Notes sur la situation internationale(Nous reproduisons ci – après de larges extraits du rapport sur la situation internationale discuté lors d’une réunion nationale de la direction du Cercle en avril 2006, considérant qu’il ne peut manquer d’intéresser nos lecteurs, sans intégrer les développements intervenus depuis, considérant qu’ils vont dans le sens de ce qui a été discuté.Certains éléments abordés lors de cette réunion, comme l’Italie, ou la situation en Bolivie, font ou feront l’objet d’articles dans Combattre pour le Socialisme.) L'internationalisme : une nécessité vitale pour comprendre la situation politiqueAu lendemain de la défaite infligée au gouvernement Chirac Villepin Sarkozy sur le C.P.E., il est plus que jamais nécessaire de chercher à appréhender la situation française comme partie intégrante de l'unité mondiale de la lutte des classes. L'internationalisme est une nécessité vitale, non pas en tant que proclamation abstraite, mais pour saisir aussi précisément que possible les tendances à l’œuvre dans une situation donnée dans un pays donné, à commencer par le nôtre. Or, ce n'est pas un fait sans précédent en Europe qu'un gouvernement ait dû, ces dernières années, reculer sur tout ou partie d'une contre-réforme qu'il avait engagée. En Italie, en 2002, face au projet de suppression de « l’article 18 » visant à faciliter les licenciements, le 23 mars une manifestation gigantesque déferlait dans les rues de Rome, à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales, ainsi que des partis issus du mouvement ouvrier, DS, PRC. Après quelques mois de négociations, le gouvernement Berlusconi concluait un accord (« pacte pour l’Italie ») avec la direction des confédérations UIL et CISL, au terme duquel le dit article 18 était finalement modifié pour les entreprises franchissant le seuil de 15 salariés à compter duquel il s’applique. Il faut le préciser, comme notre bulletin l’avait déjà analysé à l’époque, que la politique des dirigeants de la CGIL, principale centrale syndicale ouvrière, ainsi que celle des partis DS, PRC, avait permis à Berlusconi de réaliser cette manœuvre lui évitant de subir une défaite décisive et lui permettant de reprendre l’offensive. Dès l’automne 2003, la loi Biaggi, instaurait en Italie une multitude de contrats précaires, contrats de chantier, CDD longue durée, ou contrats « à l’appel » (ce qui revient à recréer une catégorie de travailleurs journaliers), etc. Selon la presse, aujourd’hui 70% des nouvelles embauches se font sur de tels contrats, ce qui implique que l’article 18 ne joue pas. Aux Pays-Bas, à l’automne 2004, comme le détaille le texte de notre dernière conférence, publié dans le numéro spécial (n°20) de CPS, les organisations syndicales avaient cessé les négociations avec le gouvernement et organisé à Amsterdam la plus grande manifestation dans le pays depuis 20 ans, notamment sur la question des retraites et des allocations invalidité. Suite à quoi elles reprenaient le dialogue social pour aboutir en quelques jours à un accord, version diminuée du projet gouvernemental, mais recul considérable pour les masses quand même (report de l’âge de départ en retraite de 60 à 62 ans – là où le projet gouvernemental espérait atteindre les 65 du premier coup). Plus récemment, en Grande-Bretagne, nous l’avions aussi souligné dans notre bulletin, en octobre dernier le gouvernement Blair renonçait à l’essentiel d’une « réforme » des retraites visant à faire passer l’âge de départ des fonctionnaires de 60 à 65 ans, devant la menace, ce sont les termes rapportés par la presse française, d’une grève générale d’une ampleur comparable à celle de 1926. Néanmoins, le recul de l’âge de départ à la retraite s’appliquera – avec donc le consentement des bureaucrates syndicaux – pour les nouveaux recrutés. Mais ce n’est évidemment pas comparable avec, par exemple, la contre-réforme Fillon de 2003. « Le gouvernement a capitulé », fulminait alors le patron des patrons britanniques. Cependant, à l’époque, les 1 300 000 fonctionnaires des administrations locales étaient écartés de l’accord. Ca n’a pas manqué : le gouvernement est revenu à la charge, en engageant la suppression de la « règle 85 », le régime des retraites des dits fonctionnaires (une retraite à taux plein à 60 ans dès qu’on a 25 annuités de cotisations). En mars, les directions des 11 syndicats du secteur appelaient à une grève de 24 heures particulièrement suivie, avec de nombreux piquets de grève. Mais, alors qu’une autre journée de grève était annoncée pour le 26 avril, soit quelques jours avant les élections locales, les directions syndicales ont annulé leur mot d’ordre. La raison ? De nouvelles négociations avec le gouvernement, dont la base est, pour citer le ministre « rien n’est décidé, rien n’est écarté », et en particulier pas la destruction de la « règle 85 ». Il faut souligner qu’à la direction du principal syndicat concerné, Unison, c’est par 17 voix pour et 6 contre que l’annulation de la grève a été votée.
Il est clair que se confirme sur cette question des retraites l’appréciation que portait l’article de notre bulletin sur la Grande-Bretagne, à savoir l’accroissement de la volonté de combat des masses. Néanmoins, pour avoir une vue exacte de la situation, il faut garder à l’esprit qu’en Grande-Bretagne non plus, l’offensive anti-ouvrière n’est pas enrayée, même sur les retraites. Ainsi, pendant les discussions sur les retraites, le gouvernement a fait passer une « réforme » considérable du système éducatif, permettant à tout établissement public d’adopter un statut de « fondation » sponsorisée par des « mécènes » (l’Eglise anglicane et Microsoft se sont portés candidats). C’est la privatisation/liquidation totale du secteur public de l’enseignement. Est aussi à l’ordre du jour une réforme du système d’invalidité, qui, comme au Pays-Bas, permet à ce jour de sortir des millions de personnes des statistiques du chômage. Enfin, il faut mentionner la fermeture, après Rover, de l’usine Peugeot en Grande-Bretagne – et le lâche soulagement des bureaucrates français qui n’ont même pas fait mine de menacer la direction de PSA d’une grève du groupe pour le leur interdire. Sur ce sujet, il faudrait pouvoir évoquer plus largement la façon dont, en Espagne cette fois-ci, à l’usine Seat de Barcelone, les bureaucrates UGT et CCOO ont eux-mêmes dressé la liste des centaines d’ouvriers licenciés, suite à un accord avec la direction et en échange de la réduction du nombre de licenciements initialement prévus. De ces exemples, avec chacun ses spécificités, qu’il ne faut pas transposer mécaniquement, on peut néanmoins constater que, à chaque fois, face à l’unité des organisations syndicales pour le retrait d’un projet, les gouvernements bourgeois ont dû en tenir compte et revoir leurs ambitions destructrices plus ou moins à la baisse. Mais dans le même temps, il n’y a pas eu, du fait d’abord de la politique menée par les mêmes directions syndicales, de rupture dans l’offensive réactionnaire qui caractérise notre période. Or c’est bien là ce qui nous intéresse : dégager les voies et les moyens par lesquels cette chaîne de contre-réformes pourra être brisée, ouvrant ainsi une nouvelle situation politique à l’échelle internationale. Portée internationale du mouvement contre le CPE : aperçu sur la situation en AllemagnePrécisément, on peut parler de ce point de vue de la portée internationale du mouvement qui a imposé l’abrogation du C.P.E. On l’a mentionné dans nos tracts : au même moment, en Corée, le parlement discute d’une loi étendant à deux ans la durée autorisée d’intérim avant de procéder à une embauche définitive en CDI. Deux ans ! Mais si la KCTU, confédération ouvrière, a appelé à une semaine de grève générale à cette occasion, avec manifestation devant le parlement, la manière dont les bureaucrates se disposent est d’une similarité frappante de l’occident à l’extrême orient. Ainsi, interviewé dans Libération, un dirigeant syndical expose son objectif : « l'instauration de relations entre syndicats et patronat, à l'image de ce qui se fait dans les grands pays industrialisés ». Mais c’est bien entendu en Allemagne que la répercussion du mouvement en France a été la plus grande. Figure en effet au programme de la « grande coalition », comme l’indiquait un récent article de CPS, l’allongement de la période d’essai pour tous les contrats à 2 ans. Certes, outre-Rhin, les sociaux-démocrates ont fait inscrire dans le programme de gouvernement en contrepartie l’interdiction du recours au travail précaire… sauf dûment motivé (une sorte d’autorisation administrative pour le recrutement en CDD). Des tensions sont apparues publiquement entre le patronat, qui estime cette contrepartie encore insupportable, et le SPD. Mais, comme nous avons eu l’occasion de le souligner, d’une manière plus générale, le sort de la grande coalition dépend de la possibilité que les travailleurs s’ouvrent la voie du combat contre le gouvernement et le patronat, cherchent à dicter leurs exigences à leurs directions syndicales, au SPD, dans la perspective de la rupture de la grande coalition, d’un gouvernement du seul SPD. C’est à cette aune qu’il faut apprécier la déclaration d’une dirigeante de la confédération syndicale DGB, rapportée par Le Monde du 31 mars : « Même si nous le voulions, nous ne pourrions pas appeler à la grève sur le sujet, car elle est réservée aux conflits des relations du travail", a admis la porte-parole de la DGB, Marion Knappe, traduisant l'état d'esprit différent qui règne en France et outre-Rhin. "Mais des manifestations restent possibles", a-t-elle averti. » C’est un feu vert de l’appareil syndical à Merkel, à la grande coalition. Evidemment, tout ne dépend pas, tant s’en faut, de la seule volonté de l’appareil. Mais il faut apprécier que plusieurs tentatives de combat de la classe ouvrière allemande viennent de se solder par des échecs. Ainsi la grève des fonctionnaires territoriaux sur la question du temps de travail. Avant même de l’aborder, il faut souligner qu’à l’origine de cette grève tournante, limitée, il y a un évènement politique majeur, à savoir la disparition depuis 2005 de la convention collective unifiant le temps de travail des fonctionnaires en Allemagne. Résultat, depuis l’an passé, on peut trouver dans le même service, selon le statut d’employé communal, régional ou d’Etat, fonctionnaire ou non-fonctionnaire, d’autant de durées différentes du temps de travail. La grève lancée par les directions syndicales allemandes (de Ver.di) contre l’allongement de la durée du travail dans les communes a été approuvée massivement par référendum (95%, alors qu’il faut en Allemagne 75% pour engager une grève et … 25% pour l’arrêter !). Mais elle est restée extrêmement limitée : durant 8 semaines, seuls quelques dizaines de milliers de travailleurs ont été appelés à la grève, de manière ciblée, soit nettement moins par exemple que la précédente grève des mêmes travailleurs sur le même sujet, en 1992. Au final, le compromis a été de passer, non pas à 40 heures comme l’exigeaient les employeurs, mais à 39 (en partant de 38 heures 30). Encore s’agit-il d’une moyenne, recouvrant des situations différentes – dont dans certains cas, l’allongement effectif à 40 heures. Il faut noter que ce projet d’accord, soumis au vote d’abord à Hambourg, n’a été approuvé que par 42% des votants : les travailleurs n’ont pas suivi les bureaucrates syndicaux. Autres éléments d’appréciation, la situation dans la métallurgie. Après avoir clamé, pour la galerie « nous sommes à bout de patience », la direction de l’IG-Metall a annulé les grèves dont elle menaçait le patronat en échange d’un accord salarial au rabais. Auparavant, une grève d’importance avait eu lieu à l’usine Electrolux de Nüremberg, suite à l’annonce de sa fermeture. Contrairement à ce qui s’était passé à l’usine Opel de Bochum (cf. l’article paru sur l’Allemagne dans CPS n°23), hormis quelques arrêts sporadiques, l’appareil syndical n’a pas été confronté à une grève sauvage, a contrôlé la situation. Au bout du compte, après 6 semaines d’une grève totale à l’appel du syndicat, grève limitée à cette seule usine, soutenue par la population locale d’autant qu’il s’agit de la dernière grosse entreprise de la ville (1 750 salariés), les dirigeants syndicaux signaient un accord obtenant … des indemnités de licenciement record. L’usine sera fermée en 2007. Les ouvriers partent peut-être « la tête haute », mais ils partent. Dernier élément d’appréciation : les premières élections régionales qui se sont tenues n’ont pas été marquées par un échec de la grande coalition. Accessoirement, le « Linkspartei » est resté à des niveaux très faibles à l’Ouest. Il faut souligner que, au sein du petit groupe WASG dont l’absorption par l’ex-parti de la bureaucratie, le PDS, doit donner naissance formellement à ce nouveau parti « de gauche », des résistances sont apparues, à juste titre. C’est notamment le cas à Berlin, où l’on est bien placé pour savoir ce que vaut le PDS, puisqu’il dirige la ville et le Land depuis des années avec le SPD et a privatisé, supprimé des postes de fonctionnaires, etc. Ainsi, à sa manière, la situation en Allemagne comme celles mentionnées plus haut en Grande-Bretagne notamment, offre un résumé du rôle que jouent les directions syndicales dans la période de réaction que nous traversons. Ce sont elles, comme en France, qui donnent à la bourgeoisie la mesure de cette offensive, lui indiquent jusqu’où elle peut aller et à partir d’où elle prend le risque de devoir faire face à la classe ouvrière – et qui ne « revendiquent » en réalité que la reconnaissance de leur place, comme l’indique le bureaucrate coréen cité au début de cette section. En retour, ainsi que notre texte de conférence du printemps dernier le soulignait, c’est sur la question de la défense inconditionnelle des acquis historiques arrachés par la lutte de classe que des oppositions se font jour entre les masses et les appareils syndicaux, le cas échéant les partis issus du mouvement ouvrier, et s’y réfractent. A cet égard, plusieurs éléments récents survenus aux Etats-Unis sont dignes d’intérêt. Oppositions entre les appareils syndicaux et la classe ouvrière aux Etat-UnisIl n’est pas forcément surprenant que ce soit au Etats-Unis que se manifeste, comme on va le voir, une opposition plus ou moins ouverte aux appareils syndicaux, puisque que c’est dans ce pays que l’offensive anti ouvrière contre les salaires, les régimes de retraite et de santé, est la plus violente. Pour exemple : à Delphi, équipementier automobile mis en faillite, la direction exige une baisse de 60% des salaires pour la main d’œuvre syndiquée. Ainsi dans les compagnies aériennes comme Northwest Airlines, les régimes de retraites sont sabrés tandis que les mécaniciens grévistes ont été purement et simplement … remplacés sans autre forme de procès ! En décembre dernier, c’est la direction du métro de New York qui a tenté à l’occasion du renouvellement de la convention collective d’accroître considérablement le coût de l’assurance vieillesse, de retarder l’âge de départ (de 55 à 62 ans, le nombre d’annuités passant de 25 à 30, etc.) mais aussi d’instaurer une contribution de 1,5% pour l’assurance-maladie. Les grèves dans le métro de New York ne sont sans précédent. En 1966, douze jours de grève avaient déjà mené, ce qu’une loi devait confirmer, les dirigeants syndicaux en prison. En 1980, une grève de onze jours avait encore eu lieu – sans être défaite contrairement aux contrôleurs aériens qui seront quelques mois plus tard virés par le gouvernement Reagan. Cette fois, la grève n’a duré que deux jours, en pleine effervescence de Noël pour les commerçants de la ville. Elle a eu à l’évidence le soutien de l’immense majorité de la population laborieuse, des deux confédérations syndicales AFL-CIO et « Change to win» - puisque, il faut le rappeler au passage, la scission de l’AFL-CIO qui a eu lieu à l’été 2005 a constitué un coup très dur porté au mouvement ouvrier organisé. L’accord au métro de New York, négocié secrètement par le dirigeant du syndicat des transports, R.Toussaint, remet à plus tard la remise en cause frontale du régime de retraite, mais maintient l’instauration de la cotisation assurance-maladie. De plus, il renvoie la prochaine renégociation, non plus à un mois de décembre, mais à un mois de janvier, privant ainsi les travailleurs d’un moyen de pression extraordinaire vu l’impact d’une grève au moment des fêtes. Or, ce projet d’accord, ratifié par la direction du syndicat par 37 pour, 3 contre et une abstention, a été rejeté lors du référendum de ratification, de très peu, 7 voix d’écart sur les 22 500 syndiqués du Métro participant à cette consultation. Les opposants à la direction ont pour cela mené campagne, contre la diplomatie secrète, et en accusant la direction (selon le New York Times du 3 janvier) d’un bradage sans précédent dans l’histoire. C’est une défaite de la bureaucratie syndicale, d’autant plus marquante que ces dirigeants – dont il faut par ailleurs dénoncer inconditionnellement l’envoi en prison !- avaient eux-mêmes été élus en 2000 contre une équipe jugée trop molle. Or il faut noter que le métro de New York n’est pas le seul cas d’opposition manifeste des travailleurs aux concessions importantes proposées par les appareils syndicaux. Dans l’automobile, les dirigeants de l’UAW (affilié à l’AFL-CIO) ont accepté notamment un vaste programme de départs en préretraite chez General Motors, et Delphi son équipementier attitré, lequel programme peut permettre jusqu’à des dizaines de milliers de suppressions de postes et le remplacement de la main d’œuvre syndiquée par des travailleurs non-syndiqués et donc payés considérablement moins. En quelque sorte, les dirigeants de l’UAW creusent la tombe de ce puissant syndicat de l’automobile. Mais cela ne va pas sans résistances. En octobre, un accord à General Motors entre la direction et l’appareil syndical, visant à accroître le coût de l’assurance –maladie pour les assurés (salariés de GM et leurs familles), n’a été approuvé qu’avec 61% des votants, ce qui est inhabituellement bas. Un accord similaire passé chez Ford, cette fois-ci, en décembre, n’a été approuvé que par 51% des votants ! Il ne faut pas chercher à embellir la situation des travailleurs : les coups, en en particulier dans ce secteur de l’automobile en crise profonde, ne cessent de pleuvoir. Un accord scélérat en appelle un autre, suivi de plans de fermetures d’usines par dizaines, chez les Big Three de cette industrie. Dans le même temps, les coups du gouvernement Bush continuent de s’abattre, et notamment la poursuite des coupes dans les budgets sociaux. Mais, cela établi, il est clair que le rejet de la politique de l’appareil syndical manifeste la volonté des travailleurs de ne pas subir sans combattre. Cette volonté est sans doute à mettre en relation avec le fait que le gouvernement Bush, à ce stade, ait renoncé à sa « réforme » des retraites, laquelle visait à mettre en pièce via la capitalisation le système de retraites nommé « social security », un des derniers sous-produit restants de la vague révolutionnaire aux Etats-Unis lors des années 30. Mais se conjugue évidemment à cela la crainte des couches sociales intermédiaires de confier leur maigre retraite à des marchés financiers, couches qui n’ont oublié ni les affaires Enron ou Parmalat, ni l’effondrement du Nasdaq à l’aube des années 2000, et qui l’ont fait savoir à leurs représentants élus. C’est sans doute aucun cette même volonté qui s’exprime au travers des manifestations imposantes de la fraction immigrée de la population américaine contre un nouveau projet de loi sur l’immigration en débat au parlement. Ce nouveau projet n’est pas sans évoquer la loi Sarkozy. Outre le renforcement des contrôles à la frontière mexicaine – avec érection d’un mur inspiré de celui qui découpe la Palestine -, l’accélération des procédures d’arrestation et d’expulsions, il prévoit de passer à « l’immigration choisie », c’est-à-dire de créer un visa de courte durée et … révocable en cas de chômage ! Enfin, et c’est sur ce point que la majorité républicaine s’est divisée, le projet prévoit des conditions durcies de régularisation (que certains élus républicains et démocrates trouvent encore insuffisantes). C’est contre ce projet de loi qu’ont donc eu lieu d’imposantes manifestations. Mais il faut aussi en saisir les limites politiques, qui renvoient tout à fait à ce que notre texte de conférence soulignait. C’est sur un terrain démocratique, imbibé de patriotisme (« We are america » est le slogan dominant des manifestations), que se situe ce mouvement. L’église catholique, qui soutien ces manifestations, n’y est évidemment pas étrangère. Par ailleurs les directions des deux confédérations syndicales, AFL-CIO et plus encore « Change to Win », soutiennent et impulsent aussi ces manifestations. Dès lors qu’il s’est agi de passer à la grève, prévue pour le premier mai (manière de chercher à réclamer ce jour pour le mouvement ouvrier puisque c’est aux USA qu’est né le premier mai comme journée des travailleurs, suite au meurtre par l’armée des manifestants de Chicago à la fin du 19°siècle), d’importantes divisions sont apparues au sein de la coalition formée pour les droits des travailleurs immigrés. Ces limites sont un fait incontournable. Dans le même temps, et malgré ces limites qui le protègent, il paraît évident que, en relation avec ces développements, le gouvernement Bush connaît des difficultés : en atteste aussi bien le retrait pour l’instant de la « réforme » des retraites qu’une série de démissions et de critiques au plus haut sommet de l’appareil d’Etat, dans l’armée et dans la CIA. Et à l’évidence, ces tensions renvoient à ce qui est l’autre source potentielle de problèmes à venir pour la bourgeoisie américaine : la situation au Moyen-Orient et en Irak. Irak : une étape s’achèveEn effet, on peut légitimement se demander si le processus engagé par l’impérialisme US en envahissant l’Irak en 2003 n’est pas arrivé au bout d’une première étape – étape qui il faut le dire a été un succès sur toute la ligne pour l’impérialisme US. En effet, non seulement des institutions croupion ont été mises progressivement en place, mais encore, au fil des scrutins, les principales fractions politiques en Irak, y compris celles émanant du clergé sunnite, se sont inscrites dans le cadre de ces institutions, de la constitution fédéralo-islamiste rédigée sous la férule de l’impérialisme américain. Une armée irakienne a été constituée. Bref, on est arrivé à la fin d’une première étape, au terme de laquelle Washington escomptait et escompte encore passer le relais de l’exercice du pouvoir à ces instances néo coloniales. Deux précisions s’imposent : d’abord, autant que possible, il n’est pas dans les intentions de l’impérialisme de démanteler l’Irak (au sujet duquel on ne peut parler de « nation », sauf à considérer que le crayon des colonisateurs français et britanniques qui se sont partagés les dépouilles de l’empire ottoman avait le pouvoir d’en créer). En effet, ouvrir la porte à un Etat kurde serait déstabiliser les autres pays concernés par cette revendication, à commencer par la Turquie (laquelle a ainsi été autorisée en avril par la Maison Blanche à procéder à des incursions militaires au Kurdistan irakien pour rappeler brutalement ses exigences en la matière). Ensuite, passer le relais aux institutions de type colonial créées en Irak ne signifie pas se retirer militairement d’Irak. En décembre dernier un document publié par le Conseil National de Sécurité indiquait : « Nous espérons, mais ne pouvons garantir que la présence de nos troupes change dans le courant de l'année prochaine avec l'avancée du processus politique et l'augmentation en nombre et en expérience des forces irakiennes. Même si notre présence militaire est moins visible, elle restera décisive et capable d'affronter l'ennemi partout où il s'organisera ». Or, au moment de passer le relais, au lieu d’embrayer, les nouvelles institutions patinent. Plusieurs mois après l’élection du parlement, les tractations n’ont pas abouti à la constitution d’un nouveau gouvernement, tout juste à un changement de premier ministre pressenti. Précisons que dans les « tractations » entre fractions politico-religieuses, on doit inclure les attentats divers dont la population est plus souvent la cible que ne le sont les forces d’occupation ; ces attentats tracent une sorte de dialogue dans le sang entre les divers clans, cliques, et aussi l’impérialisme lui-même, qui en dernière analyse porte l’entière responsabilité de la situation de chaos dans laquelle est plongé l’Irak. Que les difficultés soient plus grandes pour relancer l’activité, à commencer par le secteur du pétrole, que pour partager les secteurs de l’économie entre grandes compagnies U.S. n’est pas surprenant. La capacité de l’impérialisme de créer un ordre un tant soit peu stable, même de manière temporaire et limitée, reste à prouver. Le coût d’ailleurs de la seule opération militaire pèse sans cesse davantage sur les finances américaines. Bush vient de demander une rallonge de 70 milliards de dollars pour l’Irak, 50 pour l’Afghanistan. Mais cela démontre si besoin était que l’impérialisme U.S. combat. C’est d’abord en Amérique même, en relation avec les développements de la lutte de classe, qu’il pourrait subir une défaite politique. Tant que ce n’est pas un danger immédiat, il peut se permettre de continuer son offensive de terreur contre tout le Moyen-Orient. Et l’enjeu immédiat pour l’impérialisme US, secondé par les autres puissances impérialistes, c’est d’accroître la pression sur la Syrie et l’Iran, ces pays dont le rôle pour arriver à créer pour un temps une situation viable en Irak est déterminant. Toute une région sous la pression terrible de l’impérialismeConcernant la Syrie, un coup essentiel lui a été porté il y a des mois au Liban, grâce au concours direct de l’impérialisme français qui avait ainsi scellé sa réconciliation avec Washington. L’expulsion de la Syrie du Liban au profit de l’impérialisme est un coup dur pour le régime d’Assad, privé (c’était l’un des buts de la création du Liban) d’un débouché naturel vers la mer mais aussi et d’abord d’une source de subsides considérable. La crise du régime Syrien, chassé du Liban à l’Ouest, pressuré par les bombardements américains sur sa frontière Est, est déjà considérable. Elle ne peut qu’aller en s’amplifiant, ce sur quoi compte l’impérialisme (qui utilise notamment pour ce faire l’enquête sur la mort de R.Hariri) pour amener Damas à une attitude dite de « coopération », entendez de soumission totale. Mais c’est sur l’Iran que se concentrent aujourd’hui les menaces de l’impérialisme. Le prétexte, après les « armes de destruction massive » de l’Irak, est cette fois-ci le nucléaire et le refus épisodique de l’Iran de coopérer avec l’Agence internationale de l’énergie atomique. Le culot et le cynisme des puissances impérialistes sont décidément sans bornes. Après avoir détruit l’Irak sous prétexte d’armes de destruction massive, après avoir mené deux guerres ouvertes dans la région auxquelles il faut ajouter la guerre larvée menée contre le peuple palestinien, il accuse le régime iranien d’être une menace pour la « paix » ! Il va de soi pour tout internationaliste que les impérialistes, les puissances du « club » mortifère du nucléaire, l’ONU, n’ont aucun droit à décider de l’accès ou non de l’Iran à l’énergie atomique. Pour autant, si des frappes ponctuelles sur l’Iran ne peuvent être exclues (comme il y en eut contre l’Irak), éventuellement via Israël, l’impérialisme US cherche d’abord et avant tout à amener, répétons-le, le gouvernement iranien à l’aider à stabiliser l’Irak. De plus il aurait du mal, si tant est que tel soit son plan, à rallier les grandes puissances capitalistes à une agression ouverte et directe contre l’Iran. Dans le même temps, l’attitude de défi à la « communauté internationale » (du grand banditisme impérialiste) qu’a adoptée le gouvernement d’Ahmadinedjad trouve son origine dans la situation interne de ce pays. L’élection d’Ahmadinedjad la présidence exprimait déjà une situation de crise au sommet de l’Etat. Il est certain que, bientôt 20 ans après la révolution prolétarienne et sa confiscation par les mollahs, le pouvoir iranien est à face à un dilemme. Soit la crispation sur le mode de fonctionnement qui fut le sien depuis les années 80, que tente d’incarner le nouveau président, sous couvert de lutte contre la corruption (l’étendard de sa campagne électorale), soit l’acceptation plus ample encore des investissements étrangers et des exigences de la soumission sur tous les plans qu’ils impliquent à terme. Cette crise au sommet s’est par exemple exprimée dans les difficultés pour trouver un accord entre Ahmadinedjad et le parlement sur le nom du ministre du pétrole. Elle semble se conjuguer – encore qu’il faille être prudent – avec, selon l’expression du Spiegel du 12 avril « une série de luttes sociales intenses » - chauffeurs de bus de Téhéran qui ont tenté de constituer un syndicat indépendant, ouvriers de la pétrochimie, du textile, luttant pour les salaires (alors que 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté). S’y ajoutent des troubles aux frontières avec des minorités nationales, vraisemblablement alimentés par l’impérialisme US. Rien d’étonnant dans ces circonstances de voir le pouvoir iranien tenter de faire jouer les ressorts de l’union nationale face à l’impérialisme US, tout en cherchant de l’autre main à se poser en interlocuteur indispensable de celui-ci. Mais, une fois encore, c’est le peuple palestinien qui subit la pression maximale, soumis maintenant en plus de la répression militaire sioniste incessante à une tentative de l’étrangler financièrement, notamment de la part des pays de l’Union Européenne qui, en coupant les subsides, accroissent brutalement la misère dans les territoires dépendant administrativement de « l’Autorité palestinienne ». C’est au lendemain de la victoire électorale du Hamas aux élections générales que ces mesures de rétorsions assassines ont été prises. Dénoncer ces nouvelles infamies est indispensable. Avoir une appréciation lucide de ces élections l’est tout autant. La victoire électorale du Hamas et la défaite du Fatah ne constituent en aucune manière un point d’appui dans la lutte du peuple palestinien. Que le Hamas ait posé sa candidature au poste de tenancier de la cage à ciel ouvert dans laquelle croupissent les Palestiniens signifie de sa part la reconnaissance implicite de l’Etat d’Israël et l’acceptation des accords de trahison signés par l’OLP à Washington. Ses dirigeants ont d’ailleurs multiplié les déclarations en ce sens avant et après les élections. Sa victoire, celle d’une formation islamiste ultra réactionnaire qui a prospéré sur la base de l’abandon progressif par la direction de l’OLP des revendications historiques du peuple palestinien, exprime quant à elle l’immense désarroi des masses. Elle est aussi le produit et l’expression du processus de destruction des organisations nationalistes qui découle logiquement (la corruption en étant un aspect) de leur inscription dans le cadre des accords d’Oslo et Washington. Car ceux-ci n’avaient pour but que de leur faire prendre en charge le refoulement du peuple palestinien et la négation de toutes ses revendications nationales et du droit au retour. Car ces revendications exigent au contraire qu’il soit mis fin à l’existence de l’Etat d’Israël et que se tienne une constituante palestinienne. De son côté, l’Etat sioniste et raciste poursuit méthodiquement, sous la direction du parti fondé par Sharon, son propre plan : l’isolement carcéral pour les enclaves palestiniennes et Gaza, avec le « mur de sécurité » qui s’enfonce des kilomètres et des kilomètres dans la Cisjordanie, les checkpoints, et la poursuite des frappes « ciblées » ; et en même temps le redéploiement et consolidation des colonies, notamment autour de Jérusalem. Le drame au grand jour que vit le peuple palestinien, dans ces enclaves-mouroirs menacées de sombrer dans le chaos n’en finit pas d’indiquer le seul avenir que l’impérialisme peut offrir aux peuples de la région : la barbarie. Eléments d’appréciation de la situation économiqueSelon le rapport d’avril du FMI, la croissance mondiale pour 2005 a été supérieure aux attentes et permettrait d’envisager que pour 2006 une croissance supérieure à celle de 2005, de 3% en moyenne pour les pays capitalistes dominants (3,5% pour les Etats-Unis, 2% pour la zone euro, l’Allemagne et l’Italie y étant à plus encore à la traîne). On ne peut aucunement exclure par avance qu’un nouveau cycle de croissance après ceux de 1982-1990 et de 1992-2000 soit engagé. Mais il serait hâtif de penser que le tournant dans la politique économique qui a été enclenché aux Etats-Unis à partir de 2001 a d’ores été déjà été digéré. Bien entendu, ont joué et jouent dans ce sens les reculs imposés sous toutes les latitudes à la classe ouvrière, ou encore la surexploitation extraordinaire de la main d’œuvre chinoise. Les taux d’intérêts ont pu être remontés assez fortement aux USA, et même au Japon le gouvernement a esquissé la fin de la politique des taux zéro. Mais pour autant, on n’en est pas encore à « on passe l’éponge et puis on recommence ». L’espèce d’orgie de crédit qu’ont permise la baisse brutale des taux d’intérêt et l’accroissement des déficits publics, notamment en Amérique, a laissé de profondes traces, a accru les déséquilibres à un point sans précédent. Il s’agit bien entendu d’abord de l’accroissement des déficits en tout genre des Etats-Unis (balance commerciale, déficit budgétaire, dette). La question récurrente du financement de ces déficits se fait insistante. Un signe est alarmant : alors que les taux d’intérêts de la banque fédérale US ont été remontés à 5%, le dollar n’est pas remonté face à l’euro. Pour le dire autrement : un krach monétaire n’a rien d’impossible dans de telles circonstances. La flambée de l’or en est un autre symptôme. S’y ajoute et s’y combinerait, éventuellement, un krach boursier provoqué » par la remontée des taux, aux Etats-Unis ou encore au Japon. Dans ce dernier pays, la simple annonce de la fin des « taux zéro » qui ont soutenu les cours des marchés financiers a entraîné des réactions de baisse brusque à la mi-mars. Mais encore : l’impulsion au crédit, au capital fictif, donnée par le gouvernement Bush, a engendré un nouvel accroissement de la masse de capitaux flottants, spéculatifs. De véritables bulles spéculatives se sont formées, d’abord sur les matières premières. C’est le cas du pétrole, d’autant que les capacités de raffinage sont au maximum, que la situation de l’Irak est celle que l’on sait, et que, avec la croissance, la demande continue de progresser, ou encore de l’immobilier qui a servi de refuge à ces capitaux, quelque peu échaudés par l’instabilité des marchés financiers (Enron, etc.). Mais l’ensemble des matières premières est emporté – ainsi sur l’année 2005 les prix des métaux précieux ont grimpé en moyenne de 26%. Entre autres conséquences (ainsi les profits record des compagnies pétrolières), cette inflation ciblée peut se transmettre à la sphère de la production, et jouer un rôle totalement déstabilisant. La digestion de cette vague de création de monnaie de singe pour faire face à la récession débutée en 2000 dépend en fin de compte de la capacité des principales économies capitalistes à relancer les investissements, sur la base de la hausse du taux de profit. Or il faut relever que, malgré les coups portés aux masses, une tendance récente inquiète suffisamment les économistes bourgeois pour que le FMI y consacre toute une partie de son rapport semestriel : les grands groupes cherchent d’abord à se désendetter, à diminuer leur dépendance aux marchés, voire à thésauriser, plutôt qu’à utiliser les masses de capitaux dont elles disposent pour engager de nouveaux investissements. Comme toute tendance, celle-ci n’est que relative, mais elle jette un voile sombre sur les perspectives de la poursuite à moyen terme de la croissance. Enfin, alors que les pays d’Asie, à commencer par la Chine, ont joué un rôle d’importance de moteur auxiliaire dans la poursuite de la croissance, sur la base de leur main d’œuvre qualifiée et surexploitée, des signes répétés semblent annoncer la fin du « miracle économique » obtenu sur cette base (et en liquidant la propriété d’Etat). La surspéculation et le surinvestissement qui se sont déversés dans ce pays ont eu pour base un taux d’exploitation extraordinaire de la classe ouvrière dans le secteur privé. Or, alors qu’en février, le journal Libération rapportait les inquiétudes des investisseurs sur la pénurie de main d’œuvre et la hausse des salaires, Le Monde du 17 avril renchérissait : « La Chine est de moins en moins un pays bon marché (…) » et soulignait « une tendance générale pour les entreprises en Chine : l'augmentation des coûts. ». Autre élément à signaler: au sommet de l’Etat chinois, des fissures apparaissent. Le New York Times a relaté l’existence d’une réunion tenue le 4 mars, réunissant des dirigeants du parti et des économistes pour faire le point sur l’avancement des « réformes ». Lors de cette réunion, théoriquement secrète mais dont les minutes ont été publiées, des dirigeants de premier plan se sont inquiétés d’un « niveau sans précédent » de désaccord au sein du parti, certains évoquant sa possible scission, de l’instabilité sociale notamment dans les campagnes. Signe net des tensions s’exerçant sur la bureaucratie chinoise, le report en mars dernier d’un projet de texte de loi officialisant la propriété privée des moyens de production, écarté de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Ces problèmes ne sont pas propres à la Chine. Au Vietnam, une dépêche AFP du 9 avril rapportait ceci : « Les sociétés étrangères, qui convergent sur le Vietnam pour profiter d'une main d'oeuvre dite docile et bon marché, s'interrogent depuis quelques semaines sur le sens à donner à une série de grèves spontanées qui ont pris de court les autorités. En trois mois, des dizaines de milliers d'ouvriers ont cessé le travail dans une centaine d'entreprises étrangères, notamment asiatiques, autour de Ho Chi Minh-Ville (sud), réclamant de meilleurs salaires et le droit de créer des syndicats indépendants du Parti communiste vietnamien (PCV, au pouvoir). (…) La série de grèves, sans doute la plus importante depuis 1975 dans un pays où tout mouvement social doit faire l'objet d'un demande d'autorisation vingt jours avant, a surpris tout le monde.» Les facteurs de crise sont décidément multiples et menaçants. Une caractérisation de la période politiqueNotre dernière conférence s’est efforcée de porter une caractérisation précise de la période politique dans laquelle nous militons. On pourrait la résumer ainsi. 1) Le cycle historique ouvert par la révolution d’octobre s’est achevé par la restauration du capitalisme. Une période de réaction s’est ouverte, dans laquelle l’ensemble des acquis de la lutte de classe, et avec eux des acquis essentiels de la civilisation humaine, sont menacés d’être balayés. C’est in fine ce que les idéologues du capitalisme, mais bien évidemment relayés par les appareils des organisations ouvrières, désignent sous le nom de « mondialisation » ou « globalisation », cherchant à le maquiller sous l’apparence d’un phénomène économique inéluctable. 2) Elle est marquée par la décomposition du mouvement ouvrier, la prise en charge plus affirmée que jamais par les vieilles directions du mouvement ouvrier des exigences du capital, sans qu’en parallèle la recomposition du mouvement ouvrier se soit engagée, d’autant que la continuité de la Quatrième Internationale a été rompue 3) La puissance sociale du prolétariat, notamment dans les métropoles impérialistes demeure une donnée fondamentale malgré le recul politique et économique qu’il subit, et elle se manifeste en relation avec les développements de la crise du mode de production capitaliste. Des résistances à l’offensive capitaliste s’expriment et s’exprimeront. Mais pour l’instant nulle part le prolétariat n’a pu s’affranchir des limites politiques qui pèsent sur lui à l’échelle mondiale en conséquence de la fermeture du cycle ouvert par la révolution d’octobre, en particulier aller au-delà du cadre de la démocratie bourgeoise, poser subjectivement la question du pouvoir, de la propriété privée des moyens de production et d’échange, ce qui était le cas dans le passé, même en l’absence de Parti ouvrier révolutionnaire. 4) Dans le même temps, nulle part la bourgeoisie n’a les moyens d’écraser le prolétariat, et ce n’est qu’avec le concours des directions syndicales et politiques issues du mouvement ouvrier que ses coups sont portés le plus efficacement. Il n’y a pas pour autant symétrie avec la situation du prolétariat, rejeté sur la défensive et qui encaisse de durs coups. Mais ni la bourgeoisie, ni le prolétariat, ne peuvent remporter de victoires décisives, impuissance réciproque qui donne à la lutte des classes aujourd’hui un caractère instable. Non seulement la bourgeoisie n’a les ressources historiques, politiques, économiques, pour polariser autour d’elle les couches intermédiaires de la société, et instaurer ainsi un ordre stable, mais encore l’ensemble du système capitaliste reste sous la menace d’une crise dévastatrice, le capitalisme roule vers l’abîme et menace d’y entraîner l’humanité toute entière. 5) Le mouvement même du prolétariat, dans lequel la jeunesse occupera une place importante, l’amènera inéluctablement à puiser en lui les ressources pour mettre un terme à cette période de recul, chercher à se doter des moyens politiques adéquats pour ce faire, de nouveaux partis, et ainsi bouleverser à nouveau les conditions du combat pour en finir avec l’exploitation et l’oppression capitalistes. C’est cette perspective sur laquelle nous sommes axés et que notre politique doit s’efforcer de nourrir, selon la méthode qui présida à l’élaboration du programme de transition de la Quatrième Internationale : « Trouver le pont entre la réaction et la révolution – c’est notre tâche. C’est l’apport de tout notre programme de revendications de transition » (Trotsky, 1939, Œuvres tome 21 p.335). Définir aussi précisément que possible la période politique n’a qu’un objet : y élaborer et y projeter une orientation efficace, définir les tâches prioritaires du point de vue de la construction de l’instrument nécessaire à l’émancipation sociale des travailleurs et de la jeunesse, le parti ouvrier révolutionnaire, l’internationale ouvrière révolutionnaire.
« Guerre sans fin contre le terrorisme », destruction progressive de tous les acquis de la classe ouvrière, menace permanente de crise économique dislocatrice, tous ces éléments doivent pousser les travailleurs et les jeunes les plus conscients à militer en faveur de la seule issue positive à la crise de l’humanité: le socialisme, l’expropriation du capital, l’organisation de la production à l’échelle internationale en fonction de la satisfaction des besoins des masses et non plus de la loi du profit. Pour ouvrir cette issue, il est indispensable de s’organiser pour la construction de partis ouvriers révolutionnaires situés ouvertement sur cette perspective, s’organiser en défense des acquis politiques et théoriques que le combat pour la IVe Internationale puis sa reconstruction ont concentrés.
Sans attendre que de tels partis aient été construits, prolétaires, jeunes, intellectuels cherchent et chercheront à porter un coup d’arrêt aux contre-réformes. C’est ces résistances qu’il faut armer, auxquelles il faut contribuer. Comment ? Tout ce qui précède l’indique avec force : en militant sur la ligne du front unique des organisations du mouvement ouvrier pour combattre et vaincre les gouvernements qui sévissent au compte du capital, pour la rupture de la concertation dont on a vu le rôle manifeste au service de la réaction, pour porter au pouvoir des gouvernements menant une politique anti-capitaliste. C’est cette orientation générale, particularisée à chaque moment, que propose le Cercle pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire, de l’internationale ouvrière révolutionnaire.
22 avril 2006 |
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