Éditorial du
bulletin « Combattre pour le socialisme » n°54 (n°136 ancienne série)
- 31 mai 2014 :
Face à l’offensive d’une violence
inédite contre le prolétariat et la jeunesse :
Dans
son éditorial daté du 6 mars 2014, le dernier numéro de Combattre pour le socialisme, après avoir donné le cadre de la
situation politique, écrivait : « C’est
dans ce contexte qu’auront lieu les élections municipales. La politique du
gouvernement, la soumission de la majorité de députés PS-PCF à l’Assemblée,
tout va concourir à une abstention massive des couches populaires. Ajoutons que
cette politique, à laquelle il faut ajouter celle des directions syndicales,
crée un terrain idéal pour une progression sensible du Front national. Quant à
l’UMP, sa crise récurrente (…) lui interdira sans doute de profiter à fond de
la déconfiture promise aux listes dans lesquelles figurent les candidats du PS
et du PCF ».
Abstention
ouvrière et populaire massive, progression sensible du FN par rapport aux
précédentes municipales, stagnation électorale de l’UMP – les gains de
municipalités de cette dernière procédant davantage de l’effondrement des
listes conduites par des candidats PS ou PCF que des progrès propres de l’UMP :
pour l’essentiel, le pronostic qui procédait non de la divination mais de
l’analyse des rapports politiques entre les classes s’est trouvé confirmé..
Du
reste, la prévision de la défaite du PS, accessoirement du PCF, n’avait rien de
très originale. Elle était largement partagée. Mais le pronostic de la défaite
est une chose ; le fait de la défaite en est une autre. Et les conséquences de
la défaite introduisent, non pas un bouleversement, mais une modification
sensible de la situation politique dans le pays. On peut, de plus, en attendre
une « réplique » dans quelques jours lors des élections européennes.
Cet
éditorial cherche à cerner ces conséquences et ce qui en découle pour tous ceux
qui prétendent combattre de manière conséquente en défense des intérêts
ouvriers. Mais d’abord quelques remarques sur les résultats eux-mêmes.
L’appréciation des résultats
des élections municipales
Il faut
d’abord situer l’ampleur de la défaite du point de vue des positions
électorales du PS et aussi du PCF. 10 villes de 100 000 habitants sont
perdues pour ces parties, et la bagatelle de 151 villes de plus de 10 000
habitants : il s’agit d’un véritable laminage !
Il faut
remarquer que le recul des positions électorales du PCF n’est pas moindre que
celui du PS. Laissons parler à cet égard Martelli, « compagnon de
route » du PCF après en avoir été longtemps un cadre dirigeant : « Ce qui est décisif, une fois de
plus, c’est l’importance de la population gérée. En 2008, à partir des fichiers
constitués par le PCF, j’ai décompté 194 communes de plus de 3 500 habitants
administrées par un maire communiste ou « apparenté ». Ces communes
regroupaient 2,9 millions d’habitants. En 2014, dans cette tranche de communes,
je dénombre 134 communes conservées et 11 communes conquises ou reconquises,
dont Montreuil et Aubervilliers (180 000 habitants à elles deux). Ce total
de 145 représente environ 75 % des effectifs de départ. La perte de 25
% est la plus forte depuis 1989 (27 %). ». L’abstention
ouvrière et populaire n’a donc pas fait de distinction entre listes conduites
par un candidat PS et listes conduites par un candidat PCF. Ce qui manifeste
que les travailleurs ne se trompent pas sur le fait, qu’en réalité, le PCF et
le PG soutenaient le gouvernement Hollande-Ayrault-Pinel.
Il faut
ensuite indiquer que c’est bien l’abstention massive des travailleurs et
jeunes, qui avaient en grand nombre voté Hollande en 2012, qui constitue le
fait majeur et l’explication principale de la conquête par les listes dites de
« droite » de nombreuses municipalités. Les résultats en nombre de
voix des listes conduites par l’UMP ou l’UDI au premier tour ne sont en réalité
guère supérieurs à celui de 2008. Il n’y a aucun mouvement d’importance vers
ces listes.
Quant
au Front national, sa progression est incontestable, due d’abord à
l’augmentation du nombre de ses listes. Mais on ne peut nier que par rapport à
2008, et là où il y avait déjà des listes alors, il y a souvent une progression
réelle, dont la conquête de la mairie d’Hénin Beaumont, par exemple, témoigne.
L’électorat du FN est très composite. Politiquement, le FN demeure structuré
par cette partie de la bourgeoisie française historiquement anti-gaulliste,
nostalgique de l’empire colonial, aujourd’hui écrasée par la brutalité de la
concurrence intercapitaliste à l’échelle mondiale. Son électorat continue à
être largement constitué de petits-bourgeois ruinés ou menacés dans leur
existence même par la crise, mais aussi de rentiers et autres parasites
sociaux.
Mais
ses résultats électoraux dans un certain nombre d’agglomérations ouvrières et
populaires, particulièrement dans le nord et l’est du pays, ont poussé quelques
commentateurs intéressés à en conclure un transfert massif de l’électorat PS-
PCF vers le FN, voire à expliquer que la classe ouvrière votait largement FN.
En réalité, comme en témoigne le report significatif des votes entre l’UMP et le
FN entre les deux tours, l’électorat FN est un électorat qui appartient
traditionnellement à l’électorat des partis bourgeois et le passage du vote
PS-PCF au vote FN est sans doute marginal. Quant au vote « ouvrier »
pour le FN, les commentateurs les plus lucides de la bourgeoise sont eux-mêmes
plus circonspects. Ainsi Le Monde
cite l’analyse de l’IFOP : « Le
cas de Marseille est emblématique ; le 7e secteur, qui a vu la victoire de
Stéphane Ravier, rassemble les cités mais aussi « les noyaux
villageois ». Les cités se sont beaucoup abstenues et ont assez peu voté
FN. Le vote Front National en revanche est très fort dans ces vieux villages
absorbés par Marseille, pas spécialement florissants économiquement, à la
population assez âgée et dans les bureaux regroupant des lotissements et de
l’habitat résidentiel récent. ».
Ainsi ,
sans exclure un vote FN aux franges du prolétariat, parmi ses éléments les plus
dénués de tradition, parmi les chômeurs que désespère la politique du PS, du
PCF et des dirigeants syndicaux, l’élément archi dominant de ces élections, qui
constitue la clef des résultats finaux, c’est l’abstention ouvrière et
populaire qui exprime quoique de manière purement négative le rejet par les
masses de la politique du gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel, et le
rejet concomitant du soutien à ce même gouvernement des directions syndicales.
Hollande nomme Valls à la
tête d’un gouvernement PS-PRG
Hollande
a rapidement tiré à sa manière la « leçon » des élections
municipales : la nomination de Valls à la tête d’un « gouvernement de combat ». Du point de vue de sa
composition, il diffère du précédent par le départ, à leur initiative et au
grand regret de Hollande, des ministres EELV, en particulier de Duflot. Dans la
cacophonie qui est le quotidien de cette formation petite-bourgeoise par ses
mœurs, mais fondamentalement bourgeoise par son programme politique, contre une
autre partie de ses cadres, Duflot a fait valoir que la préservation des
intérêts de la boutique - qui n’existe que par les parts du marché électoral
que veut bien lui laisser le PS - exigeait de quitter le navire gouvernemental.
Il
diffère aussi par la place renforcée accordée au demi-cadavre politique qu’est
le Parti radical de rauche, parti bourgeois dont les dirigeants ne manquent pas
de rappeler leur rôle dans le gouvernement : la défense de
« l’entreprise ».
Mais
évidemment, la nomination de Valls comme Premier ministre a une signification
politique qui n’échappe à personne. Valls s’est distingué dans le PS par son
soutien à la totalité des mesures du gouvernement Sarkozy-Fillon entre 2007 et
2012. Cela se manifestait d’abord par le soutien à la violente politique
anti-immigrés de celui-ci (il n’avait pas hésité à afficher spectaculairement
son accord avec le sinistre Besson, ministre de l’identité nationale, en
l’invitant dans sa mairie d’Evry), politique qu’il a continué à mettre en œuvre
comme ministre de l’Intérieur. Mais cela valait aussi pour toute la politique
« sécuritaire » de ce dernier.
Il
s’était également illustré par son approbation publique de la TVA sociale. De
la même manière, il avait réclamé la remise en cause des « 35
heures ». La loi Aubry dite des « 35 heures » n’a jamais en
réalité été autre chose qu’une loi de flexibilité et d’annualisation du temps
de travail. Mais, sous couvert de critique des « 35 heures », ce
pourquoi combattait et combat Valls, c’est pour la disparition de toute
définition légale du temps de travail. Ainsi, en nommant Valls, Hollande a
ouvertement envoyé aux millions de travailleurs et de jeunes qui avaient voté
pour lui en 2012, puis pour une majorité PS-PCF le message clair suivant :
« Vous avez voté pour rien. La
politique qui sera conduite sera celle de Sarkozy, mais considérablement
aggravée par les circonstances politiques et économiques nouvelles. ». Et
comme un symbole, mettant ses pas dans ceux du chanoine de Latran, nous voulons
parler de Sarkozy, Valls ne pouvait manquer, comme un de ses premiers actes
politiques, de participer aux canonisations des deux papes Roncalli et Wojtyla,
lui qui, au nom de la laïcité bien sûr, avait soutenu les décisions de Sarkozy
d’interdiction du port dans la rue de la burqa.
Ainsi,
lorsque Hollande parle de « gouvernement
de combat », il est clair que c’est du combat contre le prolétariat et
la jeunesse, contre ce qui subsiste de leurs acquis, dont parle Hollande ; ce
dont témoigne l’annonce, non seulement de la mise en œuvre rapide du
« pacte de responsabilité », mais encore du rajout au dit pacte d’un
« pacte de solidarité » qui aggrave et accentue l’attaque visant, en
particulier, à la destruction de la Sécurité sociale.
« Pacte de
responsabilité », « pacte de solidarité » : 30, 41, 46
milliards de cadeaux au patronat ?
Le
précédent bulletin Combattre pour le
socialisme avait analysé le pacte de responsabilité tel que présenté par le
gouvernement Hollande-Ayrault-Pinel. Mais, comme l’indique Le Monde, la version annoncée par Hollande puis présentée par Valls
lors du vote de confiance l’aggrave encore.
Le Monde du 4 mai note : « Avec ce pacte, « le coût du travail pour les entreprises,
déjà réduit par le crédit impôt compétitivité (CICE) sera à nouveau allégé pour
porter la baisse totale à 30 milliards d’euros » est-il écrit dans la
présentation du pacte de responsabilité.
Mais le chiffrage des différentes mesures en
faveur des entreprises présentées par le gouvernement aboutit à un total
nettement supérieur à la seule réduction du coût du travail. Aux 20 milliards
d’euros du CICE, s’ajoutent ainsi la suppression des charges et la baisse des
cotisations patronales (coût 9 milliards d’euros), la baisse des cotisations
d’allocations familiales des indépendants (1 milliard), la suppression de la
contribution sociale de solidarité des sociétés (6 milliards), la suppression
de la contribution exceptionnelle et la baisse progressive du taux d’impôts sur
les sociétés (5 milliards). Soit au total de 41 milliards pour les entreprises
et de 5 milliards pour les ménages représentant un total de 46 milliards
d’euros... »
Il faut
bel et bien ajouter les 5 milliards de suppressions de cotisations sociales
dites « salariales » présentées frauduleusement comme visant à
l’augmentation du salaire net des travailleurs. D’abord parce que, transférer
des cotisations sociales (payés par le patron en tout état de cause) au salaire
net ne coûte pas un sou au patron, mais a pour effet de vider les caisses de la
Sécurité sociale. Ensuite, parce qu’il y a fort à parier que dans la plupart
des cas, le patron proposera immédiatement aux responsables syndicaux – avec
l’autorité que lui donne l’accord de flexibilité (ANI) négocié par les
appareils confédéraux et devenu une pleine loi de flexibilité - de ne pas
reverser sous forme de salaire net l’équivalent du montant des cotisations
dites « salariés », au nom des impératifs liés à la « survie de
l’entreprise », de la « compétitivité », etc.
Un grand pas dans le sens de
la destruction de la Sécurité sociale
Ce
dernier aspect du plan gouvernemental nous permet d’en saisir un des objectifs,
pour ne pas dire l’objectif essentiel : détruire la Sécurité sociale,
conquête révolutionnaire du prolétariat. En volant 15 milliards à la Sécurité
sociale, au-delà de l’énorme jackpot que cela représente pour les capitalistes,
il s’agit du coût le plus violent porté contre la Sécurité sociale depuis sa
création. Or la Sécurité sociale, financée par les cotisations, salaire différé
redistribué aux travailleurs sous forme de soins (assurance maladie), de
retraite (assurance vieillesse), d’allocations familiales et de prestations face
aux accidents du travail, est un élément politique décisif de la constitution
du prolétariat comme « classe pour soi », constituée en classe et
combattant comme classe dans la société capitaliste contre la domination du
capital. La destruction de la Sécurité sociale est donc, au-delà même de son
aspect économique, un objectif politique central de la bourgeoisie française,
et c’est cet objectif que le gouvernement Hollande-Valls-Pinel vise à l’aider à
atteindre.
Quant
aux conséquences en termes de santé publique, elles sont immédiates. Pour
réduire de 21 milliards les dépenses de la Sécurité sociale, la FHF (Fédération
des hôpitaux de France), émanation des patrons des différents hôpitaux publics,
a immédiatement fait ses « propositions » pour réaliser les milliards
d’économie. Elles comprennent la fermeture de 200 hôpitaux, le développement de
la « chirurgie ambulatoire », qui consiste à expulser le malade de
l’hôpital à peine sorti du bloc opératoire, le fait de s’attaquer aux actes et
prescriptions « inutiles » (par exemple les dépistages des cancers du
sein, de la prostate, qui ont sauvé des milliers de vies !), de
« renégocier les accords de réduction du temps de travail ». Le MEDEF
lui aussi fourmille de « propositions », la principale étant une « nouvelle architecture de financement
du système, qui donnerait plus de place aux complémentaires et sur‑complémentaires »,
c’est-à-dire la remise en cause ouverte de l’universalité du droit aux soins,
pour n’accorder ce droit qu’en fonction de l’assurance complémentaire que le
patient aura pu ou non contracter.
Il faut
y ajouter le blocage des retraites et allocations familiales, attaque immédiate
contre les conditions d’existence de la population laborieuse.
Fonction publique :
au-delà du blocage des salaires,
la remise en cause profonde de la « Fonction publique de carrière »
Le
second aspect du plan, c’est la violente attaque contre les services publics,
la Fonction publique, les salaires des fonctionnaires. Nous renvoyons le
lecteur au supplément CPS Fonction
publique dans ce numéro qui indique précisément comment le blocage du point
d’indice n’est que la face la plus immédiatement visible d’une contre-réforme
en gestation plus profonde qui, sur la base du rapport Pêcheur, remet en cause
les fondements même de la Fonction publique. La confirmation par Hamon dans
l’enseignement de la « contre-réforme des rythmes scolaires », la
publication à venir du décret liquidant les décrets de 50 dans le secondaire,
s’inscrivent évidemment dans cette offensive (voir article Enseignement).
Il faut
sans doute y rajouter la confirmation, et au-delà de ce qui était évoqué dans
le dernier numéro de CPS, les 11
milliards de ponction sur les collectivités territoriales par diminution de la
dotation de l’État. Ajoutons que sur la base du rapport rédigé en commun par
les députés Malvy (PS) et Lambert (UMP), ces dotations seront attribuées non
pas sur une base égalitaire mais sur la base d’un principe de bonus malus, les
collectivités les plus zélées à couper dans leur propre budget ayant droit à un
meilleur traitement. Le but de la suppression des départements, du regroupement
des régions est en premier lieu de supprimer par « économie
d’échelle » des milliers de postes de fonctionnaires des collectivités
locales.
Une tentative désespérée de
rétablir la situation du capitalisme français
Les
raisons du pacte de responsabilité ont été expliquées sans ambages par Valls
lui-même lors de la présentation du « plan de stabilité » à
l’Assemblée nationale : « Le
Pacte de responsabilité et de solidarité, c’est la compétitivité de nos
entreprises. L’enjeu c’est de renforcer durablement l’offre productive de la
France. Nous avons de nombreux fleurons à dimension mondiale, mais la base
industrielle de la France, depuis 10 ans, s’est rétrécie. Nous avons perdu des
dizaines de milliers d’emplois industriels. Il faut donc la réarmer dans le
cadre de la compétition mondiale. »
Nous y
sommes revenus à de nombreuses reprises dans CPS : la dégradation de la situation du capitalisme français
sur le marché mondial s’accélère. La dette sera de 96 % du PIB à la fin de
l’année. Le retour à 3 % du déficit public, plusieurs fois reporté, ne
sera pas encore atteint selon toute probabilité en 2015. A cet égard, la visite
humiliante de Montebourg et Sapin à Berlin en vue d’obtenir un nouveau délai
s’est conclue par un « Nein »
sonore de Merkel plus humiliant encore.
Les
représentants du capital, à l’unisson du gouvernement français, ne cessent de
geindre sur l’euro fort qui « pénalise
nos exportations ». Que l’euro soit à un niveau très élevé du fait de
la guerre des monnaies que lui font chacune à sa façon la FED américaine et la
BCJ (Banque centrale japonaise), cela ne fait aucun doute. Mais à l’évidence,
la bourgeoise allemande de son côté tire profit de cette situation. Et, par les
moyens de la réduction barbare de la valeur de la force de travail, même des
pays comme l’Espagne ou le Portugal ont une balance commerciale excédentaire.
Ainsi, les dirigeants de la BCE, de l’Union européenne, ceux de l’impérialisme allemand
adressent au gouvernement ce conseil peu amical : « Cessez de tergiverser ! C’est avec une tout autre
intensité qu’il faut maintenant frapper votre propre prolétariat ».
Quant
au résultat du pacte en termes de redressement du capitalisme français sur la
scène mondiale, la Commission de Bruxelles refroidit tout espoir excessif. Elle
concède du bout des lèvres qu’il pourrait « ralentir
le rythme de perte des parts de marché ». Pas de quoi s’enthousiasmer,
ni pour le gouvernement, ni pour la bourgeoisie dans son ensemble...
Le dépeçage d’Alstom,
nouvelle manifestation de la déconfiture du capitalisme français
Ce
déclin que rien ne semble pouvoir enrayer trouve une illustration dans la
perspective inéluctable du dépeçage d’Alstom. Le PDG d’Alstom, Kron, vient
lui-même de négocier avec le grand groupe américain General Electric le rachat
par ce dernier de 73 % des activités de l’entreprise - en particulier de
tout ce qui relève de la production d’énergie (turbines de toutes sortes,
éoliennes, solaire, etc.). Or Alstom était précisément un de ces
« champions nationaux » par lesquels la France prétendait jouer dans
la cour des grands.
L’histoire
d’Alstom (à travers ses dénominations successives (Alsthom, CGE Alsthom,
Alsthom Alcatel, etc.), c’est l’histoire d’une entreprise capitaliste que les
gouvernements bourgeois successifs ont constamment soutenue à coup de milliards
pour assurer sa pérennité. Parmi ces mesures de soutien, il faut compter aussi
la nationalisation d’Alsthom CGE par le gouvernement de type Front populaire
Mauroy-Crépeau-Fitermann en 1981, puisque le chèque
aux actionnaires de CGE Alsthom faisait partie de la facture de 40 milliards de
francs payés à l’époque aux actionnaires. Il faut compter aussi le renflouement
d’Alstom par le gouvernement Chirac dont Sarkozy était le ministre de
l’industrie pour la bagatelle de 2,2 milliards d’euros. Usine Nouvelle qui fait l’historique d’Alstom nous apprend que
c’est Bouygues qui rachètera les parts de l’État dans l’entreprise, Bouygues
aujourd’hui principal actionnaire d’Alstom et chaud partisan de la revente à
General Electric (GE) qui lui permettrait de se débarrasser de ses parts à bon
prix.
Les
intérêts généraux du capitalisme français ne coïncident pas nécessairement avec
ceux de tel ou tel magnat du capital. Bouygues est pour la vente à GE dont, par
parenthèse, la directrice en France est Clara Gaymard, épouse de l’ancien
ministre de Chirac. Mais le gouvernement français lutte désespérément pour
éviter cette issue. On comprend pourquoi. Alstom équipe en turbines ERDF, et
notamment fournit aussi les turbines des centrales nucléaires, un des derniers
secteurs où le capitalisme français prétend rivaliser. Tout cela est bel et
bon, réplique Kron, mais ... nous n’avons plus les moyens : « La voie d’une stratégie autonome est
devenue risquée et dangereuse. C’est pour cela que j’ai mené une discussion
avec différents confrères de tous les continents pour voir ce que nous pouvions
faire ensemble... C’est une question de parts de marché et de taille critique. Par
exemple, Alstom a vendu dix turbines à gaz en un an et GE en a vendu 30 en un
trimestre et compte en vendre 150 sur l’année. » (Kron interviewé par Le Monde le 2 mai).
Voilà
la vérité des prix. Dans la féroce concurrence intercapitaliste, rendue plus féroce
encore par la crise qui entraîne notamment en Europe une baisse de la demande
d’énergie, Alstom ne peut plus tenir. Il s’est trouvé associé aux sévères
déconvenues essuyées sur le marché du nucléaire (en particulier par rapport aux
concurrents coréens au Moyen-Orient). Et même dans le secteur qu’il entend
conserver, celui des transports, il a été évincé par ses rivaux, notamment pour
le TGV chinois.
C’est
au nom de l’ « intérêt national » que le gouvernement
français tente d’opposer à l’absorption par GE, la perspective de l’alliance
avec l’Allemand Siemens. Mais l’ « intérêt national » n’est rien
d’autre que l’intérêt du capitalisme national. Non seulement il ne s’identifie
pas à celui des travailleurs, mais il lui est directement opposé. Siemens, avec
le soutien du bout des lèvres de Merkel, y est allé de sa proposition. Il jure
que si l’affaire se fait avec lui il n’y aura pas de licenciement... pendant
trois ans. Une autre façon de dire que la fusion se ferait au prix de milliers
de licenciements dans trois ans... ou plus tôt.
Alstom, les dirigeants
syndicaux et la défense des intérêts ouvriers
Il
n’empêche que les appareils syndicaux, mais aussi Mélenchon, le PCF, ont eux
aussi et sans délai embouché les trompettes de l’ » intérêt
national ». Ainsi Lepaon pour la direction de la CGT : « Nous pensons que l’État français
doit prendre ses responsabilités en entrant majoritairement dans le capital de
l’entreprise. Cette affaire est au cœur de la place et du rôle de l’industrie
dans notre pays. Alstom doit rester un pilier de l’industrie française.”
Il n’y
a pas de crise de surproduction pour la direction de la CGT, juste un problème
de « coût du capital ». Comme
s’il n’était pas dans la nature même du capitalisme que les capitaux se déplacent
là où le taux de profit est le plus intéressant ! Comme si chez Siemens,
et à GE, il n’y avait pas la même soif de profit ! Comme si, en somme, on
pouvait rêver d’un système capitaliste qui ne soit pas mu par la recherche du
profit, donc d’un capitalisme qui ne soit pas le capitalisme !
Même
son de cloche à FO avec la déclaration de FO Métaux qui se réclame de la
défense de « nos fleurons
industriels » : « Alstom
ne doit être démantelé et le gouvernement doit tout mettre en œuvre pour
prendre le contrôle de l’entreprise. Aujourd’hui, Alstom a un carnet de
commandes conséquent (50 milliards d’euros) et une rentabilité indiscutable.
Alstom a besoin d’un actionnariat solide et qui investit, ce qui n’a pas été le
cas ces dernières années. La Banque publique d’investissement doit entrer en
action et prouver qu’elle est bien présente pour soutenir l’industrie. FO
Métaux s’opposera à toute proposition de démantèlement du groupe Alstom et à sa
perte de souveraineté. »
En
clair, les dirigeants syndicaux - et Mélenchon qui propose la « nationalisation provisoire » - se
situent entièrement sur le terrain de la défense de « notre »
capitalisme. Ils proposent grosso modo au gouvernement de refaire 10 ans après
ce que Sarkozy a fait en 2004 - et qui s’est accompagné d’un plan de
licenciements massif -, à savoir faire pleuvoir les milliards sur Alstom pour
« sauver » l’entreprise. Dans tout cela, les intérêts des
travailleurs (pour des milliers d’entre eux plane la menace des licenciements)
sont totalement absents.
A
contrario, ce qu’il faut exiger - et demander aux directions syndicales de
reprendre - peut être formulé ainsi :
- pas
un seul licenciement, pas une seule suppression de poste ! C’est la
revendication qui doit être exprimée en premier lieu ;
- nationalisation
sans indemnité ni rachat de l’entreprise qui vit aux crochets de l’État depuis
des décennies !
- Dans
cette perspective, les travailleurs pourront être amenés à exiger l’ouverture
des livres de compte de l’entreprise.
Valls en costume de Bonaparte
C’est
bien à cause de cette dégringolade du capitalisme français et pour essayer de
la stopper que le gouvernement Hollande-Valls-Pinel doit mettre les bouchées
doubles contre le prolétariat. Il ne peut le faire qu’en prenant appui sur
toutes les ressources que lui offrent les institutions bonapartistes de la Ve
République. Ce que note par exemple le « politologue » Rozès cité par
Le Monde du 18 avril : « Le
bonapartisme, c’est le choix de Manuel Valls de se placer au-dessus du champ
des forces politiques, dans un rapport direct aux Français ».
Au-dessus
des forces politiques, et en particulier des députés PS qui, disent-ils, ont
pris connaissance des mesures Valls... à la télévision ! Mais il y a pour cela une double
difficulté. La première, c’est que le bonapartisme des institutions de la Ve
République est un bonapartisme bâtard qui ne peut se passer totalement d’une
couverture parlementaire. Valls va jusqu’au bout dans la tentative de réduire
l’Assemblée nationale à un « parlement croupion », réduit à une
machine à donner les pleins pouvoirs au gouvernement. C’est ainsi que le vote
de confiance au gouvernement intégrait le soutien au pacte de responsabilité.
C’est ainsi que le vote sur le « plan de stabilité » n’était en droit
qu’un vote « consultatif » et non décisoire. Il n’empêche que le
collectif budgétaire dont le vote est prévu en juin et qui doit décliner de
manière pratique le pacte de responsabilité doit, lui, être adopté par le
Parlement.
La
seconde difficulté, c’est l’existence d’une majorité PS-PCF comme produit de la
défaite de la bourgeoisie et de ses partis en 2012. Sans doute pendant deux ans
du gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel, la dite majorité (et plus
particulièrement le groupe PS, décisif) a voté sans moufter toutes les mesures
réactionnaires dudit gouvernement. Mais, à cet égard, la déroute des
municipales a constitué un électrochoc. La déclaration de l’ex-maire PS battu
de Carcassonne : « Le
responsable, c’est Hollande », est la déclaration de ralliement de
tous ceux qui, au PS, ne sont pas prêts à se faire hara kiri sur l’autel de la
politique du gouvernement.
D’où
les incessantes jérémiades contre ladite politique dans les rangs du PS. Il
faut commencer par l’indiquer de la manière la plus nette : il n’y a pas
de « gauche » dans le PS. Le précédent numéro de CPS avait caractérisé la déclaration de la dite
« gauche » avant même les municipales qui se situait sur le terrain
du « rééquilibrage » du
pacte de responsabilité, donc d’un « bon » pacte. Pour que l’on
puisse parler de « gauche », il faudrait à tout le moins que celle-ci
se prononce pour le retrait du pacte de responsabilité. Ce n’est absolument pas
le cas.
Citons
par exemple Maurel dans Le Monde du
29 avril : « Nous avons gagné
en tenant bon sur cette idée forte : la compétitivité est fille de la
cohésion sociale... Deux ans après, je considère que les analyses et les
préconisations du chef d’État étaient les bonnes... Le premier problème posé
par le pacte, c’est que les aides aux entreprises ne sont ni ciblées, ni
conditionnées. Un exemple le secteur de la grande distribution touchera presque
autant que l’industrie.... Réservons les aides aux entreprises soumises à la
concurrence internationale. »
Il
n’empêche : si velléitaires, et même parfois si veules qu’ils soient, les
députés PS qui « critiquent » le gouvernement doivent être mis au
pas, et surtout ils doivent voter en toute circonstance ce que le gouvernement
leur demande de voter.
Brutale tentative de réduire
le PS à un parti « godillot »...
Voilà
pourquoi en même temps qu’était nommé Valls, tout un dispositif était mis en
place pour caporaliser le PS. Exit Désir du poste de premier secrétaire. Comme
nous l’indiquions dans CPS 52 - 5
décembre 2013 -, Désir devait être évacué à cause notamment de la faute impardonnable
qu’avait constituée sa déclaration contradictoire à celle de Hollande en faveur
du maintien en France de la famille de Léonarda ‑ même s’il devait
s’aligner quelques heures plus tard. Place à Cambadélis,
un professionnel de la mise au pas, l’homme qui doit sa place dans l’appareil
du PS par le rôle qu’il a joué en tant que liquidateur de la fraction
étudiante trotskyste (il a organisé en
1986 le passage au PS de 400 militants étudiants gagnés au trotskysme par le
PCI !) Place à Le Guen, secrétaire d’État aux relations avec le
Parlement, véritable « maton » des députés PS, bien connu pour ses
diatribes contre toute référence au socialisme, partisan déclaré du passage de
l’âge légal de la retraite à 65 ans,
grand spécialiste des mesures contre la Sécurité sociale et l’Hôpital public -
bras armé de Delanoe en matière de fermetures de services, de lits à Paris,
etc.
Et
Sapin prévient les députés PS : « Avoir
été élu dans la foulée du président de la République, cela donne des
responsabilités particulières » (Le
Monde du 24 avril). Il indique d’ailleurs à ce propos le sens de la réforme
Jospin (de 2000) des institutions couplant présidentielles et législatives, les
secondes succédant aux premières dans le but de faire des élus, non des élus du
PS, mais des élus « majorité présidentielle » directement subordonnés
au président.
... dans la perspective de
sa destruction comme parti « ouvrier bourgeois »
Mais le
but final de l’opération n’est pas seulement de caporaliser le PS. Il est de
s’appuyer sur la défaite des municipales pour le détruire comme parti
« ouvrier bourgeois » - selon la formule de Lénine-, c’est-à-dire de
détruire les derniers liens qui rattachent historiquement le PS au prolétariat.
Certes ces liens sont extrêmement ténus. Ils ne tiennent désormais ni à son
implantation militante, ni à sa composition sociale (ses membres sont
constitués essentiellement de petits-bourgeois, dont une grande partie sont des
élus ou responsables d’associations de toutes sortes), et évidemment encore
moins à son programme et à sa politique (purement bourgeois). Le fil ténu qui
le relie au prolétariat est essentiellement électoral, comme l’ont encore
montré les élections de 2012, où travailleurs et jeunes ont constitué
l’essentiel du vote Hollande, puis PS aux législatives. Il se concentre dans
son appellation même. Il continue à s’appeler « socialiste », et
occupe la place de la SFIO, Section française de l’internationale ouvrière.
C’est d’ailleurs contre le maintien de cette dénomination qu’au sein du PS les
partisans de sa liquidation (Valls en tête) ne cessent de vitupérer.
Tant
que ce fil ténu n’est pas cassé, la quantité (décomposition bourgeoise du
parti) ne s’est pas encore transformée en qualité, et le PS n’est pas encore un
parti bourgeois à l’égal de l’UMP, de l’UDI ou, de manière microscopique, le
PRG. Que ce fil puisse être cassé dans un avenir plus ou moins proche ou
lointain ne fait pas de doute. Qu’un parti « ouvrier bourgeois »
puisse être détruit pour laisser place à un parti purement bourgeois, c’est ce
que montre l’Italie. Dans des conditions différentes, et plutôt sur la base
principalement de la destruction du PCI - mais aussi du PSI -, c’est bien ce
qui s’y est passé avec la constitution du Parti démocrate. Mais cette
éventualité demeure à ce jour, en France, une éventualité qui n’est pas encore
réalisée. Et comme le montre à la fois l’effort des
Hollande-Valls-Cambadelis-Le Guen et la résistance qu’ils rencontrent, c’est là
un fait d’une extrême importance.
Dans
l’entreprise de destruction du PS, une place de choix revient évidemment à
celui qui a été placé à la tête du PS - en dehors, il faut le noter, de tout
congrès élisant une direction - à savoir Cambadelis. Dans des termes à peine
voilés, il ne se cache d’ailleurs guère de ce but : contre la demande d’un
congrès du PS, il opte pour l’organisation des « États généraux des socialistes » - ouverts à tout
vent. Il se propose de « reformuler
idéologiquement le socialisme » et de substituer à son but antérieur
l’objectif « de la société décente. La
liberté, l’émancipation, la qualité sociale et morale qui font la société
juste. »
Certains
ne manqueront pas de dire que substituer ces formules creuses, réactionnaires
et purement bourgeoises aux références même les plus édulcorées à
l’émancipation des travailleurs n’a aucune importance puisque de toute manière
ces références sont mensongères. Ce serait pourtant là une appréciation
superficielle et fausse.
Les 41 abstentions de
députés PS sur le plan de stabilité et leur signification
C’est
ce que démontre précisément le cours vivant des événements aujourd’hui où
l’antagonisme entre la mise en place du gouvernement Valls-Pinel et l’existence
de la majorité PS-PCF a pris la forme du refus de voter (en forme d’abstention)
des 41 députés du PS lors de la présentation du plan de stabilité. Passons
rapidement sur le vote négatif des députés PCF. Les députés PCF n’ont pas voté
la confiance, ni le plan de stabilité, pour la seule raison que le gouvernement
n’avait pas besoin de leur vote.
L’abstention
des 41 députés PS a une autre signification. Les députés PS savent que la
politique du gouvernement Hollande Valls-Pinel liquide leur base électorale,
leur promet de nouvelles Bérézinas lors de prochaines échéances. Elle
matérialise la contradiction entre le caractère ouvrier de cette base
électorale et les exigences de la politique gouvernementale sous le fouet du
capital financier. Elle n’est pas dictée par des considérations
« idéologiques » ou de « doctrine ». Ce qu’écrivent à cet
égard les abstentionnistes n’est qu’une misérable bouillie idéologique. Il ne
s’agit pas de doctrine, mais d’intérêts très matériels : les intérêts de
la classe bourgeoise d’un côté, les prébendes offertes par les positions
électorales de l’autre.
Hollande-Valls-Cambadelis-Le
Guen somment les députés PS de faire prévaloir les premiers. Ils ont semblé
l’emporter d’abord. Sur le vote de confiance, il n’y a eu au total que 11
défections. Mais visiblement l’ » ordre » n’était pas rétabli
dans le PS. Au point que Cambadelis dut convoquer un Bureau national du PS le
30, le vote du BN ayant vocation à imposer une discipline de vote aux députés.
Mais le résultat du vote (31 pour, 15 contre, 1 abstention) constituera plutôt
une invitation... à l’indiscipline pour les députés. De sorte que les abstentionnistes
- il faut signaler tout de même qu’il n’y a pas de vote « contre »
dans le groupe - passe de 11 à 41 entre le vote « de confiance » et
un mois plus tard le vote sur le plan de stabilité.
La
fuite loin d’être colmatée, s’est donc élargie. Voilà pourquoi des
représentants des partis bourgeois UMP - Chartier, Lefebvre - et UDI avaient
ouvertement annoncé leur intention de donner le coup de main au gouvernement au
cas où le résultat du vote positif n’eût pas été assuré. Les parlementaires UMP
n’auront finalement pas eu besoin de le faire (un seul votera pour). Mais à la
suite de l’intervention de son représentant qui fera état de son
« abstention bienveillante », la majorité des députés UDI
s’abstiendra.
Plus que jamais, Valls en
appelle au « dialogue social » ;
plus que jamais, les directions syndicales répondent : présentes !
Pour un
dirigeant syndical qui serait attaché aux intérêts ouvriers, l’ouverture de
cette brèche au sein des députés PS constituerait un encouragement, une
opportunité pour engager le fer contre le gouvernement, pour lui infliger une
défaite, en particulier sur le pacte de responsabilité. Si en dehors de tout
mouvement des masses contre le gouvernement par les moyens de lutte des classes
directe, le soutien de la majorité PS-PCF à l’Assemblée se fait chancelant, on
mesure l’impact énorme qu’aurait un appel des directions syndicales à toute la
population laborieuse, à la jeunesse à manifester à l’Assemblée nationale sur
le mot d’ordre : À bas le pacte de responsabilité ! La programmation
au mois de juin de deux votes à l’Assemblée sur un collectif budgétaire
rectificatif, puis sur une loi rectificative du budget de la Sécurité sociale
fournirait pour cela une occasion appropriée.
Mais,
évidemment, une telle orientation supposerait d’abord la rupture avec le
gouvernement dans toutes les instances programmées de « dialogue
social » pour la mise en œuvre de ses objectifs. Car au moment où Valls et
ses hommes menaient une brutale offensive pour discipliner le PS, le même Valls
à la tribune de l’Assemblée lançait un appel pressant à la relance du
« dialogue social » : « Le
dialogue, c’est également le dialogue social. Il a permis, depuis deux ans,
d’importantes avancées en matière d’emploi, de marché du travail, de formation
professionnelle, de retraite. Il doit se poursuivre, et je rencontrerai les
partenaires sociaux dès vendredi. »
Et tous
les dirigeants syndicaux de se précipiter à l’invitation de Valls, à peine ce
dernier installé. Mais le dialogue social
ne se réduit pas à cette reconnaissance immédiate du gouvernement. Quelques
échéances où le gouvernement a absolument besoin de la présence des directions
syndicales se profilent :
- le 19
mai s’ouvrent les « négociations » Fonction publique visant à
liquider la Fonction publique de carrière (voir supplément CPS dans ce numéro) ;
- en
juin, aura lieu la troisième « conférence sociale ». La première
avait balisé le chemin de la contre-réforme des retraites. La deuxième avait
préparé « l’accord national
interprofessionnel » conduisant à la contre-réforme du marché du
travail. Celle-ci vise à la mise en œuvre du pacte de responsabilité ;
- elle
sera suivie de la mise en place d’un « observatoire
tripartite », conformément au relevé de signature du pacte lui-même. Noblecourt avait précisé dès le 30 mars dans Le Monde : « la Conférence sociale qui sera (...) la première réunion de
chantier sur le pacte aura lieu après le Congrès de la CFDT (du 2 au 6 juin).
L’observatoire tripartite qui, selon le relevé, « s’assurera de la
cohérence de la trajectoire de baisse des prélèvements avec le respect des
engagements » sera mis en place avec tous les syndicats, signataires ou
non. » « Signataires ou
non » : cela est important. Le gouvernement sait bien qu’il ne
saurait se contenter du point d’appui de la CFDT. Il a un besoin vital de la
participation de la direction de la CGT, de FO, de la FSU.
Cette
participation, il l’obtient sans difficulté. S’agissant de la Fonction
publique, la « journée d’action » du 15 mai est conçue comme le tour
de chauffe de la « négociation » qui s’ouvre le 19. Les dirigeants
des fédérations de fonctionnaires le disent ouvertement. S’agissant de la
conférence sociale, Lepaon répète inlassablement que « la CGT ne pratique pas la politique de la chaise vide. » Quant
à Mailly, pour FO, il excelle toujours dans l’art du double langage ; par
exemple dans sa réponse à Europe 1 : « Question :
Irez vous à la Conférence sociale? Réponse : Ça dépend (...) Si le
gouvernement décidait d’une conférence sociale exclusivement consacrée au pacte
de responsabilité et à tous ses effets, illusoires pour certains d’entre eux,
ce sera sans Force ouvrière ».
Puis,
immédiatement après avoir ainsi menacé de prendre la sortie, Mailly se réserve
discrètement une porte... d’entrée : « Question :
Que faudrait- il pour que vous y allies ? Réponse : Je ne vois pas
comment on peut aujourd’hui faire une conférence sociale sans qu’on parle de
pouvoir d’achat, d’avenir du service public, de la protection sociale collective. »
Mais la condition est satisfaite avant même d’être posée, ce que Mailly sait
parfaitement. On « parlera de
pouvoir d’achat » (pour dire qu’il faut bloquer les salaires et même
peut-être liquider le SMIC). On « parlera
de service public » (pour dire qu’il faut le reformer, en particulier
le statut général de la Fonction publique). On « parlera de protection sociale collective » (pour voir
comment on peut économiser 15 milliards d’euros sur le dos des assurés
sociaux). Et voilà pourquoi après cette pirouette, Mailly se retrouvera dans
les locaux du ministère avec les autres au moment de la Conférence sociale.
Sauf au cas où dans tel ou tel secteur le surgissement des masses le
contraignait à ne pas s’y rendre.
Prise en charge du pacte de
responsabilité, prise en charge des plans de licenciement
Cette
politique de prise en charge par les dirigeants syndicaux de la politique
gouvernementale se décline aussi entreprise par entreprise, en particulier dans
la prise en charge des plans de licenciements. Or, le rythme de ces derniers ne
connaît aucune interruption. A l’horizon : 2000 suppressions de poste chez
Bouygues, un plan de “départs volontaires” à la SNCF, et le plan final de
liquidation de la SNCM. Dans ce dernier cas, les dirigeants syndicaux avaient
concocté avec le PDG Dufour un plan de “redressement” qui incluait la commande
de nouveaux navires moyennant... 500 suppressions de poste pour « éviter le pire ». « Le pire » ne sera pas
éviter. L’actionnaire principal, Transved, vient de débarquer Dufour avec la bénédiction
du gouvernement et ne se cache pas de sa volonté de liquider purement et
simplement la boîte.
Voilà
où conduit le prétendu « réalisme » des directions syndicales qui
consiste à négocier les licenciements prétendument pour « sauver l’entreprise ». Le Monde décrit les effets délétères du même “réalisme” à La
Redoute, où le dirigeant CFDT, passant allègrement par dessus la position des
délégués de l’entreprise eux-mêmes, a signé en collaboration étroite avec Aubry
un plan de « sauvetage » qui jette à la rue la moitié des
travailleurs : affrontement entre ceux qui gardent pour l’instant leur
travail et ceux qui le perdent et auxquels les dirigeants syndicaux de la CGT
n’ont rien d’autre à offrir que la lutte pour « l’amélioration » de l’accord.
A l’inverse
de la politique des appareils qui désarment les travailleurs en expliquant à
chaque fois « qu’il n’y a pas de
crise », que « l’entreprise
est rentable » et que les licenciements procèdent « d’erreurs de gestion », il faut affirmer : « Les travailleurs n’ont pas à payer
la crise du capitalisme » « Aucun licenciement, aucune suppression
de poste » « Partage du travail entre toutes les mains disponibles
sans diminution de salaire ». Évidemment, une telle orientation
suppose, au plan national, l’organisation du combat pour affronter et infliger
une défaite au gouvernement du capital : le gouvernement
Hollande-Valls-Pinel.
À propos des élections
européennes
Ce
n’est certes pas sur le terrain des élections européennes que les travailleurs
et la jeunesse pourront se regrouper sur leur propre terrain de classe. Il faut
à cet égard rappeler les positions qu’avait adoptées dès 1998 le Comité pour la
Construction du Parti ouvrier révolutionnaire, de l’Internationale ouvrière
révolutionnaire car elles restent totalement d’actualité :
« Il est bien évident que les coups
portés aux prolétariats d’Europe n’ont pas leur origine dans l’existence de
l’Union Européenne. Ils procèdent des exigences du mode de production
capitaliste à son déclin. Mais dans le cadre de l’Union Européenne, les
bourgeoisies se sont épaulées, appuyées les unes sur les autres pour porter des
coups coordonnés sinon communs. La réalisation de l’Union Européenne exige que
soient menées conjointement des politiques de « déréglementation »,
de privatisations, de réduction des déficits budgétaires, des
« prélèvements obligatoires ».
Il en
concluait :
« C’est pourquoi le combat de chaque
prolétariat des pays membres de l’union Européenne doit être dirigé contre le
gouvernement et l’État bourgeois, contre le capital, la bourgeoisie de son
propre pays. Ne pas situer le combat sur cet axe, c’est le dévier.
Ce combat inclut les mots d’ordre : À
bas l’Union Européenne, À bas les traités de Maastricht et d’Amsterdam, À bas
l’Euro ! »
En y
ajoutant les autres traités réactionnaires paraphés depuis (notamment Lisbonne
notamment), ces mots d’ordre conservent toute leur actualité.
a) Le
Parlement européen n’a aucun pouvoir réel, et même l’élection du président de
la Commission européenne ne lui en donnera pas. Tous les événements récents,
tant les décisions économiques que politiques, procèdent de l’accord entre
gouvernements des différents pays capitalistes à la mesure des rapports de
forces réels qui existent entre eux. Il ne peut y avoir d’ « Europe
unie » sous domination du capital ; car dans le cadre du mode de
production capitaliste, les antagonismes nationaux demeurent et même
s’exacerbent.
b) Seul
le prolétariat peut surmonter la contradiction entre le développement des
forces productives qui étouffent dans le cadre national, et les antagonismes
nationaux. Combattre pour le socialisme, c’est donc inscrire à son programme
les États‑Unis socialistes d’Europe. Mais cela suppose que dans
chaque pays le prolétariat triomphe de sa propre bourgeoisie, établisse son
propre pouvoir, constitue le gouvernement ouvrier.
c) Les
différentes forces politiques (Front de gauche, Parti ouvrier indépendant) qui
présentent les mesures prises contre les masses comme le résultat des décisions
de l’Union européenne dont les différents États ne seraient en somme que
d’innocentes victimes (auxquelles on demanderait à la rigueur de
« rompre » avec elle - POI -, ou auxquelles on demanderait d’agir
pour « changer » l’UE – Front de gauche) se livrent à une mystification.
Soit qu’ils laissent croire qu’on peut « changer » l’UE,
rassemblement conflictuel d’États bourgeois. Soit qu’ils laissent entendre que
la voie qui consiste à sortir de l’UE tout en conservant les rapports de
propriété capitaliste pourraient constituer en quoi que ce soit une issue pour
la classe ouvrière. Dans les deux cas, il s’agit de tenter de détourner les
travailleurs et la jeunesse du combat contre son propre gouvernement, contre sa
propre bourgeoisie.
La
seule position possible dans ces élections est d’appeler les travailleurs et la
jeunesse à émettre un vote de classe (vote pour les partis et organisations
issus du mouvement ouvrier contre les partis bourgeois). Mais cette possibilité
même leur est dérobée. En effet, les listes où se trouvent les candidats PS ont
en leur sein ès‑qualité des représentants de partis bourgeois notamment
le PRG. Et le Front de Gauche lui-même a pris soin de truffer ses listes de
personnalités dites « associatives » étrangères au mouvement ouvrier.
Les listes initiées par le NPA et LO ne constituent pas une alternative
puisqu’elles ne mettent pas au centre de leur campagne la nécessité de défaire
le gouvernement Hollande-Valls-Pinel, de combattre pour le gouvernement
ouvrier.
Ouvrir une issue politique
pour aider les travailleurs à surmonter le désarroi
Tout se
concentre en effet sur cette question : quelle issue politique offrir aux
travailleurs et aux jeunes confrontés à la violente offensive du gouvernement
Hollande-Valls-Pinel ? Nous l’avons indiqué : sans surestimer le sens
des 41 abstentions des députés PS sur le « plan de stabilité » ,
cette première fêlure dans le dispositif du gouvernement indique la voie à
suivre : combattre pour que la majorité de députés PS-PCF rejette le pacte
de responsabilité, dépose le gouvernement Hollande-Valls-Pinel, constitue son
propre gouvernement des seuls PS et PCF dont les travailleurs exigeront
satisfaction de leurs revendications.
Aux
sceptiques qui disent : « Ils
ne le feront jamais », il faut répondre : “ Sans aucun doute, ils ne peuvent le faire que contraints et forcés,
sur la base d’une puissante mobilisation du prolétariat prenant par exemple la
forme d’une manifestation massive à l’Assemblée nationale, rassemblant
travailleurs et jeunes par centaines de milliers. L’adoption du « collectif
budgétaire » mettant en place le pacte de responsabilité pourrait
constituer une opportunité parfaitement appropriée pour convoquer une telle
manifestation “. A cet égard, la responsabilité des directions syndicales
est centrale. Mais cela suppose d’abord d’agir pour que les directions
syndicales rompent avec le gouvernement, boycottent toutes les tables du
dialogue social (Fonction publique, etc.), déclarent d’ores et déjà qu’elles ne
se rendront pas à la Conférence sociale de mise en place du pacte en
juillet.
Nous ne
développons pas d’illusions. Si la majorité PS-PCF était ainsi contrainte, le
PS et le PCF n’auraient pas pour autant changé de nature : celle de partis
qui depuis des décennies défendent l’ordre bourgeois. Un gouvernement des seuls
PS-PCF responsable devant la seule Assemblée nationale ne pourrait qu’être issu
de puissantes mobilisations de masse et ne serait qu’un court intermède vers la
constitution d’un véritable gouvernement ouvrier, s’engageant dans
l’expropriation du capital, le démantèlement de l’appareil étatique de
répression de la bourgeoisie.
Telle
est l’issue politique pour laquelle les militants du Groupe pour la
construction du Parti ouvrier révolutionnaire, de l’Internationale ouvrière
combattent. C’est sur cette orientation qu’ils entendent œuvrer à la
construction du véritable Parti ouvrier révolutionnaire dont ont besoin pour
réaliser leur émancipation les travailleurs. Nous invitons nos lecteurs à
s’associer à ce combat.
Le 14 mai 2014
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