Article paru dans
le bulletin « Combattre pour le socialisme » n°49 (n°131 ancienne
série) - 15 janvier 2013 :
Face à
la politique du gouvernement :
rythmes
scolaires, projet de loi d’orientation, la nécessité de l’heure,
s’organiser
pour imposer aux directions syndicales (en premier lieu celle de la FSU)
qu’elles se prononcent pour le retrait de ces mesures et rompent leur soutien
par la concertation
Le 6
décembre, par voie de presse, le projet de loi d’orientation du gouvernement
Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel était rendu public. Après des mois de
concertation avec les directions des organisations syndicales, le gouvernement
était donc en mesure d’engager ses principaux projets. Le premier cheval de
bataille ce sont les rythmes scolaires. Pour l’essentiel ils relèvent de
dispositions réglementaires qui seront présentées au CSE du 8 janvier, même si
la loi en fixe l’application à la rentrée 2013 et à la rentrée 2014.
Les rythmes scolaires :
moins d’heures d’enseignement pour les élèves,
plus d’heures pour les enseignants
Présentée
comme l’alpha et l’oméga de la pédagogie, le moyen universel de faire réussir
les élèves français « dramatiquement classés » selon des standards
internationaux destinés à faire pression sur les différents systèmes
d’enseignement public dans le monde, la contre-réforme des rythmes scolaires
est une mesure phare du gouvernement. Le moyen de faire progresser les
élèves ? Baisser le nombre d’heures d’enseignement, puisque même avec un
retour à la semaine de quatre jours et demi, et un horaire maximal par jour de
cinq heures trente de classe en primaire, et durant les deux premières années
du collège, puis de six heures en 4e et 3e, on perd encore des heures.
Moins
les élèves ont d’heures de cours, et plus ils ont de chance d’apprendre selon
le gouvernement ! Outre cette déqualification de l’enseignement, la fin
des cours à 15h30, n’induit pas que les élèves quittent l’école. Quatre jours
par semaine une aide aux devoirs, et des activités périscolaires devront être
assurées pour partie par les enseignants, pour partie à la charge des communes,
qui mettent par ce biais encore plus le pied dans la « gouvernance »
de l’école. En attendant, le service des enseignants se voit allongé d’une
heure, et il connaît une augmentation de l’amplitude hebdomadaire de travail.
Si le dispositif est un peu différent au collège, les mêmes effets en terme de
déqualification y seront produits.
Cette
contre-réforme a été reçue comme un coup de poing au foie par les enseignants
du primaire… à la fois à cause de la violence du coup, mais aussi de la
promotion constante de la politique du gouvernement faite par le SNUIPP,
principal syndical de l’enseignement primaire.
Pour
autant, passé le premier instant, les enseignants se sont ressaisis et ont
cherché à marquer leur rejet et leur opposition au projet de loi qui n’était
pas encore rendu public. Ainsi, la première manifestation de cet émoi a été les
« Dindons ». Passant en dehors des syndicats, pour déborder les
appareils, par la discussion sur internet, ce premier groupe se prononce pour
le retrait du projet de loi. Mais immédiatement l’aspiration fondamentale des
enseignants, est détournée, soit par la confusion, soit par la pression des
appareils sur les volatiles, les « dindons » se déclarant pour une
« autre loi d’orientation ». On connaît la formule… elle veut laisser
libre cours à toute discussion qui permettrait d’aménager le contenu du projet,
pour en rendre le contenu acceptable par les appareils.
Le
SNUIPP, quant à lui, a tenté de préparer le terrain par ses propres voies et
méthodes, notamment en organisant un vaste sondage, auquel ont répondu
24 000 enseignants. D’abord, alors qu’il leur était proposé de déterminer
un ordre de priorité entre 11 propositions, ils ont rejeté, de la façon la plus
nette, en 11e et dernière position la question des « rythmes scolaires »,
plaçant aux deux premières places : la baisse des effectifs, et la
restauration de la formation des maîtres. Ce choix manifestant leur volonté
d’effacer les effets les plus régressifs de la politique du gouvernement
Sarkozy-Fillon avec les dizaines de milliers de postes d’enseignants supprimés
et la liquidation de la formation des maîtres.
Quand
on leur a présenté l’ajout d’une demi-journée de travail le mercredi,
c’est-à-dire la mesure prioritaire de Peillon, seuls 34% s’y sont montrés
favorables (dont 13% tout à fait favorables) alors que 62% s’y sont opposés
(dont 40% tout à fait opposés). Pour l’éventualité du travail le samedi (qui
n’est pas avancé par Peillon), le rejet est même supérieur. Et pour bien
montrer qu’ils ne sont pas dupes de l’opération « rythmes
scolaires », 61% considèrent que « La réforme des rythmes
scolaires se basera avant tout sur les intérêts économiques et
politiques ».
En
difficulté, et à la demande conjointe du SGEN, du SE-UNSA, et du SNUIPP, le
gouvernement a rouvert une nouvelle phase de discussions, notamment autour de
l’organisation de la rentrée, puisque de nombreuses communes s’avéraient dans
l’incapacité de prendre à leur charge le surcoût des activités périscolaires
annoncées par le gouvernement. Le dispositif choisi par le gouvernement a été
un aménagement de l’application de la mesure sur deux rentrées scolaires, 2013
et 2014, avec un fond de soutien pour les communes impécunieuses.
Malgré
tout, plusieurs conseils syndicaux du SNUIPP s’étaient déjà prononcés pour le
retrait de cette contre-réforme, celui de l’Hérault par exemple, quant à celui
de Paris, il le juge inacceptable en l’état. Et le dispositif d’aménagement de
l’application de la contre-réforme s’avère insuffisant pour donner le change.
Le 11 décembre, 400 enseignants se sont rassemblés en AG à l’appel local du
SNUIPP, du SE-UNSA, du SNUDI-FO et de SUD… et ont décidé d’un appel à
manifester le 19 décembre, sous le mot d’ordre : « Non à la réforme
ministérielle des rythmes scolaires, oui à une réelle transformation de l’école ».
L’appareil central du SNUIPP aidé en cela par celui du SNUDI-FO dirigé par le
POI qui parle frauduleusement du projet de « décret Peillon-Delanoë »
réussissent à faire en sorte que la manifestation se dirige non au ministère
mais en direction de la mairie de Paris.
Ainsi,
on sent la pression qui s’exerce sur l’appareil, lui imposant le rejet en
paroles du projet du gouvernement, tout en laissant plusieurs portes ouvertes,
par exemple la « réelle transformation de l’école ». La direction du
SNUIPP demandant d’ailleurs la consultation des conseils d’école sur
l’application des nouveaux rythmes scolaires, c’est-à-dire école par école,
commune par commune ! Sans être un réel déferlement, la manifestation du
19 décembre a rassemblé entre 600 et 1000 enseignants, ce qui est significatif
dans ces conditions politiques.
L’aspiration
des enseignants est claire : le retrait de la contre-réforme des rythmes
scolaires. C’est ce mot d’ordre qu’il faut imposer aux directions syndicales, à
commencer par celle du SNUIPP. Outre cette position, pour fermer toute possibilité
de faire réintroduire la contre-réforme par de la concertation, la
responsabilité des directions syndicales est de refuser de poursuivre les
discussions !
Une loi d’orientation à
étages…
Le
projet de loi d’orientation présenté par Peillon, est en réalité un subtil
édifice, fait pour ne pas heurter de front les enseignants, et en même temps,
il permet de progresser et de poursuivre l’offensive contre l’enseignement
public pour les années à venir. D’une part un certain nombre de décisions et de
grandes lignes, d’autre part, le renvoi à des décrets à prendre pour 2013,
2014, 2015.
Mais si
l’offensive n’apparaît pas brutale au premier abord, noyé dans le langage pédagogiste, le projet de loi est parfaitement
réactionnaire. Ainsi, une des premières fonctions de cette loi d’orientation
est de se couler dans le moule de la précédente : la loi Fillon, qui
instaure le discours sur le socle commun de compétences… fût-il maintenant
affublé du mot culture, sa logique liée à la définition de compétences
déterminant l’employabilité des élèves est donc maintenue. De même, un certain
nombre de contre-réformes, comme celle du lycée, ne sont absolument pas remises
en cause.
Appuyé
sur les contre-réformes, le projet de loi reprend et approfondit cette
politique : ainsi le projet de loi veut-il transférer les CIO aux régions,
remettant en cause la seule revendication sectorielle arrachée à l’issue de la
grève de 2003, le maintien de ceux-ci dans le cadre du ministère de l’Éducation
nationale. L’appareil du SNES se flatte d’avoir arraché leur maintien dans la
Fonction publique d’Etat. Mais outre le fait que cela demande confirmation,
chacun comprend que, détachés aux collectivités territoriales, ce n’est là
qu’un sursis. Ce qui s’est passé après 2003 pour les TOS (Techniciens et
ouvriers de service) auxquels dans un premier le temps on a donné le choix, en
témoigne. De même la carte de la formation professionnelle doit-elle être
transférée aux régions, afin de permettre de satisfaire les besoins du patronat
dans sa composante locale, et non la qualification des jeunes.
L’importance
des collectivités territoriales est renforcée dans les conseils d’écoles et les
conseils d’administration des établissements du secondaire, les régions et les
départements pouvant même envoyer dans ces derniers des « personnalités du
monde économique et social ». La mise en œuvre de « projets éducatifs
territoriaux » à laquelle ils contribueront contient en germe la
pulvérisation du caractère national de l’Enseignement public. Il faut ajouter à
cela l’intervention des associations dans la vie des établissements, en
particulier les écoles, afin d’organiser le temps péri-scolaire, à la faveur de
la baisse des heures de cours. Enfin, des conseils collèges-écoles doivent
préparer des projets communs, impliquant des enseignements communs, ce qui
évidemment est une bombe contre le statut des enseignants du primaire et du
secondaire.
La loi
se veut aussi une loi de programmation et flèche, dans le rapport annexé, les
postes vers différents projets : ainsi on apprend que l’effort de
scolarisation des enfants de deux ans dans les zones défavorisées
essentiellement coûtera 4 000 postes, tandis que la politique « plus
de maîtres que de classes » est essentiellement concentrée, elle aussi,
dans les zones défavorisées et aura donc un caractère extrêmement limité.
Dans le
secondaire, l’essentiel des postes est destiné aux collèges et aux lycées
professionnels, tandis que les lycées n’obtiennent strictement rien, alors que
les effectifs scolarisés y remontent et que trouver une classe à moins de 35
élèves est une rareté absolue. De fait, sur les 60 000 postes promis,
seuls 4 000 sont destinés à l’évolution démographique… dans le primaire. Le Monde du 20/12 peut publier une carte
où pratiquement toutes les académies gagneraient des postes (en dehors de celle
de Nancy-Metz) : il n’en reste pas moins que les immenses besoins liés à
l’augmentation du nombre d’élèves scolarisés (30 000 supplémentaires en
primaire en septembre 2013), l’impossibilité de trouver des remplaçants (dès la
rentrée scolaire dans les académies les plus touchées, en fin de premier
trimestre ailleurs) montrent l’insuffisance criante de ces recrutements !
Après avoir promu les « recrutements du gouvernement », Le Monde constate, finalement étonné,
que les 43 000 postes ouverts aux concours ne sont plus, sur le terrain,
que 6770 « équivalents temps plein », 3006 dans le premier degré,
3764 dans le second degré. Abandonne tout espoir, toi qui croyais que cela
permettrait une amélioration réelle des conditions d’enseignement.
Il faut
dire qu’une mesure absorbe énormément d’équivalents postes, c’est la formation
des « écoles supérieures du professorat et de l’éducation » destinées
à former les stagiaires (26 000 au total). La loi leur donne un statut et
une forme, une date de création, mais ne donne guère de précisions sur
l’organisation des stages et des concours. Ces espèces d’établissement
semi-universitaires, avec un contrôle fort du rectorat, seraient à même de
dispenser la formation initiale, en délivrant le master enseignement et en
préparant aux concours, mais chapeauteraient aussi la formation continue des
enseignants.
Le
problème majeur, on le sait c’est la situation des stagiaires, rendue
impossible sous Sarkozy. Cette fois-ci, le service prévu est de 9 heures, soit
toute de même plus qu’avant la contre-réforme Sarkozy. Mais une nouvelle
régression est prévue, puisque les stagiaires ne seraient plus en réalité des
titulaires du concours mais des admissibles…
De
fait, si le rétablissement d’un service en responsabilité allégé pour les
stagiaires coûte en heures, il se fait au détriment du statut d’enseignant en
faisant enseigner des masses d’étudiants, dont au moins la moitié échoueront à
l’oral du CAPES qui aura lieu en fin d’année scolaire. Les étudiants employés à
demi-service, payés avec le lance-pierre d’un demi-salaire de contractuel,
devront en plus d’enseigner, terminer leur M2 et préparer l’oral. Finalement,
non seulement le statut est attaqué, mais la situation des stagiaires est
rendue encore plus difficile !
D’autres
aspects médiatisés à outrance, mais de moindre importance, n’en sont pas moins
évocateurs : au nom de l’innovation « pédagogique »,
l’informatique est au cœur du projet de loi. En vérité, chacun sait que
l’informatique ne permet rien de particulier. L’insistance des différents
gouvernements sur ce terrain est liée avant tout à la soumission des élèves aux
besoins des entreprises en matière d’informatisation, mais aussi parce que l’Etat
et l’enseignement public offrent un marché captif à un secteur censé porter
l’activité économique. Mais sur le terrain, ce qui est acheté tombe en panne
sans qu’il soit possible d’avoir une maintenance efficace, puisque personne n’y
pourvoit, en dehors de contrats aidés ou d’enseignants volontaires à qui l’on
accorde une décharge sans rapport avec l’ampleur de la tâche. Ce problème n’est
toujours pas résolu.
Enfin,
la loi prévoit l’instauration pour 2015 de cours de morale laïque. Faut-il y
voir une invention de Peillon pour répondre au discours de Sarkozy sur la
valeur des religions ? Il s’agit surtout de soumettre le corps enseignant
aux exigences de la morale bourgeoise, à une période où la crise de la
bourgeoisie éclate à la vue de tous, livrant le prolétariat et la jeunesse à la
misère, au chômage et à la précarité, à la déchéance physique et
intellectuelle. Ces leçons seront dispensées par les enseignants d’histoire et
de géographie qui sont toujours mis à contribution pour les basses œuvres
idéologiques.
Appuyé sur ce projet de loi,
le gouvernement entend passer à une nouvelle phase de l’offensive
Après
avoir pleuré des larmes de crocodile durant des mois sur l’impossibilité de
rémunérer décemment les enseignants français, Peillon, a trouvé la solution :
appliquer le programme du candidat Sarkozy.
En
effet, au matin du 10 décembre, sur RMC, il répond aux questions posées à ce
sujet par l’interviewer maison, et évoque une augmentation en rapport avec une
discussion sur l’évolution du métier : « en changeant aussi la
nature du métier. Ça ne peut pas se faire en 2013, on peut ouvrir les
discussions en 2013, ma porte est ouverte, je suis prêt à partir de janvier
2013 à ouvrir la grande négociation qui n’a jamais eu lieu dans ce pays sur la
refondation du métier d’enseignant. Il y aura bien entendu les contenus,
qu’est-ce qu’on fait quand on enseigne » (…) et citant le désormais
universel exemple allemand, « pourquoi garde-t-on uniquement le salaire et
pas tout ce qui justifie le salaire ? » (sous-entendu, les
services des enseignants allemands sont bivalents et plus longs que ceux des
enseignants français).
Au
moment où le projet de loi d’orientation sera présenté devant le conseil des
ministres, Peillon tient sa feuille de route, l’ouverture de nouvelles discussions
sur la destruction du statut des enseignants. Non seulement on retrouve dans
cette déclaration toutes les antiennes sur la « prise en compte » des
différentes tâches effectuées par l’enseignant, mais aussi ce qui avait été
prétendument retiré du rapport rendu en novembre : la bivalence, et
l’attaque frontale contre les décrets de 1950 qui définissent le service
hebdomadaire des enseignants en heures d’enseignement. A cette véritable
provocation, aucune dénonciation n’a été apportée par la direction de la FSU ou
de ses syndicats, tout particulièrement le SNES… La réponse est la poursuite de
la discussion avec le gouvernement dans les différentes instances de
participation qui jalonnent le parcours du projet de loi afin qu’il arrive à
bon port, et ainsi l’engagement tacite à participer à ces futures discussions.
Les directions syndicales
soutiennent le projet de loi d’orientation
Chacune
à sa manière dans le grand jeu du « pluralisme » syndical, chaque
direction permet au gouvernement de poursuivre sa politique et d’engager une
nouvelle phase en janvier. Les « pédagos »
et « réformateurs », c’est-à-dire les organisations qui par leur
nature même soutiennent les contre-réformes, quelles qu’elles soient, jouent
leur partition (SGEN, SE-UNSA), les oppositionnels font de l’opposition… sans
dommage, FO, la fédération de l’enseignement de la CGT ou SUD votent contre le
projet de loi dans les instances de participation (CSE, Conseil supérieur de
l’éducation ou CTP, Comité technique paritaire) mais y siègent, ce qui est la
seule chose qu’on leur demande. De quelque façon qu’on prenne le problème, leur
place et leur position est de toute manière négligeable, la place centrale
étant tenue par la FSU et ses syndicats. Non seulement la direction de la FSU a
joué le jeu de la participation, mais elle s’est abstenue lors du CSE du 14
décembre, au motif qu’il y aurait du bon dans le projet de loi :
« La
FSU note positivement que certaines propositions qu’elle porte ont influencé
l’écriture du texte :
-reprise
de la notion de culture dans le socle et confirmation que celui-ci serait
réécrit ;
-révision
des programmes ;
-création
d’un Conseil Supérieur des Programmes ;
-insistance
sur l’amélioration d’une formation initiale et continue des enseignants qui
reste à construire.
Si
ce projet de loi affiche des ambitions, dans le même temps, il retient son
souffle. Cette loi permettra-t-elle de mieux préparer l’avenir ? Là est le
vrai défi qui reste à relever. Beaucoup reste à préciser dans les textes
réglementaires à venir et à renforcer sur le terrain en donnant les moyens à
tous les personnels de faire leur travail dans de bonnes conditions, et de
remplir toutes les missions nécessaires à la réalisation de ces ambitions.
A ce
stade, le projet de loi comporte des absences ou des continuités avec les
politiques précédentes qui, si elles restent en l’état, obéreront la mise en
œuvre des transformations nécessaires. Cela doit être corrigé. »
En
clair il faut continuer à faire pression sur le gouvernement, principalement
par la participation vigilante des dirigeants syndicaux ! « De
nouvelles perspectives sont attendues. La FSU est prête à s’engager dans ces
débats, à y porter ses propositions pour un service public de l’éducation
renforcée, et à y construire des synthèses à partir de l’axe fondamental qu’est
la démocratisation du système éducatif, pour la réussite et l’amélioration de
la formation pour tous les jeunes. Elle attend maintenant que vous nous
donniez, monsieur le Ministre, un agenda de discussions et de négociations qui devra
préciser les chantiers qui seront menés dans les prochains mois et le
calendrier de travail. Si la refondation a besoin du temps de la réflexion
collective et du débat associant les personnels, il faut que ceci soit engagé
sans attendre » (communiqué du 15/12). La direction du SNES n’a rien
fait et dit d’autre le 20 au CTPM, confirmant ainsi cette orientation qui
permet au gouvernement d’avancer.
La voie
semble dégagée pour le gouvernement. Pourtant, immédiatement après l’annonce de
l’abstention, des protestations montent des secrétariats départementaux de la
FSU, des CDFD, qui disent n’avoir pas été consultés, regrettent le vote et
prônent une position plus ouvertement négative ainsi qu’un plan d’action, avec
un appel à la grève pour la journée d’action du 31 janvier.
Pour
autant, la direction de la FSU tient fermement sa ligne : la journée
d’action est appelée sur le mot d’ordre de faire pression sur le gouvernement
pour peser sur les négociations : le communiqué commun à la FSU, CGT et
SUD dit ainsi :
« Les
organisations syndicales CGT, FSU, Solidaires, de la Fonction publique ont fait
le point sur l’agenda social et les discussions en cours.
Si,
ensemble, elles se félicitent que la Ministre souligne son attachement à la
Fonction publique, à ses valeurs de progrès social, au rôle de ses personnels,
Si
elles notent des améliorations dans la qualité du dialogue social,
Si
elles estiment positives quelques mesures déjà prises comme, par exemple,
l’abrogation du décret sur la réorientation professionnelle, Elles considèrent
que sur les enjeux essentiels, aucun début de réponse satisfaisante n’est au
rendez-vous. »
Au
moment où le gouvernement avec la MAP (Modernisation de l’action publique)
renforce les dispositions de la RGPP ! Quoi qu’il en soit, ce n’est pas un
appel à la grève de la part de la FSU, mais bien une journée d’action : « Nous
appelons nos organisations à préparer ensemble la mobilisation la plus large
possible construite selon des modalités décidées avec les agents (grève,
manifestations, rassemblements…). » Bref, si les échelons inférieurs
de l’appareil sentent la difficulté à défendre la position de la direction
fédérale dans les écoles et les salles des profs, elles n’ouvrent bien entendu
aucune perspective, mais bien plutôt prônent la mise en place d’un plan pour
dissiper l’énergie potentielle du corps enseignant.
Les enjeux du congrès de la
FSU
La
période qui s’ouvre est tout de même sensible pour la FSU puisque le congrès
national aura lieu du 11 au 15 février à Poitiers. Cette situation où la
direction s’engage à fond dans le soutien de la politique du gouvernement est
de fait inconfortable pour une partie de l’appareil. Outre les instances
régulières, au moins un congrès départemental a fait remontrance à la direction
fédérale de sa position lors du vote au CSE. C’est bien cette question et cette
politique qui fera le fond du congrès. En effet, comme toujours, c’est ce qui
se passera en dehors de la salle qui aura une influence sur le congrès
lui-même. Si l’on en juge par les votes d’orientation émis en préparation du
congrès, il serait bien difficile de faire échec à la politique de la
direction, tant l’appareil semble renforcé par ce vote :
Participation |
Vote pour le Rapport
d’activité |
U & A |
EE |
URIS |
Émancipation |
FU |
23,72 % |
77,27 % |
72,35 % |
17,85 % |
3,92 % |
3,73 % |
2,15 % |
Participation
au vote étique, augmentation du vote « pour » au rapport d’activité
par rapport à 2009. Sur fond de désyndicalisation régulière et d’augmentation
du nombre des retraités par rapport aux actifs dans les syndiqués, l’appareil
semble devoir s’en tirer sans dommage .
Mais ce
n’est qu’une apparence. Tout cela est un précipité instable qui peut très bien
voler en éclat en cas de mobilisation des enseignants durant les mois de
janvier et février, voire simplement parce que le retour des salles des profs
est d’humeur négative. L’organisation syndicale est soumise à une double
pression, celle de la bourgeoisie par l’intermédiaire de l’appareil, celle des
travailleurs par les syndiqués. Si un congrès n’est pas le lieu favorable pour
l’expression des intérêts des travailleurs, il ne peut s’en abstraire. Les
congrès départementaux seront durant le mois de janvier le lieu de ce premier
affrontement, et la pression de la « base » y sera plus forte. Puis
le congrès national se jouera surtout en relation avec les déroulements de la
lutte des classes du moment. Si l’appareil a peu de chances d’être mis en échec
au vu des votes, il se peut qu’il doive ajuster sa politique aux besoins du
moment.
Dans ce
congrès, dans sa préparation, les intérêts des personnels et des enseignants
seront cependant défendus par le courant Front Unique, qui a pu, malgré la
politique de l’appareil, continuer à exister et à maintenir son score. Le
courant Front Unique défendra ainsi la volonté des enseignants du premier degré
de ne pas subir la contre-réforme des rythmes scolaires, la nécessité de
rejeter le projet de loi d’orientation, et la rupture de la concertation avec
le gouvernement qui pave la voie de sa politique.
S’organiser pour imposer la
rupture aux directions syndicales
Au-delà
de ce congrès et de ces enjeux, il est nécessaire en tout état de cause de
s’organiser pour imposer aux dirigeants syndicaux qu’ils cessent d’accompagner
la politique du gouvernement. Ainsi, dans le premier degré, la direction du
SNUIPP doit immédiatement dénoncer la contre-réforme des rythmes scolaires.
Dans l’enseignement en général, la direction de la FSU et de ses syndicats
doivent dénoncer le projet de loi d’orientation pour ce qu’il est, une
offensive réactionnaire, exiger son retrait et rompre la discussion avec le
gouvernement.
C’est
en s’adressant sur ce terrain aux directions syndicales, à commencer par celle
de la FSU et de ses syndicats nationaux, que les enseignants peuvent dégager
une perspective politique, celle de faire reculer le gouvernement. En effet, le
gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel, pour être un gouvernement
parfaitement bourgeois, n’en reste pas moins un gouvernement bourgeois
particulier, né dans des circonstances politiques particulières : la
défaite électorale de la bourgeoisie, de son candidat et de son parti politique
principal, l’UMP. La coalition politique qui compose le gouvernement se dresse
contre le sens du vote et de l’élection d’une majorité du PS et du PCF à
l’Assemblée nationale. Les directions syndicales contribuent, par la
concertation et la bienveillance dont elles font preuve avec le gouvernement, à
cette escroquerie politique.
Imposer
à cette majorité PS-PCF de rejeter la politique réactionnaire du gouvernement
Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel, et donc, dans l’enseignement, le projet de loi
Peillon, commence par imposer aux directions syndicales qu’elles se prononcent
pour le retrait de ce projet de loi et rompe la concertation avec le
gouvernement.
C’est
donc sur cet axe de rupture que nous voulons mener le combat dans les semaines
et les mois à venir et que nous proposons de regrouper les enseignants qui
veulent trouver une issue politique.
Le 7 janvier 2013
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