Éditorial
du bulletin « Combattre
pour le socialisme » n°63 (n°145
ancienne série) – 7
décembre 2016 :
L’approfondissement
de la crise du capitalisme conduit
|
Volkswagen : un plan de
30 000 suppressions de poste
préparé et annoncé conjointement par la direction de l’entreprise et les
dirigeants syndicaux
Un des
plus brutaux, des plus massifs plans de licenciements vient d’être annoncé à
Volkswagen. Il concerne 30 000 postes de travail, dont 23 000 en
Allemagne. Il est précisé que ce n’est que le premier plan, et qu’il en annonce
d’autres. Il est présenté comme la conséquence du « dieselgate »,
le scandale des moteurs truqués, scandale qui n’est lui-même apparu que comme
résultat de la lutte féroce à l’échelle internationale entre les différents
trusts automobiles, et derrière eux les gouvernements des différentes
puissances impérialistes, en l’occurrence entre les firmes automobiles US et le
groupe Volkswagen.
En
réalité, ce qui a conduit à ce plan massif remonte bien plus loin comme le
révèle le journal Le Monde : « la crise [du dieselgate]
a servi de prétexte pour entamer une immense restructuration chez VW qui,
derrière ses résultats étincelants depuis plusieurs années, accuse une très
faible rentabilité sur sa marque principale : Volkswagen ».
Les Echos précisent : « Le but est de réaliser
3,7 milliards d’euros d’économies par an d’ici 2020. La productivité doit
augmenter de 25 %. Il n’y aura pas de licenciement sec, mais des départs
en retraite anticipée. »
Selon
la rhétorique du journal patronal, le licenciement de milliers de travailleurs
en contrats à durée déterminée ne doit pas être considéré comme des
licenciements « secs » ! Mais il y a évidemment un rapport
direct entre la volonté de licencier sous une forme ouverte ou déguisée des
milliers de travailleurs et celle d’augmenter la productivité - et donc le taux
d’exploitation des ouvriers qui auront la chance de conserver pour un temps
leur emploi.
Cela se
passe en Allemagne, pourtant présenté comme un îlot de prospérité dans le
marasme généralisé de l’économie capitaliste, en particulier en Europe. Et il
est vrai que de tous les pays capitalistes avancés, l’économie capitaliste
allemande a été la moins violemment frappée par la crise, même si tout laisse entendre
qu’elle va l’être à son tour. Il est caractéristique que les difficultés de
Volkswagen proviennent du tassement de ses exportations vers la Chine où
justement les nuages s’amoncellent. Mais si l’Allemagne a pu sembler échapper
au marasme général, c’est certes pour des raisons historiques (l’histoire d’un
capitalisme industriel fondé sur des secteurs à forte valeur ajoutée, à
l’opposé du « capitalisme de rentiers » qu’a toujours été le
capitalisme français), mais aussi et surtout parce que le prolétariat allemand
a subi depuis le gouvernement Schroeder et les lois Hartz
une offensive d’une violence sans équivalent en France, même si le prolétariat
y a aussi subi des attaques d’envergure. Il est important de le noter, car à
l’inverse de ceux qui, au sommet des appareils syndicaux veulent attacher le
sort de la classe ouvrière à la « croissance » de l’économie capitaliste,
il faut rappeler que la bourgeoisie n’a qu’une façon d’obtenir une telle
« croissance », produit du gain de parts du marché, à savoir :
en surexploitant la force de travail, c’est-à-dire par la paupérisation du
prolétariat.
Le
secret du « succès » de l’économie capitaliste allemande tient aussi
et largement à la pleine collaboration de l’appareil syndical de la DGB.
Collaboration voire co-rédaction des lois Hartz sous Schroeder, multiplication des accords de
diminution de salaire et de temps partiel imposé à partir de 2008, jamais cette
collaboration n’a manqué à la bourgeoisie allemande et à ses gouvernements, au
point qu’elle est vantée comme exemplaire par tous les gouvernements des
puissances impérialistes. Cette fois encore, la collaboration de l’IG Metall n’a pas manqué. Le plan a été élaboré conjointement
avec les bureaucrates syndicaux dans le cadre de la « cogestion » à
l’Allemande ; et sa promotion, au nom des « mutations technologiques
nécessaires », a été assurée conjointement par la direction et l’appareil
syndical installés côte à côte à la même tribune. L’appareil de la
social-démocratie allemande, qui du reste, via
sa position dans le Lander est coactionnaire de Volkswagen, n’est pas en reste.
Tout est donc en place pour tenter de paralyser le prolétariat allemand. La
suite dira si le plan passera sans encombre ou si le prolétariat aura les
ressources de faire sauter le verrou ainsi constitué.
Mais
une chose est sûre : pour le prolétariat allemand comme pour les autres,
la question centrale est bien d’imposer la rupture des directions syndicales
avec le patronat et le gouvernement, comme au plan politique, la rupture du SPD
de la coalition avec Merkel.
La réalité de la crise
mondiale de surproduction s’impose aux bourgeoisies de tous les pays
Les
difficultés de Volkswagen ne sont pas que les difficultés de Volkswagen. Ne
serait-ce que parce que les exportations du groupe Volkswagen représentent une
partie considérable des exportations totales de l’Allemagne - près de 18 %
des exportations industrielles en 2015 -, elles manifestent le fait que
l’Allemagne ne saurait s’abstraire de la crise mondiale. C’est ce que concède Le Monde du 16 novembre : « Coup
de froid sur l’économie allemande. Après une croissance de l’activité de 0,7%
au premier trimestre, puis de 0,4% au deuxième, le rythme a encore ralenti
entre juillet et septembre. Sur cette période, le Produit intérieur brut (PIB)
de la première économie n’a progressé que de 0,2%... L’Allemagne a souffert de
la faiblesse de son commerce extérieur : les exportations sont en recul et
les importations en très légère hausse. »
La
baisse des exportations allemandes doit être mise en relation non seulement
avec la stagnation de la demande au sein de l’Union européenne, mais aussi avec
la baisse annuelle de plus de 10% des importations chinoises. Les Echos notaient déjà en février
2016 : « Pour la première fois depuis 1997, les
exportations vers la Chine, qui constitue le cinquième marché allemand, ont
ainsi reculé. Sur les onze premiers mois de l’année dernière (derniers chiffres
disponibles), elles ont reculé de plus de 4 %. » Le recul
n’a pu depuis que s’amplifier.
Mais
ce n’est là qu’un aspect particulier de la situation mondiale. A l’inverse des
crises cycliques qui ont caractérisé jusque-là le capitalisme, avec une
tendance générale depuis 40 ans à ce que les périodes de crise soient toujours
plus profondes et durables, les périodes de « reprise » plus limitées
et précaires, la nouveauté de la crise qui explose en 2008, c’est qu’elle
dessine une situation sans reprise, une « stagnation séculaire » que
le FMI jamais en mal d’expressions nouvelles appelle le « new médiocre ». Dans son dernier rapport, celui-ci
précise : « Après une croissance médiocre du PIB à 3,1% en 2016,
la reprise devrait légèrement s’accélérer à + 3,4% en 2017 ». Évidemment
il ne faut tenir aucun compte de ce pronostic qui procède du postulat
imposé : demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Par contre, on peut prendre
au sérieux l’affirmation selon laquelle « ce scénario pourrait
dérailler sous l’effet de plusieurs faits nouveaux »... Le FMI
précise, d’après Le Monde : « la fragilité persistante de
l’économie mondiale s’est d’ores et déjà confirmée en 2016. En particulier pour
les économies avancées et, au premier plan, les États-Unis. La première
économie mondiale a « perdu de son élan » : sur fond de
faiblesse des investissements et de hausse du dollar, elle voit ses pronostics
de croissance drastiquement revus à la baisse. »
A sa
manière, le FMI pointe le caractère historique de la faillite du capitalisme en
faisant état, s’agissant de la Chine, de la
dépendance du pays au crédit « qui augmente à un rythme
dangereux ». Mais si c’est vrai pour la Chine, c’est également
vrai pour la plupart des économies capitalistes. Et c’est pourquoi les appels à
la « relance » butent sur un problème insurmontable. Car la relance -
et nous parlons bien ici de la relance de l’économie capitaliste et non de
l’amélioration des conditions d’existence des masses - est impossible sans une
brutale accélération de l’endettement public, lequel se traduirait
inévitablement par une augmentation des taux d’intérêt sur les obligations
souveraines, menaçant de faillite certains États et d’effondrement du cours des
actuelles obligations d’État (celles-ci négociées à des taux d’intérêt plus
faibles feraient l’objet de ventes massives, les capitaux cherchant à se placer
de manière plus lucrative).
Yellen et la Fed : un numéro
d’équilibrisme sur un fil suspendu dans le vide
C’est
bien avec cette équation quasi insoluble que se débat Yellen,
présidente de la FED, qui a annoncé une augmentation des taux directeurs
« imminente ». Il est possible, mais non certain, que cette fois
l’annonce soit suivie d’effets. Le maintien de taux très faibles, favorisant un
développement énorme des placements spéculatifs, fait courir à l’économie le
risque terrible d’une brutale explosion de bulles avec les effets dévastateurs
possibles sur les banques en particulier.
Mais
l’augmentation des taux directeurs fait courir des risques aussi redoutables.
L’augmentation des taux d’intérêt aurait pour effet de faire refluer les
capitaux vers les Etats-Unis, de faire remonter le
dollar au détriment de la « compétitivité » de l’économie américaine,
de provoquer la fuite des capitaux des pays dominés, de leur imposer par
conséquent d’augmenter à leur tour leurs taux d’intérêt, de vider leurs caisses
pour défendre leur monnaie, etc.
Ainsi
Yellen est-elle confrontée à la quadrature du cercle.
Mais cette impasse n’est au bout du compte rien d’autre que l’impasse
historique du mode de production capitaliste lui-même. Elle illustre de manière
criante l’urgence qu’il y a pour l’humanité d’en finir avec ce système failli,
l’urgence de l’expropriation du capital, l’urgence du socialisme.
Pourquoi Trump a t-il « gagné »
les élections américaines ?
La
« victoire » de Trump aux élections américaines
est inséparable de ce contexte. Il faut préciser les conditions de cette
« victoire ».
Il
faut d’abord dire qu’au cours de ces élections, comme des précédentes, le
prolétariat américain, les masses noires étaient d’emblée politiquement expulsées,
le seul choix étant entre les deux partis de la bourgeoisie américaine :
républicain et démocrate.
Pour
une partie d’entre eux, le prolétariat et la jeunesse ont été drainés lors des
« primaires » démocrates vers la candidature Sanders.
Cette candidature, faussement taxée de « socialiste » (Sanders se gardant bien de se présenter lui-même comme
tel), a eu un réel écho de par sa reprise d’un certain nombre de revendications
populaires (telle la gratuité des études, l’instauration d’un système de
sécurité sociale). Mais fondamentalement, elle visait à faire obstacle à
l’aspiration à constituer un véritable parti ouvrier aux USA, un Labor Party,
en rabattant ceux qui y aspiraient dans le giron du Parti démocrate,
c’est-à-dire un des deux partis de la bourgeoisie américaine. La fonction de Sanders est d’ailleurs clairement apparue quand, à
l’encontre de nombre de ses partisans, il a bruyamment appelé au soutien à
Hillary Clinton. Le sommet de la vilenie fut toutefois atteint lorsque, à la
suite de la « victoire » de Trump, il a
déclaré : « Si Donald Trump entend
vraiment mener des politiques visant à améliorer les vies des familles de
travailleurs dans ce pays, moi ainsi que d’autres progressistes sommes prêts à
travailler avec lui » ;
mais « S’il entend mener des politiques racistes, sexistes, xénophobes
et contre l’environnement, nous nous opposerons vigoureusement à lui ». En
somme, tout est ouvert, et Trump est, selon Sanders, à la croisée des chemins !
En
outre, il faut rappeler que Trump a rassemblé deux
millions de voix de moins que son adversaire Hillary Clinton. L’élection
présidentielle américaine est une élection indirecte, via les « grands électeurs », favorisant outrageusement
les petits États ruraux au détriment des grands États. Ce système ne tombe
d’ailleurs pas du ciel. Il procède du souci des fondateurs de la constitution
américaine d’ « éviter les excès de la populace » !
La
deuxième chose qu’il faut préciser, c’est qu’il n’y a eu aucun raz-de-marée
pour Trump. Il a eu 1,2 million de voix de moins que
n’en avait eu Romney le candidat républicain de 2012.
L’explication
est donc à chercher dans l’effondrement du vote Clinton par rapport au vote
Obama de 2012 (moins 6 millions de voix), et plus encore du vote Obama de 2008
(moins 10 millions), qui avait exceptionnellement drainé une fraction
importante du vote noir et hispanique.
Cet
effondrement tient certes au profil politique de la candidate Clinton,
représentante ouverte de Wall Street, mais aussi au bilan qu’a pu tirer le
prolétariat, particulièrement les masses noires et d’origine hispanique des
huit années de règne Obama. Obama a fait expulser près de quatre millions de
« clandestins » – essentiellement des travailleurs d’origine
mexicaine. Sous sa présidence, un Noir se faisait tirer dessus par la police à
balles réelles toutes les 28 heures, provoquant la mobilisation de la
population noire. De plus, pour tout le prolétariat, c’est au lieu du système
de sécurité sociale plus ou moins promis par Obama, l’» Obamacare » qui est
l’assurance santé imposée auprès des assureurs privés. Ce sont dans l’industrie
les délocalisations soit au Mexique soit au sud des Etats-Unis,
avec des salaires deux fois moindres, l’interdiction de se syndiquer, c’est la
liquidation du régime de retraites (cosigné par l’appareil syndicale de
l’AFL-CIO).
Il
n’y a pas d’autres causes à la « victoire » de Trump.
Wall Street soumettra Trump à ses exigences
Trump n’était pas le candidat préféré de Wall Street qui, comme en témoigne
la prise de position de la plupart des médias, lui préférait Hillary Clinton.
En
dehors des caractéristiques personnelles du personnage, de sa capacité à dire
tout et le contraire de tout, de débiter des obscénités au lieu de se contenter
de les faire avec discrétion comme il convient dans le monde policé du capital
financier, Trump a fait campagne sur le terrain du
« protectionnisme ». Il promettait d’abord de chasser onze millions
de travailleurs sans-papier, mais aussi de sanctionner les capitalistes qui
délocaliseraient, d’instaurer des barrières douanières pour préserver le marché
intérieur, de suspendre les accords de libre-échange, etc.
Certes,
la tendance au protectionnisme est inscrite dans les développements de la
crise. En ce sens, la « victoire » de Trump
s’inscrit dans la continuité du Brexit en Grande-Bretagne qui va dans le même
sens. Dans une situation de saturation du marché mondial, où la compétition
pour les marchés est particulièrement féroce, toutes les bourgeoisies rêvent
d’avoir libre accès au marché extérieur tout en souhaitant se réserver
l’exclusivité du marché intérieur. En ce sens, les tendances protectionnistes
de Trump ne diffèrent guère des mêmes tendances
telles que les manifestent les bourgeoisies d’Europe coalisées dans l’Union
européenne lorsque cette dernière cherche à contrarier le déversement des
énormes surplus de l’acier chinois sur le territoire européen. Elles ne
diffèrent guère des mêmes tendances manifestées par l’administration Obama
quand cette dernière, via son
appareil de justice, sanctionnait lourdement des banques européennes - BNP
Paribas, Deutsche Bank -, utilisant sans vergogne la place dominante du dollar
dans les échanges mondiaux, ou encore faisait opportunément éclater des
scandales tels le « dieselgate » évoqué
plus haut pour freiner la concurrence sur son sol des entreprises concurrentes
des entreprises US.
Mais
à cette étape, les mesures protectionnistes ne sont possibles que jusqu’à un
certain point, et ne peuvent aller jusqu’à compromettre le libre accès des
entreprises américaines sur le marché mondial. Une véritable politique
protectionniste aurait des effets catastrophiques, non seulement pour
l’économie capitaliste en général, générant une formidable récession par la
diminution drastique des échanges mondiaux, mais d’abord pour la bourgeoisie
américaine elle-même, à tout le moins pour la fraction dominante de cette
bourgeoisie qui est profondément insérée dans le marché mondial. Et c’est
pourquoi Wall Street, qui est le véritable maître, ne tardera pas à inviter Trump à mettre au rencart toute une série de ses
propositions de campagne, lequel Trump ne résistera
d’ailleurs guère ! De la même manière, la même bourgeoisie a commencé à
faire valoir que tout ne devait pas être jeté dans l’» Obamacare », sauf à priver
les compagnies d’assurance américaines des profits juteux que cela implique.
Enfin,
Yellen a clairement indiqué à Trump
que la loi Dodd Frank, dite de régulation bancaire,
ne pouvait être abrogée sans faire courir au système bancaire lui-même des
risques insensés. Cette loi, qui d’ailleurs n’offre que des garanties très
limitées contre le krach bancaire, implique néanmoins quelques obligations aux
banques : fonds propres, limitations quant à l’investissement dans les
produits dérivés, etc. Et il est vrai qu’un certain nombre de banques d’investissement,
hostiles à toute limitation aux opérations spéculatives, veulent se débarrasser
de cette loi dont l’avenir est donc incertain. Mais il n’en demeure pas moins
que, sur toutes les questions essentielles, Trump se
soumettra à toutes les injonctions du capital financier.
Pour les masses,
accélération des attaques
Il
s’en faut pourtant de beaucoup que l’accès de Trump à
la Maison Blanche ne change rien. Pour la bourgeoisie américaine, il n’y a
strictement rien à redouter de Trump. Par contre pour
le prolétariat, la jeunesse, la minorité noire, les immigrés, la
« victoire » de Trump signifie une
accélération brutale des attaques.
Cela
vaut d’abord pour les Noirs. Que Trump se soit
entouré de membres notoires du Ku Klux Klan est significatif. La chasse aux
Noirs, déjà largement ouverte sous Obama, va donner sa pleine mesure, tout
comme la ségrégation raciale à tous les niveaux.
Trump ne va pas chasser onze millions d’immigrés. Il va en garder une partie
dont le patronat américain a besoin comme main-d’œuvre surexploitée. Mais en
donnant un vigoureux coup de fouet aux expulsions, il va faire vivre ceux qui
resteront dans la terreur, permettant aux patrons de leur imposer plus encore
qu’hier une surexploitation féroce.
L’appareil
policier va connaître un nouveau renforcement, Trump
ayant fait nommer à sa tête un partisan ouvert de la torture.
Les
droits des femmes vont être bafoués, en particulier le droit à l’IVG. C’est
sous la protection ouverte de l’État fédéral que vont désormais sévir les
groupes ultra-violents « pro
life » qui déjà organisaient des expéditions punitives contre les
centres IVG et leurs personnels médicaux.
La
remise en cause du droit des ouvriers américains à se syndiquer – qui là aussi
avait largement été généralisée sous Obama, les délocalisations et
relocalisations se faisant dans de nouvelles usines où ce droit n’était pas
reconnu – va s’amplifier. Et plus généralement, la réduction brutale de l’impôt
sur les sociétés que Trump promet de ramener à 15% va
se traduire par la remise en cause des budgets alloués à l’Éducation, par la
liquidation des éléments déjà très réduits de protection sociale dont pouvait
disposer le prolétariat américain.
La
jeunesse ne s’y est pas trompée qui est spontanément descendue dans la rue en
criant « Not my
president » au moment même où Obama recevait
Trump à la Maison Blanche en assurant qu’il était
désormais « le président de tous les Américains ». Sans doute ces
mobilisations se sont faites dans une grande confusion politique. Mais elles
indiquent ce qui sera nécessaire dans un avenir proche : que le
prolétariat américain affronte le gouvernement Trump,
qui promet d’être le plus réactionnaire depuis Reagan.
Le prolétariat américain a
besoin d’un parti ouvrier, d’un « Labor Party »
La
leçon des élections américaines, comme l’imminence d’une rafale de nouvelles
attaques contre les masses indiquent ce dont a besoin de la manière la plus
urgente la classe ouvrière américaine : à savoir d’un parti lui permettant
de s’organiser comme classe face aux deux partis de l’impérialisme américain,
le Parti républicain et le Parti démocrate. Un regroupement révolutionnaire aux
USA, sans cacher qu’il n’y a pas d’autre issue pour le prolétariat américain
que la constitution d’un gouvernement ouvrier s’engageant sur la voie de
l’expropriation du capital et du démantèlement de l’Etat
bourgeois, s’engagerait totalement et sans préalable dans le combat pour la
constitution d’un tel parti. Qu’un tel parti soit à l’ordre du jour, c’est ce
que manifeste paradoxalement le succès considérable de la candidature de Sanders.
Le
choc entre cette aspiration et la politique de Sanders
lui-même est clairement apparu quand une grande majorité de travailleurs et
jeunes qui l’avaient soutenu se sont dressés contre son appel à rejoindre la
candidature Clinton. Et aujourd’hui, pour interdire le mouvement vers le Labor
Party, on voit les dirigeants de la pseudo « aile gauche » du Parti
démocrate tenter de faire croire que le salut viendrait d’un changement... à la
tête du Parti démocrate.
Combattre
pour le Labor Party implique évidemment le combat dans les syndicats contre les
dirigeants syndicaux qui ont soutenu la candidate Clinton, candidate de Wall
Street. Non seulement ils ont mobilisé des dizaines de milliers de militants
dans ce but, mais encore ils ont dépensé la bagatelle de 400 millions de
dollars pour faire sa campagne ! Ce sont les mêmes dirigeants syndicaux
qui, durant les mandats d’Obama, ont tout mis en œuvre pour faire avaler aux
ouvriers américains, parfois malgré leur vote exprimé lors de consultations à
ce sujet, les diminutions massives de salaire, la liquidation de leur régime de
retraites, etc. Le combat pour le Labor Party implique donc le combat en
direction des responsables de l’AFL-CIO pour que celle-ci rompe avec le Parti
démocrate.
Ce
combat pour le Labor Party intègre et se combine avec celui pour un parti
représentant les masses noires soumises à l’oppression raciale. Là aussi,
l’aspiration à un tel parti se fait jour, par exemple à travers la constitution
contre l’assassinat des Noirs par la police du mouvement « Black lives matter ».
Tels
sont les enjeux politiques fondamentaux auxquels est confrontée la classe
ouvrière américaine.
Valls et la
« victoire » de Trump
En
France, tant le gouvernement que les partis bourgeois, le PS, le PCF,
Mélenchon, etc., entendent utiliser à leur manière la victoire de Trump.
On
l’a peu souligné : mais le commentaire fait par Valls de cette victoire
consiste... à avaliser totalement le programme de ce dernier... pour justifier
d’ailleurs la politique de son gouvernement.
« Que
nous dit la démocratie américaine et chacun bien sûr a son analyse : le
besoin de frontières, le besoin de réguler l’immigration, la nécessité bien sûr
(...) de combattre le terrorisme et de nommer le totalitarisme
islamiste », a déclaré Valls à l’Assemblée nationale. Peut-on mieux dire que Trump a raison de vouloir construire un mur tout au long de
la frontière mexicaine, de chasser des millions d’immigrés, d’utiliser la
torture au nom de la lutte contre le « djihadisme » ?
Mais surtout, peut-on mieux justifier de faire du « Trump
à la française », d’organiser la chasse aux immigrés et aux Roms, de donner aux flics le « droit de tuer »
dans le cadre d’une réforme de leur « légitime défense », etc. ?
Mais
la victoire de Trump peut avoir plus d’un usage. Elle
permet en France de relancer la politique du « front républicain »,
ce qui selon toute vraisemblance, signifiera l’appel du PS, du PCF, des
dirigeants syndicaux à soutenir le candidat LR au deuxième tour des présidentielles.
Sur le terrain de la subordination à la bourgeoisie et à ses partis, aucune
tâche ne saurait les rebuter...
Le gouvernement
Hollande-Valls-Baylet-Cosse,
les manifestations de flics et le renforcement de l’état policier...
En
attendant les élections présidentielles, et jusqu’au dernier moment, le
gouvernement Hollande-Valls-Baylet-Cosse entend bien poursuivre son œuvre.
A
commencer par le renforcement de l’état policier : le numéro précédent de CPS y avait déjà insisté. Mais depuis sa
publication, des événements qui n’ont rien d’anodin se sont produits : les
manifestations de flics, cagoulés et armés, ont eu lieu, tentant même de se
diriger vers l’Élysée sous le regard quasiment bienveillant de leurs collègues
CRS. Ces manifestations sont, à n’en pas douter, l’œuvre de forces politiques,
et notamment du FN que ce soit avéré ou non, plus de 70 % des flics et des
militaires votant FN. Suite à quoi, Cazeneuve a annoncé un renforcement des
moyens, entendre des armes, et une réflexion sur la légitime défense, pourtant
déjà élargie dans la dernière loi sécurité et surtout, c’est l’essentiel, un
projet de loi redéfinissant les « droits » des policiers en termes de
« légitime défense ».
Comme
l’indiquait le représentant du courant Front unique au Bureau national de la
FSU : « On voit aujourd’hui des
policiers hors la loi manifester pour exiger le renforcement de leur droit de
réprimer sans être inquiétés et cela avec la bienveillance du gouvernement.
Parmi leurs « revendications », l’octroi pour eux d’un droit à tuer
en toute impunité. S’ils en bénéficiaient déjà dans les faits, ils exigent que cette impunité soit désormais garantie
par la loi. Le gouvernement si
bienveillant à leur encontre s’est montré ouvert à une modification de la
définition de légitime défense pour les policiers ».
Les
revendications fondamentales des policiers sont effectivement de deux
ordres : d’une part une subordination totale du pouvoir judiciaire au
pouvoir policier, d’autre part faire inscrire dans la loi le même « droit
de tuer » que celui de la gendarmerie, c’est-à-dire de l’armée. Les
gendarmes, quelle que soit la réalité de la menace, sont autorisés à faire feu
après simple sommation. Les gendarmes, qui ont un statut de militaires,
disposent d’une plus grande marge de manœuvre. Les principes de proportionnalité
et de simultanéité sont relégués au second plan. Ils peuvent ainsi faire feu
lorsqu’ils sont agressés ou menacés par des individus armés, pour
« défendre » une zone qu’ils occupent (comme à Sirven), si des
sommations répétées restent sans effet. L’alignement des conditions de légitime
défense des policiers sur celles des gendarmes a d’abord été réclamé par le
premier syndicat de gardiens de la paix Alliance, rejoint par d’autres
syndicats, FO Police et CGT Police.
Chaque
jour, le gouvernement apporte une nouvelle pierre à l’édification de l’état
policier. Ainsi a-t-il décidé la mise en place d’un méga fichier policier des
60 millions de Français avec toutes les données biométriques, empreintes
digitales, photo numérisée, etc., si dangereux pour les libertés que même
l’ancien ministre de Giscard, Malhuret a cru bon de
s’en émouvoir ! Méga fichier décidé dans un cercle si restreint qu’Axelle
Lemaire, secrétaire d’État au numérique... s’est indignée de ne pas en avoir été
informée. Ce qui a finalement contraint Cazeneuve à soumettre le projet au
Parlement (la procédure parlementaire est en cours).
Enfin
le gouvernement a, par la voie de Valls, annoncé son intention de prolonger à
nouveau l’état d’urgence, faisant de fait de cet état un état permanent, avec
cette conséquence que les élections prochaines se feront sous état d’urgence,
donc avec le droit discrétionnaire donné au préfet d’interdire telle ou telle
réunion, tel ou tel rassemblement à cette occasion !
La mort d’Adama Traoré dans un
commissariat : un scandale d’Etat
Dans
ce contexte, il faut attribuer une place particulière à l’ignoble homicide d’Adama Traoré, mort dans un commissariat suite à un
étouffement. Lorsque le député Pouriah Amishrahi a interpellé le gouvernement à ce sujet,
Cazeneuve lui a répondu de manière insultante en défense de « l’honneur »
de la police « attachée aux valeurs républicaines »,
intervention couverte par les acclamations des députés LR et FN, accompagnées
de celles d’une bonne partie des députés PS et PCF.
La
mort d’Adama Traoré tend d’ailleurs à devenir un
véritable scandale d’État, scandale couvert du reste par toutes les forces
politiques et les appareils syndicaux qui n’en disent mot (notons toutefois qu’Adama Traoré a eu droit à une parenthèse dans
l’interminable bouillie sortie du Conseil national de la FSU !). La
manifestation de 1 500 jeunes pour la plupart issus de l’immigration réclamant
« Justice pour Adama » doit être saluée
comme une véritable manifestation d’avant-garde. Valls et ses flics ne s’y sont
pas trompés, gazant la manifestation de soutien à Adama
devant la mairie de Beaumont, multipliant les provocations à l’égard de la
population de la cité, et jetant en prison les frères d’Adama !
Il
faut partout militer pour que les directions syndicales, les directions des
organisations issues du mouvement ouvrier rompent le silence et se
prononcent :
·
justice pour Adama Traoré,
·
châtiment des coupables,
·
libération immédiate des frères d’Adama !
Union nationale dans le
soutien aux manifestations de flics
Pour
en revenir aux manifestations de flics, on ne peut faire silence sur le fait
qu’elles ont obtenu le soutien unanime de toutes les forces politiques des
partis bourgeois bien sûr, jusqu’au PCF et à la dite
« extrême-gauche », une mention toute particulière devant sans doute
être attribuée à Mélenchon qui reprochait au gouvernement d’avoir gâché ce « beau
moment de l’histoire de notre République » qu’a été selon lui « l’osmose
entre le peuple et sa police après les attentats de Charlie ». Les
manifestants blessés très gravement, énucléés, estropiés à vie, les lycées
tabassés, etc. durant les manifestations qui ont pleinement bénéficié de
l’ » osmose », apprécieront !
Le
PCF n’est pas en reste : « Il
faut écouter les policiers qui expriment colère et épuisement. D’abord, il faut embaucher, renforcer le
nombre et la présence quotidienne de la police nationale dans tous les
territoires et en particulier auprès de ceux qui souffrent le plus de la crise
et de la délinquance quotidienne. Les syndicats de policiers avancent des
chiffres qu’il faut écouter et auxquels il faut répondre rapidement. »
Et là
où le PCF a parlé, nous parvient le fidèle écho de sa voix avec la déclaration
de Lutte Ouvrière : « Les policiers du rang ne sont pas mieux
traités que le personnel des hôpitaux
ou de l’Éducation nationale, en particulier ceux qui travaillent dans les
quartiers populaires. Ils subissent eux aussi des économies budgétaires, la
course à la productivité et des pressions pour faire du chiffre coûte que
coûte. »
Les
jeunes scandaient au printemps : « Tout le monde déteste la
police ». Au contraire, pour les « révolutionnaires » de
Lutte Ouvrière, les flics sont des fonctionnaires comme les autres,
assimilables aux enseignants ou aux hospitaliers : ceux qui en 1961 ont
assassiné 300 travailleurs algériens les balançant dans la Seine, les assassins
des 9 manifestants de Charonne en 1962, les assassins de l’ouvrier de Peugeot
Pierre Beylot, tué par balles par les CRS le 11 juin
1968, ceux qui, il y a un an, assassinaient l’étudiant Rémi Fraisse, coupable
d’avoir manifesté pacifiquement au barrage de Sivens,
etc.
Mais
peut-être la palme du ridicule doit-elle être attribuée à Philippe Poutou, candidat putatif du NPA, qui n’a pas moins de
mansuétude pour les flics que les autres, au point même de leur donner des
conseils sur la façon de « lutter » : « (...) les
policiers demandent aujourd’hui des moyens supplémentaires : plus d’effectifs et plus d’armes, pour se protéger et
pour mieux réprimer... Mais ils ne semblent pas comprendre - ou ne le veulent
pas - que plus de moyens pour réprimer est totalement inutile, et même
contre-productif. Car la violence de cette répression se retourne souvent
contre eux et contribue à une escalade violente, voire meurtrière. L’intérêt
des policiers, en tant qu’individus, devrait être de manifester pour plus
d’éducateurs, plus d’enseignants, plus de services publics, contre les
licenciements et le chômage, contre l’état d’urgence, pour plus de social et
moins de pénal. »
Voilà
pour ceux qui parlent. D’autres comme le POI ou le POID restent muets comme des
carpes face à l’événement : des manifestations de flics en arme, en
uniforme se dirigeant vers l’Élysée ou rassemblés devant l’Assemblée
nationale... regardons ailleurs et parlons plutôt d’autre chose !
Eh
bien non ! Les flics ne sont pas des fonctionnaires comme les autres. Ils
sont la quintessence de l’appareil d’état bourgeois, équipés, sélectionnés,
« éduqués » au matraquage des immigrés, de la classe ouvrière et de la
jeunesse dès que celle-ci se met en mouvement contre l’ordre bourgeois.
Non ! Le prolétariat ne convaincra pas par des discours pieux les flics de
cesser d’être des mercenaires au service de la bourgeoisie. L’appareil policier
devra être brisé par la classe ouvrière qui devra elle-même, au cours du
processus révolutionnaire s’armer, constituer ses milices. Que dans ce choc
disloquant les forces de répression nombre de flics décident au bout du compte
de déserter les rangs des forces de répression, c’est probable. Mais ce ne
peut-être que le produit du combat du prolétariat, plus précisément du combat
de ses milices ouvrières. Voilà la vérité qu’il faut inculquer dès maintenant
aux éléments les plus avancés du prolétariat et de la jeunesse.
Le budget 2017 : sans coup férir !
Le
budget de l’État constitue chaque année un concentré de la politique
gouvernementale. Cette année ne fait pas exception. Et cette année encore, il
est totalement au service du capital. Le prélèvement de l’impôt à la source va
permettre de continuer de tailler largement dans les effectifs du ministère des
finances (1540 suppressions de poste). Cette nouvelle contre-réforme va
d’ailleurs bien au-delà : en intégrant la retenue à la source sur la
déclaration des charges sociales que chaque patron adresse aux organismes de
Sécurité sociale, elle prépare le terrain à la fusion entre l’impôt sur le
revenu et la CSG, c’est-à-dire à la fiscalisation de la Sécurité sociale et à
une remise en cause de la progressivité de l’impôt, ce qui ne peut que
faciliter le travail à l’application du programme des partis bourgeois après
les présidentielles.
Les
suppressions de poste sont partout, mis à part l’exception, à beaucoup d’égards
fictive, de l’Éducation nationale, comme le montrent par exemple les fausses
créations de poste dans l’Enseignement supérieur. Par contre, augmentent les
budgets de la justice (création de places de prison !), de l’armée (Le Monde nous apprend que le cap des
2 000 bombes à 50 000 euros l’une ont été déversées sur la Syrie et l’Irak),
de la police...
Par
ailleurs, plus que jamais pleuvent les cadeaux fiscaux pour les patrons :
les exemptions d’impôt dans le cadre du CICE passent de 6 à 7 % de la
masse salariale, jusqu’à 2,5 fois le SMIC. L’impôt sur les sociétés passe de 33
à 28 % pour les entreprises.
Le
budget de l’État est passé sans la moindre difficulté à l’Assemblée nationale.
Le nombre de « frondeurs » s’abstenant sur le budget s’est réduit à
une dizaine de membres. Les quelques « amendements » proposés par les
députés PS consistaient souvent à proposer… plus de cadeaux encore pour les
patrons. Ainsi se terminera dans quelques mois la carrière de la majorité
PS-PCF à l’Assemblée nationale.
Les
militants regroupés autour de Combattre
pour le Socialisme n’ont jamais véhiculé l’illusion que cette majorité
PS-PCF pourrait se dresser contre le gouvernement d’elle-même, sans y être
contrainte par le mouvement des masses. Mais les appareils syndicaux - dont
certains à la direction de la CGT et soutenus par les pseudo « gauchistes »
n’hésitaient pas, en guise de diversion et à des fins de division, à organiser
les expéditions punitives contre les locaux du PS - ont soigneusement protégé
l’Assemblée nationale et la majorité PS-PCF de la mobilisation des masses. On
l’a bien vu sur la loi travail jusqu’au 14 juin inclus. S’agissant du budget,
les appareils syndicaux n’ont pas même fait semblant de s’y opposer.
Ainsi
la victoire électorale remportée en 2012 contre les partis bourgeois n’a pu
être transformée en victoire politique sur le terrain de la lutte des classes,
les travailleurs n’ayant jamais été réellement en mesure de submerger le
dispositif des appareils syndicaux en protection du gouvernement.
Loi de financement de la
Sécurité sociale : une dernière opportunité sabotée
Une dernière
opportunité pour les travailleurs existait sans doute avec la loi de
Financement de la Sécurité sociale.
Cette
dernière prévoit des coupes ravageuses dans le budget de la Santé, en
particulier de l’Hôpital public. Elle est dans la continuité de la loi
Touraine, qui prévoit, en particulier, des économies de l’ordre de 1,5 milliard
sur le dos de l’Hôpital public, notamment par le biais de la constitution des
Groupements hospitaliers de territoires, machines à opérer des restructurations
massives, des suppressions de services, etc. (voir éditorial de CPS n°62). De l’autre côté, les
exonérations patronales, c’est-à-dire en termes de salaire différé, vont
dépasser 40 milliards d’euros après avoir atteint 33 milliards en 2016, 30
milliards en 2015, 26 milliards en 2014. De plus, le projet de budget prévoit
plus de 4 milliards de coupe.
Dans
les hôpitaux, où partout les personnels sont au point de rupture quand les
délais de prise en charge des malades (même quand ces derniers sont gravement
atteints) ne cessent de s’allonger, une disponibilité au combat existait. Cette
disponibilité a trouvé sa réfraction y compris dans les organisations
syndicales. Alors que l’appareil dirigeant de la CGT Santé pesait de tout son
poids pour que partout les responsables syndicaux prennent en charge la loi
Touraine à travers la participation aux « commissions territoriales de
dialogue social » (voir CPS
62), dans plusieurs départements et régions (Indre-et-Loire, Auvergne), les
syndicats CGT, FO, SUD décidaient dans l’unité de refuser d’y participer. A la
Commission nationale fédérale CGT elle-même, l’appareil dirigeant ne put faire
passer qu’à une courte majorité la participation à ces commissions.
Le 2
novembre, la loi de Financement de la Sécurité sociale était adoptée, mais ce
n’est que le 8 que les fédérations syndicales appelaient à une « journée
d’actions » sous la forme traditionnelle des manifestations
décentralisées. Et aujourd’hui, les dirigeants syndicaux n’offrent d’autre
perspective aux travailleurs hospitaliers qu’une manifestation... en mars 2017.
Là comme ailleurs, c’est l’organisation de la bousille !
Statut des enseignants,
sélection à l’université :
les appareils syndicaux engagés à fond dans la prise en charge de la politique
du gouvernement
À
tous les niveaux de l’enseignement, la prise en charge des dirigeants syndicaux
va plus loin encore, jetant le masque de la « critique » dont
s’accompagne ordinairement la collaboration avec le gouvernement. C’est
ouvertement que les directions syndicales, notamment celles des syndicats de la
FSU et de l’UNEF, soutiennent les contre-réformes du gouvernement. S’agissant
du projet de sélection à l’université, nous renvoyons le lecteur à l’article
consacré à la jeunesse (dans ce numéro) qui développe largement la manière dont
dirigeants de l’UNEF et du SNESup ont été jusqu’à
écrire et signer l’accord qui est la base du projet de loi, présentant comme un
« nouveau droit », ce qui constitue la plus violente attaque contre
le droit aux études depuis celle (qui s’était terminée par une défaite en rase
campagne du gouvernement Chirac) que représentait le projet Devaquet en 1986.
Dans
le primaire et le secondaire, le précédent CPS
a longuement décrit ce qu’était le projet de réforme de l’évaluation du
gouvernement. Depuis sa parution, les dirigeants du SNES, du SNUIPP et les
autres syndicats de la FSU concernés sont allés jusqu’au bout dans la prise en
charge, annonçant que non seulement ils allaient participer au Comité technique
ministériel (CTM), dernière étape avant la parution du décret, mais même qu’ils
allaient y voter pour ce nouveau décret.
Si
les dirigeants syndicaux peuvent ainsi se lâcher totalement dans le soutien au
gouvernement, c’est qu’ils prennent entièrement appui sur le désarroi créé dans
la jeunesse par la défaite sur la loi travail, doublé dans l’enseignement de la
défaite majeure que constitue la contre-réforme du collège. Cet accablement est
pour les dirigeants un précieux point d’appui, les libérant d’une pression
significative du corps enseignant et de la jeunesse.
Il
faut pourtant noter que là où enseignants et jeunes sont informés des plans
gouvernementaux, la politique des dirigeants syndicaux suscite une réelle
indignation. Dans l’enseignement, le courant Front unique a été la seule force organisée
qui a réellement combattu pour que les directions syndicales se prononcent pour
le retrait du projet gouvernemental, boycottent le CTM auquel il sera soumis.
Sur cette orientation, des résultats significatifs ont été obtenus (voir notre
rubrique : « Les militants interviennent »). La surface du
courant Front unique n’est certes pas suffisante pour peser jusqu’à interdire
aux dirigeants de mener leur politique de soutien au gouvernement. Mais on
mesure ce qu’une force plus puissante aurait pu réaliser dans ce but.
À l’origine de l’offensive
gouvernementale, à l’origine de la pleine collaboration des appareils
syndicaux,
la nécessité de défendre le capitalisme français aux abois
Il ne
faut pas se lasser de le marteler : la violente politique anti-ouvrière du
gouvernement, les moyens qu’il se donne de cette politique avec la marche à
l’État policier, n’a rien d’irrationnel ni d’incohérent. La présenter comme
telle, c’est camoufler qu’elle répond à une loi d’airain : la nécessité de
défendre coûte que coûte le capitalisme français.
Ce
camouflage, c’est ce à quoi se livrent régulièrement les directions syndicales.
Le gouvernement serait simplement victime du « dogme social
libéral », dont il n’y aurait qu’à le débarrasser pour que tout aille
mieux. C’est ce que prêche avec constance par exemple la direction de Force
ouvrière. Ainsi l’édito de Mailly du 9 novembre :
« Ainsi,
alors que l’application du néolibéralisme a déjà montré son inefficacité, on
voir poindre ici ou là une accentuation du traitement qui risque de laisser le
malade sur le tapis ». Et la conclusion : « Keynes, réveille-toi ! Ils sont
devenus fous ! »
Ainsi
il y aurait une solution dans le cadre du maintien de la propriété privée des
moyens de production. Mieux même, une autre politique (« keynesienne ») non seulement est possible, mais c’est
elle qui pourrait enfin « soigner le malade » qu’est le
capitalisme français !
C’est
une mystification totale. Car de quelle « maladie » souffre le
capitalisme français ? Dans un article au titre évocateur (« Compétitivité :
le grand décrochage français »), Le
Monde du 12 novembre, qui note la chute quasi continue du solde commercial
français depuis 2002 et la réduction de la part des exportations françaises
dans la zone euro de 17 à 13,4% entre 2000 et 2015, écrit, citant un
« spécialiste » : « ”Il faut que les politiques fiscales mises en place dernièrement (CICE)
se traduisent par des gains réelles de productivité”, insiste Monsieur Nesta. C’est-à-dire soit une baisse de prix des entreprises
à même de dynamiser les ventes soit par des investissements pour se moderniser.
Problème : les effets du CICE sont encore très discutés, même si son
impact sur la reconstitution des marges des entreprises est salué. »
Les
capitalistes français peuvent en effet « saluer » la politique
gouvernementale qui permet la reconstitution de leurs marges. Mais quant à
l’incitation à « investir », force est de constater qu’elle reste
vaine, en particulier dans les machines et équipements (entre 2000 et 2012, l’Allemagne
a dépensé sur ce poste 2 400 milliards d’euros, la France à peine la moitié).
Les capitalistes français n’investissent pas faute d’être assurés de pouvoir
vendre la production à plus large échelle qu’entraîneraient ces
investissements. Dès lors la seule voie, c’est celle qu’a empruntée l’Espagne,
dont le solde commercial, abyssal jusqu’en 2008, s’est spectaculairement
redressé à la mesure exacte de la baisse du coût salarial unitaire, autrement
dit à la mesure de la baisse des salaires – plus de 15% depuis 2010 !
Présidentielles : du
côté des partis bourgeois, la perspective d’une offensive brutale contre les
masses
C’est
à la lumière de cette situation qu’il faut apprécier les préparatifs des
élections présidentielles.
Les
primaires de la droite viennent de s’achever. Toute la réaction s’y est
massivement mobilisée : 4,3 millions de voix au premier tour, plus encore
au second.
Rien
ne distinguait en réalité les programmes de Fillon et Juppé. Mais il n’est pas
sans signification que celui qui est allé le plus loin dans l’affirmation de sa
volonté de frapper les couches populaires l’ait emporté de manière écrasante.
Il annonce la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, le
démantèlement de la Sécurité sociale qui ne couvrirait plus que les soins
consacrés aux maladies graves, la suppression de toute durée légale du travail,
le parachèvement de la liquidation du code du travail, etc. Il a été adoubé sur
ce programme par le MEDEF, et l’Église catholique, principale organisation de
la bourgeoisie, a activement mené campagne pour lui.
La
victoire de Fillon exprime l’impatience de la réaction d’en découdre, de broyer
ce qui subsiste des conquêtes ouvrières. Après 4 ans de crise ouverte, le
principal parti de la bourgeoisie, l’UMP devenu LR, s’est trouvé un chef.
PCF : une nouvelle étape dans la désagrégation
Qu’en
est-il du côté du PS et du PCF ? Les militants du PCF, contredisant la
« conférence des cadres », ont voté pour le soutien à la candidature
de Mélenchon. L’autre terme de l’alternative opposait à ce soutien une
candidature du PCF. S’il s’était agi d’une véritable candidature du PCF, il
aurait fallu soutenir le fait que le PCF, parti
« ouvrier-bourgeois », ait un candidat tout en combattant avec la
dernière énergie son programme qui se situe dans le cadre du maintien de la
propriété privée des moyens de production. Mais cette candidature était un
leurre. Elle n’avait lieu que sous réserve d’une candidature de « large
rassemblement », autrement dit elle était destinée à être retirée avant
même d’être présentée. Ce que visait le PCF, c’était peut-être la candidature
Montebourg, peut-être une candidature autour ou avec Aubry.
Mais
ce sera donc finalement le soutien à Mélenchon, candidature « au-dessus
des partis », donc parfaitement coulée dans les institutions de la Ve
République (le prochain CPS publiera
un article sur le contenu de la candidature Mélenchon).
Dans
tous les cas de figure, le seul horizon pour le PCF est d’éviter de perdre son
groupe parlementaire, ce qui n’est possible que par un accord, sous une forme
ou une autre, avec le PS. Qu’il y arrive ou non, il est inéluctable que ces
élections marquent une nouvelle étape dans la désagrégation du PCF, dont
l’existence était historiquement liée à celle de l’URSS. Que la désagrégation
soit au bout du compte plus longue qu’on aurait pu l’imaginer n’enlève rien à
son caractère inéluctable.
PS : puissantes
tendances à la dislocation
Quant
au PS, les tendances à la dislocation sont à l’œuvre. Et pour cause, au sommet
du PS tous les dirigeants qui s’expriment le font dans le sens de la
liquidation du PS. Dans la véritable logorrhée que constitue le dernier tome de
l’» œuvre littéraire » de Hollande (Un président ne devrait pas
dire ça), on peut tout oublier sauf cette affirmation réitérée selon
laquelle le PS doit disparaître : « il faut un acte de liquidation. Il faut un hara-kiri «,
écrit Hollande !
Pour
comprendre cet extraordinaire acharnement de celui qui demeure le chef du PS à
vouloir liquider son propre parti, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à
l’article de CPS n°60 (« Vers
la liquidation du PS ?»). La politique de liquidation du PS
comme parti renvoie à une exigence de la bourgeoisie française. Mettre le prolétariat
français dans une situation où il ne disposera plus d’aucun parti, si décomposé
et putréfié qu’il soit, pour combattre notamment à l’occasion des échéances
électorales les partis bourgeois, tel est le but.
Du
reste, cet objectif n’est pas propre à la bourgeoisie française. Il existe dans
quasiment tous les pays d’Europe où la classe dominante cherche, avec des
résultats inégaux, à en finir avec l’existence même des partis
sociaux-démocrates. Il y a les pays où d’ores et déjà elle a atteint son but
(l’Italie), d’autres où elle a essuyé de sérieux revers (la Grande-Bretagne,
avec la victoire de Corbyn – voir l’article qui lui est consacré dans ce numéro
de CPS), d’autres encore où elle
vient de remporter un succès sans être assurée du résultat final (l’Espagne, où
les partisans du soutien au gouvernement Rajoy ont
gagné une bataille mais où une réaction massive se manifeste chez les militants
pour la convocation d’un congrès extraordinaire).
En
France, si on s’en tient au devant de la scène, tout va dans le sens de la
liquidation du PS. La candidature Macron, qui proclame « la fin des
partis » et dont le programme est exactement le même que celui des
candidats LR, ne vaut d’être notée que parce qu’elle a obtenu le soutien d’un
nombre significatif de députés et élus du PS. La candidature de Montebourg (« socialiste
mais pas seulement ») se situe sur le terrain de l’association
capital-travail, Montebourg se flattant que ses propositions « recueillent
le soutien aussi bien du « cercle des entrepreneurs » que des
participants à la fête de l’Humanité ».
Quant aux « frondeurs », citons l’un de ses promoteurs,
Christian Paul, cité par La
Montagne : « Christian Paul
a une certitude : les socialistes sont à la fin du cycle d’Epinay [congrès de 1971 où Mitterrand devient
secrétaire général du PS, ndlr] : ” Il y a eu une prolongation ; ce fut le temps des soins palliatifs (sic) avec Martine Aubry, mais c’est fini. Je ne crois plus à la rénovation
intra muros. Il faut faire tomber les murs.”»
Pourtant,
dans l’ouvrage déjà cité, Hollande ne cache pas que cette liquidation rencontre
des difficultés. Il fait état de l’accord de Valls, et de celui de Cambadelis
avec sa Belle Alliance Populaire, mais se désole : tout le monde est
d’accord, mais ça n’avance pas ! Cela manifeste que la liquidation du PS
rencontre des obstacles chez nombre d’élus, dont l’existence est liée au
maintien de celle du PS. Que ces résistances n’aient pas à cette étape
rencontré de porte-parole ne signifient pas qu’elles ne finiront pas par le
faire.
C’est
tout l’enjeu des semaines qui viennent, au-delà des vaines spéculations pour
savoir si Hollande lui-même, Valls ou d’autres seront candidats.
Jusqu’au bout combattre pour
la rupture des directions syndicales avec le gouvernement, pour le front unique des organisations issues du
mouvement ouvrier pour stopper l’offensive du gouvernement
Les
militants regroupés autour de Combattre
pour le Socialisme sont bien loin de penser que les élections de 2017 n’ont
aucune importance. Elles auront lieu dans des conditions politiques marquées
par quatre ans de mandat de Hollande où les gouvernements vertébrés par le PS
et associant les Radicaux et diverses variantes de Verts se sont illustrés par
une offensive acharnée contre les droits ouvriers. Durant ces quatre ans, il
faut en faire le constat, la classe ouvrière n’a pu briser cette offensive, ce
qui aurait supposé de surmonter les obstacles dressés par les appareils
syndicaux. Ce qui s’est passé avec la dure défaite encaissée sur la loi travail
en est la manifestation la plus nette. Pendant quatre ans, la majorité PS-PCF à
l’Assemblée nationale s’est constamment soumise aux gouvernements bourgeois
Hollande-Ayrault puis Hollande-Valls. La rupture de ces liens de soumission
n’eût été possible que par l’irruption des masses. Mais les appareils syndicaux
ont avec succès protégé le gouvernement et en même temps préservé la majorité
PS-PCF de cette irruption qui aurait pu, en particulier, prendre la forme d’une
puissante manifestation à l’Assemblée nationale.
La
politique des deux gouvernements Hollande, la soumission à cette politique de
la majorité PS-PCF à l’Assemblée, la prise en charge de cette politique par les
dirigeants syndicaux tournant le dos à l’affrontement avec le
gouvernement : tout cela a préparé le terrain à une nouvelle étape dans
l’offensive contre les masses, offensive qui va être décuplée avec le retour au
gouvernement des partis bourgeois après 2017.
En
effet, au bout de ces quatre ans, la victoire des candidats des partis
bourgeois est inéluctable, mais les conditions politiques dans lesquelles cette
victoire sera acquise ne sont nullement indifférentes. Le combat contre le
« front républicain », c’est-à-dire contre toute forme de soutien du
PS et du PCF aux candidats LR et apparentés sous prétexte de barrage au Front
national revêtira par exemple une importance cruciale.
CPS consacrera un numéro à la situation politique
quelques semaines avant les élections. Mais jusqu’aux derniers jours de ce
gouvernement demeure à l’ordre du jour le combat pour tenter d’arrêter son
bras. Université, statut des enseignants, Hôpital public : nous avons
donné plus haut quelques exemples de la façon dont devait s’ordonner ce combat.
Ils mettent au centre l’exigence de la rupture des organisations du mouvement
ouvrier, en premier lieu des confédérations ouvrières, avec le gouvernement et
le patronat. Mener jusqu’au bout ce combat, c’est préparer les travailleurs aux
affrontements qui viennent, en particulier à faire face à la violente offensive
de la bourgeoisie qui, inéluctablement, se prépare pour après les élections.
C’est en même temps œuvrer à rassembler des matériaux pour la construction du
Parti ouvrier révolutionnaire en France, partie prenante du combat pour la
construction de l’Internationale ouvrière révolutionnaire.
Le 28 novembre 2016
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