier. Vindicatifs
et revanchards envers des manifestants, il faut le rappeler, déjà lourdement et
scandaleusement condamnés par les tribunaux, les parlementaires UMP le sont
aussi envers les mineurs, puisqu’ils ébrèchent plus que jamais l’ordonnance de
1945 pour en faire des justiciables « comme les autres », mais
également envers les éducateurs, travailleurs sociaux et même les enseignants.
En effet tous ceux-ci seraient désormais contraints de signaler au maire de la
commune concernée les délinquants potentiels, « dès la crèche » en quelque sorte comme le suggérait un rapport
récent. Le maire deviendrait quant à lui un coordonnateur de la répression,
utilisant les fruits de la délation institutionnalisée par ce projet de loi.
C’est un signe précurseur de son application que 68 éducateurs du Puy-De-Dôme
aient été mis à pied par le conseil général (PS) pour avoir refusé de mettre en
fiches informatiques des informations qu’ils détenaient du fait du leurs
fonctions.
Pour couronner le tout, des
fichiers toujours plus nombreux et précis seraient créés. La « prévention
de la délinquance », c’est le renforcement du caractère policier de l’Etat
bourgeois.
Ce caractère ne cesse en réalité
de s’affirmer, et tout particulièrement au détriment des travailleurs immigrés.
Le ministère de l’intérieur se rengorge d’avoir battu son propre record
d’expulsions, au mois d’août, près de 2 000. Les centres de rétention font
le plein. Tout l’été, malgré la résistance de nombreux enseignants, la
circulaire Sarkozy saluée comme un « pas
en avant » par les appareils syndicaux a servi à ficher les futurs
expulsés, sous le regard goguenard du « médiateur » complice Arno
Klarsfeld. En cette rentrée, à plusieurs reprises, avec la complicité de la
hiérarchie, des policiers sont venus dans des écoles (notamment de la Seine
Saint Denis) pour rechercher des enfants de clandestins. Comment ne pas
s’alarmer, s’indigner ? La responsabilité des directions syndicales de
l’enseignement, et singulièrement du SNU-IPP, du SE-UNSA et du SNUDI-FO, est
directement engagée : elles doivent se prononcer et agir pratiquement
contre toute expulsion, pour la régularisation de tous, et exiger « la
police, hors de l’école». Enfin, l’expulsion par Sarkozy des
« squatteurs » de Cachan a été montée cyniquement de toutes pièces par
celui-ci afin d’attiser sa démagogie réactionnaire – faute de s’être heurté à
un appel central et uni à manifester contre l’intervention de la Police, contre
les expulsions.
De plus, la plupart des habitants
de ce squat sont des travailleurs, en situation régulière. La question qui est
posée est non seulement celle du combat contre les expulsions, mais pour le
droit au logement. Rappelons à cet égard que les directions syndicales
ouvrières, les municipalités PS et PCF, ont les moyens d’identifier et de mettre
à la disposition des sans-logis les centaines de milliers de logements
potentiels qui restent vides en région parisienne du fait de la spéculation
immobilière, qui servent de capital aux grandes compagnies d’assurances ou aux
banques. Cela implique une nouvelle fois : s’en prendre au gouvernement
qui défend précisément les intérêts de ces grands groupes capitalistes, le
gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy.
Nouvelle vague de mesures favorables au patronat et
aux bourgeois…
Ce n’est pas tout. Depuis la
rentrée, les annonces de nouveaux cadeaux de toute nature aux patrons et aux
bourgeois pleuvent. C’est notamment le cas du projet de loi portant sur la
participation que l’Assemblée nationale discute au moment où ces lignes sont
écrites. Comme son nom l’indique, ce projet permet d’accroître l’association
directe capital-travail par l’extension de l’utilisation des fonds de pension
(et des déductions fiscales afférentes !), et de l’association des salariés
à leur gestion. C’est d’ailleurs ce vers quoi s’orientent depuis des mois les
confédérations syndicales, en prétendant de plus en plus faire le tri entre
fonds de pension « éthiques » et ceux qui ne le seraient pas. Mais ce
projet comporte en outre de nombreuses dispositions tournées contre les acquis
ouvriers. Ainsi, il valide l’ordonnance qui a créé le « CTP »
« contrat de transition professionnelle » dont nous avons parlé dans
les précédents numéros de notre bulletin. Cette loi autoriserait également dans
les « pôles de compétitivité » le « louage », le prêt de
main d’œuvre d’une entreprise à l’autre, louage qui était jusque lors
assimilable à un délit. Mais encore : ce projet de loi ratifie divers
éléments du plan « seniors » du gouvernement.
S’ajoutent à ce projet de loi les
nouveaux cadeaux annoncés par Villepin dans le cadre de la troisième étape de
son « plan pour l’emploi », à savoir de nouvelles exonérations de
charges sociales pour les salaires au niveau du SMIC, et trois milliards d’exonérations
de la taxe professionnelle. Selon les projections, le montant des seules
exonérations patronales va atteindre les 25 milliards cette année, dont 5 ne
seront pas compensés à l’assurance-maladie. Ce qui n’empêche pas le
gouvernement de poursuivre les déremboursements, de renchérir le coût des soins
et de l’hospitalisation, au nom du déficit de l’assurance-maladie ! Sur un
autre plan, ce sont 5 milliards d’euros que va coûter la réforme de l’impôt sur
le revenu et la mise en place du « bouclier fiscal » pour les
assujettis à l’Isf. Rappelons que, depuis 2002 déjà, et avant l’entrée en
vigueur de ces nouvelles mesures favorables aux riches, 40 milliards de baisses
d’impôts directs étaient intervenues (tandis que la fiscalité indirecte
s’alourdissait de 11 milliards).
Enfin il faut souligner que
plusieurs grands groupes ont annoncé de nouveaux plans de restructuration, de
suppression d’emplois, comme PSA, ou encore Airbus. Concernant ce dernier
groupe, on ne peut passer sous silence la réaction du secrétaire (FO) du comité
d’entreprise, se rassurant dans le Monde
du 4 octobre incarnation même de l’aristocratie ouvrière, qui se félicite
implicitement que soient touchés – à ce stade – les seuls précaires, et qui
souligne la « richesse » du « dialogue social » dans
l’entreprise… le Pdg lui répondant dans l’édition du lendemain que c’est
« avec les représentants du
personnel » qu’il entend « définir son plan de marche », promettant « un dialogue qui aille jusqu’au bout »
pour éviter les conflits.
… et budget d’agression contre les fonctionnaires
Au regard de cette liste, non
exhaustive, de cadeaux annoncés depuis la rentrée par le gouvernement, le
caractère odieux de son projet de budget, concentré de sa politique, saute aux
yeux. Non seulement on y trouve (ainsi que dans le budget de la Sécurité
Sociale) le financement de toutes les mesures qui précèdent, ou celui des
nombreuses opérations impérialistes de la France, de l’Afrique à l’Afghanistan
en passant par le Liban, mais encore, ce budget établit un nouveau record en
matière de suppressions de postes. Déduction faite, en effet, de la création de
postes dans la police et compagnie, ce sont 19 000 postes de
fonctionnaires qui sont supprimés, fait sans précédent, dont notamment près de
9 000 dans le seul second degré de l’enseignement. Les travailleurs des
Finances eux aussi voient le nombre de suppressions de postes battre un nouveau
record.
Dans le même temps, sur le plan
des salaires, ce budget organise de nouvelles pertes de pouvoir d’achat pour
l’ensemble des fonctionnaires, et au-delà puisque, dans les entreprises, la
« prime pour l’emploi » sert aux patrons pour refuser les
augmentations collectives de salaires. Plus généralement, en France, l’augmentation
ou non du point d’indice de la fonction publique sert de baromètre dans
l’ensemble des discussions salariales.
Le gouvernement s’est même
permis, alors qu’en cette rentrée scolaire les mesures d’application de sa
politique de dislocation de l’enseignement pleuvent, de faire sortir deux jours
avant la grève, des projets de remise en cause des décrets de 1950 qui régissent le service des enseignants
(voir l’article dans ce numéro). Le lien avec le budget est évident :
c’est en alourdissant la charge de travail des enseignants que les suppressions
de postes pourront prendre encore plus d’ampleur.
Un tel budget a pu être annoncé
parce que, au lendemain du retrait du CPE, les directions syndicales ouvrières,
enseignantes, étudiantes, ont redoublé la concertation avec le gouvernement
Chirac-Villepin, lui donnant ainsi les moyens de continuer « jusqu’au bout » sa politique de
malheur. Mais pour autant, cela ne signifie pas qu’aucun combat ne puisse être
engagé contre ce budget. En réalité, à travers ce budget, c’est contre toute la
politique du gouvernement, contre ce gouvernement, qu’il existe encore au
moment où ces lignes sont écrites la possibilité de dresser tous les
travailleurs de la fonction publique, et au-delà, de rassembler au grand jour
leur force en une gigantesque manifestation centrale à l’Assemblée nationale
lors de la discussion de ce budget, à l’appel uni des fédérations syndicales de
l’enseignement et de la fonction publique.
De cela, les directions
syndicales de la fonction publique ne veulent pas entendre parler. Se
rencontrant fin août, elles n’ont rien eu de plus pressé que de demander au
gouvernement « une réflexion
contradictoire sur les missions et le champ d’intervention de la fonction
publique » (communiqué CGT, FO, FSU, UNSA, CGC) – en conséquence de
quoi elles décidèrent… de ne rien faire. Dans l’enseignement, une journée
d’action unitaire de 24 heures fut convoquée le 28 septembre, et elle donna les
résultats que ses initiateurs pouvaient en attendre, à savoir qu’elle constitue
un facteur de démoralisation, permettant même au ministre Robien de féliciter
les non grévistes sur l’antenne d’une radio nationale.
Pour le gouvernement, la défaite du C.P.E a été
surmontée, elle n’est pas effacée.
En conséquence de celle-ci, il engage la « modernisation du dialogue social ».
Dans notre précédent numéro, nous
avions noté que, dès le lendemain du retrait du C.P.E., grâce à la reprise de
la concertation, l’offensive gouvernementale et patronale avait repris. Mais
nous avions également indiqué que la défaite subie par le gouvernement sur le
C.P.E. marquait les rapports politiques, quand bien même ces derniers n’avaient
pas été inversés. Entre temps, l’union nationale réalisée derrière Chirac sur
la question du Liban a encore raffermi la position du gouvernement.
Cependant, nous l’avons
mentionné, Villepin a présenté à Troyes la troisième étape de « sa
bataille pour l’emploi ». Or, et sans que cela n’altère le caractère
réactionnaire des mesures annoncées, il n’empêche que la « réforme »
des contrats de travail, laquelle devait constituer l’essentiel de cette
troisième étape, n’y figure pas. Rappelons que, après le CNE, le CPE
constituait une deuxième étape, devant en annoncer une troisième, celle de la
mise en place du « contrat de travail unique », en réalité de la
liquidation des CDI actuels et des garanties collectives qui y sont attachées
dans les branches. A l’évidence, cette troisième étape a été renvoyée au
lendemain des élections présidentielles et législatives.
Ensuite, ainsi que nous l’avions
souligné en juin, dorénavant, et tant que les rapports politiques restent
inchangés, le gouvernement ne peut plus porter de coup fracassant sans
bénéficier de l’accompagnement, jusqu’au bout, des directions syndicales
ouvrières.
D’ailleurs, c’est en la
présentant très explicitement comme une leçon du C.P.E. que le gouvernement a
engagé des concertations sur une nouvelle loi (après la loi Fillon de 2004) sur
le « dialogue social ». En juillet, J-C.Mailly relatait dans un
éditorial de FO Hebdo son entrevue
avec Villepin :
« Objectif officiel: nous
consulter sur le rapport qu’il avait commandé à M. Chertier sur le dialogue
social.
Objectif officieux: montrer que
le contact était repris avec les interlocuteurs sociaux.
Après nous avoir indiqué qu’il
voulait tirer les conséquences de l’échec du CPE et améliorer le dialogue
social, il nous a invités à lui faire part de nos analyses. Nous avons bien
entendu fait le lien entre les rapports Chertier et Hadas-Lebel (sur la
représentativité syndicale), montrant qu’ils avaient des points communs (passer
de la logique contradictoire à la démarche consensuelle). Nous avons également
fait le lien entre la loi Fillon du 4 mai 2004 qui a désarticulé la pratique
contractuelle, la représentativité et le paysage syndical (cf. l’éditorial du
mercredi 7 juin 2006).
Sur tous ces points, le Premier ministre a juste précisé qu’il n’entendait pas,
avant les présidentielles de 2007, proposer des modifications
constitutionnelles, qu’il attendait l’avis du Conseil économique et social et
que seules des modifications recueillant un avis très large pourraient être
envisagées.
Cela pourrait, par exemple,
être le cas pour introduire dans une loi l’obligation pour les pouvoirs publics
d’ouvrir une concertation préalable à toute modification touchant au droit du
travail. »
Notons que J-C.Mailly s’est
rendu, fin août, pour la seconde fois, à l’université d’été du Medef lors de
laquelle on aura notamment pu entendre Sarkozy s’en prendre au droit de grève
ou au maire de Cachan, sous les applaudissements de l’assistance !
Ces concertations ont été pour le
gouvernement fructueuses au point qu’il envisage, avant les élections, qu’une
nouvelle loi soit mise sur les rails, patronnée par Chirac en personne. Ce
projet de loi créerait une « conseil
du dialogue social » venant remplacer différentes instances
d’association capital-travail déjà existantes, et notamment le Conseil
Economique et Social – ce qui n’est pas du goût des bureaucrates qui y siègent
bien au chaud, nationalement et dans les régions. Il établirait un délai de
concertation obligatoire de trois mois entre l’annonce d’un avant-projet de loi
et sa présentation en conseil des ministres, et redéfinirait les rapports entre
le travail du parlement et celui des « partenaires sociaux ».
En clair, il s’agit, tirant les
leçons du C.P.E., de franchir un pas de plus vers la cogestion, pour associer
les dirigeants syndicaux à la rédaction en tant que telle de tous les projets
de loi portant sur le droit du travail.
Au passage, le gouvernement a
soulevé la question de la « représentativité syndicale » : il ne
s’agit là pour lui que d’un moyen d’associer au-delà des cinq confédérations
dites « représentatives » à la mise en œuvre de la politique que
veulent les capitalistes français.
D’ailleurs, sur leur propre plan,
les fédérations de la fonction publique ont vu leurs directions rencontrer
également Gérard Larcher sur ces questions.
Enfin, Villepin a confié à …
Jacques Delors un rapport sur « l’emploi et les revenus » afin de
préparer une conférence nationale sur ce même thème en décembre avec les
directions syndicales pour parvenir à un « diagnostic commun ». « Revenus », pas
« salaires »…. Le « diagnostic partagé» est déjà dans cet
intitulé, qui fait passer les salaires à la trappe ! Il va de soi que le
but de cette conférence, en parfaite cohérence avec le projet de loi sur le
dialogue social, est de lier les mains des organisations syndicales à coup de
« diagnostic » et autre « agendas » partagés.
Non sans réticences, apparemment,
les dirigeants syndicaux comptent participer à cette conférence tout comme ils
ont participé au premier round des discussions sur le futur projet de loi sur
le dialogue social – manière de le mettre ne pratique avant même qu’il soit
couché noir sur blanc. C’est un facteur de désarmement pour les masses, déjà
inévitablement désorientées par le déroulement des évènements après le retrait
du C.P.E.
En effet, en procédant ainsi les
directions syndicales combattent pour effacer les leçons essentielles du combat
qui a imposé le retrait du C.P.E. Rappelons-les : c’est parce qu’il n’y a
pas eu de concertation préalable sur le C.P.E., parce que les directions
syndicales ont ensuite maintenu dans l’unité l’exigence du retrait avant toute
négociation, que, sur la base de la mobilisation de la jeunesse étudiante qui
en a été nourrie, le gouvernement a subi une défaite.
Au contraire, s’inscrire dans les
discussions préparatoires à la loi sur la « rénovation du dialogue social », plus encore, accepter de
participer à la conférence du gouvernement sur les « revenus et
l’emploi », c’est pour les directions syndicales s’employer à effacer les
leçons du CPE.
Et puis, concernant les salaires,
alors que la hausse des prix, en particulier ceux des loyers, alors que la
hausse de la fiscalité locale et la baisse des salaires réels prennent les
ouvriers ou les employés à la gorge, il appartient aux directions syndicales de
mettre en avant des exigences élémentaires : le rattrapage du pouvoir
d’achat perdu depuis des années, notamment depuis 2000, sa garante par
l’indexation des salaires sur l’inflation, ou encore le gel immédiat des
loyers, l’annulation des dettes qui
écrasent les familles pauvres. Or, combattre sérieusement pour la moindre de
ces revendications, c’est combattre contre la politique du gouvernement et du
patronat, combattre contre les propriétaires fonciers, les organismes de
crédit ; combattre sérieusement pour ces revendications implique donc de
rompre les discussions amiables avec le gouvernement, de préparer
l’affrontement généralisé de tout le prolétariat, de la jeunesse, avec lui pour
lui infliger une défaite décisive.
En ce sens, il est indispensable
d’intervenir contre la participation des directions syndicales aux discussions
sur la « rénovation du dialogue social », contre la participation à
la « conférence sur l’emploi et les revenus » prévue pour décembre.
« Délibération sociale » : une nouvelle
opération destructrice du Medef
C’est aussi en tirant pour sa
part les leçons de la défaite du gouvernement sur le CPE que le Medef a pris de
son côté une initiative d’une grande importance, intitulée, du moins pour le moment
« délibération sociale ». Puisque le gouvernement a dû renoncer à
mettre en cause davantage à ce stade les contrats de travail, le Medef propose
aux directions syndicales de s’en charger, en ouvrant des concertations sur le
sujet. Cette « délibération
sociale » évoque irrésistiblement la « refondation sociale » ouverte en son temps par Ernest-Antoine
Seillière, dont provient la contre-réforme de l’assurance-chômage qui n’est pas
pour rien dans la baisse des statistiques actuelle, à coup de radiations (c’est
pourquoi en août la baisse du chômage officiel s’est interrompue, faute de
radiations en nombre suffisant), ou encore celle de la médecine du travail.
La lettre d’invitation propose en
effet de : « lancer
officiellement les travaux de délibération sociale autour du sujet de la
réforme du marché du travail », mettant à l’ordre du jour :
"la remise à plat de
l'assurance-chômage", "le
contrat de travail" et "la
sécurisation des parcours professionnels". Parisot précise qu’en
matière de contrat de travail, il s’agit bien de faire le "bilan des différentes formes de contrat",
et de se pencher sur les "projets de
contrat unique et des conditions de séparation". Que dans le même
temps elle évoque "l’examen des
propositions de sécurisation des parcours professionnels faites par les
différentes organisations syndicales" est parfaitement en cohérence
puisque les dites propositions (cf. notamment l’article paru dans CPS sur le
congrès de la CGT) sont essentiellement des points d’appui pour liquider les
contrats de travail tels qu’ils existent aujourd’hui, liés à des conventions
collectives.
Parisot n’a pas fait mystère dans
son courrier de ses objectifs. Citons-les : "marquer la capacité des partenaires sociaux à engager des discussions
sur l'ensemble des sujets relevant de leur compétence, même dans une période
électorale" et encore : "de
préparer les futures réformes qui pourraient concerner le fonctionnement du
marché du travail".
Pour le Medef, sur son propre
plan il s’agit d’une part d’effacer totalement les dernières séquelles du CPE,
en réengageant ce qui devait constituer l’essentiel de la « troisième
étape de la bataille pour l’emploi », mais encore, d’associer les
directions syndicales à la préparation des contre-réformes qui seront présentées
au futur gouvernement issu des échéances électorales de 2007, et de lui dicter
son ordre du jour, si possible dès avant, lors de la campagne électorale – et
d’autant plus aisément si la loi sur le « dialogue social » passe
d’ici là.
Ainsi Parisot affirme-t-elle au
sujet de l’assurance-chômage « Nous
devons faire comme si le régime d'assurance chômage n'avait jamais existé et
que tout était à inventer ».
Au sujet des contrats de travail,
elle explique sur France 2 le 6 octobre : « Je propose d'ajouter une nouvelle dimension au contrat de travail,
(...) une modalité de séparation à l'amiable sans passer par la logique de
faute (…) il faut plus de flexibilité dans le domaine du travail »
Le simple souvenir du bilan de la
« refondation sociale » devrait déclencher chez un militant syndical
normalement constitué un réflexe de rejet de cette opération. Or, Libération du 22 septembre le
note : « Malgré les cicatrices
du CPE, les syndicats semblent plutôt favorables à la démarche patronale. ».
Combattre pour le boycott de ces
discussions par les dirigeants CGT et Force Ouvrière, combattre contre la
participation des directions syndicales à cette « délibération sociale » qui vise à cadrer la nouvelle étape
d’offensive anti-ouvrière dont les élections de 2007 devraient sonner le
départ, est par conséquent indispensable.
Du PS à l’ « extrême gauche », une
seule « perspective » : les élections de 2007
La politique de dialogue social
renforcé de la part des directions syndicales, leur entreprise d’effacement des
leçons de la défaite infligée au gouvernement sur le C.P.E., est leur façon
d’œuvrer à paralyser la classe ouvrière. Mais sur leur propre plan, PS, PCF –
et secondairement la LCR et le PT – en se focalisant d’ores et déjà sur la
préparation des présidentielles, bouchent toute perspective alternative à la
poursuite de la politique réactionnaire des Chirac, Villepin et Sarkozy.
Le Parti Socialiste, en
organisant une sorte de primaire interne découplée de son congrès, en faisant
adhérer des « supporteurs » à 20 euros alléchés par la perspective de
choisir le « champion », a franchi un nouveau pas vers sa
transformation en addition pure et simple d’écuries présidentielles.
Mais il y a plus encore. Dans
notre dernier numéro, nous avions caractérisé l’opération « Royal »
comme une opération contre le PS, visant à lui imposer de l’extérieur une
candidate sélectionnée directement par des grands groupes capitalistes et leur
presse, en l’occurrence Marie-Ségolène Royal.
Pourquoi ce choix ? En
l’appelant « Mme Sarkozy » lors de sa visite à Dakar, une des
anciennes représentantes des sans-papiers a produit un lapsus tout à fait
révélateur. Depuis le début de la campagne interne, le royalisme se distingue
par l’affichage de positions plus réactionnaires que le « projet socialiste » adopté l’été
dernier mais dont chaque jour montre qu’il n’est comme de coutume qu’un chiffon
de papier. Encadrement militaire des délinquants, destruction de la carte
scolaire, allongement du temps de service des enseignants, lutte contre
l’immigration, sans compter les discours sur la « valeur travail » qui appellent irrésistiblement les
« famille » et « patrie » de circonstance, Mme Royal a
répondu, assurément, aux espoirs de ses parrains (ne pouvait-on pas lire dans Libération du 4 octobre : « Les chiraquiens votent Royal sans se
cacher » ?).
De plus, bien qu’étant soutenue
aujourd’hui par la majorité de l’appareil du PS, toujours prompt à s’incliner
devant le vent, S.Royal a comme base arrière une association « désirs
d’avenir », extérieure et largement étrangère au PS – en cohérence avec
ses antiennes de « démocratie participative » qui riment quant à
elles avec corporatisme, destruction des partis politiques. Royal a de ce point
de vue profité des opportunités ouvertes par la crise sans précédent qu’a connu
le PS à l’occasion du référendum sur la « constitution européenne ».
Or, il semble que l’opération
Royal est en passe de réussir. Le retrait de Jospin, spécialiste il est vrai en
désertions, l’atteste. Car précisément, Jospin avait agité la possibilité de sa
candidature sur le terrain même de la défense du PS en tant que parti. Il a dû
capituler en rase campagne, faute d’un écho suffisant.
D’ores et déjà, entre les
positions de Royal et celles d’un Strauss-Kahn, prônant de son côté le
« dynamitage » du système universitaire et la destruction des régimes
spéciaux de retraites, au diapason sur ce point d’un François Fillon, la
campagne interne au PS est un facteur supplémentaire de désarroi politique pour
les masses, et c’est l’UMP, et Sarkozy qui à ce stade devrait en être le
principal candidat, qui en tirent tout le bénéfice. De ce point de vue, les
sondages ne sont qu’un moyen de manipulation de l’opinion, et rien d’autre.
Le PCF aussi ne pense plus qu’aux
présidentielles – il organisera ses propres « primaires »
courant novembre. Ce parti se trouve en réalité dans une situation désespérée,
et aucune combinaison avec ce qu’il reste des « comités du non » ou
avec la LCR ne peut y remédier. Même si son implantation militante et
municipale demeure non négligeable, ce parti n’a plus
de perspective politique qui justifie son existence à terme. Au-delà des
sondages, il en sera effectivement révélateur que, quelle
que soit son étiquette, le score du candidat soutenu par le PCF soit
particulièrement faible. Pour autant, en s’inscrivant dans des opérations
structurées par les « comités » qui se formèrent pour le « non
de gauche » lors du référendum de mai 2006, le PCF continue dans son
agonie à semer la confusion politique la plus grande, à participer à
l’effacement des frontières même du mouvement ouvrier, aussi dégénéré soit-il.
Ainsi fonctionne également la LCR, elle aussi déjà en campagne électorale et,
quoiqu’en rivalité avec le PCF, s’affirmant prête à s’effacer du jour au
lendemain derrière un candidat sans parti, pourvu qu’à son programme il
inscrive … le refus de toute alliance avec le Parti Socialiste. Autrement dit,
la seule condition que met la LCR à une alliance, c’est le refus de poser la
question du gouvernement, alors que c’est bien cette question, d’abord, que les
élections doivent servir à poser. Et
elle ne peut être résolue en en excluant le PS à l’avance.
Qui plus est, il faut rappeler
que cette LCR qui ne voudrait pas entendre parler du PS mais qui trouve le PCF
tellement plus fréquentable – comme si le PCF n’avait pas été, disons, au
gouvernement entre 1997 et 2002, cette LCR, donc a appelé à voter Chirac au
second tour des élections de 2002 ! Ils ont de bien étranges pudeurs.
Enfin il faut ajouter que de son
côté, le Parti des Travailleurs conclut déjà ses tracts par des formulations
comme « qui osera, dans les
prochaines élections, remettre en cause le sacro-saint traité de
Maastricht ». Le PT, qui compte certainement prendre appui d’une façon ou d’une autre sur le rassemblement de
« maires » et de « syndicalistes » qu’il a constitué sous
l’emblème de « la reconquête de la
démocratie (bourgeoise) », s’inscrit lui aussi dans la perspective des
élections de 2007.
Répétons-le : se placer d’ores
et déjà dans la perspective de 2007, alors que, on l’a vu, le gouvernement,
lui, compte combattre les masses « jusqu’au
bout », c’est objectivement contribuer à interdire au prolétariat
d’engager le combat sur son propre plan, par ses propres méthodes, sur ses
propres objectifs. C’est du même coup aider à ce que les dites élections se
présentent sous les meilleurs auspices pour la bourgeoisie l’UMP, l’UDF, le FN
et leurs candidats.
« Jusqu’au bout », conformément aux
leçons du C.P.E., combattre pour le front unique des organisations du mouvement
ouvrier, partis et syndicats,
contre le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy, pour la rupture de la
concertation avec lui.
Pour la bourgeoisie française et
son gouvernement, on l’a vu, même si elle s’y prépare au mieux, il n’est pas
question d’attendre les présidentielles. D’ailleurs y songerait-elle que les
incertitudes de la situation économique l’en dissuaderaient. Comme nous
l’avions évoqué dans les Notes sur la
situation internationale parues dans notre numéro de juin, l’économie des
Etats-Unis arrive à une phase de grande incertitude, où un ralentissement de la
croissance pourrait entrer en conjonction avec un krach annoncé de
l’immobilier, sinon un krach financier, monétaire, des cours de certaines
matières premières, etc. Du coup, le regain de
croissance de l’économie française au premier semestre s’en trouve déjà menacé.
De plus, il se confirme que, même avec une certaine croissance, le commerce
extérieur est redevenu structurellement déficitaire – ce qui témoigne de la
perte de positions importantes sur le marché mondial au profit, notamment, de
l’Allemagne. Enfin, le secteur automobile, crucial en France, est aujourd’hui
en difficulté.
Dans ces circonstances, pour le
patronat, pour la bourgeoisie, le gouvernement, préparer l’avenir n’est pas
tant préparer les élections que d’essayer de porter le maximum de coups tant
que cela leur est possible – profitant notamment comme on le voit à GDF de la
situation d’expectative dans laquelle les travailleurs et la jeunesse ont été
mis, suite à l’escamotage et l’obscurcissement systématiques des leçons de la
défaite qu’ils ont pourtant infligée au gouvernement UMP-UDF au printemps
dernier.
L’intérêt de la population
laborieuse n’est pas de mettre le moindre espoir dans les futures échéances
électorales, mais bien de chercher à engager le combat, sur les points que
l’hyper activité gouvernementale mettra à l’ordre du jour, ou directement sur
ses revendications, notamment pour l’augmentation générale des salaires.
Pour ce faire, il faudra, ainsi
que l’a montré la bataille sur le C.P.E., que soit réalisé le front unique des
organisations syndicales, CGT, FO, FSU, UNEF, et des partis issus du mouvement
ouvrier, comme en fournirait par exemple l’occasion l’appel uni à une
manifestation centrale et nationale à l’Assemblée au
moment de l’examen du budget.
Il faudra imposer la rupture de
la concertation avec le gouvernement et le patronat, et notamment le refus de
participer aux discussions sur le « dialogue social », tant au niveau
des confédération qu’à celui des fédérations de fonctionnaires ; celles
inaugurées par le Medef sur le contrat de travail et en particulier la
conférence sur « l’emploi et les revenus » qui doit se tenir en
décembre prochain.
C’est dans le mouvement de la
classe ouvrière, de tous les travailleurs salariés et de la jeunesse, se
libérant des entraves mises par les appareils, que pourraient se réunir les
conditions de la venue au pouvoir d’un gouvernement émanant du front uni des
organisations ouvrières, partis et syndicats, gouvernement sans représentants
des partis et organisations bourgeoises, condition première à ce que soit menée
une politique visant à satisfaire les revendications et aspirations les plus
urgentes, car pour cela, il faut rompre avec la loi du profit, s’engager dans
la voie de l’expropriation du capital. C’est pour cette issue, pour le
socialisme, que combat le Cercle, au compte de la construction de
l’indispensable parti ouvrier révolutionnaire.