Éditorial
de « Combattre pour le socialisme » n° 59 (n° 141 a.s.), 20 janvier 2016 :
Front unique des organisations ouvrières (partis et syndicats) pour :
- À bas l’état d’urgence !
- Retrait du projet de constitutionnalisation
de l’état d’urgence et de déchéance de nationalité !
- Retrait du projet de loi Police !
Qu’elles décident et organisent une manifestation centrale et nationale devant l’Assemblée nationale pour faire céder le Pouvoir !
Les attentats du 13
novembre : une opportunité
pour le gouvernement Hollande-Valls-Macron- Pinel-Taubira
Bush
avait affirmé au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 contre les twin towers qu’ils constituaient une
« opportunité ». Elle fut saisie avec la guerre impérialiste en
Afghanistan, puis la deuxième « guerre du Golfe » en Irak, le « patriot act » aux États-Unis mêmes
portant à un niveau inédit l’offensive contre les libertés ouvrières et
démocratiques.
On peut
dire de la même manière que les épouvantables attentats du 13 novembre (après
ceux du 7 janvier) constituent pour le gouvernement en France également une
« opportunité ».
Le
journal Le Monde rapporte que dès
l’annonce des attentats, Hollande a appelé Obama du Stade de France pour lui
dire : « Il faut intensifier
les frappes ». Ainsi, Hollande s’est saisi des attentats pour
amplifier la guerre en Irak, en Syrie, menée au côté de l’armée US, guerre qui
constitue le terreau sur lequel poussent les groupes djihadistes terroristes.
Hollande, Valls le savent qui ne manquent pas une occasion d’annoncer qu’il y
aura d’autres attentats, puisque c’est précisément leur guerre qui alimente le
recrutement de ces groupes et leur action.
La
première cible du gouvernement, à travers cette intervention impérialiste, ce
sont les peuples de Syrie et d’Irak, écrasés sous les bombes qui ont déjà fait
des milliers de victimes civiles. La seconde cible n’est autre que le
prolétariat et la jeunesse de France. Tel est bien le véritable but de l’état
d’urgence, bien plus que la traque des « djihadistes ».
L’état d’urgence contre le
prolétariat...
La
nécessité de l’état d’urgence contre le prolétariat est en réalité apparue
comme telle au gouvernement à propos de la manifestation des travailleurs d’Air
France, lors de la réunion du Comité d’entreprise qui avait pour objectif d’entériner
le plan de milliers de licenciements.
À cette
occasion, le prolétariat a rappelé à ceux qui en doutaient qu’il existait
encore. Débordant le dispositif des appareils syndicaux de protection des
patrons, les travailleurs ont ce jour-là effectivement cherché à affronter
leurs ennemis de classe. En lui-même, l’affrontement a d’ailleurs été assez
limité, bien loin d’atteindre l’intensité qui était monnaie courante en une
autre période. Mais pour la classe bourgeoise, pour le gouvernement à sa solde,
il était lourd de menaces.
Le
gouvernement connaît le lourd agenda d’attaques anti-ouvrières qu’il a
programmées. Il sait qu’il a tout à craindre de la multiplication à une autre
échelle de ce qui s’est passé à Air France. La violence de la réaction de Valls
(traitant les travailleurs de voyous), l’embarquement par les flics dès 6
heures du matin, l’inculpation de près de 20 salariés, la mise à pied de 15
d’entre eux avant toute espèce d’« enquête », qu’est-ce d’autre que
l’état d’urgence avant l’état d’urgence ?
La
suite l’a confirmé : après la promulgation de l’état d’urgence, on a
assisté à la multiplication d’interdictions de manifestation, à l’arrestation
et la mise en garde à vue de centaines de manifestants, y compris de militants
syndicaux. Des centaines de perquisitions et d’assignations à résidence ont été
prononcées. Elles ont touché y compris des militants qui se réclament de
l’« écologie » – car il fallait que l’opération COP 21 ne soit pas
troublée. Mais les principales victimes de ces mesures ont été les travailleurs
immigrés, évidemment, sur la base de simples soupçons fondés sur le
« comportement », les assignations à résidence étant parfois suivies
du licenciement, puisque les impératifs de l’assignation à résidence étaient
incompatibles avec le respect des horaires de travail.
L’état
d’urgence a du reste bien d’autres cordes à son arc. Il permet par exemple la
dissolution de toute association sur la simple accusation de porter « atteinte à l’ordre public » ou
« aux intérêts fondamentaux de la
nation ». Le droit pour une organisation de combattre par exemple
contre les interventions impérialistes de la France se trouve à partir de là en
question, puisque, chacun le sait, c’est toujours au nom des « intérêts fondamentaux de la
nation » que se font ces interventions. Et le ministre de l’Intérieur
a sollicité l’avis du Conseil d’État sur la possibilité de placer en détention
toutes les personnes classées « fichier S », sachant que, de l’avis
de Valls lui-même, sur 20 000 classées S, seulement 10 000
relèvent du soupçon de lien avec le terrorisme.
Depuis
le coup d’État gaulliste de 1958, jamais une atteinte aussi brutale n’avait été
portée dans ce pays contre les libertés démocratiques.
... prolongé de trois mois
avec le soutien de la quasi-totalité des députés PS,
de la totalité des députés PCF…
L’Histoire
retiendra donc comme une marque particulière d’infamie le fait que les députés
PCF, l’immense majorité des députés PS aient mêlé leurs voix à celles des
députés LR et FN pour prolonger de trois mois le dit état d’urgence (3 députés
PS ont voté contre, du reste au nom du caractère suffisant de l’arsenal
répressif existant !).
Signe
des temps et de la putréfaction du PS et du PCF, le seul député ayant condamné
dans cette affaire l’« union nationale » est Mamère,
député qui, par son appartenance au groupe des écologistes, est étranger au
mouvement ouvrier. L’Histoire retiendra aussi que c’est cette fois à
l’unanimité ‑ puisque les 3 députés PS comptabilisés en
« contre » ont déclaré s’être trompés (!!!) lors de l’émission de
leur vote ‑ du groupe PS qu’a été adoptée la prolongation de
l’intervention militaire en Irak et en Syrie, l’abstention du PCF valant
« Pour » puisque le seul reproche que fait le PCF aux bombes
françaises, c’est de ne pas disposer de la bénédiction de l’ONU !
... à la grande satisfaction
de LR et du Front national
État
d’urgence, redoublement des bombes en Irak et en Syrie : LR et FN ne
cachent pas leur satisfaction. Ainsi Sarkozy le 19 novembre au Monde : « Nous avons assisté à un revirement inattendu, inédit et
spectaculaire de la politique de sécurité de ce gouvernement, ainsi que de sa
politique étrangère. Je le salue car c’est un début d’alignement sur ce que
nous demandons depuis des mois ».
Mieux
encore, Marine Le Pen : « On
pourrait se féliciter du fait que Hollande reprenne les propositions du Front
national. »
Que ces
propos de franche approbation soient suivis de quelques critiques ou
surenchères (encore qu’il soit bien difficile ici de surenchérir !) ne
change rien à ce fait : les mesures de Hollande, c’est le programme de LR
et du FN. C’est le programme contre lequel Hollande avait été élu.
Une réforme
constitutionnelle aux relents pétainistes
Si l’on
voulait la preuve que l’état d’urgence ne vise pas le danger circonstanciel du
terrorisme mais bien le prolétariat, elle est fournie par le fait que dès le 3
février sera soumise à discussion puis au Congrès une réforme constitutionnelle
qui a, évidemment, vocation de durer.
Rappelons-le :
la Constitution de la Ve République, constitution bonapartiste,
conserve un caractère inachevé, « bâtard ». Certes, un certain nombre
d’articles (16, 36, 49 ter) tendent à donner la prééminence à l’exécutif –
l’article 16 permet même au président d’accaparer la totalité du pouvoir. Mais
le Bonaparte ne peut, en temps ordinaire, se passer absolument de majorité
parlementaire. Et, jusqu’à un certain point, l’appareil judiciaire contrôle et
limite le champ d’action de l’appareil policier.
Toutes
les réformes précédentes de la Constitution visaient à surmonter ce caractère
« bâtard », sans le faire disparaître. Il faut noter à cet égard le
rôle joué par la réforme Jospin faisant précéder les élections législatives de
la présidentielle (et donc transformant la majorité de députés en
« majorité présidentielle », et ceux-ci en députés godillots plus encore
que précédemment).
La
putréfaction du PS et du PCF les a fait passer progressivement de la
dénonciation du « pouvoir
personnel » et du « coup
d’État permanent » en supporters ultras de la Constitution, force
citations de de Gaulle à l’appui. Et aujourd’hui,
c’est à nouveau un gouvernement vertébré par le PS qui prend en charge une
réforme de la Constitution dans le sens du renforcement de son caractère
bonapartiste.
Mais la
réforme que veulent faire adopter Hollande-Valls a une tout autre ampleur que
les précédentes, notamment à travers la « constitutionnalisation » de
l’état d’urgence. Le Point indique :
« Manuel Valls a confirmé la
constitutionnalisation de l’état d’urgence. Il a indiqué que “la fin de
l’État d’urgence devra être strictement proportionnée à la situation et à la
menace” ».
La voie
est ainsi ouverte à une durée indéfinie de l’état d’urgence, à commencer par
son éventuelle prolongation au-delà des trois mois adoptés par l’Assemblée
nationale. La motivation annoncée pour l’instauration de l’état d’urgence
n’indique d’ailleurs pas « le terrorisme », mais il serait décidé « soit en cas de péril imminent
résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas d’événements
présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité
publique ».
De
manière à peine masquée, c’est la lutte de classe du prolétariat qui est visée,
par exemple en situation de grève générale ou de tout mouvement de classe de
quelque importance.
Mais il
est tout à fait possible que la réforme constitutionnelle ne s’arrête pas là.
Sarkozy mène campagne pour la mise en rétention administrative des 20 000
personnes que les services de police ont classées dans le « fichier
S », autrement dit la mise en rétention sans intervention de la justice.
Non seulement le gouvernement ne s’y oppose pas, mais Cazeneuve n’a pas caché
envisager avec faveur cette proposition sous réserve de l’accord du Conseil
constitutionnel.
Par
ailleurs, il est question d’une décision de « rétention de sûreté »
pour les condamnés ayant purgé leur peine mais jugés dangereux. Cette dernière
mesure serait décisive, permettant le maintien en détention d’une personne
au-delà de la peine fixée par la justice. Ce qui veut dire en clair que,
désormais, la durée de la peine est décidée non plus par le juge, mais par
l’appareil policier, à l’image de ce qui se passe dans toutes les dictatures
militaro-policières - et ce qui, par exemple, est appliqué à une échelle
massive par l’État d’Israël à l’égard des détenus palestiniens -, et aussi aux
États-Unis, dans le cadre du « patriot act ».
Enfin,
sera comprise dans le projet de réforme constitutionnelle la déchéance de
nationalité pour les binationaux y compris nés en France. En prévoyant, « pour un crime constituant une
atteinte grave à la vie de la Nation », une sanction qui ne peut
s’appliquer qu’aux binationaux et qui donc introduit une discrimination entre
« citoyens », et sachant que l’immense majorité des binationaux
Français sont d’origine maghrébine, le gouvernement Hollande-Valls-Taubira choisit de nager délibérément dans les eaux
fangeuses du Front national, du racisme anti-maghrébin, recevant les
applaudissements mérités des dirigeants du Front national. Ce dernier peut
d’ailleurs y retrouver une filiation pétainiste qui est aussi la sienne.
Combattre pour le Socialisme n’est pas le seul à le
dire. « Durant le dernier siècle et
demi de notre histoire, un seul régime a sérieusement usé des retraits de
nationalité : Vichy qui déchut de la nationalité française quantité de
juifs, mais aussi de Gaulle et quelques autres. Le gouvernement veut d’ailleurs
aller plus loin que Vichy qui, dans la loi du 23 juillet 1940 prévoyait de
retirer la nationalité à des personnes naturalisées et non à celles nées
françaises... La suite l’a confirmé jusqu’ici, de par le monde seules les
dictatures ont fait de la déchéance de nationalité une arme... ».
Voilà ce qu’écrit dans Le Monde du 18
janvier Dany Cohen, professeur des universités à Science Po.
Mieux
que cela même, voyons ce qu’en disait au nom du groupe PS, le député Mennucci au nom du groupe PS lorsque le même projet était
avancé par l’UMP en 2014 :
« Elle (cette proposition de loi) s’inscrit simplement dans un dispositif
politique inspiré par votre penseur, M. Buisson – on a les philosophes qu’on
mérite - qui consiste à prendre nos compatriotes qui ont des origines au
Maghreb comme “têtes de Turcs”, si vous m’autorisez cette vieille
expression française. Votre texte n’a pour but, comme en attestent d’ailleurs
les propos approbateurs des députés du Front national en commission des lois,
que de courir après le Front national.(…) (Il) n’a d’autre but que d’envoyer des signaux au Front national (…) de
faire des clins d’œil, quasiment des œillades, au vieux chef et à ses deux
héritières. (...) Nous le savons tous, et le rapporteur le premier, comme nous
savons que le droit international auquel notre pays obéit interdit de fabriquer
des apatrides.
(…) Par votre proposition de déchéance, vous
ne poursuivez qu’un but : stigmatiser une partie de la population. »
Notons
par ailleurs le rôle répugnant de Taubira – que
d’aucuns se plaisent à présenter comme la « conscience » du
gouvernement – qui, après avoir annoncé que la mesure ne figurerait pas dans le
projet, s’est glorifiée de sa propre veulerie : « Le premier mot et le dernier mot appartient au président de la
République », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse, sous
l’œil bienveillant de Valls.
En
dehors même de la réforme constitutionnelle, le gouvernement prévoit une
batterie de mesures législatives qui toutes visent à donner toute latitude à
l’appareil policier : fouilles de véhicules et de bagages sans
consentement des personnes, vérification d’identité sans avoir à fournir de
justification, croisement des fichiers policiers et de celui de la Sécurité
sociale - ce qui constitue aussi une attaque contre la Sécurité sociale -,
présomption de légitime défense pour les policiers qui font usage de leurs
armes, etc.
Il
s’agit donc de faire un pas décisif dans le sens d’un État policier.
Adapter l’appareil de
répression aux impératifs de la guerre de classe contre le prolétariat et la
jeunesse
Nous
l’avons indiqué dès l’introduction de cet article. La frénésie répressive du
gouvernement a un but précis. Le gouvernement se prépare à la guerre de classe
qu’il s’apprête à livrer au prolétariat et à la jeunesse. Sans doute, à cette
étape, les réactions du prolétariat restent limitées et localisées. Mais rien
ne garantit que cela puisse durer indéfiniment. Les hésitations mises par le
gouvernement à engager franchement le fer contre la jeunesse – sans
sous-estimer pour autant les mesures prises – en témoignent. Il faudrait
supprimer l’accès à l’université à tous les bacheliers, instaurer la sélection,
multiplier par dix les droits d’inscription, remplacer le système des bourses
par un système de prêts bancaires et permettre ainsi aux grandes banques de
saigner les familles dont les enfants vont à l’université. Mais le gouvernement
hésite. La crainte de la jeunesse demeure. Et c’est ainsi que même la
suppression de l’APL est encore repoussée. L’adaptation de l’appareil de
répression n’est donc pas un luxe.
Car le
gouvernement entend bien ne pas chômer. Hollande lors de ses vœux n’a livré
qu’une partie du programme : développement massif de l’apprentissage, donc
d’une main-d’œuvre juvénile surexploitée et liquidation concomitante de
l’enseignement technique et professionnel public, « formation » de
chômeurs, c’est-à-dire remise en cause des droits en matière d’indemnité
chômage et financement par le chômeur lui-même de son « adaptabilité »
dans le cadre du CIF (Compte individuel de formation), lequel est partie
prenante du CPA (Compte personnel d’activité).
Le
journal Les Échos rend compte de
manière plus complète de l’agenda gouvernemental qu’il a décliné en plusieurs
points :
- « former les chômeurs » (voir
ci dessus) ;
-
« redresser les comptes de
l’UNEDIC » (et en particulier instaurer la dégressivité des
droits) ;
-
« favoriser les accords
d’entreprise » (nous renvoyons le lecteur au CPS précédent, en particulier à ce qui est écrit sur le rapport Combrexelle) ;
- « répondre au défi numérique » (le
rapport Mettling explique comment les nouvelles
formes de travail sur l’outil numérique à domicile permettent d’effacer les
limitations légales du temps de travail) ;
- « fluidifier le passage d’indépendant à
salarié » (en réalité favoriser le mouvement inverse : le salarié
n’est plus juridiquement tel mais « indépendant » qui
« contracte » avec son patron moyennant quoi celui-ci n’a plus à
prendre en charge les cotisations sociales, ni à licencier avec les indemnités
afférentes) ;
- « assouplir les 35 heures » (par
accord majoritaire, la limitation à 48 heures de l’horaire hebdomadaire
pourrait sauter; de même le niveau de rémunération des heures supplémentaires
pourrait être revu à la baisse) ;
- « réécrire le Code du travail » dans les deux ans,
c’est-à-dire le réduire à un « un
ordre public social » minimal, tout le reste relevant des accords
d’entreprise.
La
liste n’est pas limitative. Il faudrait y ajouter les mesures particulières à
telle ou telle corporation : par exemple l’augmentation du temps de
travail dans l’Hôpital public, les contre- réformes dans l’enseignement, etc.
Il
s’agit d’une avalanche contre le prolétariat. Et le capital financier, auquel
le gouvernement est entièrement dévoué, exige que cela aille vite.
Renforcement de l’État
policier et association des appareils syndicaux
aux contre-réformes via le « dialogue social » : deux mâchoires
pour broyer les acquis ouvriers
La marche à
l’État policier n’est nullement contradictoire avec la continuation, voire le
renforcement du « dialogue social » avec les appareils syndicaux. A
cet égard, recevant les appareils syndicaux au lendemain de la promulgation de
l’État d’urgence, Valls a été on ne peut plus explicite. D’ailleurs, la concertation
sur la mise en œuvre du CPA (Compte personnel d’activité) bat son plein. Le CPA
prétend donner des « droits
nouveaux » « attachés à la personne » (Compte individuel
formation, Compte épargne temps, Compte pénibilité). Ces prétendus droits sont en
réalité dressés contre les acquis collectifs du prolétariat qu’ils visent à
pulvériser en matière de temps de travail, de retraite, de formation tels
qu’ils sont contenus dans la loi ou les conventions collectives.
Or les
directions syndicales – CGT en tête – se sont faites les promotrices les plus
acharnées de ces prétendus droits dans le cadre de ce qu’elles appellent « la sécurité sociale
professionnelle ».
Il n’en va pas
autrement dans la Fonction publique avec la mise en oeuvre
de l’accord PPCR : destruction de toutes les grilles salariales actuelles,
instauration de parcours professionnels au mérite par la suppression des
réductions de mois d’ancienneté accordés systématiquement dans certains
secteurs de la Fonction publique et leur remplacement par un instrument visant
à prendre en compte la « valeur professionnelle » dans l’avancement
d’échelon. Voilà ce qui se discute dans les groupes de travail mis en place en
décembre 2015 et auxquels participent toutes les directions syndicales, y compris
celles qui n’ont pas signé l’accord sous la contrainte de leur propre base.
Une rage au service d’un
capitalisme français dont le déclin s’accélère
En
effet, la rage avec laquelle le gouvernement Hollande-Valls-Macron-Pinel-Taubira s’en prend au prolétariat et, pour se faire, aux
libertés démocratiques, a une cause précise : la tentative à beaucoup
d’égards désespérée de combattre la tendance accélérée au déclin du capitalisme
français à l’échelle mondiale, dans une situation de concurrence exacerbée par
la crise, comme au déclin de la place de l’impérialisme français.
C’est
la lutte contre cette tendance qui détermine en particulier la politique
guerrière du gouvernement : Mali, RCA, Irak, Syrie. Le budget des OPEX
(opérations extérieures) explose. Et dans ces interventions, la seule
cohérence, le seul fil à plomb est le suivant : comment se frayer une
petite place à côté (et en concurrence) de l’impérialisme US, mais aussi des
autres impérialismes d’Europe ? Comment lutter en Afrique contre la puissance
montante de la Chine, etc ? Cela vaut bien des
contorsions. Hier, Hollande et Fabius reprochaient à Obama sa pusillanimité par
rapport à Bachar el-Assad et de ne pas agir assez fortement pour faire tomber
le régime. Aujourd’hui, ils proposent contre EI une « grande
coalition » qui engloberait les Russes et Bachar lui-même.
Aujourd’hui
encore, alors que l’Arabie saoudite tente de prendre son autonomie par rapport
à l’impérialisme US (son concurrent sur le marché des hydrocarbures), le
gouvernement Hollande fait assaut de courbettes devant ce régime sanguinaire,
celui des exécutions massives, celui qui intervient au Yémen, rasant des
villages entiers pour y rétablir un régime à sa botte.
Certes,
le bénéfice immédiat de cette politique est engrangé par l’industrie militaire
française sous forme de juteux contrats de vente d’armes. Mais l’activisme
guerrier, la relative prospérité de l’industrie militaire française est un
cache-misère. Car ce qui domine le tableau économique, c’est la marginalisation
toujours plus grande du capitalisme français.
Le Monde du 26 décembre en dresse un tableau
saisissant :
« Trois départs en un an ! L’année
2015 restera dans les annales comme celle où trois groupes du CAC 40 – Lafarge,
Alstom, Alcatel-Lucent – seront passés sous contrôle étranger. Une première
dans l’histoire du capitalisme français. (...) Pour beaucoup, ces opérations
sont surtout révélatrices des faiblesses de l’industrie bleu-blanc-rouge (...)
Longtemps, les grands groupes qui assurent l’armature de l’économie nationale ont
été des conquérants plus que des cibles. Ils se muaient en multinationales à
coup de prises de guerre parfois spectaculaires... En sens inverse, les
cessions de grandes entreprises à des investisseurs étrangers étaient vécues
comme des traumatismes nationaux, à l’image du rachat de Pechiney par le
Canadien Alcan, puis de l’offre publique d’achat
(OPA) hostile de Mittal sur Arcelor en 2006 (...)
(...) En montant investi, la situation s’est
inversée. En deux ans, depuis le début 2014, les entreprises étrangères ont
consacré 145 milliards d’euros à leurs emplettes en France (...) Les sociétés
tricolores n’ont dépensé, dans le même temps, que 88 milliards d’euros en
acquisition hors des frontières. Contrairement à ce qui prévalait jusqu’à 2013,
la France est donc devenue avant tout une cible. »
L’article
tend certes à enjoliver le passé. Car déjà avant 2013, dans les secteurs-clés,
ceux de la production industrielle, la situation s’était considérablement
dégradée. Mais il met en évidence l’accélération considérable de la dégradation
durant les deux années qui viennent de s’écouler. Le dernier chiffre est
particulièrement parlant. Si on se souvient que parmi les 5 traits
caractéristiques de l’impérialisme défini par Lénine figure la prédominance de
l’exportation des capitaux sur l’exportation des marchandises, on constate à
quel point l’impérialisme français est devenu un impérialisme de troisième
ordre.
L’inversion
de cette tendance – à supposer qu’elle soit possible - supposerait un
bouleversement complet du rapport entre les classes : la destruction du
Code du travail et des conventions collectives, la liquidation totale du régime
des retraites par répartition au profit des fonds de pension, la destruction
complète de la Sécurité sociale, la liquidation du statut de la Fonction
publique.
Comment
un tel programme pourrait-il être réalisé sans s’en prendre violemment aux
libertés démocratiques et ouvrières, et en même temps sans associer plus
étroitement encore les directions syndicales aux plans du Capital ?
Élections régionales :
une Bérézina pour le PS et le PCF
Mélangeant
le vrai et le faux, Le Monde du 25
décembre écrit : « Le chef de
l’État a choisi, conformément à sa méthode traditionnelle et par pure tactique,
de s’aventurer plus loin qu’il ne l’avait jamais fait, vers la droite. Comme
s’il avait choisi de perdre le peu d’âme socialiste qui lui restait pour
conserver un – mince – espoir de gagner la présidentielle. » Pour ce
qui est de « s’aventurer plus loin
qu’il ne l’avait jamais fait, vers la droite », sans aucun doute. Pour
ce qui est de l’électoralisme de la démarche, les élections récentes montrent à
quel point une telle interprétation est stupide.
Le
premier tour des régionales a eu lieu un peu plus de quinze jours après le
discours de Hollande devant le Congrès réuni, discours acclamé par l’ensemble
des députés et sénateurs réunis. Une salve de sondages annonçant la popularité
retrouvée de Hollande a bien sûr suivi.
Les
élections régionales ont livré un autre verdict :
Vote pour les partis d’origine
ouvrière (aux régionales, listes dont la tête de liste est membre d’un parti d’origine
ouvrière) en nombre de votants et % des inscrits :
Régionales 2010 1er
tour : listes
conduites par PS PCF |
2e tour |
Présidentielle
1er
tour : candidats
PS, FG, NPA, LO |
2e tour Hollande |
Régionales 2015 1er
tour |
2e tour |
7
453 000 |
10
450 670 |
14
871 235 |
18 000 668 |
6
297 326 |
7
336 676 |
Ces
premiers chiffres l’indiquent sans ambiguïté : il s’agit d’une baisse
sévère du vote « ouvrier » par rapport aux élections de même nature
(en 2010), et d’un effondrement par rapport à la présidentielle. La raison en
est évidente : l’abstention ouvrière et populaire.
Vote pour les partis bourgeois en nombre de
votants et % des inscrits (hors vote EELV ; le vote EELV est un vote
pour un parti bourgeois, mais on peut considérer que ce vote est largement « volé »
aux partis d’origine ouvrière, en particulier au PS, du fait même de la
politique des dirigeants du PS) :
|
Régionales 2010 1er
tour |
2e tour |
Présidentielle
1er
tour |
2e tour Sarkozy |
Régionales 2015
1er
tour |
2e tour |
Tous
partis bourgeois |
8
668 840 |
9
737 556 |
20
183 629 |
16
860 685 |
13
564 981 |
17
084 477 |
Dont
UMP LR et alliés |
6 271 771 |
7 794 249 |
(UMP+MODEM) |
|
7 157 971 |
10
127 619 |
Dont
FN et extr.-droite |
2
397 069 |
1
943 307 |
6
421 426 |
|
6
052 975 |
6
820 477 |
La
première constatation est que le rapport vote pour les partis
ouvriers / vote pour les partis bourgeois est écrasant en faveur de
ces derniers. La seconde, c’est que la progression de l’UMP/LR par rapport à
2010 est très limitée. Elle n’est plus nette au deuxième tour que du fait du
retrait – inédit – des listes conduites par le PS dans les deux plus grandes
régions du pays (hors Ile‑de‑France) et
de l’appel à voter LR par ces mêmes dirigeants du PS. Mais le vote LR au
deuxième tour des régionales est très en deçà du vote Sarkozy au deuxième tour
de l’élection présidentielle.
Le fait
marquant, incontestable du point de vue des partis bourgeois, est la
progression de grande ampleur du vote FN. Le FN multiplie par 3,5 le nombre de
ses votants par rapport à 2010. Et il rassemble au second tour des régionales
plus de voix que Marine Le Pen au premier tour des présidentielles, alors qu’il
s’agit d’élections qui, dans le cadre de la Ve République, n’ont absolument pas le même
enjeu.
La
question de savoir de quel électorat vient une telle progression est évidemment
posée. L’existence d’un électorat petit-bourgeois, de cette petite bourgeoisie
écrasée par la crise (paysans, petits commerçants, artisans, patrons de PME),
et à laquelle, politiquement, les dirigeants « officiels » du
mouvement ouvrier n’offrent aucune issue, ne fait aucun doute. Le basculement
de l’attitude de l’Église par rapport au FN (Marion Maréchal-Le Pen a été
invitée ès qualité par l’évêque de Toulon lors d’un de ses colloques) doit être
noté. Et n’oublions pas le vote très large pour le FN dans l’appareil de
répression : gendarmes, policiers, militaires. Mais existe- t-il un vote
ouvrier significatif pour le FN ? Pour répondre à cette question, il ne
faut pas oublier qu’il y a aujourd’hui 6 millions de chômeurs dans ce pays,
chômeurs auxquels les dirigeants ouvriers n’offrent pas davantage d’issue, en
particulier les dirigeants syndicaux tout occupés au « dialogue
social » sur les contre-réformes du gouvernement, et dans les entreprises
à la négociation des « plans sociaux », c’est-à-dire des plans de licenciement.
L’analyse
des résultats dans les communes et départements ouvriers montre une progression
partout du FN, même si cette progression est très inégale. Elle est très forte
dans le Nord, Pas-de-Calais, dans l’Est, y compris dans ce qui était des bastions
du PS ou du PCF. A Calais (municipalité PCF il n’y a pas si longtemps), le FN
fait au premier tour 24 % des inscrits, 49 % des votants ; à
Lens, ancien bastion du PS, 20 % des inscrits, 44 % des
votants ; à Liévin, 48 % des votants, plus de 23 % des inscrits.
Dans le même temps, par rapport à 2010, et plus encore par rapport à 2012, le
vote « ouvrier » s’effondre. Ailleurs, le mouvement peut être plus
limité. Dans la banlieue lyonnaise, le vote FN double presque par rapport à
2010 à Vaulx-en-Velin, mais atteint à peine 6,5 % des inscrits. Il double
à Vénissieux, commune d’implantation historique du PCF, pour atteindre
8,5 %. En Seine-Saint-Denis, le FN gagne près de 23 000 voix par
rapport à 2010, avec 7,1 % des inscrits.
Mais
dans tous les cas, le fait dominant est l’abstention massive. Cela ne signifie
donc pas le transfert massif et direct du vote PS-PCF pour le vote FN. Mais
cela signifie qu’une partie, certes minoritaire, du prolétariat a voté FN. La
responsabilité de cette situation appartient entièrement, répétons-le, au PS,
au PCF, aux dirigeants des organisations syndicales. Et c’est pourquoi le « combat contre le FN » agité
à tout bout de champ dans les sommets des organisations ouvrières suppose en
premier lieu le combat acharné contre la politique de ces mêmes sommets,
politique de collaboration et de soutien aux attaques anti-ouvrières du
gouvernement qui précipitent une part toujours croissante du prolétariat dans
la déchéance et la misère.
Hollande, Valls, Le Guen, Cambadélis ont pris une violente offensive
pour liquider le PS comme parti ouvrier‑bourgeois
Les
défaites électorales successives du PS, qui ont pour effet d’anéantir les
conditions d’existence de centaines d’élus locaux récemment battus qui
constituent la chair de l’appareil, sont évidemment le résultat de la politique
violemment anti-ouvrière du gouvernement dirigé par Hollande-Valls. Mais il
faut ajouter : ces défaites font partie d’un plan parfaitement conscient
de liquidation du PS de la part de Hollande, Valls, Cambadélis
et autre Le Guen. C’est avant même les attentats du 13 novembre que Valls avait
annoncé que le PS devait se retirer au profit de la liste LR là où la liste
conduite par le PS arriverait en troisième position. Cela signifiait qu’ordre
était donné aux candidats PS de se faire hara-kiri, outre le fait que c’était
avant même le premier tour un coup de poignard à ces candidats. Cet appel au
retrait était lancé au nom de « la
lutte contre le FN » au moment où, ignominieusement, le gouvernement
et Valls lui-même reprenaient son programme !
Mais
pourquoi donc cet acharnement à vouloir détruire le PS ? Il y a là un
paradoxe incompréhensible pour tous ceux – et ils sont nombreux dans ce qu’on
appelle « l’extrême-gauche » – qui pensent selon la logique formelle
et sont incapables de penser dialectiquement. Pour ceux-là, le PS est un parti
bourgeois puisqu’il a une politique bourgeoise. Et en effet, il n’y a pas le
moindre doute que la politique du PS soit 100 % bourgeoise, et cela, non
depuis hier ou avant-hier, mais depuis son ralliement à l’Union sacrée il y a
un peu plus d’un siècle ! En cela il ne diffère d’ailleurs pas du PCF dont
la politique n’est pas moins bourgeoise. Et pourtant, ce vieux parti pourri,
corrompu jusqu’à la moelle, la bourgeoisie n’a de cesse de le voir
disparaître ! Et il y a à cela une bonne raison. C’est encore de ce parti
principalement (aujourd’hui bien plus secondairement du PCF) que les masses
cherchent à se saisir lorsqu’il s’agit de chasser les partis bourgeois, comme
elles l’ont fait en 2012. Liquider ce parti, le transformer en une sorte de
parti démocrate à l’américaine, ce serait créer une situation où le prolétariat
ne disposerait plus d’aucun instrument pour affirmer sa candidature au pouvoir
en l’absence de Parti révolutionnaire. Car le PS, 100 % bourgeois par sa
politique, est historiquement un parti qui a été construit par la classe
ouvrière, occupant la place qu’occupait la SFIO. Ces racines historiques ne
sont absolument pas secondaires. Pas plus que n’est secondaire la dénomination
de ce parti. On sait que les liquidateurs du PS – dont beaucoup sont à la tête
du PS lui-même – ne cessent de réclamer la disparition de la dénomination
« socialiste » pour le qualifier.
Les
liquidateurs ne manquent pas de se saisir des défaites –dont ils portent
eux-mêmes l’entière responsabilité – pour accentuer leur offensive. Ainsi
Valls organise la défaite du PS puis argue de cette défaite pour expliquer que
le PS est « dépassé » qu’il
y a nécessité d’une « autre
formation politique », etc. Son lieutenant Le Guen explique : « Il faut que le Parti socialiste
puisse éventuellement se dépasser, ça veut dire qu’il faut rassembler plus
largement, qu’il faut intégrer », et Souchon, l’ancien président PS de
la région Auvergne de surenchérir : « Il
faut créer un grand parti social-libéral à vision plus centriste, fruit des
fractures de la gauche et de la droite ». (La Montagne, 16 décembre)
Et
c’est pourquoi, sans délai, à peine avait-il assassiné la liste du PS dans la
région Nord, Hollande allait en grandes pompes introniser Bertrand sous
prétexte d’hommage à la fraternisation des soldats français et allemands à Noël
1914 (que les Hollande et Bertrand de l’époque vouaient au poteau
d’exécution !).
Et
c’est pourquoi Cambadélis, actuel premier secrétaire
du PS, en appelle à la constitution d’une « alliance
populaire » en lieu et place du PS : l’Alliance populaire était
le nom pris par le regroupement des franquistes en Espagne après la mort de
Franco. Tout un programme....
Résistances dans le PS
S’agissant
du retrait des listes conduites par le PS, si Valls-Cambadélis
ont fait capituler sans trop de difficultés les têtes de liste dans le Nord et
en Provence-Côte d’Azur, c’est un fait notable que Masseret,
en Alsace-Lorraine, a refusé de se plier malgré une campagne acharnée :
démarchage individuel de tous les candidats pour qu’ils annoncent leur retrait,
campagne haineuse sous la forme : « Masseret roule pour Philippot »
(le candidat FN), etc. Dans cette campagne, la direction du PS a trouvé,
comme de juste, une aide précieuse du PCF qui n’a pas été moins acharné contre Masseret. C’est un fait non moins notable que malgré la
campagne de l’appareil du PS pour le vote Richert
(candidat LR) contre la liste Masseret, celui-ci a
recueilli plus de voix au second tour qu’au premier, ce qui constitue un
élément probant sur la position réelle de l’électorat PS-PCF quant au
« Front Républicain ».
Masseret a exprimé les résistances dans le PS à sa liquidation comme parti. Ces
résistances ont trouvé à nouveau à s’exprimer sur la réforme constitutionnelle.
La reprise par Hollande-Valls du programme historique du FN sur la déchéance de
nationalité suscite une levée de boucliers. Nombre de dirigeants du PS, et pas
des moindres, ont commencé à exprimer leur refus sur cette question :
Germain, Aubry, Hidalgo, Ayrault lui-même et des dizaines de députés du PS ont
exprimé leur désaccord. Au point que Valls a cru bon de préciser qu’il n’y
avait pas de filiation entre l’amendement constitutionnel et la politique du
gouvernement de Vichy. S’il le dit...
En
annonçant qu’il maintenait la déchéance de nationalité pour les binationaux y
compris ceux qui sont nés Français, Hollande a indiqué que pour mener à bien sa
politique ultra-réactionnaire, il entendait passer
sur le corps du PS. Lequel PS réunissait son bureau national le 4 janvier. Le Monde du 6 janvier en rend compte
ainsi :
« Un bureau national du PS s’est tenu
lundi 4 janvier, qui témoigne du climat de gêne qui règne parmi les
socialistes... Une ambiance très embarrassée devant la situation créée par le
chef de l’État. Pendant près de trois heures, la majorité des interventions –
une trentaine environ – ont toutes peu ou prou critiqué la position
présidentielle. Et l’idée d’instaurer une déchéance de nationalité pour les
Français binationaux a fait la quasi-unanimité contre elle.... Mais aucune
porte de sortie n’a non plus été trouvée pour l’instant, le PS renvoyant au 18
janvier l’énoncé de sa position officielle. »
Traduisons :
Cambadélis a été dans l’incapacité de discipliner l’appareil
du PS derrière Hollande. Il a choisi de louvoyer, de se donner 15 jours pour
faire taire les récalcitrants, ou de prendre une décision dans leur dos. Mais
la question demeure et comme le conclut le même journal : « Pour être adopté, le projet de loi de
révision constitutionnelle nécessitera le vote des trois cinquièmes des
parlementaires – députés et sénateurs. ».
La contradiction entre le
gouvernement Hollande-Valls-Macron-Pinel-Taubira
et l’existence de la majorité PS-PCF à l’Assemblée nationale demeure
À vrai
dire, il est une façon de faire adopter ladite révision, c’est de s’appuyer
ouvertement contre une large partie des députés PS-PCF sur le vote des groupes
LR à l’Assemblée et au Sénat, flanqués des députés et sénateurs FN. En
persistant, Hollande et Valls indiquent qu’ils sont prêts à le faire. Ils
indiquent par là, de manière pratique, la contradiction entre le vote de 2012
élisant une majorité de députés du PS et du PCF et leur gouvernement et sa
politique.
On ne
peut certes faire aucun pronostic. Il est tout à fait possible, pour ne pas
dire probable, qu’au bout du compte, la majorité des députés PS capitulent sur
la réforme constitutionnelle comme ils ont capitulé sur le pacte de
responsabilité, la loi Macron, les interventions impérialistes, l’état
d’urgence lui-même. Nous n’oublions pas qu’il y a un mois et demi ils
ovationnaient debout Hollande annonçant le redoublement des frappes au
Moyen-Orient et l’état d’urgence. Il ne s’agit pas de développer la moindre
illusion sur ce que sont les députés PS-PCF.
Mais
l’issue dépend en réalité d’un facteur essentiel : le surgissement du
mouvement des travailleurs et de la jeunesse pour le retrait de la réforme
constitutionnelle et de la loi tendant à la constitution d’un État policier,
pour la levée immédiate de l’état d’urgence. C’est là ce qui détermine la
possibilité que la majorité PS-PCF rejette l’une et l’autre. Or l’organisation
d’un tel surgissement pose en premier lieu la question de la place des
organisations syndicales.
Les directions syndicales et
l’état d’urgence
L’étude
des communiqués des directions syndicales au lendemain du 13 novembre puis du
vote de l’Assemblée nationale du 19 novembre en atteste de manière
indiscutable : les appareils syndicaux CGT, FO, FSU ont immédiatement accordé
leur soutien à l’état d’urgence. Cela signifie que les appareils syndicaux ont
immédiatement soutenu la remise en cause la plus brutale des moyens d’action
les plus traditionnels de l’organisation syndicale elle-même, en particulier le
droit de manifester (nous renvoyons le lecteur à la déclaration de notre Groupe
en date du 20 novembre 2015, voir page 11 et consultable sur notre site, où
sont citées les déclarations des différents appareils syndicaux). Mais après le
soutien grossier, ouvert, assorti de menaces contre les travailleurs qui ne se
plieraient pas – à la RATP, un délégué qui refusait l’annulation du mot d’ordre
de grève a été relevé de toutes ses responsabilités syndicales ! -, vint
le moment où la même politique doit être servie sous un emballage plus
présentable eu égard aux réactions dans les organisations. C’est par exemple la
fonction de l’« Appel des 84 organisations » paru le 26 novembre sous
le titre : « Nous ne céderons pas ». Cet appel est signé par la CGT,
la FSU, l’UNEF mais aussi la LDH, la Libre pensée, etc.
Notons
au passage que FO n’est pas signataire. FO n’a pas de position sur la question.
FO, comme chacun sait, « ne fait pas de politique ». Le gouvernement
interdit les manifestations, y compris syndicales, mais FO, « apolitique »,
n’est pas concerné. Au-delà du caractère grotesque, on voit ce qu’est
réellement l’« apolitisme » de FO : le soutien ouvert à une
« politique » bien précise : celle du gouvernement !
Mais
revenons à l’appel des 84. A qui au juste, lesdites organisations
promettent-elles de « ne pas céder » ? Au moment où le
gouvernement instaure l’État policier ledit appel commence par rendre hommage
aux forces de police : « Nous
ne sommes pas naïfs : nous savons que ces actes de terrorisme appellent
des réponses à la mesure du danger qu’ils représentent. Comme nous savons que
le rôle des forces de l’ordre et de la justice est essentiel pour protéger nos
libertés. Mais cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir aux réponses que
notre société doit apporter à ces actes et à celles déjà mises en œuvre. »
Dès les premières lignes, tout est dit et les mesures du gouvernement
justifiées.
Allons
plus loin : « Il nous paraît
essentiel de rappeler que rien ne doit nous faire sortir de l’État de droit et
nous priver de nos libertés. L’état d’urgence ne peut devenir un état permanent
et les conditions de sa mise en œuvre ne sauraient entraver la démocratie
sociale, l’exercice de la citoyenneté et le débat public. »
Mais
qui donc a dit que « l’état d’urgence devait devenir permanent » ?
L’état d’urgence a été voté pour trois mois. Dire qu’« il ne peut devenir un état permanent », c’est donner
son aval au fait qu’il est « provisoirement » voté pour trois mois.
Ce que confirme la suite, puisqu’on demande que « les conditions de sa mise en œuvre » – on tient donc
acquis qu’il est mis en œuvre - « ne
sauraient entraver la démocratie sociale ».
On sait ce qui est appelé « démocratie
sociale ». C’est un autre nom pour « dialogue
social », c’est-à-dire la collaboration des appareils syndicaux aux
plans du patronat et du gouvernement. Mais, comme on le verra, si l’état
d’urgence est contradictoire à l’action indépendante du prolétariat en défense
de ses intérêts de classe, il n’est nullement contradictoire avec la pérennité
du « dialogue social ». Il
faut toute la rouerie et en même temps la veulerie des rédacteurs d’Informations ouvrières (hebdomadaire du POI) pour affecter de voir dans cet
appel une prise de position contre l’état d’urgence. D’ailleurs, il est pour
ainsi dire « complété » par l’exigence d’un « observatoire » sur l’état d’urgence, en clair de
l’association des directions syndicales à sa mise en œuvre. C’est ce qu’on peut
par exemple lire dans l’Université
syndicaliste du 19 décembre, le journal du SNES-FSU : « Le SNES-FSU revendique un véritable
contrôle démocratique sous le contrôle de la Justice et la mise en place d’un
observatoire de l’état d’urgence ». D’ailleurs, toutes les directions
syndicales participent au « Comité de suivi » de l’état d’urgence mis
en place par le gouvernement.
Comme
souvent, ce qui importe dans un communiqué, c’est ce qui n’y figure pas. La
ligne jaune que ne franchissent pas les 84 organisations, celle qui sépare la
soumission au gouvernement du combat contre lui, c’est l’appel à la levée immédiate
de l’état d’urgence.
L’Appel des 333
Ce mot
d’ordre de « levée immédiate de
l’état d’urgence », on le retrouve incontestablement dans l’Appel des
333. Celui-ci, après avoir décrit correctement ce que représente l’état
d’urgence contre les libertés démocratiques, conclut : « En conséquence, nous, signataires de
cet appel, en appelons à tous nos concitoyens pour exiger, au nom de la
liberté, de la démocratie, de la République, la levée immédiate de l’état
d’urgence. » Il est signé d’un panel de « personnalités »
qui vont de Noël Mamère à Pouria
Amishrahi (député PS), en passant par Besancenot,
Gluckstein (dirigeant du POID), Jean-Jacques Marie (historien et membre du même
parti), etc.
Mais au
nom de quoi doit-on combattre pour la levée de l’état d’urgence ? De la
« République » ?
Mais
c’est bien la « République » (la IVe, en l’occurrence) qui
a créé en 1955 l’état d’urgence. C’est du reste au nom de la
« République » que les militants et combattants algériens étaient
jetés en prison, torturés, etc. Oui, au nom de la République bourgeoise et
coloniale.
Mais il
y a plus : de qui dépend la possibilité effective d’un combat pour la
« levée de l’état d’urgence » ? De l’exigence de « tous nos concitoyens »,
toutes classes confondues ? Ou de la prise de position des organisations
ouvrières ouvrant la voie à l’organisation du combat ? Poser la question,
c’est y répondre. Or ce qui caractérise l’Appel des 333, c’est justement qu’il
évacue totalement la responsabilité de ceux qui ont les clés de la bataille, à
savoir les dirigeants des organisations syndicales. Ce n’est pas un hasard,
parmi les signataires figurent quelques militants et responsables syndicaux qui
dans leur propre organisation ne lèvent pas le petit doigt pour la prise de
position de leur organisation. Il n’y a nulle exagération à dire que cet appel
en réalité couvre la responsabilité centrale des directions syndicales, la
responsabilité aussi du PS et du PCF.
Réactions dans les
organisations et réajustement de la position de la direction de la CGT
Mais au
fil des jours et des semaines, des réactions ne tardèrent pas à se manifester
dans les organisations syndicales. Les raisons ont été évoquées plus haut.
L’état
d’urgence ne remet nullement en cause la place des appareils dans le
« dialogue social » : c’est du reste la première garantie qu’a
donnée Valls aux bureaucrates syndicaux qu’il a reçus au lendemain du 13
novembre. Et il faut le noter, les appareils syndicaux continuent plus que
jamais à être associés à l’agenda des contre-réformes (voir plus haut). Valls
les recevra notamment dans ce but le 11 janvier.
En
revanche, l’état d’urgence remet immédiatement en cause les possibilités de
l’action syndicale, et par là l’existence des organisations. En témoignent par
exemple les menaces adressées par les recteurs aux responsables du SNES de
Grenoble invités à filer doux dans la mise en œuvre de la réforme des collèges.
En témoigne aussi, d’une autre manière, la décision de la direction de Smart
piétinant même la loi de l’« accord majoritaire » pour imposer aux
ouvriers l’augmentation du temps de travail à 37 heures malgré l’opposition
formelle de la CGT et de la CFDT majoritaires. Si ces décisions ne procèdent
pas directement de la mise en œuvre de l’état d’urgence, elles procèdent
incontestablement du rapport de forces entre les classes après le 13 novembre,
de la soumission des appareils syndicaux nationaux au gouvernement qui fait que
gouvernement et patronat se sentent autorisés à tout.
C’est
dans une situation où l’existence des syndicats est lourdement menacée qu’ont
été exprimées, contre la position des appareils centraux, des réactions pour la
levée immédiate de l’état d’urgence. C’est le cas de nombreuses prises de
position dans la CGT. C’est le cas de syndicats nationaux dans la FSU (SNAC, SNESup) et aussi de sections départementales (Rhône,
Puy-de-Dôme).
Du
coup, les mêmes organisations devaient sortir un second texte le 17 décembre
dans lequel on trouvait, même perdue au milieu de mille considérations, et
juste après la demande aux « pouvoirs
publics » de... contrôler l’état d’urgence, la demande de sa
levée ! C’était déjà trop pour la FSU qui se retirait.
Enfin,
la direction de la CGT (associée aux mêmes organisations que les signataires de
« Nous ne céderons pas » moins
la FSU donc !) appelait à signer une pétition dont le contenu est le
suivant :
« Pour nous, c’est définitivement
non !
Non au projet de déchéance de la nationalité,
non à une démocratie sous état d’urgence, non à une réforme constitutionnelle
imposée sans débat, en exploitant l’effroi légitime suscité par les attentats.
Nous n’acceptons pas la gouvernance de la
peur, celle qui n’offre aucune sécurité mais qui assurément permet de violer
nos principes les plus essentiels.
Notre rejet est absolu. Nous appelons tous
ceux et celles qui partagent une autre idée de la France à le
manifester. »
Notons
que le texte tourne autour des mots d’ordre : « levée immédiate de
l’État d’urgence ! Retrait du projet de réforme
constitutionnelle ! » sans jamais les formuler, ce qui ne peut être
un hasard.
Un
communiqué de la CGT déclare finalement à propos de la réforme
constitutionnelle : « ce texte
doit être combattu pour son inutilité face au risque terroriste et il doit
l’être vigoureusement parce qu’il met en péril la Démocratie, les libertés
individuelles et collectives. »
Admettons
même que cette déclaration équivaille à un appel au retrait du projet
gouvernemental. Il n’en reste pas moins une question essentielle : la
réforme constitutionnelle est soumise à la discussion parlementaire à partir du
3 février. Cela réclame non seulement désormais la plus grande clarté sur les
mots d’ordre, mais aussi l’appel au combat effectif pour faire reculer le
gouvernement.
Pour une manifestation
centrale à l’Assemblée nationale
à l’appel des organisations ouvrières (partis et syndicats), sur les mots d’ordre :
Levée immédiate de l’état d’urgence !
Députés PS‑PCF : votez contre la réforme constitutionnelle !
Chacun
le comprend : la possibilité que les « désaccords » exprimés par
nombre de députés PS se transforment en vote « Non » à l’Assemblée
nationale dépend totalement de la mobilisation effective des travailleurs et
des jeunes. Comment ? C’est au moment où l’Assemblée nationale sera saisie
(à partir du 3 février selon le calendrier annoncé) que les organisations du
mouvement ouvrier, en premier lieu les organisations syndicales CGT, FO, FSU,
UNEF mais aussi les partis PS, PCF, PG, voire NPA et LO, doivent appeler à
manifester en masse sur cet objectif.
Que
l’Assemblée nationale rejette l’amendement constitutionnel et la loi tendant à
instaurer l’état policier constituerait une modification radicale de la
situation politique. Les conditions seraient données pour stopper l’ensemble de
l’offensive gouvernementale sur tous les terrains : « réforme »
du Code du travail, offensive contre les droits des chômeurs, contre-réforme du
collège, surexploitation de la jeunesse via l’apprentissage, etc. La question
d’en finir avec le gouvernement Hollande-Valls-Macron-Pinel-Taubira
se trouverait immédiatement posée, également celle d’un gouvernement sans
représentant des partis bourgeois responsable devant la seule majorité PS- PCF
dont les travailleurs exigeraient satisfaction de leurs revendications.
C’est
dans ce sens, celui du rejet par les députés PS-PCF de l’amendement
constitutionnel et de la loi Police, qu’il faut faire porter tous les efforts
dans les semaines qui viennent partout où c’est possible, dans les
organisations syndicales en particulier.
L’urgence du combat pour la
construction du Parti ouvrier révolutionnaire,
l’Internationale ouvrière révolutionnaire
La
situation française ne fait que confirmer la situation mondiale dont elle est
une expression particulière. Avec les convulsions amplifiées du capitalisme en
crise, les oripeaux dont se couvrait l’exploitation capitaliste se déchirent,
laissant à nu sa réalité sordide. La « démocratie » est un luxe que
la bourgeoisie ne peut plus se permettre pour maintenir son système de
domination. Voilà le secret de l’état d’urgence et de la réforme constitutionnelle.
Où que
l’on tourne ses regards, tombant le masque, le Capital dévoile son visage
hideux. Ce sont les contrats « zéro heure », en Grande-Bretagne,
présentés comme l’avenir de tous les travailleurs d’Europe, la nouvelle forme
de l’esclavage du XXIe siècle. Ce sont les réfugiés dépouillés de
leurs quelques objets personnels dans le très « démocratique »
Danemark, comme étaient dépouillés hier les juifs dans l’Allemagne nazie. Ce
sont les exécutions par dizaines en Arabie saoudite, par les émirs, amis de Hollande,
qui y règnent. C’est aussi l’extension de la guerre au Moyen-Orient, les
bombardements et déportations massives, les menaces d’embrasement entre la
Russie et la Turquie, entre l’Arabie saoudite et l’Iran.
Et la
crise économique, loin d’être en passe d’être jugulée, fait entendre de
nouveaux craquements. A nouveau, la Bourse chinoise menace d’un krach aux
conséquences mondiales. Et dans le sillage de sa crise de surproduction, la
Chine met au bord de l’effondrement économique le Brésil, l’Algérie, le
Venezuela, tous les pays producteurs de matières premières.
La
bourgeoisie, faisait remarquer Marx dans le Capital,
ne peut garantir ses propres profits que par l’exploitation forcenée du
travailleur et en même temps de la terre. Mais le capital ne s’intéresse aux
menaces que fait peser la pérennité de son système sur la terre elle-même que
si la prétendue lutte contre ces menaces permet de faire surgir de nouveaux
gisements de profit. Voilà ce dont ont discuté à Paris, dans le cadre de la COP
21, les dirigeants des gouvernements bourgeois du monde entier pendant qu’aux
abords des lieux où ils se réunissaient, les CRS gazaient et ratonnaient les
manifestants ! Et pour le reste, bien sûr, chacun (chaque bourgeoisie)
fera ce qu’il voudra, polluera, empoisonnera à sa guise. Ainsi se définit la
« liberté » pour le Capital !
Chaque
jour est apportée la preuve de la faillite du système capitaliste. Chaque jour
apporte la preuve qu’il ne peut se survivre que par l’extension, la
généralisation de la misère, de la déchéance, et de la guerre, en mot de la
barbarie. Jamais depuis la seconde guerre mondiale, il n’y avait eu autant de
réfugiés dans le monde : plus de 60 millions en 2015, soit un être humain
sur 122 (d’après les chiffres d’un rapport du HCR du 18 décembre 2015). Jamais
non plus, il n’y avait eu autant d’enfants nés dans un pays en guerre :
16,6 millions en 2015, ce chiffre en hausse de 125 000 par rapport en 2014
représente une naissance sur huit (bilan de l’Unicef du 17 décembre 2015).
Seul le
prolétariat peut éviter que cette déchéance aille à son terme fatal. Seul le
prolétariat peut résoudre politiquement la crise de l’humanité, dénouer la
contradiction entre la propriété privée des moyens de production et le
caractère social, collectif de la production elle-même, par la socialisation
des moyens de production : le socialisme.
N’en
déplaise à tous les théoriciens bourgeois, le prolétariat n’a pas disparu comme
classe révolutionnaire. Il vit et il combat, les combats de la jeunesse
constituant souvent les signes avant-coureurs de son intervention massive dans
l’histoire. La mobilisation puissante de la jeunesse noire d’Afrique du Sud
pour le droit aux études et donc leur gratuité en est un exemple, reprenant la
tradition du combat contre l’apartheid, déboulonnant la statue de Cecil Rhodes,
le représentant honni de l’impérialisme britannique.
Mais le
prolétariat est cruellement démuni des instruments nécessaires à son
émancipation, à savoir de partis ouvriers révolutionnaires, d’une
Internationale ouvrière révolutionnaire. Ses partis traditionnels, les PS et
PC, se vautrent dans le soutien au capitalisme en crise, quand ils ne prennent
pas eux-mêmes en charge – comme en France – toutes les attaques anti-ouvrières.
Plus que jamais, comme le disait Trotsky au début du Programme de Transition, « la
crise de l’humanité se ramène à la crise de la direction révolutionnaire. »
Les
développements de la lutte des classes à venir feront inévitablement surgir
chez des militants s’émancipant des vieilles directions inféodées au Capital la
tendance à renouer avec le programme de la révolution prolétarienne. Cette
tendance fera apparaître des regroupements politiques. Notre Groupe – le Groupe
pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire – n’est pas le Parti révolutionnaire ;
il n’en est pas même l’embryon. Il vise à aider, le moment venu, ces militants
et ces groupes qui surgiront à faire le chemin jusqu’au bout du programme
révolutionnaire, de l’organisation révolutionnaire.
Mais
pour qu’il soit à même de jouer demain ce rôle, c’est aujourd’hui qu’il doit se
renforcer, dans le présent combat sur l’axe que cet éditorial a tenté de
définir. Nous invitons nos lecteurs à œuvrer avec nous à ce renforcement.
Le 7 janvier 2016
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