Article paru dans le
bulletin « Combattre pour le socialisme » n°44 (n°126 ancienne série)
- 11 octobre 2011 :
Liquidation de
l’enseignement supérieur et de la culture, surexploitation :
c’est le seul
avenir que le capitalisme réserve à la jeunesse
Alternance,
stages, « réforme » de la licence, privatisation des
universités :
Le
gouvernement Sarkozy-Wauquiez en guerre contre la jeunesse
pour
lui faire payer la crise
Comme
il l’avait fait il y a quatre ans avec la LRU, loi d’autonomie et de
privatisation des universités, le gouvernement Sarkozy a publié, en plein
milieu des vacances d’été, une loi et un décret contre la jeunesse scolarisée
qui visent le même but : organiser la surexploitation, remettre en cause
le diplôme national, le droit à une qualification.
Sous le
fouet de la crise, partout dans le monde, notamment en Europe, les
gouvernements bourgeois multiplient ce type de plans visant à mettre en pièces
toute forme d’enseignement supérieur public et gratuit pour le remplacer par
des universités privées, concurrentes et payantes.
En
parlant de la LRU, Henri Guaino, conseiller spécial
de Sarkozy, parlait « d’une véritable
révolution ». Toutes les « réformes » ultérieures
s’inscrivent dans cette réforme générale de l’université cherchant à
transformer toute formation intellectuelle en « marchandise » et à
subordonner étroitement l'enseignement public et la recherche aux intérêts
immédiats de la bourgeoisie française. Et même si à chaque fois ces
« réformes » aggravent un peu plus les conditions d’accès aux études
et les conditions de vie des étudiants, cela reste encore bien en deçà de ce
qui est nécessaire à la classe bourgeoise. Et s’il fallait évaluer la distance
qui reste à parcourir pour que cette dernière dispose d’une université conforme
à ses intérêts, les frais d’inscription payés par les étudiants seraient une
bonne unité de mesure. Ils atteignent aujourd’hui, en France, en moyenne 400
euros, dix à vingt fois moins qu’en Grande-Bretagne ou aux USA, pays qui lui
servent de modèle. C’est donc dans cette direction que s’inscrivent toutes les
nouvelles « réformes » du gouvernement contre l’enseignement supérieur.
Mais la
LRU ne fut pas seulement une étape décisive vers l’adaptation de l’université
aux besoins du capitalisme français. Elle fut aussi pour le gouvernement
Sarkozy-Fillon une revanche sur toutes les défaites politiques que la jeunesse
étudiante et lycéenne a fait subir à la bourgeoisie en imposant en décembre
1986, au gouvernement Chirac, le retrait du projet de loi Devaquet, en 1994, au
gouvernement Balladur, dont Sarkozy était le porte-parole, l’abrogation du
décret instaurant les CIP, en avril 2006, au gouvernement Chirac-Villepin, le
retrait du CPE.
Pour
autant, cela ne signifie pas que Sarkozy et son gouvernement soient parvenus à
domestiquer la jeunesse étudiante, à lui faire accepter les exigences du
capital en lui faisant renoncer à ses aspirations à la culture, au savoir et à
l’indépendance, et à lui faire intégrer les normes de l’exploitation
capitaliste.
C’est
donc à pas comptés que le gouvernement avance vers son objectif. Et pour cela,
il s’appuie sur les appareils du mouvement ouvrier qui pèsent de tout leur
poids pour défendre le mode de production capitaliste moribond. Ainsi, grâce à
l’aide directe de l’UNEF, principal syndicat étudiant, et à la complicité
active des directions des organisations syndicales ouvrières et enseignantes,
le gouvernement a réussi à faire passer cet été la loi Cherpion
et le décret sur la « nouvelle
licence ».
Apprentissage des 14 ans,
alternance, stages :
la loi Cherpion livre la jeunesse à la
surexploitation capitaliste…
Cette
loi, dite pour « le développement de
l’alternance et de la sécurisation des parcours professionnels »,
marque un profond recul des acquis de la jeunesse scolarisée. Elle abaisse à 14
ans l’âge requis pour entrer en apprentissage, remettant en cause le principe
de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans. Elle étend l’alternance à des types
d’emplois jusque-là interdits dans ce cadre : intérim, emplois saisonniers
(le jeune apprenti pourra avoir deux employeurs), emplois à domicile, etc.
Objectif : plus d’un million de jeunes en alternance.
Cette
loi « encadre » aussi les stages. C’est à ce titre qu’elle a obtenu
le soutien appuyé de L’UNEF. Dans son communiqué du 18 juillet, cette
organisation explique : « La
loi Cherpion : de nouvelles avancées sur les
stages ! ». Mais - et tout est dans le « mais » - c’est
« une loi qui ne va pas assez loin sur la réglementation des stages. La
loi devait permettre à l’origine l’interdiction des stages supérieurs à 6 mois,
empêchant ainsi le recours à des stagiaires pour remplacer un emploi salarié et
complétant l’interdiction des stages hors cursus. Cette proposition a été
amendée, autorisant des exceptions, et remettant en place le flou autour des
stages hors cursus. Aucune évolution sur le montant de la rémunération n’a vu
le jour dans la loi. ».
En
clair, l’exploitation d’une main-d’œuvre très qualifiée et très bon marché
pourra continuer de plus belle. Un stagiaire est payé un tiers du SMIC (à peine
420 euros) par mois au bout du troisième mois de stage. Les stages durent de
plus en plus longtemps et le nombre de stagiaires explose : « les stagiaires étaient 800 000
en 2006, 1,2 million en 2008 et ils sont presque 2 millions aujourd’hui. On
approche 10 % de la population active ! » (O. Latil, porte-parole du collectif Génération précaire dans Le Monde Campus du 29 mars 2011). Et ce
n’est pas fini car le nouveau décret sur la licence va finir de systématiser le
recours aux stages dans les cursus universitaires.
… avec la complicité des
directions syndicales du mouvement ouvrier
La loi Cherpion reprend une bonne partie d’un accord national
interprofessionnel signé le 7 juin 2011. Grandes bénéficiaires de cet accord
taillé sur mesure, les organisations patronales (MEDEF, UPA et CGPME) l’ont
signé, ainsi que la CFDT, la CFTC et la CGC. Pas FO ni la CGT, mais celles-ci
ont participé de bout en bout aux négociations qui l’ont préparé, sans jamais
remettre en cause fondamentalement la politique du gouvernement. FO signera
même un des accords d’étape scellé le 7 avril.
Cet
accord résulte de la concertation sur « l’emploi
des jeunes » lancée le 11 février dans les locaux du MEDEF. En avril
2009, Sarkozy avait déjà fixé le cadre des « solutions » à apporter
au chômage des jeunes : « Je
veux miser sur les jeunes pour sortir de la crise. Les jeunes sont un atout
pour la compétitivité de la France ». En clair, il disait vouloir
faire payer cette crise aux jeunes, les utiliser pour disposer d’une
main-d’œuvre à bon marché et servir les intérêts du capital français sur la
scène de la concurrence économique mondiale. Et pour concrétiser cette
politique, il annonçait : « l’Etat
va investir 1,3 milliard d'euros » pour « la formation,
l'apprentissage et la professionnalisation des jeunes » et non pour
“l'assistanat“ : « l'argent public, je veux qu'il finance l'emploi,
pas le chômage. Je suis venu vous dire que vous aurez une formation et un
emploi, pas que vous allez survivre avec une allocation sociale pour rester
chez vous ». Laurence Parisot, présidente du MEDEF, applaudissait
chaudement : « le MEDEF
approuve sans réserve le plan pour l’emploi des jeunes, et considère que les
annonces du Président de la République sont une excellente nouvelle pour la
génération de jeunes Français qui aujourd'hui aspire à découvrir le monde de
l'entreprise. »
Son
enthousiasme se comprend : stages plus alternance, ce sont des millions de
jeunes que le gouvernement livre ainsi à la surexploitation, pour remplacer les
emplois salariés encadrés par le droit du travail. En leur déniant le droit de
jouir des conquêtes ouvrières arrachées de hautes luttes, le patronat et le
gouvernement à sa solde instrumentalisent la jeunesse pour faire baisser la
valeur de la force de travail en brisant ces acquis. Ils ne peuvent le faire
sans la complicité active des directions des organisations du mouvement
ouvrier. Le silence complice que ces dernières observent aujourd’hui sur cette
loi tout juste promulguée est un nouveau témoignage de leur duplicité.
L’arrêté du 1er
août scelle la mainmise du patronat sur la licence
Dans
une interview donnée à Libération le
25 août, L. Wauquiez, le nouveau ministre de l’enseignement supérieur, a
dit ce qui était primordial pour lui dans la « formation des
étudiants » : « Je défends
absolument la place des stages dans la formation des étudiants. Mon modèle,
c’est un stage conçu à l’intérieur de la formation, dans le cadre d’un parcours
d’acquisition de compétence, avec une rémunération intégrée et un partenariat
entre l’université et l’entreprise. Les connaissances, avec les stages,
deviennent des compétences. ». C’est exactement le contenu donné à la
licence par l’arrêté du 1er août 2011.
Ainsi,
cet arrêté instaure l’obligation de prévoir un stage dans chaque « parcours ». L’enjeu est de
taille car aujourd’hui seuls 11 % des 850 000 étudiants sortant de licence
ont fait un stage. La notion de connaissance disparaît au profit de celle de
« compétences » établies selon des « référentiels de compétences ». Les « représentants du monde socioprofessionnel »
(c’est-à-dire les lobbies patronaux) vont jouer un rôle fondamental dans
l’élaboration de ces « référentiels ».
Ils seront représentés partout : dans la conception et l’évaluation des
formations, la dénomination des diplômes, les enseignements, les jurys…
Un
seuil bas d’heures d’enseignement est certes fixé à 1500 h sur le cursus de la
licence, mais pas le cadrage sur leurs modalités qui incluent, dans cette
nouvelle licence : cours magistraux, TP, TD, mais aussi les enseignements
dispensés via les technologies numériques (le e-learning), tout comme la conduite de
projets, individuels et collectifs, et les stages. Autant dire que,
contrairement à ce qu’affirme l’UNEF, qui crie victoire sur cette question, ce
n’est que de la poudre aux yeux pour masquer ce qui se profile : la
liquidation de l’enseignement assuré par des enseignants, cela dans la logique
de la politique de suppression de postes dans la fonction publique.
Il est
clair que ces diplômes fourre-tout n’auront qu’une valeur locale et éphémère.
La notion de qualification n’apparaît plus dans le nouvel arrêté qui ne
comporte aucun cadrage national des diplômes. Cette réforme remet en cause le
droit pour la jeunesse à des diplômes nationaux, à une qualification. Elle
ouvre la voie au MEDEF pour redéfinir selon son bon vouloir toutes les
conventions collectives, notamment en matière de grille de rémunérations.
La « réforme de mastérisation »
de la formation des enseignants éclaire ce que sont ces « nouveaux »
diplômes, telle la « nouvelle » licence. Cette « réforme »
a sacrifié tout à la fois la formation universitaire, la formation professionnelle,
et liquide les IUFM. Maintenant, les étudiants doivent préparer leur master en
même temps qu’un concours, tout en faisant un stage pour remplacer les
enseignants dans leur classe ! Ces « diplômes » n’ont rien à
voir avec de réels diplômes. Ce sont des machines à créer des précaires prêts à
l’emploi dans l’éducation pour remplacer les postes de fonctionnaires
supprimés.
Une « réforme »
préparée en concertation
avec les directions des organisations syndicales des étudiants et des
personnels
C’est
avec des hourras que le syndicat étudiant a accueilli l’ouverture des
concertations par Pécresse, alors ministre de l’enseignement supérieur, en
février 2011. Son communiqué, titré : « l’Unef
appelle à révolutionner le diplôme de la licence et fait ses propositions »,
se conclut par : « l’UNEF
attend que le chantier pour une nouvelle licence lancé le 8 février par la
ministre soit enfin l’occasion de réduire significativement l’échec en premier
cycle. » !
La
réaction du principal syndicat des enseignants-chercheurs, le SNESUP-FSU, est
plus mesurée. En effet, pour définir les grands principes du projet d’arrêté de
la nouvelle licence, Pécresse a mis en place un Comité d’orientation
« ad hoc », dont tous les membres – universitaires et
représentants du patronat – sont désignés par le ministère. Ce comité a pour
mission de « travailler en lien
étroit avec le comité de suivi de la licence » préexistant. Ce
dernier, composé de représentants des organisations membres du CNESER, est
l’instance qui sert à associer les syndicats à la préparation de la réforme. La
direction du SNESUP proteste : « La
déclaration de la ministre, mettant le comité de suivi licence au centre de la
réflexion concernant la licence, doit se traduire dans les faits. Sans cette
condition, la concertation appelée par la ministre ne saurait être
crédible. » Néanmoins, « le
SNESUP entend participer aux concertations et y porter sa propre vision de la
licence, diplôme national permettant démocratisation et réussite du plus grand
nombre, offrant des débouchés professionnels et des poursuites d'études. »
(communiqué du 8 février). En réalité, et comme elle le fera tout au long de la
concertation, la direction du SNESUP-FSU se contente de protester sur la
méthode, mais elle se soumet au cadre des négociations imposé par le ministère
(le 25 mai, le SNESUP déclare : « une
élaboration dans la plus complète opacité » ; le 24 juin : « une parodie de concertation »…).
Le 6
juillet, le projet d’arrêté est présenté au « comité
de suivi » et le SNESUP de se désoler : « licence : nos craintes confirmées… » ! La
direction de l’UNEF reste « constructive » et déclare : « Licence : un projet d’arrêté qui
doit être substantiellement amélioré ».
Le 12
juillet, une nouvelle version de l’arrêté, avec des modifications cosmétiques,
est présenté au CNESER, dernière étape avant sa promulgation. Les directions
des syndicats de personnels (SNESUP et SNASUB-FSU, CGT FO, UNSA, SGEN-CFDT)
titrent un communiqué commun : « Licence :
reprendre en septembre », suppliant le gouvernement « de reporter le point licence de
l’ordre du jour ». Elles décident de boycotter la discussion du
CNESER, mais pas le vote. La direction de l’UNEF et tous les autres prétendus
représentants des étudiants ont voté pour le projet du gouvernement qui est
adopté par le CNESER. A la sortie, Laurent Wauquiez, qui vient d’être nommé
ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, se félicite de cet « accord historique ».
L’UNEF
justifie sa position par les « nouveaux
droits » qu’auraient acquis les étudiants. Or, ces fameux
« droits » vont tous dans le sens d’un diplôme plus facile à
obtenir : plus de notes éliminatoires, compensation annuelle des notes,
droit au rattrapage… et augmentation, en apparence comme on l’a vu, du volume
horaire. En réalité, le gouvernement n’a que faire de telles « concessions ». La
« réforme » de la licence n’instaure pas officiellement de sélection
à l’entrée de l’université et apparaît moins sélective. Mais elle institue, de
fait, une sélection beaucoup plus radicale, d’un côté en établissant la
concurrence entre les différentes universités et, de l’autre, en dressant une
barrière entre le niveau licence (L) et le niveau master (M), dont l’accès est
étroitement subordonné à la notion de domaines disciplinaires qui disparaissent
dans la définition de la nouvelle licence. C’est au niveau du master que
commencerait la véritable université, articulant recherche et enseignement.
Derrière la démagogie du discours sur « la
réussite de tous les étudiants », cette réforme va aboutir rapidement
à ce que seule une minorité aura le privilège de pouvoir accéder à de « vraies universités ». En
phase avec le Grand emprunt (voir plus loin), elle s’inscrit dans le dispositif
d’instauration d’une université fortement concurrentielle où seule une élite
durement sélectionnée et concentrée dans les Universités d’excellence (ou Idex) pourra accéder aux niveaux master et doctorat (M et
D) et à la recherche.
Le 10e mois de
bourses : une manœuvre du gouvernement pour allonger l’année universitaire
Le
soutien actif de l’UNEF a été décisif pour permettre au gouvernement de porter
cette attaque majeure contre les étudiants que constitue cet arrêté sur la
licence. Aujourd’hui, l’UNEF crie victoire et utilise le dixième mois de
bourse, que le ministre Wauquiez aurait fini par accepter, pour justifier sa
compromission devant ses syndiqués et devant les étudiants.
En
réalité, il ne s’agit pas d’un recul du gouvernement ; ce n’est rien
d’autre que le résultat d’un marchandage. En effet, l’allongement de l’année
universitaire est l’un des chevaux de bataille de Sarkozy, qui avait annoncé
(en septembre 2009), qu’en échange, les bourses pourraient passer de 9 à 10
mois. A la rentrée 2010, le ministère accordait un acompte d’un demi-mois,
mettant comme condition pour le versement de la seconde moitié, que toutes les
universités étalent leurs formations sur dix mois.
A la
revendication légitime de l’augmentation des allocations scandaleusement basses
que reçoit une minorité d’étudiants, l’UNEF a répondu par
« l’exigence » d’un dixième mois de bourses. Elle abandonnait ainsi
définitivement la revendication des étudiants de l’allocation d’étude pour tous
pour une « revendication » conforme à la volonté du gouvernement.
Elle a milité dans les conseils d’universités, par exemple à Paris I, en
exigeant la mise en place de « semaines pédagogiques ».
Résultat : étudiants et enseignants commencent l’année en septembre et la
finissent en juillet, avec un volume de cours réduit de 26 à 24 semaines !
L’augmentation des droits
d’inscription à l’université dans la logique de toutes les réformes en cours
Le 5
août, le ministre annonçait, après avoir fait vérifier que la condition mise
par le gouvernement était remplie, que le 1/2 mois restant pouvait être versé.
Soulignons que la pérennité de ce 10e mois n’est absolument pas garantie. Elle
l’est d’autant moins que Wauquiez a dit ce qu’il pensait des bourses étudiantes
dans un épais rapport. Ecrit dans la lignée de ses récentes déclarations
fustigeant « les dérives de
l’assistanat » un « cancer »
qui ronge la société, il y dénonce le « maquis
des aides » aux étudiants. Il préconise le remplacement des bourses
actuelles par un prêt « remboursable
à l’obtention du premier CDI ». Ce système, déjà en vigueur dans de
nombreux pays, va de pair avec l’augmentation massive des droits d’inscription
qui oblige les étudiants à s’endetter mais ouvre un commerce très lucratif pour
les établissements financiers. Avec un tel système, les dettes des étudiants
s’accumulent. Ainsi, aux États-Unis, leur poids sur le budget des familles
aurait augmenté de plus de 500% depuis 1999 !
Pour le
gouvernement, il ne s’agit pas de laisser ce rapport lettre morte. Il vient
d’ailleurs de recevoir le renfort de deux « think tanks » : « Terra Nova, proche du PS, et l’Institut de l’entreprise,
d’inspiration libérale » comme l’écrit Le Monde du 24 août. La note de
« l’Institut de l’entreprise »
ne prend pas de gant : l’objectif est de « libéraliser les frais d'inscription et créer un marché
concurrentiel de l'enseignement supérieur ». La « quasi-gratuité » actuelle « constitue un handicap énorme pour les établissements français,
les privant de ressources considérables ». Dans la foulée, l’un des
rapporteurs de Terra Nova reconnaît : « Nous
avons conscience de nous attaquer à un tabou, mais nous devons ouvrir le
débat ». Pour se justifier, ce cercle sort un argument déjà usé :
« la quasi-gratuité des études
supérieures est source d'inégalités fortes, en bénéficiant davantage aux gens
aisés qu'aux étudiants défavorisés et prive les universités de ressources
utiles à une meilleure formation des étudiants ». Le même argument que
servit le gouvernement Blair quand il mit ce système en place en
Grande-Bretagne en 2004.
La
réalité est tout autre. En cette rentrée, les étudiants anglais doivent
débourser 6 à 9000 livres (environ 7 000 à 11 000 euros) pour
s’inscrire dans les universités anglaises. Résultat, d’après le journal Les Inrocks (17 mai 2011), « le
gouvernement britannique envisage de brader les frais d'inscription de certains
cursus pour attirer des étudiants dans les filières universitaires délaissées.
" Ça va encore toucher les étudiants les plus pauvres, qui attendront le
dernier moment pour s’inscrire dans des filières de mauvaise qualité ", a
dénoncé Aaron Porter, président du syndicat étudiant NUS (National Union of Students). » Pourtant, ce même Aaron Potter a
trahi le mouvement des étudiants qui, en décembre 2010, s’étaient dressés
contre la flambée de ces droits. En particulier, alors que les étudiants
organisaient une manifestation au Parlement, il avait convoqué un
contre-rassemblement, à l’autre bout de Londres, tout en négociant avec
Cameron.
La
hausse des droits d’inscription en France est inscrite dans la loi LRU, et le
Grand emprunt a été conçu comme une machine de guerre pour rendre effective la
privatisation des universités programmée dans cette loi.
Le « Grand
emprunt » : le capital financier se sucre sur le dos des universités
Henri Guaino, conseiller spécial du président de la République, à
la question du Monde « quelles sont
les trois réformes les plus importantes du quinquennat Sarkozy, selon
vous ? » (chat du 29 avril 2011), répondait : « L’autonomie des universités, les
réformes des retraites et le crédit d’impôt-recherche. L’autonomie des
universités est une véritable révolution qui aurait dû intervenir il y a sans
doute déjà plusieurs décennies et qui devrait permettre d’enrayer le déclin de
notre système universitaire, dans la mesure où l’on donne à nos universités le moyen de cette autonomie, ce qui est le
cas avec le plan Campus et avec le grand emprunt, qui permet de les doter d’un
capital (souligné par nous). »
Missionnés
par Sarkozy, Juppé et Rocard, respectivement personnalités de l’UMP et du Parti
Socialiste, ont fixé le cadre du Grand emprunt. Ils ont fait une recommandation
expresse : pas un centime ne doit servir à des recrutements sur le statut
de la fonction publique ; en revanche, des milliers d’embauches sur CDD
sont préconisées au fil de leur rapport et à tous les niveaux.
Imaginé
dans la foulée du déclenchement de la crise financière en 2008, cet emprunt est
conçu entièrement au bénéfice du capital financier. Ainsi L’Etat va emprunter
auprès des marchés financiers près de 35 milliards d’euros, ce qui ne fait
qu’alourdir la dette publique et donc la charge qu’elle représente sur le
budget de l’Etat. 22 milliards de cet emprunt seraient soi-disant accordés à
l’enseignement supérieur et à la recherche, l’équivalent de son budget
annuel ! En réalité, 80 % de cette somme sont placés à la Caisse des
dépôts et consignations (CDC) et seront distribués sous forme de dotation en
capital. Seuls les intérêts de ces placements seront distribués. Soit à peine
600 millions d’euros par an. Mais Sarkozy l’a bien précisé : « Les intérêts de l’emprunt seront
compensés par une réduction des dépenses courantes dès 2010 et une politique de
réduction des dépenses courantes de l’État sera immédiatement engagée. »
Notons
que, dans le même temps, le gouvernement projette de transformer la CDC, qui va
empocher l’essentiel de l’emprunt, en une super banque pour les entreprises,
par le jeu de fusion avec Oseo. La CDC est pressentie
pour renflouer en partie la banque DEXIA minée par ses investissements dans des
« fonds pourris ». En bref, le Grand emprunt est un beau tour de
passe-passe financier pour déverser une nouvelle manne financière sur le
patronat et les banques, en instrumentalisant l’enseignement supérieur et la
recherche - le tout aux frais des travailleurs.
IDEX, LRU II :
privatisation des universités à marche forcée
Pour
prétendre au Grand emprunt, les laboratoires de recherche et les universités
doivent répondre à des appels à projet de différents types : les Equipex (« équipements
d’excellence »), les Labex (« laboratoires d’excellence »),
et les Idex (« initiatives
d’excellence »). Ces derniers, de loin les plus importants, doivent
englober plusieurs universités, les organismes publics de recherche (CNRS,
INSERM… émiettés en plusieurs instituts pour les besoins de la cause), et y
compris des établissements privés. Trois critères dominent : gouvernance
(les Idex devront être dirigés par des fondations de
droit privé – les FCS, Fondation de coopération scientifique) ; « compétitivité » ; « Partenariat Public-Privé »,
autrement dit la soumission directe aux lobbies patronaux.
Comme
on l’a vu plus haut, les fonds sont essentiellement distribués sous forme d’une
« dotation en capital » qui devra être placée. Même si cette dotation
n’est qu’un capital fictif, cela à une signification claire : les
universités vont devoir trouver les moyens de se financer elles-mêmes. Ainsi,
au moment du lancement des appels à projet du Grand emprunt à l’automne 2010,
une nouvelle loi a été votée : « la
loi relative aux activités immobilières des établissements d’enseignement
supérieur ». Elle confère aux universités le droit de gérer leur
patrimoine immobilier comme un opérateur privé, lui permettant notamment de
sous-louer ses locaux à des entreprises privées.
Mais
cette loi, dite LRU II, va bien au-delà. Trait d’union entre la LRU et les
structures du Grand emprunt, elle ouvre la voie à la suppression de toute
distinction entre le secteur privé et le secteur public. « Les fondations de coopération scientifique [destinées à
gouverner les Idex] peuvent conduire toutes les missions des
établissements universitaires. Ainsi des institutions de droit privé, dans
lesquelles les entreprises pourront participer, auront délégation des missions
de service public, et en particulier celles qui auront été regroupées dans le
périmètre d’excellence des projets d’Idex. »
(tract de l’intersyndicale de l’enseignement supérieur du 2 décembre 2010).
Elle « donne aussi la compétence au
PRES (Pôle de recherche et d’enseignement supérieur) de statut EPCS, de
délivrer des diplômes nationaux. Ceci revient à donner à ces PRES qui peuvent
comporter des établissements privés, et qui sont associés aux projets Idex (Initiatives d’excellence), la possibilité de délivrer
des Masters et Doctorats, notamment ceux portés par les laboratoires
d’excellence (Labex). Les universités restantes
deviendraient ainsi les établissements de seconde zone type
« Collège » (limité aux licences déconnectées de la
recherche). » (Ibidem).
Une
vingtaine de pôles, regroupant à peu près de la moitié des quelque 80
universités existant actuellement, ont candidaté pour devenir des Idex. Dans ce système hyperconcurrentiel, le gouvernement
veut faire « émerger » 5 à 7 Idex, les
seuls à garder un vrai statut d’universités. Les autres sont destinés à devenir
des « pôles universitaires de
proximité » (PUP) où les patrons locaux pourront faire leur loi et qui
ne délivreront plus que la « nouvelle licence » dévaluée par le
décret de cet été (voir plus haut).
À la clé pour les
étudiants : la flambée des droits d’inscription et une université à deux
vitesses
Wauquiez
s’est expliqué sur le choix des trois premiers Idex sélectionnés, dans Le Monde
du 4 juillet, notamment sur celui de Bordeaux :
« Le
jury a reconnu le travail mené par les universités bordelaises. Très en phase avec le monde de l’entreprise,
le projet d’université unique bordelais a séduit à plus d’un titre. Solide en
recherche, cette université propose une
refonte complète et harmonisée de son cycle de licence, un volet numérique
innovant avec le MediaLab. Il a également engagé la
reconfiguration de son campus. Ce choix induit l’idée que pour obtenir ce label, les universités de chaque pôle doivent soit
fusionner, soit proposer des cursus très sélectifs… » (souligné
par nous). Tout est dit !
Le
projet « Paris Sciences et
lettres », aussi sélectionné, regroupe douze établissements, dont le
Collège de France, trois grandes écoles qui recrutent sur concours à BAC+2
comme l’École normale supérieure ou l’École de Chimie de Paris, ainsi que Paris
Dauphine, « pionnière » en
matière de droit d’inscription qui vont jusqu’à 4000 euros pour certaines de
ses formations. De ce fait, seuls 35 % des 14 000 étudiants de ce nouveau
pôle sont en licence, soit un taux nettement plus faible que partout ailleurs.
Dans ce
contexte de désengagement financier programmé par l’Etat, les universités sont
au pied du mur. Et, en matière de financement, il n’y a pas de miracle :
en dehors du financement de l’Etat, ces ressources proviennent des frais
d’inscription. Ainsi, l’université de Nancy a demandé, en éclaireur, le statut
de « Grand établissement »,
le même que Paris Dauphine, qui lui donne le droit de fixer librement les
droits d’inscription.
Quel est le rôle joué par
les dirigeants syndicaux unef‑snesup‑cgt
dans les conseils d’université ?
Face à
cette situation d’attaque généralisée, à aucun moment les syndicats de
l’enseignement supérieur et de la recherche publique n’ont ouvert la
perspective d’un combat contre le gouvernement. Les conseils d’université étant
au cœur du dispositif, notamment avec la réponse aux appels à projet du Grand
emprunt, il était de la responsabilité des directions syndicales de lancer un
appel national et unitaire au boycott de la mise en oeuvre de la politique du
gouvernement. Un tel refus aurait été le point d’appui d’un véritable combat
pour l’arrêt immédiat de cette politique de privatisation des universités. Mais
les organisations syndicales, qui baignent jusqu’au cou dans la gestion des
universités depuis des lustres, n’ont pas voulu de ce combat. Dans un tel
contexte, toute velléité de résistance a été vite désamorcée.
Ainsi à
Montpellier, le président PS de la région Languedoc-Roussillon s’est chargé
lui-même de faire rentrer tout le monde dans le rang en menaçant de couper les
subventions de la région dans une lettre adressée individuellement aux enseignants-chercheurs.
L’université de Montpellier III, qui fut le « fer de lance de la
contestation », se retrouve « porteuse » du projet d’Idex de
Montpellier, et ce sans même demander un centime de financement ! Les élus
syndicaux au Conseil d’université ont voté « contre », ce qui n’a
rien changé ; ils en ont été réduits à jouer l’opposition de sa majesté.
Autre
illustration, le Conseil d’administration de l’université d’Orsay Paris XI est
totalement investi dans la préparation « campus
de Saclay », projet d’Idex téléguidé par
Sarkozy lui-même. Ce CA a adopté les statuts de la fondation de droit privé qui
« gouvernera » ce nouveau
campus, et ce avec la voix de la vice-présidente SNESUP qui a voté
« pour »!
La
collaboration des syndicats est donc essentielle dans le dispositif de mise en
place de la privatisation des universités via les appels à projet du Grand
emprunt : leur participation forme un obstacle central au combat unifié
contre le gouvernement et sa politique.
Quel avenir pour la
jeunesse ?
L’exigence
pour la jeunesse du droit aux études, à une qualification, à la culture, comme
celui à un travail, s’oppose aux besoins du capital en pleine décadence. Même
si c’est à des degrés divers, partout en Europe, le seul horizon que les
gouvernements du capital ouvrent à la jeunesse est le même : chômage,
précarité, pauvreté, surexploitation. Plus la crise s’approfondit, plus ces
fléaux prennent de l’ampleur.
Chômage,
précarité, surexploitation
Dans
les pays les plus touchées par cette crise, le chômage des jeunes explose, des
millions d’entre eux, notamment les jeunes diplômés, sont sous-employés et
touchent des salaires de misère. Ainsi, selon les chiffres officiels, en
Espagne, le taux de chômage des moins de 25 ans a doublé depuis 2008 pour
s'élever en 2011 à 46 %, 58% de ceux qui trouvent du travail étant en CDD ou en
intérim, le plus souvent sur des contrats à la semaine ou journaliers. En
Grèce, le taux de chômage est passé dans le même temps de 25 à 42,5% : les
jeunes se surnommaient la « Génération 700 euros » il y a quelques
mois ; aujourd’hui c’est la « Génération 592 euros » (le montant
du salaire minimum). Entre les deux, les plans d’austérité du gouvernement
Papandréou pour satisfaire la voracité des créanciers de l’Etat grec. En
Grande-Bretagne, le taux de chômage a augmenté de 40% en 3 ans, passant de 14 à
20 %. En France, le chômage touche un jeune sur quatre.
Dans
l’économie dite la plus « solide », celle de l’Allemagne, ce chômage
n’est officiellement que de 9%, mais près de 40 % des jeunes Allemands forment
le gros du bataillon des 8 millions de travailleurs employés sur des contrats
d’intérimaire, de travail temporaire impliquant moins de 20 heures de travail
par semaine. Un grand nombre d’entre eux gagnent moins de 400 euros par mois.
L'Allemagne dispose ainsi de l'un des secteurs de main-d'œuvre bon marché les
plus largement développés d'Europe : c’est l’une des raisons de sa
relative prospérité !
Répression,
domestication de la jeunesse
Pour se
maintenir, le capitalisme doit développer une réaction sans fin et ses
gouvernements sont parfaitement conscients qu’ils ne pourront maintenir
l’exploitation capitaliste sans tout un arsenal répressif et de contrôle des
travailleurs et de la jeunesse. Rarement les mesures prises pour garantir l’ordre
des capitalistes n’avaient été si nombreuses que sous le gouvernement
Sarkozy-Fillon avec, comme principale cible, la jeunesse, tout particulièrement
celle des quartiers populaires. Cette politique répressive d’une stratégie de
fichage systématique pour s’assurer la soumission de chaque individu et tenter
de désamorcer toute forme de résistance à l’exploitation capitaliste.
En
effet, après le fichier Base élèves dans les écoles primaires, le « livret personnel de
compétences », outil numérique partageable, est imposé dans toutes les
académies depuis février 2010 au collège et à la rentrée 2011 en primaire. Y
seront rassemblés des éléments concernant les connaissances de l’élève, ses
capacités, ses attitudes dans le cadre scolaire, mais aussi à l’extérieur, son
comportement social, ses engagements. Ce n’est qu’un prélude à un fichage plus
généralisé. Dans son discours de septembre 2009 « Agir pour la jeunesse », Sarkozy déclare : « On fera un livret de compétences pour
ceux qui n'ont pas l'idée à seize ans ou à dix-sept ans de ce qu'ils veulent
faire toute leur vie, ce qui est la majorité ». Avec son habituel ton
faussement patelin, Sarkozy annonce le retour du funeste « livret
ouvrier » du XIXe siècle, outil de contrôle et de restriction de la
liberté de circulation des ouvriers, mise en place par Napoléon et abrogé sous
la pression des combats ouvriers. Tout pourra être enregistré sous forme de
fichier informatique qui pourra suivre le jeune toute sa vie et être utilisé
par les employeurs.
Une
enquête spéciale du SNUIPP-FSU Isère détaille comment le gouvernement fait
évoluer les lois pour mener son projet à bien : « L’État crée le concept de « secret partagé » avec la
loi dite Loi relative à la Prévention de la délinquance de mars 2007, renforcée
par la LOPPSI 2. Ces lois ne mettent plus d’obstacle de principe au partage de
renseignements entre différentes administrations. Les lois sécuritaires et les
lois sur l’immigration modifient profondément l’accès aux données personnelles.
La loi relative à l’orientation et à la formation tout au long de la vie (49)
pervertit les missions de l’École. Les libertés du citoyen sont réduites. Par
exemple, concernant les familles, la liberté d’opposition au fichier Base
élèves est assujettie à des conditions qui rendent impossible la mise en œuvre
de cette liberté. Le « devoir d’obéissance » est avancé dès que les
enseignants soulèvent des objections. »
Quelle issue pour la
jeunesse étudiante ?
En
Grèce, où les plans d’austérité les plus durs se succèdent, une assemblée
d’étudiants déclarait en décembre 2010 :
« Leur manière (du gouvernement) de surmonter
la crise est de construire une "nouvelle" université entièrement au
service du libre marché. Un avenir sordide d’emplois précaires s’ajoute à tout
cela pour la jeunesse. La génération à 592 euros (le nouveau salaire minimum
national) est maintenant instituée par la loi. Ce sera aussi la génération sans
accord collectif sur les salaires, sans protection contre les licenciements, la
génération du travail des enfants.(…) L’avenir de la jeunesse va être usé au
règlement d’une dette de l’Etat que les gens ont déjà payée, encore et
encore. »
« La
lumière de décembre 2008 s’allumera encore. La jeunesse va fournir l’étincelle
et se tiendra aux côtés des travailleurs pour rejeter les politiques
impopulaires et pour effacer la dette de l’Etat qui condamne la majorité des
gens pour sauver les banques et leur système d’exploitation. En ce moment
particulier, nous sommes appelés à livrer la bataille de notre génération. Nous
sommes appelés à faire notre propre histoire.
« Retrait
du document de discussion du ministre Diamantopoulou.
Retrait de la réforme de l’éducation impopulaire. Aucune participation au
pseudo-dialogue avec le gouvernement. Rejet du mémorandum, du pacte de
stabilité et des mesures politiques associées. A bas la junte du gouvernement
UE-FMI.
Désengagement
immédiat du "mécanisme de soutien" de l’UE-BCE-FMI. Le peuple ne
paiera pas pour la crise ! »
Combattre pour le socialisme n° 42, qui rapportait cette
citation, concluait :
« On
peut évidemment contester telle ou telle formulation de cet appel. Mais ce qui
est essentiel, c’est non seulement la claire formulation de l’exigence de
retrait des contre-réformes, mais encore la conscience aiguë de l’avenir que
réserve le capitalisme à la jeunesse ; et enfin les premières conclusions
pratiques : la dénonciation de la dette, la nécessité d’en finir avec le
gouvernement au service du capital, et donc l’exigence de la rupture immédiate
du “ dialogue social “ avec le gouvernement. »
« La
voie que tracent ces étudiants grecs est à l’exact opposé de celle que tentent
d’imposer au prolétariat les appareils syndicaux dans toute l’Europe, et qui
pour l’instant a réussi à paralyser son combat et, ainsi, à le rendre
impuissant. »
Ces
deux dernières années, comme en Grèce, les étudiants en Italie, en
Grande-Bretagne, ont engagé le combat contre les coupes budgétaires, contre les
lois réactionnaires qui remettent en cause leur droit aux études. En Tunisie,
en liant son combat avec celui de la classe ouvrière, la jeunesse a joué un
rôle important dans la chute de Ben Ali.
Au
Chili, depuis juin, les étudiants sont mobilisés en masse pour exiger un
enseignement public et gratuit. « Organisant
des grèves massives et bloquant des lycées, les manifestants dénoncent la
« marchandisation de l’éducation » et exigent « un enseignement
gratuit et de qualité » : une revendication qui remet en cause les
fondations mêmes du « modèle chilien », hérité de la
dictature ». Dans les rues, les étudiants ne s’y trompent pas, qui
scandent « Elle va tomber, elle va tomber, l’éducation de
Pinochet ! », en référence aux slogans entendus lors des
manifestations contre la dictature, il y a plus de vingt ans (« Elle va
tomber, elle va tomber la dictature de Pinochet ! ») (Le Monde Diplomatique, août 2011). La
centrale ouvrière, la CUT, devant la mobilisation croissante et la répression
menée contre les étudiants et lycéens, a fini par appeler à deux jours de
grèves, les 24 et 25 août. Et ce, dans un contexte général où la jonction étudiants-ouvriers
avait tendance à s’établir, notamment parce qu’au même moment, des grèves dans
les mines de cuivre se développaient. Mais le leader de la CUT a clairement
signifié qu’il ne s’agissait surtout pas d’engager le combat contre le
gouvernement Piñera : « C'est l'heure de dialoguer pour de bon ». Une semaine
plus tard, le 3 septembre, à Santiago, le président chilien ouvrait des
négociations avec les représentants étudiants. En sortant du palais
présidentiel, C. Vallejo, porte-parole de la Confédération nationale des
étudiants du Chili (Confech) – et militante des
Jeunesses communistes – déclarait : « cela
a été une instance de dialogue qui a permis aux deux parties d'exposer
clairement leurs positions avec la volonté d'avancer ». 13 universités
se sont prononcées contre l’entrée dans ces négociations et, le 9 septembre,
les différentes fédérations étudiantes, réunies à Talca, décidaient de rejeter
le calendrier proposé par le gouvernement, en réclamant la
« suspension » de la discussion sur ses projets de lois. Cette
rencontre porte la marque de la résistance de la base à la tentative de la
direction de la Confech d’engager les négociations.
Cependant, les dirigeants de la Confech continuent de
se rendre au ministère, comme le lundi 12 septembre, en réaffirmant leurs
dispositions à « un dialogue franc
et ouvert ». Les manœuvres pour faire refluer le mouvement ont
commencé, même si elles n’ont pas encore abouti : l’avenir dira qui
l’emportera.
En
Italie, en Grèce, en Grande-Bretagne, la politique des appareils a, pour un
temps, fait refluer la mobilisation des étudiants suite au vote par le
Parlement des lois réactionnaires contre lesquelles ils combattaient. En
Tunisie, le dictateur est tombé ; mais rien n’est réglé : la jeunesse
est toujours en butte à la misère, à la surexploitation, au chômage de masse.
Cependant,
à travers ces combats, la jeunesse s’éduque, et fût-ce de manière parcellaire,
commence à en tirer les leçons politiques. Ainsi en Grande-Bretagne,
l’importante fédération londonienne du syndicat étudiant, le NUS, non seulement
a revendiqué l’action des étudiants (notamment l’investissement du local des
Tories), mais encore a appelé à combattre la direction nationale et sa
collusion avec le gouvernement Cameron-Clegg. Ainsi, le mouvement pratique met
à l’ordre du jour le combat pour se réapproprier les organisations syndicales.
La
crise du capitalisme rend inéluctables les plus grands affrontements de
classes, en France comme partout ailleurs ; la jeunesse et en particulier
la jeunesse étudiante, y prendra inévitablement sa place. C’est sur cette
perspective que se situent les étudiants révolutionnaires qui diffusent Combattre pour le Socialisme.
Le 2 octobre 2011
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